M II
Martainville liait les émigrés autant qu'il a haï les
Jacobins ; il ne leur pardonne pus leur absence aux moments critiques ; il proteste contre la modération de Fréron, « le chef de la Sagesse - (sagesse toute nouvelle chez lui !), il réclame des mesures aussi violentes contre les aristocrates que contre d'autres citoyens. A la vérité, il est surtout mené par ses [tassions du moment, des passions de circonstances, et il ne laisse pas d'abuser de la parcelle de pouvoir qu'il détient. Il est agressif, remuant, batailleur, impatient d'action, fût-ce dans un rôle secondaire. Chargé d'une œuvre de réconciliation, il réconcilie les partis à coups de trique, en les distribuant aux uns et aux autres, selon son inspiration, et il continuera è se faire là cette belle collection d'ennemis qui lui resteront du moins fidèles, ceux-là, à travers ton les les | «hases de son existence.
Ce « diable incarné » agit en étourneau dans cette mission, ayant un tel goût d'opposition qu'il en fait contre Fréron et qu'il est capable de s'en faire à luimême, dans sa surprise d'être un représentant du gouvernement, Le bouillant polémiste, dont toute la politique est en plaisanteries mordantes et en fantaisies, jouisseur débraillé, du reste, doit être rappelé.
Il entame aussitôt les hostilités contre le Directoire en faisant jouer aux Jeunes-Artistes les Assemblées primaires ou J<'s Elections I . vaudeville d'actualité. Dans le système à deux degrés, ce sont les assem- Uées primaires qui nomment des électeurs. Comme dans sa première pièce, In fable de Martainville est bien vague, mais elle n'est qu'un prétexte à pamphlets contre les hommes du joui-, anciens membres jtes Comités révolutionnaires, fournisseurs des armées, voire journalistes d'une autre opinion. L'hontiôte Dumont ne veut donner sa fille qu'à nu électeur,
(l)n mars 1797.
Rfl
vas se vengea assez spirituellement. Le lendemain, une énorme affiche était placardée devant la poiie du théâtre : elle étalait aux yeux des passants le récii de la conversation de Martainville avec Limodin,
« Le Pieu de Mouton »
{Seine de lu transformation des duègnes. )
conversation malicieusement restituée, et vraisemblablement quelque peu arrangée pour les besoins de la cause.
Martainville. — La pièce sera jouée, ou je ferai tapage. Le public la demande; vous n'avez pas Le droit de l'en priver.
Limodin. — Que m'importe I»; public ! Qu'il soit content ou non. je m'en f...
El Martainville ajoutait à ce pittoresque résumé de l'entretien ses commentaires :
l^' public dont il se f..., et qui, je crois, le lui pend bien, a demandé a grands cris la pire- défendue. Moi qui ne suis pas membre du bureau central, et qui no me f... pas du public, pour le mettre à même di juger la pièce, je l'ai fait Imprimer. Elle se vend chez Barba, pue Saint-André-des-Arcs, n° 27.
opinii
conte qu'un <l<is ^Directeurs a cru entendre le bruit que faisail un voleur dans ses appartements el que, eu effet, la chambre où il esl entré était dans le désordre d'une tentative d'effraction. Martainville commente cette aventure à sa manière, imagine le dialogue entre le gouvernanl el son domestique. « — Je ne vois personne, «lit celui-ci. — Cherchez, cherchez, répond le Directeur, il y a un voleur, j'en suis sûr. — Je vous assure qu'il n'y a que vous... »
Le Consulat el l'Empire éteignent la verve politique de Martainville, 11 se tourne vers le vaudeville. La production vaudevillesque de l'ancien railleur des Jacobins sent l'improvisation el la facilité excessive, et sa galté certaine ne laisse pas de paraître grosse, aujourd'hui. Le futur rédacteur du Drapeau blanc ne se l'ait même pas faute de plaisanter les légendes sacrées. C'est le '-as dans \nc ,,n le Monde repeuplé, où les personnages bibliques sont transformés en fantoches. La femme de Noé, suppose Martainville, est morte dans l'arche, pendant le Déluge :
Elle esl morte d'avoir eu peur
En voyanl le Déluge.
