‹ La féerieChapitre 3 sur 22 · I. — ■ Aux théâtres de la Foire · texte numérisé non relu

I. — ■ Aux théâtres de la Foire

Au xvme siècle, la Féerie a de l'esprit; libre encore, non soumise à un type uniforme, fantaisiste el capricieuse, elle s'épanouit en pleine grâce, p brève qu'elle soit, le plus souvent. Ce charmant s est fort peu porté à la foi dans le merveilleux, et la Féerie sera plus volontiers satirique. Elle aura alors des parrains qui ne seront pas les premiers venus : Le Sage, Marivaux, Piron, Favart, Collé, au théâtre de la Foire, à l'Opéra-Comique, à la Comédie-Italienne. La mode sera d'ailleurs aux contes de Fées, pour l'agrément d'un cadre aimable à une philosophie légère.

On sait l'histoire des longues luttes soutenues par les théâtres de la Foire contre les Comédiens-Français, inquiets de leurs succès, luttes dans lesquelles les théâtres de la Foire eurent souvent le dessous, légalement, mais, forts de l'opinion, se vengèrent par les plus malicieuses épigrammes contre ces abus de pouvoir, et, réduits aux derniers expédients, contraints à ne plus user que du monologue ou même de l'écriteau explicatif de scènes mimées, restèrent encore redoutables. Cette série de procès contre les Bertrand, les Dolet et Laplace,. les Alard, la veuve Maurice, les Holtz el Godard, lea Honoré el autres chefs de troupes des foires Saint-Laurent et Saint-Germain, sont parmi les plus curieux épisodes de nos annales drama-

Le goût de Le Sage pour le merveilleux n'était pas étonnant : n'était-il pas l'auteur du Diable boiteux ? Au demeurant, l'Orient des génies et des talismans venait d'être révélé par la traduction des Mille et une Nuits de Galland et offrait mille couleurs brillantes à sa fantaisie.

Et les effets plaisants tirés du fantastique abondent, en effet, dans son théâtre de la Foire. C'est une manière de petite féerie que le Monde renversé, où Arlequin et Pierrot, arrivant tous deux par le chemin des airs, montés sur un griffon, se trouvent dans un pays où tout va, en effet, à l'envers de ce qu'on voit d'habitude, où les femmes sont « d'une inviolable fidélité », où les procureurs sont vêtus en colonels, où l'on peut prendre les philosophes pour des bouffons de la cour, et où Merlin, souverain de ces états singuliers, prouve son goût pour les contraires on transformant les deux voyageurs en honnêtes gens.

Ce n'est pas tout, enfants, je veux Par le pouvoir de ma baguette Vous rendre honnêtes tous les deux Pour vivre dans cette retraite, De vol, de malice pétris, Vous pourriez m'en faire un Paris.

•(H frappe de sa baguette Arlequin et Pierrot.)

Air : Pour passer douecmenl la vie.

Sortez promptement de leur finir, Esprit affreux d'iniquité, Désirs gloutons, vies infâmes Faites place à la probité.

(A chaque parole du Prophète, irlequin et Pierrot font comme s'ils sentaient en eux quelque changement. Ce qu'ils marquent l'un et Vautre par des exclamations.)

Pierrot.

Ur : egretlez Paris.

Je sens que l'honneur, conum un dard \ tent d'entrer dans ma panse.

qu'il

'il

condition est remplie: Féridon fera donc surgir la statue promise. O miracle ! c*es1 Rezia elle-même, et Féridon la rend au roi qu'il a voulu (-prouver. Fête,

La Tb&atri di la Foisb I D'après la gravure de H. Picard, t730.l

danses el branle, el Arlequin, faisanl allusion au miroir magique, dit ce couple! :

pièces nouvelles ijours parfaites, toujours belles, Mais - »uvent, vous nous faites voir

îgeons pa

Le théâtre représente une forêt. On voit, dans le milieu, quatre chênes isolés, creux, et dans lesquels il y a des hommes qui peuvent marcher et remuer leurs branches comme des bras. A chaque arbre est une ouverture en façon de petit châssis, qui s'ouvre et se referme quand on veut, de manière que l'homme qui est dans l'arbre montre sa tête et la cache quand il lui plaît. Il a un masque vert et des cheveux de mousse.

