‹ La feé; comédie en un acteChapitre 8 sur 37 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Mademoiselle de Kerdic, se levant. — Aii ! François, ce n'est pas bien. Vous êtes indiscret envers monsieur le eomte, et cruel envers moi A mon âge, un compli-

ment perdu ne se retrouve pas ....

Le Comte, qui s’est levé. — Mille pardons, Mademoiselle. . . . Je me retire. . . . (Riant.) mais vous n'y perdrez rien. ... Je voulais dire, Mademoiselle, que vous me forcez de reconnaître une vérité dont j’avais douté jusqu'ici. C'est qu’il y a pour certaines femmes une jeunesse éternelle, qui se nomme la grâce. . . (Il la salue.)

Mademoiselle de Kerdic, riant. — Avez-vous faim, monsieur le comte.

Le Comte. — Moi, Mademoiselle ? Hélas ! je n'ai jamais faim.

Mademoiselle de Kerdic. — Tant mieux. Je n’hésite plus à vous proposer de partager un dîner d’ermite. Mets deux couverts, François.

François, une serviette sur le bras , a déjà pose une naprpe sur la table qu'il a apportée près du feu . Il parait satisfait de ce qu'il entend ; tout en essuyant lentement une assiette , il s'est laissé glisser sur un siège , et suit la conversation , en applaudissant de la tête.

Le Comte.* — Je ne sais véritablement, Mademoiselle’ comment vous remercier d'un accueil si obligeant et si peu mérité.

Mademoiselle de Kerdic. — Ne m'en remerciez donc pas, d’autant plus qu’il entre, je vous l'avoue, un grain de curiosité dans ma politesse .... Eh bien, François estce que tu dors, mon ami ? **

* Mademoiselle de Kerdic, le comte, François.

** Le comte, mademoiselle de Kerdic, François, assis dans le grand fauteuil.

François, se lève d'un air soucieux ; va prendre, en grondant, des assiettes et des verres dans le buffet. — Eh! Seigneur .... il est triste, à mon âge, de ne pouvoir goûter une minute de repos. . . . ( Le comte dépose dans un coin son chapeau, sa canne et son paletot, comme un homme qui s'installe. . . . François , appuyé des deux mains sur la table, poursuit:) Il faut convenir que les riches sont heureux !

Mademoiselle de Kerdic. — Que veux-tu dire, voyons ? Explique-toi.

François. — Mademoiselle oublie que je ne suis pas comme elle au printemps de la vie; il ne faut pas exiger d’un octogénaire la force d’un portefaix et la vivacité d’un page.

Mademoiselle de Kerdic. — Tu as raison, va. Laisse-moi finir ta besogne ici, et va-t’en voir si tout est prêt en bas. Ya doucement surtout.

François. — Oui, Mademoiselle. Soyez tranquille. ( Près de sortir, il se retourne et ajoute :) Soyez sages, jeunes gens ! (Il sort. )

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