Hélas, de ma juste douleur
Que le ciel soit i
Ah !
il m'en souviendra Larira !
Commenl reconstituer le monde, ô présent ? Noé av;iii cependant obéi aux onires divins, en ne conservant que su femme, a qui il est arrivé cette fâcheuse aventure de quitter une terre trop mouillée... Heureusementï a son nez el à sa barbe, on ,-i transgi ses sévères instructions.
Etienne qui a rommencé, lui aussi, par des vaudevilles, le Charbonnier homme d'Etat et le Pacha de Suresnes, mais qui esl déjà en coquetterie avec le Pouvoir, en passe d'être un peu un homme à tout faire de l'Empire. Martainyille est beaucoup moins intransigeant, alors. Au reste, Etienne ne sera un libéral et l'adversaire des idées de son ancien collaborateur qu'à la Restauration. Tous deux, alors — bien qu'Etienne ne soit arrivé à Paris qu'en 1796 — ont les mêmes opinions sur la Révolution ; leur travail s'en ressent : « On ne peut reprocher aux acteurs l'abaissement de leur talenl : il fallait opter entre un rôle, même dégoûtant, et sa tête. L'échafaud était Vultima ratio de ces terribles moments. On a, depuis, joui'- toutes sortes de personnages sans courir d'aussi grands risques, et nous avons vu des gens du monde changer de rôles aussi facilement que les comédiens, sans y être forcés comme eux. » C'est évidemment Marta inville qui a fourni la plupart des souvenirs, puisqu'il était là. lié avec quelques-uns des comédiens, et, surtout, fâché avec eux. La chronique des trois troupes éi.arses dont l'aventureux Sageret avait voulu former un faisceau est contée là avec des détails qui sont, pittoresques en eux-mêmes : les trois tronçons du Théâtre-Français, au Théâtre «le la République, ;'i Feydeau, à l'Odéon. axaient eu bien des aventures, avant de se joindre et de reformer un corps
Martainville aborde un peu tous 1rs genres, à ce moment, et. toujours avec Etienne, le vaudevilliste de \<<c ou h' Monde repeuplé^ compose une Vie de Lamoignon de Malesherbes. Mais il revient vite au vaudeville, après ces i >ns dans un autre
domaine.
Le mélodrame est alors m grande faveur, attire la foule, qui. après avoir vu tant d'événements tragiques, n des trésors «le sensibilité a dépenser pour des
laissé passé ! — fut accommi nices
diverses, par des cuisiniers dramatiques de plusieurs générations. Oserais-je dire qu'ils l'onl un peu g La machinerie des reprises successives a fini par dévorer la pièce, car il y a une pièce dai Pied de mouton, d'une simplicité pour ainsi dire classique. Le Pied de mouton, c'est le mythe de Psyché, c'est aussi Lohengrin. Une certaine solenniti allie parfois è la fantaisie. Il j maximes
morales au milieu des lazzis : «< I vent au fond de l'abîme qu'on trouve la route qui conduit au bonheur... Un bonheur subit est un morceau lourd : il faut du temps pour le digérer... Les hommes, toujours dupes des apparences, insultent au mérite qu'ils ne connaissent pas. » Avec tout cela — eh ! mon Dieu, oui, un brin, un tout petit brin de sie. Il y en a dans le tour des six duègues cha pur don Lopez de garder Léonora, éprise de Gusman et narguant son prétendu Nigaudinos, des six du qui se changent en galantes musiciennes, chantant l'amour plus fort que tout (1) : il y en S dans l'évocation au dieu Protecteur <\<'± Amants, loi >nora a. pur sa curiosité, arraché à Gusman 1»' secret d talisman.