Et ces arbres sont des arbres gais, l'n jeune chêne s'exprime en propos assez libres, — et ne redoute pas les équivoques.

Le doyen des Chênes le fait taire.

Taisez-vous, vous dit-on,

Boudrillon.

Vous tranchez du grand chêne, Rabaissez votre ton, Boudrillon.

Petit Boudrillon Boudrillon, dondaine Petit Boudrillon Boudrillon, dondon.

Le jeune chêne. — Oh ! si je ne suis pas encore reçu oracle, je suis du bois dont on les fait.

Le vieux chêne. — Vous raisonnez comme un sapin.

Le jeune ciikne. — Oui-da, je raisonne, et tout aussi bien qu'un homme.

Le vœux chêne. — Le bel éloge ! Un arbre se piquer de h uer comme les hommes, qui raisonnent comme des bûches !

Il y a de la féerie dans la Ceinture de Vénus, grâce i laquelle Mezettin est aimé de toutes les femmes ; il y en a dans la Boîte de Pandore, où lit merveille

l'agile Antoni, excellent sauteur », selon le compliment que lui fait Le Sage lui-même : il y en a dans le Tombeau de Noslradamus, où le rôle d'Arlequin fut rempli par Baxter « qui dansa le caprice d'une manière digne de tous les spectateurs ». On n'aborde pas d'ailleurs Nostradamus sans quelques complications :

Octave trappe sur la mausolée, qui s'ouvre. il en sort un monstre affreux, qui vomit

use abondammenl de tous les artifices d'illusions (1). L'orchestre de cet Opéra-Comique à ses débuts a quatorze musiciens : la plupart des airs chantés soni «les airs connus. Cependant Gilliers compose souvent des morceaux et des scènes enl

Une harangue de Dominique Pierre-François-Biancolelli, le fils du grand Dominique, qui avait amusé Louis XIV), dit alors l'importance croissante de ces spectacles, malgré toutes les entraves, les procès et les interdictions : « — Ce n'est, messieurs, dit-il, ce n'est qu'en tremblant que j'ose paraître sur la scène; votre goût délicat et sur m'inspire une juste frayeur... Les pièces de la Foire, que l'on traitait autrefois de pures bagatelles, trouvent aujourd'hui des spectateurs difficiles, qui n'accordent leurs applaudissements qu'aux ouvrages qui ont le droit de les mériter (3) ».

A Le Sage, qui s'est brouillé avec lui, l'imprésario Francisque oppose Piron, dans toute l'impétuosité de sa verve, el Piron use aussi du merveilleux. Il en use, avec extravagance, et c'est ainsi qu'il donne VEndriague, dont il est malaisé de résumer la fable compliquée, où se heurtent tous les genres.

Les habitants d'une île des Indes ont coutume de

sacrifier tous les six mois une jeun.' fille de quinze

ans à un monstre — il ne fallait pas moins de quatre

hommes pour faire mouvoir l'énorme cartonnage de

onstre - c'est 1* « tindriague ». On est au jour du

inand tes Italiens s'instaUèrent à la Foire Saint-Laurenl flans la loge du chevalier Pellegrin, débutant par fine repré lôntation de Danaë, ils firent de grands frais s Par

lalct décrivent ainsi le décor du Palais de la Fortune : « Douze toionm à or, formaient on riche vestibule :

Biles tournaient constamment sur leurs bases et leurs chapl leaux, symbolisant l'instabilité de la Fortune, et elles Jetaient and brillant.

■,. à la Foire Saint Laurenl que le théati ir Honoré porte, pour la première fois, le nom d'Opéra- Comique.

(3) Mercure calant, juillet 1715

connu, un J

tarda pas à prouver I

qu'il va épouser la belle Gariclée, — puis avec un Ane d'or qui devail peu è Apulée, puis encore avec VAntre de Trophpnius.

D'uinevai travaille soûl, parfois, et c'est seul qu'il fait une excursion dans la féerie avec Y Ane du Daggial (1720).

