ON TROUVA DE L... EXPIRANT SUR SON LIT
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De L... en était là; il ne comprenait plus et se demandait s'il aurait le courage de vivre jusqu'à la fin, lorsqu'une nuit de janvier, le 26, à minuit sonnant, tous les forts de ceinture et de banlieue, ces lourdes g-aliotes de pierre embossées à nos portes et dont les batteries tiraient sans interruption depuis trois mois, tous les forts, redoutes, secteurs, après une dernière et formidable bordée qui enveloppa la ville d'une écharpe de flamme rouge et blanche, se turent subi tement : Paris était vaincu.
Trois jours après, le matin de l'évacuation des forts, par une brume dorée et tiède où se devinait un printemps adorable, pressé de nous faire oublier le glacial et sinistre hiver du siège, l'équipage de Montrouge, assemblé par compagnies, l'appel et les sacs faits, les fusils en faisceaux, attendait dans les cours les sonneries du départ. Après la nuit des casemates, cela semblait bon, ce soleil roux, cette brise fraîche et tout ce plein air où l'on pouvait s'espacer sans recevoir des morceaux de chaudron sur la tête. Des moineaux, sortis de leurs trous, pi-
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quaient le brouillard de petits cris. Malgré tout,, quelque chose serrait le cœur de nos raathurins, leur étreignait la g:orge à l'aise cependant sous les larges cols bleus, et dans ce grand silence, si nouveau pour chacun, ils se parlaient bas, comme gênés. « Si on faisait un bâtonnet, en attendant?... » proposa un fusilier de la flotte , un tout jeune. On le regarda comme s"il tombait de la lune. Non, pour sûr, ils n'avaient pas le cœur à ça.
Au même instant, le capitaine de L..., qui cherchait ses canonniers, les appela d'un geste autour de lui. Il était en grande tenue, sa croix, sa haute taille, et une paire de gants blancs tout frais qu'il pétrissait dans sa forte main :
— -Matelots, je vous fais mes adieux..
Sa voix tremblait un peu, mais se rassurait à mesure... Je m'étais juré que, moi vivant, pas un Prussien ne mettrait les pieds ici. Le moment est venu de tenir ma parole. Quand le dernier de vous passera la poterne, votre capitaine aura fini de vivre. Il avait perdu votre estime; j'espère que vous la lui ren-
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drez, assurés maintenant que ce n'était pas un lâche... Bonne route, mes enfants! »
Et ce fut fait, comme il avait dit. A peine l'équipage parti, clairons en tète, deux détonations venues du pavillon des officiers retentissaient dans la solitude et le silence du tort. On trouva de L... expirant sur son lit, deux balles dans la tête, son revolver d'ordonnance encore fumant sur l'oreiller.
On a fait de cette mort une lég-ende à la Beaurepaire. Mais ce que je raconte, à part quelques détails de mise en scène, est Thistoire vraie ; et moins héroïque peut-être, elle m'a paru aussi belle et plus humaine, plus de notre temps que l'autre.
A la Salpêtrière
Souvenir d'un Carabin
A la Salpêtrière
Le cabinet de Charcot, à la Salpêtrière, un matin de consultation, il y a dix ou douze ans. Aux murs, des photographies de naïves peintures italiennes, espagnoles, représentant des saintes en prière, des extasiées, convulsionnaires, démoniaques, la grande névrose religieuse, comme on dit dans la maison. Le professeur assis devant une petite table, cheveux longs et plats, front puissant, lèvre rase et hautaine, regard aigu dans la pâle bouffissure de la face. Va-et-vient de l'interne en tablier blanc et calotte de velours, des yeux fins envahis d'une grande barbe; assis autour de la salle, quelques invités, la plupart médecins, russes, allemands, ita liens, suédois. Et commence le ûéfilé des malades.
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Une femme du \'ar amène à la consultation sa petite fille, hideuse, courte et boulotte, plaquée aux joues de rouges cicatrices. Dans la toilette verte et jaune d'un dimanche méridional la taille s'enfle et déborde. L'enfant est enceinte. Vase informe tombé au feu, manqué à la cuisson, on se demande comment elle a pu devenir mère. « Pendant un accès d'épilepsie... » dit Charcot, tandis que la femme du Var, geignarde et veule, nous raconte Vendisposition de sa demoiselle, comment ça la prend, comment ça s'en va. Le professeur se tourne vers rintcrnc :
— Y a-t-il du feu à côté> Déshabillez-la, voyez si elle a des taches sur le flanc. » L'accent de là-bas, cette laideur, j'étais ému; bien plus encore à la malade suivante. Une enfant de quinze ans, très proprette, petite toque, jaquette en drap marron, figure ronde et naïve, le portrait du père, un petit fabricant de la rue Oberkampf, entré avec elle.
Assis au milieu de la salle, timides, les yeux à terre, ils s'encouragent de regards furtifs. On interroge la malade. Quel navre-