Guzman. — Eh bien, Léonora, vous voyez les effets du courroux du puissant génie que mon Indiscrétion a otfi il nous livre à la merci de nos enneti
k>ra. — Non, je ne puis croire qu'ils nous punisse faute légère et si naturelle... i qu'il ait aimé,
i-t-il vous faire un crime de n'avoir pas eu de
ne Indication de mis ne de la Lampe Mi
de Merle et Carmouche Panorama-Dramatique, pprend par quel moyen primitif se pangemenl
sa lampe data en cuisiniers, au moyen d'un encadremeni qui De ir que leur figure Us sont nabUli
et une fois tnini • miniers,
Gmro&fl
II s
Lu Théâtre bi la <■ (Reconstruit après Fincendie de 1835.)
sur la musique du chef d'orchestre Taix : la scène du duel «le Guzman el de Nigaudinos, où celui-ci tir épée : au lieu d'une lame, c'esl une grande plume de dindon qui sorl du fourreau ; celle où Nigaudinos voyanl les portraits de famille de sa chambre bâiller, • igies qu'il a éteintes se rallumer, s'empare, ayanl peur, d'une lance d'où il sorl une fusée, place sur sa tête un chapeau qui se change en ballon el s'enlève les airs. Ces mésaventures <l<i Nigaudinos se renouvellent sans un bras énorme sorl du
plancher el lui fail faire une étrange ascension : il se iih'I a table : « J'ai faim, dit-il, il faul que j»1 mange, ça me donnera du cœur : d'ailleurs, de père en fils, nous avons toujours mangé, dans ma famille. El
il. Il
La brochure indique un collaborateur à Martainville, Ribié. Ribié, c'était le directeur de la Gaîté, à qui Nicole! avait cédé son entreprise. Une figure pittoresque du théâtre d'autan. Ribié, vrai gamin de Paris, avait commencé par être vendeur de contre-
toire de la féerie : il soumit plus d'une idée originale aux auteurs et aux décorateurs. Daguerre faisait grand cas de lui.
Les acteurs du Pied de mouton étaient :
Genest .... Don Lopez.
Duménis . . . Nigaudinos.
Victor Guzman.
Edouard. . . . Qonzalès.
Héret Lazarille.
Bignon .... YiOcain.
Lequien. . . . Un Génie.
Magloire . . Le Magicien.
Petit Adolphe . L'Amour.
Mlle Millot . . Léonora.
Genest, avait passé par les théâtres de la Cité, Molière, des Variétés ; c'était déjà un vieux routier. Dumenis dut une
manière de célébrité à sa création de Nigaudinos. « Il était, dit Brazier, ravissant, délirant de bêtise. » Ses appointements pas- Baient pour considérables : il avait 3.500 francs. On les rédui- - i de beaucoup quand il vieillit, et M. Henry Lyonnet a retrouvé une lettre mélancolique de ce vétéran qui, étant censé recevoir i.350 Francs, reconnaissait que ce chiffre était pour la forme et qu'il n'avait droit qu'à 1.200 francs. Il avait fait fureur dans les rôles de niais. « Il délassait, dit la Rampe et les ar- 1831), il délassait fort agréablement les amateurs des parricides. Fratricides, homicides e1 autres crimes du répertoire. si l'on parle moins aujourd'hui de cet acteur, c'est que les directeurs du théâtre ne lui confient plus de rôles, car Dumenis B'en a pas moins son talent et sa réputation ; il est père de trois demoiselles Fort jolies que nous avons vues briller d'un assez vil éclal sur les scènes du Cirque et de la Galté. » Victor, selon 1 Ermite du Luxembourg, se Faisait remarquer « par un jeu décent »: il quitta la Galté pour le Cirque-Olympique, puis aux Variétés. Héret transfuge de la Galté, appartint à 1,1 Porte-Sainl Martin Jusqu'en 1841. • A la Porte-Sainl Martin, il est utile et se charge avec la meilleure grâce du monde des rôles nuis, dont il se tire toujours sans désagrément : il dit, il chante, 11 mime, u danserait même s'il le fallait, car la danse est un des arts que m. Hérel pr ifesse .1 la ville et qui ne contribue pas peu à donner ,1 ses mimes appointements un peu plus de solidité. » L'ancien Lazarille Jouait le rôle modeste