L'enchanteur Friston prend à son service Arlequin, congédié par le calife de Bagdad dont il était le bouffon, et l'envoie en mission vers la séduisante Argentine. L' « âne du Daggial » que lui a donné Friston est une monture admirable, qui transporte en un instant son cavalier à travers l'espace. Mais, arrivé auprès d'Argentine, Arlequin est forcé de prendre mille formes diverses, sous lesquelles il court des dangers imprévus. C'est assez gros, mais il y a là l'embryon de scènes qui deviendront classiques quand la féerie aura atteint tout son développement.

On trouverait, dans le répertoire du théâtre de la Foire, cent pièces féeriques : le Roi des Ogres; le Parterre merveilleux de Panard, où des fleurs se changent en enfants ; Y Amant statue, de Guichard, où une vieille Fée veut être aimée d'un jeune garçon et, par dépit de n'obtenir de lui que du respect, le change en statue, métamorphose qu'abolit l'Amour, lui rendant la vie ; le Temple du sommeil, de Panard et Fagan, où un tableau se passe dans la forêt des Pavots et où il y a le ballet des Songes ; le Sylphe supposé, de Fagan ; le Songe agréable, où l'enchanteur Merlin, doutant de la fidélité des femmes, a endormi, pendant son absence, la beauté qui a captivé son cœur, précaution utile, car en rêve, faute de réalité, elle Ta trompé cent fois...

C'est au théâtre de la Foire qu'est le vrai berceau de la Féerie. Elle va s'affiner à la Comédie-Italienne, puis, peu à peu, elle retombera dans la farce.

la Féerie au Win Siècle

via), Margarita Ri >lette), Fabio Sticotti

femme, chanteurs, Goraline et Camille Véronèse, danseuses. Dominique Le fils devail s'adjoindre bientôl à celte troupe, comme Trivelin (1).

Qui eût dit, quand celte troupe arrivail à Paris en 1716, ([H»1 Louis Riccoboni, accueilli avec tant de suc-

L\ C.OMKIHK-I I AI.IKNNK

ces, prendrait, en vieillissant, le théâtre en haine el proposerait de le réformer sévèrement ? (2) C'étail lui, duisant amoureux qu'il avait été, qui devait i que le théâtre n'esl trop souvent qu'une porte ouverte au dérangemenl de la jeunesse ». C'étail lui, devenu morose, et brûlanl ce qu'il avait adoré, qui

iana les années suivantes, Il y aura forcément de modifications .i celte troupe el i '"ii verra oienl se produiie .1 la Comédie Italiens BlancolellJ (Colomblue) ; Antoine boni Lelio) Carlo Bertinazzl Irle (juin), Corallne ^eronôsi i ora

>•■ la déformation du théâtre,

plaide, avec une aimable réserve, la cause des femmes dans la Nouvelle Colonie ; il étudie les erreurs du jugement dans Vile de la Raison, où, selon qu'on est plus ou moins raisonnable, la taille des hommes augmente ou diminue ; il montre qu'on ne dirige point un cœur et que l'amour souffle où il veut dans Arlequin poli par V amour, qui est une manière de petit chefd'œuvre.

Beau garçon, mais balourd, Arlequin a inspiré de l'amour à une fée. Puisqu'elle est fée, elle pourrait bien polir tout de suite ce rustre, mais il lui plall de voir (( ce beau brunet », comme elle l'appelle, devenir peu à peu son docile esclave. L'amour transforme bien Arlequin, mais, au grand déplaisir de la Fée, ce n'est pas pour elle qu'il soupire, mais pour la bergère Sylvia. Cette Fée, grande curieuse d'expériences sentimentales, épouve un vif dépit. N'était-elle pas sur le point de trahir le grand Merlin pour Arlequin ? Elle songe à se venger, mais Arlequin, à qui l'amour a donné de l'esprit, lui escamote sa baguette magique, et elle assiste, impuissante, au bonheur de sa rivale. Du moins, est-ce par un divertissement généra] que finit la pièce.

