L'ALLEMAGNE
Les Germains avaient le marck ou district, association semi-communiste, comme on la rencontre dans l'enfance de l'histoire des différents peuples et dont l'Inde actuelle conserve encore le type dans ses villages communistes (1).
(1) FONTPKnTUiis : Les libertés locales en Europe.
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Il existait en Allemagne avant la dernière guerre francoprussienne et avant la formation de Tempire germanique, des villes indépendantes, avec leur gouvernement particulier, des bourgmestres, des chambres législatives, une armée et une marine; on voit encore aujourd'hui presque dans les mômes conditions , les villes de Hambourg , Brème et Lubeck; Tempire allemand est d'ailleurs, une confédération monarchique.
La Confédération germanique devait être, d'après la déclaration formelle de l'article premier du traité de Vienne, signé le 15 mai 1870, une union des princes allemands et des villes libres. Cette union devait rester indissoluble et aucun des membres contractants ne conservait le droit d'en sortir. Elle avait pour but d'assurer la sécurité de l'Allemagne à l'intérieur comme au dehors, en sanctionnant l'indépendance et l'intégrité des Etats particuliers. Chacun de ces états, indépendants les uns des autres, conservait sa souveraineté pleine et entière : point de pouvoir central qui rappelât la nature ou les qualités d'un gouvernement commun à tous. La volonté de l'union, résultant de la réunion des volontés des Etats particuliers était exprimée par la diète fédérale, où chaque État était immédiatement représenté par ses plénipotentiaires. De fait, le rôle de la Diète se réduisait à celui d'une simple autorité de police. La fameuse proclamation de Kalisch avait bien annoncé aux peuples allemands le retour de la liberté et de l'indépendance, et la renaissance de leur vénérable Empire, promettant « que l'exécution de ce grand œuvre devait être réservée uniquement aux seuls princes et peuples de l'Allemagne, afin que celle-ci ressortit plus jeune , plus vivace et plus conforme à l'esprit propre de l'Allemagne qui descend de la plus haute antiquité. » Toutefois, aucune de ces promesses ne se réalisa.
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Dans les relations extérieures, la nullité complète de la Conledération se manifesta dès le début ; les réformes promises au peuple allemand ne produisirent aucun résultat même pour les affaires intérieures. Les mesquins intérêts locaux et la souveraineté des Etats, la jalousie de l'Autriche et de la Prusse, l'unanimité de voix nécessaire à la Diète pour les grandes mesuies d'intérêt général eurent pour effet de faire échouer toutes les tentatives , tous les essais d'amélioration. Non sans raison, les esprits libéraux reprochaient à la Diète de ne ^'occuper qu'à créer des dillicultés au déveloj)pement constitutionnel des Etats secondaires, afin de sauvegarder les principes monarchiques. Contrairement aux engagements j^ris, disaient-ils, l'union des Etats allemands se réduisait à une sinîple union personnelle des princes : Zn einem rein pcrsouUchcu Fiirstenbiiude. A la suite des événements de 1848, l'Assemblée de Francfort essaya, sans y réussir, de transformer la Confédération des Etats allemands en un Etat fédératif.
C'est M. Charles Grad, publiciste doué d'un réel talenï, qui a écrit tout cela dans un livie précieux : Le peuple allemand, ses forces et ses ressources. Il nous a montré pat' des faits ce qu'est cette Confédération allemande, tant vantée parles royalistes et les conservateurs d'Outre-Rhin. Mais, nous le répétons encore : que le lecteur prenne garde de confondre une Confédération établie pour serviiles intérêts des princes, des rois et des empereurs, avec une fédération, faite et acceptée librement par le peuple. La première présente un caractère de violence tout particulier, elle a des tendances à la tyrannie et au despotisme ; la seconde est la manifestation solennelle de la liberté et de la fraternité humaine dans tout leur épanouissement. D'ailleurs, la Confédération allemande a été le résultat
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de la politique prussienne. Berlin, c'est la Prusse. Et Berlin peut bien se résumer dans son arsenal de guerre et dans sa Bourse — César donnant la main au Juif — César et Judas absorbant et suçant le pays entier!
INIais entre le Prussien et l'Allemand la distance est énorme et profonde.
La France a des raisons pour haïr la Prusse, mais elle n'a pas de raisons pour haïr l'Allemagne. Visitez la Saxe, allez en Bavière, parcourez le Wurtemberg et vous verrez comme les divergences de caractère sont sensibles, comme sont tout autres le tempérament, les tendances et les mœurs!
Qui non vidit Coloniam non vidit Gennaninm. disait-on jadis. Aujourd'hui, cependant, il n'en est plus ainsi. Pour connaître rAllemagnc, il faut la parcourir du nord au sud, de l'est à l'ouest. Berlin nous donne le prussien, mais l'Allemagne seulement, pourra nous donner l'allemand. Ce dernier était contraire à l'annexion de l'Alsace-Lorraine, mais, à cette époque, le prussien a triomphé et le militarisme s'est imposé en exigeant de l'empereur cette annexion.
Le prussien, guerrier, lourd, patient, nationaliste^ n'est autre chose que le produit de l'atmosphère viciée de la brasserie, de môme que la Prusse n'est qu'un produit delà caserne et du jeu de bourse. A Berlin, on peut en effet remarquer le goût de cette ville pour les armes, pour la gymnastique, pour les luttes corporelles, mais à Dresde comme à Munich, on constate l'amour de la musique, des beaux-arts et de la littérature. Le prussien ne regarde que le développement physique, parce qu'il ne voit que le soldat et la force brutale. L'allemand, cependant, qui est bien loin d'être un prussien et qui le déteste souvent, place l'artiste au-dessus du soldat, et préfère la lutte des
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théâtres et des académies à la lutte des champs de bataille.
Qui dit ledération des peuples, dit paix, amour, Irateruité. Qui dit Prusse, dit provocation, guerre, haine, lutte <Ies nations.
Il est certain ([ue la langue est une cause de rapprochement entre les peuples. Mais cela ne suffit pas. Il faut d'autres conditions, et la première, c'est le libre consentement des Etals dont se compose une fédération. Les parties conlraclantes doivent être également traitées, ce <jui n'arrive pas dans la confédération allemande, où le prussien, véritable seign(Mir, veut asservir les autres parties en les réduisant à Tesclavage.
En somme, il n'y a pas de fédération possible, là où le gouvernement est monarchique, militaire et autocratique. La fédération sera faite précisément pour en finir avec cet état de choses. La Triple-Alliance, qui trouble l'Europe actuelle en la conservant dans un état de guerre qui ruine les nations et qui déshonore l'humanité, en face des pays latins fédérés, sera obligée dans un avenir prochain, de proclamer la République et de mettre bas les armes. La Fédération sera le désarmement général.