du capitaine quartenlei dans Million de l.orinc. Bignon,
dit la Grande Biographie dramatique de 1824, esl un de ces
que le parterre écoute avec calme-, jamais un
sifflet ne prouve à l'artiste qu'il déplaît; jamais un bravo ne
lui annonce qu'il est agréable. " M Composa, lui aussi, une
porte de Féerie représentée aux Polies-Dramatiques, les Quatre du monde. 11 mourut en 1853 : Il avait été 1 un des pre
(Gaité, 25 avril 1807) (1). Mais refait-on « un chefd'œuvre »? Don Lopez el Nigaudinos sont ici remplacés par 1»' Docteur el son neveu Droguinès, l'un tuteur, l'autre soupiranl de Rosine, qui ne veul pour ('poux que le bel officier Fernando. Au lieu d'un pied de mouton, le talisman de Fernando est la queue du diable, lequel diable était enfermé dans une bouteille, par la puissance d'un magicien, et qu'il a délivré. Ce que voyant, Droguinès délivre aussi d'autres génies prisonniers dans des bouteilles, mais ce sont génies inférieurs, qui sont mauvais serviteurs, et qui se moquent même parfois de leur maître. Les amateurs du genre peuvent apprécier quelques inventions heureuses, comme la scène où le Docteur et Droguinès, poursuivant les amoureux dans une hôtelet sur le point de les atteindre, sont soudain, par un prodige du Diable, protecteur de Rosine el de Fernando, substitués aux poulets qui étaient à la broche, et tournent lentement devant le feu. Mais ce n'est plus 1' « inspiration » du Pied de mou ton.
Ainsi le théâtre accapare-t-il MartainviUe pendant rEmpire. Après avoir établi définitivement les lois de la féerie, il revienl au vaudeville : Le Tambour de Gonesse, M. Sainfoin, braconnier, Jean de Passy, Taconnel. Une légende veut que, convié à lire cette dernier.- pièce plus toi qu'il ne pensait, il l'ait improvisée, devant les çoEpiffâietis réunis, en n'ayant à la main qu'un cahier de papier blanc Mais c'est encore une fide.
Puis, c'est Monsieur Crédule ou II finit se défier du vendredi, où par <\rs moyens un peu compliqués, on guérit un bourgeois naïf de cette superstition, il finit par en rire et par se déclarer esprit-fort, plus
(i) a* m. i Dumenia Martj gui devail mourir maire
le Charenton el décoré Paa al F< rdinai I Mm. s Picard Louise, Elisa.
LA FÉERIG L03
« tiers de plaisants discours : elles désertenl leurs places pour l'entendre, H. «lit an contemporain, « on
plaignait de ce qu'il ni dans la salle an vide complet ».
Il trouve un auditoire aussi complaisant au café Dufils, au passage Feydeau, où cet improvisateur de plaisanteries et d'historiettes jette sa verve parisienne, mêlée de hâbleries provençales, ou dans les foyer de comédiens où — temps bien disparus ! réunissent volontiers les auteurs. Vu demeurant, il est furieusement joueur : mais, joueur heureux, il a des magnificences qui font une légende autour de lui. Une fois qu'il a passé la nuil à jouer et qu'il esl en gain, il emmène ses partenaires, quand vient le matin, déjeuner au Rocher de Cancale, le restaurant alors à la mode. Mais il ne se contente pas de ces invités : il convie à sa table tous ceux qui entrenl dans l'établis-
ment, et le déjeuner se prolonge jusqu'au soir. Ce sont là fantaisies de viveurs d'il y a un siècle.
Nombre d'anecdotes s'évoquent 11 est bien forcé de tenir un peu sa langue, sous le régime impérial, ère aux rieurs. Pourtant, le mariage de Napoléon avec Marie Louise, qui l'ait éclore laid d'épithalames dune étrange bassesse dans l'adulai ion, lui inspire des couplets narquois, dont il se laisse prendre des copies :
Nous voyons d' ces mariag's là Bien souvent ;i la Courtill Le matin, on ross" le papa Et le soir on épous' la lille.