C'était Thomassin qui jouait Arlequin, avec ses qualités de souplesse, de naïveté et d'originalité. Un excellent acteur italien devait aussi être leste. C'était un lazzi du temps — ce mot exprimait, alors toutes les fantaisies mimiques — que l'Arlequin, même après

i scène attendrissante, rappelai au public qu'il y

av;iit en lui une sorte 'i»' clown, el Thomassin faisait, en dehors, le tour des premières, secondes el troisièmes loges, aux applaudissements des specta-

Ls féerie, à la Comédie-Italienne, o de l'agrément

différents Arlequin* île la Comédie Italienne Masque» et Bouffons, de Maurice Sand, et Lee ' '" roi

</<■ la troupe itain impartes.

paraître par le plafond «l»1 son appartemenl un procureur qui lui cherchait noise, elle fait s'abîmer dans le plancher un sergent qui lui portail un exploit. Cependant, avant de se montrer à lui, elle le soumel à mille épreuves. De sou côté, Arlequin, valet d'Ergaste, esl aimé par une Gnomide. Mais celle-ci est fort laide. et, pour se faire accepter, il faut qu'elle fasse jaillir du sol deux vases «'.ans lesquels se trouvent des trésors.

— Allons, dit Arlequin, s*' résignant et plongeanl la main dans cet or, je ne serai pas la première beauté que les richesses auront séduite !

A l'apothéose, c'est le Palais de la Sylphide, et les Sylphes célèbrent leur bonheur.

Dans une heureuse intelligi

Nous goûtons le sorl le plus doux

L'envie el la médisance

ésident poinl chez nous

Mortels, quelle difCéreri Vivez-vous ainsi cl

Fées (14 juillet 1736), c'est un peu l'histoire de la Belle et lu Bêle (1). La Fée Bruyante, pour se venger de n'avoir pas été priée aux noces d'une prinqu'elle avait protégée, entreprend de rendre malheureux le fils itte ingrate. Elle rend le pauvre •• si laid et si difforme qu'il est contraint à se retirer dans une affreuse solitude. La Fée Bruyante n'esl point satisfaite encore, cependant, et elle imagine pour lui un supplice cruel. Elle dépose devant lui,

i n y avait déjà uni comedli de Dancourl portant ce titre,

rrolde •■t peu fantastique Bleu qu [négilde el i léonide soient pupUles, l'une de la Fée de la - .uni' de la I laisirs,

ordinaires, qui Q'auprotections, n y a là un rol< m de Darlnel, a qui les Fées onl

i iner au vulgaire la philosophie qui prôi Ide a toutes ses ici

c'est donc qu'elle est tout à fait femme.

La Fée Bruyante, cependant, surprend les tendres épanchementa du prince et de la princesse et, dans sa colère, les menace d'un châtiment.

Bruyante. — Que tout ce qu'il y a de plus redoutable paraisse en ce moment et exerce sur eux la vengeance la plus terrible !

Mais à cette conjuration, le monstre qui paraît n'a rien d'effrayant. C'est l'Amour.

I /Amour. — Me voilà, que me veux-tu?

Bruyante. — L'Amour !.... Ce n'est point vous que j'appelle. L'Amour. — Ne croyez-vous pas, ma belle dame, que je ne vienne que quand on mu flamande ! Je m'embai

b|ep de cela, vraiment. J'arrive et je disparais selon mon caprice.

Bruyante. — Et que venez-vous faire ici?

I/Ammi a. — Ce que j'y viens faire?... Ah, bien des clins..-, qui plaisent aux uns et déplaisent aux autres. C'est là mon métier. Commencez d'abord par laisser ces deux amants en repos : je les protège.

Du môme coup, Arlequin, valet du prince, est aussi délivré de l'enchantement qui pesait sur lui, funeste effet d'une malédiction de la Fée Bruyante. Arlequin B6 piquait d'être aimable et fait pour plaire. « — Tremble si cela t'arrive, lui a dit la Fée Bruyante, car dès que tu seras aimé, tu sentiras une laiiii que rien ne pourra rassasier ! » Et le malheur voulait qu'une espèce de petite lee, au bien médiocre pouvoir, se fût éprise de lui, ne pouvant le nourrir que du fumet des plats désirés.

