L'AUTRICHE — LA HONGRIE
L'Autriche et la Hongrie sont aussi fédérées ; mais dans ces pays, comme en Allemagne, le pouvoir impérial domine tout. C'est ce qui arrive encore avec la Confédération entre la Norwège et la Suède. Elle a été faite plutôt dans l'intérêt de la dynastie que dans l'intérêt du peuple. La séparation sera inévitable, car l'union n'a pas été le résultat de la volonté nationale.
Nous ne voulons pas raj^peler ici les luttes soutenues
68 LA FÉDÉRATION IliERIQUE
par l'héroïsme hongrois pour l'iiulépenclance de son pays; elles ressemblent un peu à riiéroïsme polonais. En tête de la Hongrie, il y avait Kossuth, le vénérable apôtre et le grand patriote. Il n'était pas seulement le champion ardent et désintéressé d'une idée; il était aussi un vaillant combattant coinnu^ Mazzini et Garibaldi l'ont été en Italie. Et nous sommes certains que Kossuth vainqueur aurait fondé une fédération républicaine entre l'Autriche et la Hongrie. jNIais, ce qu'il combattait, c'était l'absorption de son petit pays par l'empire autrichien.
Gela s'explique. Un empire ou une monarchie n'ont d'autre but que l'absorption et l'esclavage. Ce que Kossuth voulait, c'était, avant tout, pouvoir soustraire sa patrie au despotisme autrichien.
Qu'importe le nom, qu'importe la forme extérieure, si le fond reste le même ? En Allemagne comme en Autriche, c'est le pouvoir impérial qui domine. En face de ce pouvoir, que deviennent les petits Etats confédérés ? Ils deviennent des tributaires et rien de plus.
Si le principe du nationalisme est illogique, il l'est autant pour les petites nations que pour les grandes ; il implique l'indépendance et l'autonomie des moindres groupes comme des plus vastes agglomérations, d'autant mieux qu'en dernière analyse il est impossible, en dehors des divisions territoriales données tantôt par la nature, tantôt par la politique, de délimiter nettement une nationalité.
La fédération, c'est l'émancipation. En fédérant les États, que fait-on ? On les rend encore plus indépendants, et voilà ce qui restera impossible tant que les gouvernements monarchiques ne seront pas bannis du monde.
« Notre sympathie est toute avec les petits États. Nous n'aimons pas les grands États et encore moins les Etats
iiiililaiics. Les vastes einpiios (rOriciit oui Ions clé gouvernés par des despotes. L'.Asie ne eonnail pas encore aujoiird'lini la lilxMlé dont jouissent l'Europe et l'Aniérique. Ses peu])lcs sont très arriérés; ils ont besoin, ])our sortir de cet état, d'être gouvernés par d'autres peuples. Le mouvement et la propagande des idées sont toujours sortis des petits Etats (1). »
Pourquoi voulez-vous que: la ITongiie v[ la Bohême soient soumises au despotisme autrichien? I\)ur(pioi voulez-vous unifier des peuples qui ont des traditions de race, des mœurs et des langues si différentes ? On |)ourra bien les fédérer, sous le régime républicain, mais jamais les unifier sous le sce})tre d'un empereur. — Demandez aux Tchèfjues, aux Magyars, ce qu'ils pensent, ce qu'ils veulent ! Ils vous réj)ondront comme tous les petits peuples, qu'ils veulent être indépendants, qu'ils veulent mourir pour leurs petites nationalités. Mais aucun des petits pays d'Europe ne vous lépondra qu'il refuse de s'agrandir et de se fortifier au moyen d'une fédération républicaine.