L'autorité fronce les sourcils, décide l'arrestation de Mattaiiiville. Faut-il croire la tradition selon laquelle Mailainx ille, poursuivi par le policier Yeral jusque dans les coulisses des Variétés, ne voil d'autre moyen de lui échapper que de traverser la scène, pendant qu'un joue, afin de gagner nue porte donnanl
i la salle ? En courant, il perd son chapeau ; les
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en lui un nouveau Geoffroy »>. dira, en 1826, le Dictionnaire des gens de Lettres vivants, évoquanl quelque mélancolie le temps où Mu ri a inville, devenu un aventurier de la [tresse, n'étail que l'historien au jour le jour de la Mes coulisses. Au commenceinenl de 1814, alors qu'on joue partoul des pièces destim réveiller l'espi il publie », le critique du Journal de Paris se haussera, lui aussi, rendanl compte de V Oriflamme, à l'Opéra, jusqu'à de saintes colères contre les envahisseurs du sol français, « contr s insolents et téméraires ennemis
conduits dans nos provinces non par la victoire, mais par les pins lâches trahisons, »'i traînant à leur suite le pillage, le meurtre el la dévastation ». Il esl i curieux que ce soif ù in tin de l'Empire, el dans le temps môme qu*il esl déjà menacé, que Martainville
m dél
LA l-KKI: LO"î
s jetaient ieui [ui étaient
avidement recueilli! - tôt arborées. Plusieurs voix
demandèrent qu'on renversai l'aig ploient au-dessus de la loge qui fui celle de Nap Comme cette opération eut été un peu longu st con-
tenté de couvrir d'un voile blanc, emblème de la pai oiseau qui ne porte plus que des foudres éleint<
La fête finit comme elle a commencé. On se serrait lu main, on s'embrassait dans les foyers, dans liers :
on n'entendait que des voix fa1 puisées; l'organe des
elles-mêmes avait perdu sa moelleuse dou Quand on q été contrainl si longtemps à se taire ou à ne parler que1 bien bas, il esl facile de s'enrouer la première fois que l'on crie...
Au demeurant, combien cette première manifestation royaliste sera pâle, à côté de ce qu'écrira bientôt Martainville. Jl passe au Journal Royal, dont le ton es1 déjà forl monté, el ©ù on a l'injure facile, où l'on s'impatiente des lenteurs du Pouvoir à satisfaire les rancunes el les haines de la réaction. Il s'agite, réunie, il .-rie plus forl ([ue tout le monde, il cherche à se mettre au premier rang des « chevuuxlégers » du journalisme. A trente-sept ans, il semble avoir trouve sa vraie vocation. A Fa première cérémonie d'expiation de l'exécution de Louis XVI, le 21 janvier 1815, il aura une manière d'accès de délire, >'ii pariant de « l'horrible fécondité du génie révolutionnaire », en dénonçai il fous ceux qui, depuis tour <\<'+ Bourbons, « profitent d'une clémence
plus qu'humaine ». après avoir pris part m à tontes les fêtes du crime ».
Le retour de l'Ile d'Elbe Interrompt ses diatribes. Le Journal Royal a commencé pur mentir effrontément, par annoncer que Napoléon étail pourchassé par les gendarmes dans le Dauphiné, qu'il allait recevoir le châtiment de son audace. L'heure vient, pourtant, où cette jactance, devant les événements, est hors t\i- propos. C'esl un autre langage. Oui, l'Usurpa vance vers Paris, mais les Volontaires
chir I.
revenir Louis XVIII ? Le Pecq, on l'a vu, avait une petite garnison singulièremenl décidée, et qui se battit jusqu'à la dernière minute. On peul donc laver Martainville de cette accusation. 11 restera coupable d'assez de folies et de mauvaises actions, accomplies avec quelque inconscience, parfois, emporté par la nécessité de soutenir son rôle d'enfant perdu de la presse royaliste.