On ne saurait éimmérer toutes les pièces féeriques de la Comédie-Italienne, avant la période où elle abbé — de vive force — l'Opéra-Comique. Biles sont de toute sorte, remuent bien des idées qui seront ra- 5, d'aventure, mêlent un grain d'ironique pfcilo- Bophie à leurs plaisanteries. C'est le Fleuve d'oubli^ de Legrand, où Trivelin est détenteur de ces eaux qui font perdre la mémoire ; c'est Vile des Talents, de Fagan, île gouvernée par la Fée Argandina, où il

l.A H- KM If

Lithographie de Champin.

;n.\k Comédie Italienne

Rue Mauconaeil.

(Collection (1. Hartmann.)

par l'Amour : c'est Fleur d'Epine, du spirituel abbé de Voisenon, ne prenanl pas très au sérieux la Lutte des deux fées Sereine e1 Dentue, se disputanl

■ t de Fleur d'Epine, qui finit par échapper au lot el méchant Dentition, pour épouser le beau prince Tarare, De malicieuses réflexions intéressaient Voisenon plus que l'action elle-même. C'esl le Cabriolet volant, de Cailhâva, où une princesse, enfermée dans une tour, est délivrée à l'aide de cette machine mer-

:. éditeur).

rait aujourd'hui le directeur de la scène des théâtres de Monnet, appela à lui des fées souriantes. Il les appellera à lui dans Acajou, qu'il a tiré du conte de ce mauvais sujet de Duclos, en donnant à son ouvrage un brin de sensibilité. C'est tout à fait une féerie que cette pièce où le jeune Acajou et la gentille Zirphile luttent contre les épreuves que sème sur leurs pas la fée Harpagine, protégés qu'ils sont par la bonne fée Ninette.

I';ivart appelle à lui les fées dans La Belle Arsène, dont Monsigny écrit la musique, et pour faire honneur à la fée Aline qui veut guérir l'orgueilleuse Arsène de son dédain de l'amour, il la convie à parler en vers. La fée, pour faire comprendre à Arsène le néant de la vie sans amour, lui cède un moment son pouvoir. Arsène n'a qu'à ordonner et tous ses désirs sont aussitôt réalisés. Mais elle s'ennuie, dans ces jardins enchantés.

Ici j 'exercice mon empire Tout m'obéit, et je soupire...

Elle a repoussé les tendres vœux du chevalier Alcindor ; elle l'a, avec hauteur, exilé de sa présence, D'admettant point de se soumettre à la loi universelle ; mais ce palais de délices ne laisse pas de lui paraître fade.

Quoi, pour chanter, \o\\* n'avez que des femmes, Point d'homme ici ? Quelle affreuse langueur I Je trouve bon que l'on me traite en reine, Mais, sans sujets, a quoi sert la grandeur ? Si le beauté peut rendre souveraine

s hommes seuls connaissent son pouvoir, ont tous nés pour ramper sous sa chaîne, ur destin, c'est leur premier devoir, <>n li me... et l'on désire en voir...

Elle anime une statue de jeune femme et la statue, liant la vie, conte l'histoire de sa métamorphose.

ari il

C'est encore la Fée Urgèle, musique de Duni, Urée du conte de Voltaire, Ce qui plaît aux Dame*, où la tyanl pris la forme d'une avenante paysanne, connaît, sous ce travestissement, ramour un peu rude d'un chevalier longtemps sevré de plaisirs. Cité di van! le tribunal de la reine Berthe pour ceti lanlerie cavalière, I»1 chevalier Ilobert ne peut se sauver de la mort que s'il devine « ce qui plaît aux dames ». — « C'est de commander », lui souffle une vieille femme qui, en échange de la révélation de ce secret, exige qu'il l'épouse. Robert a promis, mais il est dur de tenir sa parole. Il obéira, cependant, au serment qu'il a fait : la vieille femme, c'est encore la fée l rgèle, qui change la sordide chaumière où Robert l'a suivie en un palais magnifique et qui apparaît elle-même en son éternelle splendeur (1).

La Féerie, alors, se pique de parer de fantaisie une

Idée. C'est le cas pour Zémire et Azor, de Marmon-

tel, musique de Grétry, autre variation sur le thème

de la Belle et lu Bête (2). « Azor, dit la Fée, après

ce monstre a retrouvé sa forme première,

Azor, tu vois que la bontc*

A tous les droits de In beauté. »

si le cas pour Vile enchantée, de Sedaine, ayanl débuté par une pièce où il y a de la magie, le Diable à quatre. La Fée Alcine s'est avisée d'inspirer de l'amour à un mortel sans user de. son pouvoir, et elle remel sa baguette à sa suivante A.glae, qui, si bien armée qu'elle soit, ne peut appeler à elle les tendres hommages allant à sa maîtresse, Alcine, privée du don d.-s prestiges. Collé a moins de philosophie avec

i m. de Durazzo, Fava i renseigne abondamment sur les Interprètes e1 sur La mise en scène de la i Aie Italienne arant et après la réunion des deux troupes.

! a première version du conte de la Belle et la Bête semble : • Urne de Villeneui une question fort contro

rable se trouve, mais, durant que la fée Urgande vivait loin de son époux, son cœur n'est pas resté inoccupé el elle s'est éprise du jeune écuyer Myr/.a. Merlin la reconquiert par des fours de sa magie.

Pendant le xvme siècle, la Comédie-Française ellemême a parfois sacrifié à la féerie. Il y avait eu de la féerie dans le Bagne de V Oubli de Rotrou, naguère. Il y en eut dans Y Oracle, de Sainte-Foix, pièce à propos de laquelle l'auteur, dit-on, se disputa fort avec son interprète, Mlle de la Motte, en cherchant à lui faire comprendre la différence qu'il y avait entre une fée et une sorcière. Il y en eut dans Amour pour Amour, de la Chaussée (1742), où l'on vit le génie Azor chassé de l'empire aérien, pour avoir dédaigné les avances de sa souveraine, son exil et sa métamorphose ne pouvant finir que lorsqu'il aurait su toucher une personne jeune et belle, à qui le mot d'amour fût inconnu. Il y en eut dans Laural et Viviane, de Champein ; Laural est aimé de la fée Viviane, mais la fée lui a fait jurer de ne jamais dévoiler cet amour. Le roi Artus exige que ses chevaliers proclament que nulle dame n'égale en beauté sa sœur Iseult : Laural ne peut s'associer à cet éloge, et il va être puni de mort, s'il ne fait la preuve que sa maltresse est plus belle qu'Iseult. Viviane, au moment décisif, consentira à se montrer. — Il y a de la féerie dans Belphégor, tiré très librement par Legrand du conte de La Fontaine ; il y en a dans Zélide, de Renouf (1755), où les fées, qui ont parfois les passions et les jalousies des mortelles, l'ont expier à la fée Armandine le prix de beauté qu'elle remporta sur elles : Armandine ne retrouvera son repos que le jour où son iils aura inspiré de l'amour à la fille de sa plus cruelle ennemie. Il y en a dans le Raieunissement inutile, de Lagrange (1738). Crispin, vieilli, a demandé à une fée de le rajeunir, mais la fée n'a qu'une

(D'aprit une Eêtampe cou tempo rai ne '

vas italien de Véronèse, les Vingt-six infortunes d'Arlequin, dont le fekéros subissail tous les coups de la fatalité, depuis le momenl où il étail entré dans une auberge pour y déjeuner ; ce à quoi il n'avail pu parvenir, au moment où tombait le rideau : il est vrai qu'on l'avait marié, el Véronès* faisait passer (eite dernière infortune pour la pire de toutes. Il n'y avait, en fait, qu'à attribuer toutes ces mésaventures à Tin-' fluence d'une fée narquoise ou mauvaise, et à oppoi ses maléfices l'action d'une fée bienfaisante. Le petil Théâtre des Jeunes-Artistes, boulevard Saint-Martin, qui avait joué en 1790 Nicodème <l<nis la In ne. où Beffroy de Regny, le « Cousin Jacques », avail naïvement salué le monde nouveau créé par la Révolution, n'ayant, pas laissé de se tromper dans la douceur de ses prophéties, — ce théâtre se fit, un moment, une manière de spécialité de la Féerie. On se mit à exploiter le fond des contes de Perrault, mais l'ombre de Perrault eût été bien étonnée des ients apportés, selon le goût du jour, à ses déises histoires.