Dès cette année 1815, il poursuit l'Empire tombé, par une brochure qui est Un atroce pitrerie, et qui dut inspirer quelque dégoût aux royalistes euxmêmes, s'il en était alors qui ne fussent point aveuglés par la haine de Napoléon. Cette fois, il n'y a là aucune témérité. Ce ne sonl pas les injures qui étonnent, de la. part de Marlainville ; c'est, avec ce qu'il y a. de bravoure en lui, malgré tout, qu'il les Loire ;i des disparus. La préface de Buonaparte ou VAbus de V abdication, donne le ton du factum (1) :
Après la mort de Cartouche, les Comédiens-Français représentèrent sur leur théâtre une comédie intitulés Cartouche Ou les \ oleurs, que tout Paris fut voir. Cartouche ne laissai pas une mémoire trop odieuse : il n'avait ni incendié les villes, ni désolé les campagnes; il ne s'était approprié le bien que d'une très petit nombre d'individus, el il passait, généralement pour professer l'horreur du meurtre... héros, à nous, est couvert de foutes les ignominies, souillé de tous les forfaits; le monde, au scandai»1 duquel il respire encore, se soulève loul entier contre lui...
Dans ce pamphlet, qui emprunte la forme d'une . c'est le travestissement haineux de l'histoire. depuis le dépari de nie d'Elbe.
...Et ces marauds connaissent enfin la liberté sous la pro-
des lois! — dit Napoléon en se tournant, dans la
direction Mes côtes de France. — Et ils goûtent en pais les
irs d'une administration paternelle... Génie du mal,
toi qui m'as donné l'être el qui t'es plu à me former a ton
. toi dont le front, noir el sourcilleux se dérida pour la
Chez Dentu, 3, rue du Pont-dc-Lodl, el an Palais-Royal, paieries de Bois, 265.
rambattants, des soldats, et ces 'railleries sont abominables : « sire, dit un aide de camp, la garde est taillée en pièces... Rendez-vous ! lui criaiton. « La Garde meurt el ne se rend pas. répond fièrement Cambronne... » — Comment cela, Cambronne est mort ? — Non. sire, il s'est rendu. — Comment, après avoir dit que la garde mourait et ne se rendait pas !... Qu'on arrête les fuyards avec le plus grand soin : moi. je me sauve... Vous voilà bien étonnés ? Ce n'est pas la première fois... »
Les palinodies politiques, après l'abdication, la de chacun à tirer son épingle du jeu. prêtaient mieux à t\r* scènes férocement narquoises. Dans la dernière de ces scènes, un apothicaire offrait à « Buonaparte » de le débarrasser de la. vie par le poison. i< — Merci, répondait-il en substance, je n'aime la souffrance que pour les autres. — Eh bien, r< prenait l'apothicaire en guise de conclusion, qu'on pende Votre Majesté : c'est ce qu'il y a de mieux; pour nous ! »
Où (''lait l'ancienne collaboration amicale avec Etienne ? Au cours de a^ cinq actes d'une si piteuse fantaisie, bien loin du Pied de mouton, il ne l'avait pas épargné, et il l'avail ridiculise de toutes les façons.
Martainville ne va plus «Mie. désormais, que l'escondottiere de lu presse dont Janin, quj ne le détestait pas. cependant, qui restail sensible m quelque saillie imprévue, au milieu d'un déchaînement d'injures, a tracé ce portrait : « 11 écrivait vite et il •'•tait violent : il (''lait violent aux ministres, aux chefs 'i'- l'opposition, violent aux serviteurs qui n'étaient le son parti, violent à tous, il était revêche, insolenl .1 outrance, taquin, faquin, hâbleur... Os sortes d'écrivains tiennent beaucoup du paillasse des carrefours et du bandit de grand chemin... » Il lui pendait, toutefois, la justice qui peut encore lui être rendue :