Cuvelier et Hapdé donnèrent un Petit Poucet, mais l.i mode était aux doubles titres, et ce fut le Petit i ou VOrphelin de la Forêt, cinq actes, à grand spectacle, « ornés de chants, danses, costumes nou- . évolutions, avec inejendie, pluie de feu, explosion et démolition de l'arène du tyran Barbasta] ». une affiche qui promettait. Puis ce fut un pre- Chat Botté, ou encore, les Souhaits, « folies-fée- . qui alternaient avec les sombres horreurs du Moine ou de la Sonne de TÂndemberg.

Tous les comiques de la troupe donnaient, dans ces entations, auxquelles concouraient aussi, d'ail- Ies comédiens de ce temps ne se confinaient lans leur emploi), les acteurs qui, la veille, il incarné <\r* héros ou des traîtres. Mais on in souvenir aux premiers protagonistes du

une aquateinte a\

(Collection <■. Hartmann.)

affaire à Saphirine, Tremblantini réveille sa vieille gouvernante, plongée, en même temps qu'elle, dans mmeil magique.

La vieille. — Ah ça, mon bel ami, i quoi la r

noe m'oblige, el je suis trop bien élevée pour ne pas vous offrir ma main.

Tremblantini. — Comment, votre main, qu'est-ce qui veut dire?

La vieille. — Mais, dans mon jeune temps, cela voulait

iser.

Tremblantini. — Moi, j'épouserais une femme qui a don ni cent ans !

La vieille. — El qu'est-ce qui peut te déplaire en moi, petit ingral ?

iblantiw. — Je n'ai pas le temps de vous conter ça. La vieille. — Je te conseille d'en chercher, des femmes d'un siècle, qui aient encore ma tournure, ma fraîcheur. Tremblantini. — Hélas, hélas, qu'on a grand tort De réveiller le chai qui dort !

Il y aura pis, en 1813, avec VOgresse <>" la Belle

an Hoir dormant, mêlant divers contes et en faisan!

ii ne pure folie que jouait, travesti en femme, l'acteur

Tiercelin, ce comédien d'une verve énorme, donl le

venir n'est pas tout à l'ait perdu (1).

i Hapdé qui se charge de mettre à la scène Peau ,i' [ne «'l Riquet a lu Houppe, Augustin Hapdé, auteur de nombreux mélodrames el d'une nuire fée- [rlequin 'lu us un iruf. Hapdé qui, par ses foncd 'administrateur des hôpitaux militaires, t, sans que su bonne humeur en fui altérée, les plus douloureuses souffrances humaines. Partagé entre >\''+ occupations forl diverses, il avafl obtenu le

(D « Tiercelin avait étudié la trivialité, les habitudes, le lani us de La plus basse classe • son attitude ses ma ■ atalent. Avec une grosse cravate, de boucles d'oreilles, an bâton uoueux â la main et an gros chien qui if suivait partout, Il ae lui manquait qu'une carmagnole pour rappeler i«'s coryphées de 93. n était de ce temps-1; en avait conservé le genre. Au demeurant, m passait i • Jade ses camarades. » Mémoires <t'iin Vaudevilles acteurs.)

le don q

Martain ville.

C'est une singulière physionomie que celle de ce Martainville, qui garda toute sa vie le coup de soleil reçu, en naissant, par le hasard des pérégrinations commerciales de son père, sous le ciel arâenl de l'Espagne, à Cadix. D'Espagne, il était venu en Provence, où il passa son enfance. Méridional de deux pays, avec un sang bouillant, il n'en fut pas moins i tellement Parisien, Parisien dans l'âme. Ce fut Paris qui forma en lui le vaudevilliste, spirituel, frondeur, batailleur, sceptique. Mais l'Espagne lit cette manière de Don Quichotte qu'il fut aussi, en môme temps, champion de l'idée monarchique, royaliste éperdu, aventureux et compromettant pour ceux-là. mêmes qu'il servait. "Le Pied de mouton e1 le Drapeau blanc! La gaminerie d'un faubourien H les passons d'un « ultra », la vie de coulisses et les leçons données, dans son journal, a des rois qu'il ne trouvai! pas assez « rois » ! Il y a, chez cet homme Impétueux, un mélange complexe qu'il peul être amu- Banl d'analyser. Au dtemeurant, il prêtai! à la légende, el il n'y a plus sur lui que des légende effet. Le Martainville de la vérité reste assez curieux cependant.

D. — D'où il prend les - lesquelles il rédige cet

article?

R. Qu'il rédige, par extraits, à la Convention, dans une :ôté de Solon, nos 1 et 2 (1).

11 avait rencontré Grelot, désireux de s'assurer une collaboration intelligente et économique, dans un café. Martainville avait offert ses services, et, avec son extrême facilité, il était propre, en effet, à toutes les besognes. Il était bientôt devenu la cheville ouvrière d'une maison dont le but était de vendre le plus de papier imprimé possible. Le jeune rédacteur du Postillon des Armées ne se bornai! pas aux comptes rendus des séances de la Convention ; il rem plissait de sa prose toutes les feuilles de Cretot.

Dans les premiers jours de ventôse, Crétol publia une • brochure de huit pages, intitulée Tableau du Maximum des denrées et marchandises, divisé en cinq sections : aliments, vêtements, métaux, combustibles, épicerie, tableau prenant pour hase les prix de 1790 comparés avec ceux de 179;}. On sait dans quelles circonstances critiques le Comité des subsistances de la Convention avait été amen.' à proposer la loi du maximum. L'aspecl de la brochure lui donnait une apparence contre-révolutionnaire ; on y avait relevé quelques inexactitudes. Le 9, Crétol était poursuivi par l'accusateur public, et avec lui, comme complices, Martainville, Millin, Mauborgne, Le Chave, Tremblay el Lefèvre, colporteur.

Martainville expliqua, sans aucune forfanterie,

qu'il n'avait pas rédigé la brochure, qu'il s'était

borné à mettre Cretot en rapport avec Mauborgne,

commis chez Basset, le marchand d'estampes popu

de la rue Saint-Jacques, qu'il avait seulemenl

Mauborgne le décret tel qu'il avait été

(1) Archives Nationales.

Le 3 prairial, il fait partie de cette aventureuse i ditii in de réacteurs contre le faubourg Saint-Antoine où la Jeunesse dorée de Fréron l'ail ses premières armes, contrainte à user, (railleurs. .1..' la ruse plus que de la force< devant l'énergique attitude populaire. Mais les troupes conventionnelles sont assez fortes. >\>'x le lendemain, pour ne plus rien craindre de l'agitation des faubourgs. La Convention, où a un frisson, ne songe plus qu". ngeances,

- Girondins, revenus, proscrivent à leur tour les terroristes, usant des mêmes moyens qu'eux. « La Convention, dit Barras dans ses Mémoires, était de

eau semblable à une arène de gladiateurs, où l'on devail s'égorger, comme avant le 9 thermidor... Les bourreaux des députés furent encouragés, cette l'ois encore, par la violence d'autres députés ». Louvet sort de la retraite où il s'est caché, il est chargé par les Comités de faire le rapport des événements qui viennent de s'accomplir ; il mentionne le jeune Martainville parmi ceux qui ont montré le plus d'arà batailler.

Cette ardeur s'exalte dans les assauts contre le Club des Jacobins, qui va être décidément fermé par »ins un peu rudes d'un de ses anciens membres, i fervent thermidorien La jeunesse dorée n'épargne pas les femmes — un vers du Lion amoureux le rappellera. — Dans son Tableau tic Paris en vaudeville, Ange Pitou montre Martainville aux privée une citoyenne : « Je crois le voir encore entrer dans la salle des Frères et Amis en séance, en tirer vigoureusemnl une sœur écumante de colère, la faire pirouetter, et. de peur d'être mordu, l'as

mollemenl sur un tas duriuscule de 1 • qui jutait

à trav.-is la robe virginale sur la ceinture tricolore. » pas là son plus bel exploit, mais à quelle

-ie en est tôt arrivé ce parti nouveau qui, à cette époque, ne sait pas très bien ce qu'il veut et où il

se sei

Ui.Atr.il.«

traînai iw« fur< n

Page 1