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de penser. Ce n'était pas d'ailleurs seulement à son journal qu'on le trouvait. Les mœurs de presse ont du moins gagné un peu en tenu»' extérieure. 11 s'installail volontiers au calé Valois, au Palais-Royal, en lu café Lemblin, rendez-vous des libéraux, et le vaudevilliste qu'il avaii été reparaissait en lui : il chantait les couplets frondeurs qu'il avaii composés contre ses adversaires, couplets au gros sel, débraillés, orduriers au besoin, avec quelque trouvaille plaisante, parfois. Si quelques ennemis se risquaient au café Valois, il les chantait plus fort. Le trône el l'autel étaient étrangement défendus. « sur le ton de la muse de Vadé », dit Théodore Muret, un autre journaliste temps-là, mais dont le zèle pour la légitimité gardail plus de discrétion. Au reste, Martainvilie mêlait à ses passions de polémiste le goût de la bonne . et il n'était jamais plus en verve qu'après un repas abondant.
<>n voit, par un rapport conservé aux Archives, que la police ne laissait pas de surveiller ce champion, souvent compromettant, de la monarchie. C'est une note du préfel Angles au baron Mounier, pair de France, directeur général de l'administration départementale de la Seine (1) :
dcur le Baron,
Dans une unie que vous m'avc? fait l'honneur de me communiquer, il étaii question d'un rassembl< ment tumultueux, qui avait eu lieu dans la journée 'lu :! avril au café de la . '■! dans lequel le sieur Martainvilie avaii été particulièrement remarqué.
reformations que j'ai f;u't prendre m'onl appris qu< sept ou liait individus, qu'on a cru reconnaître pour être teurs du Tûéàtre-Feydeau <■! parmi lesquels se trouvait, effectivement, le sieur Martainvilie, se sont rendus dans la journée du :* de ce mois, vers deux heures, a la suite d'un déjeuner qu'ils avaienl fail entre eux, au café de la Ro-
(1) Arcii. Nationales v. 7. 6914, dossi> i
ceux-là mêmes qui, fougueux royalistes, ne le sont pas encore assez au gré de Martainville. Tous les jours, il crible de sarcasmes le ministère el M. Decazes, et
quant à lui, il se vante de son action incessante :
Qui a lire le royalisme de cette léthargie mortelle où le ministère voudrait le replonger aujourd'hui, sinon les écrivains courageux et incorruptibles qui bravèrent la vengeance et repoussèrent les dons d'un favori tout-puissant!...
<( Incorruptible « : on peut s'arrêter un instant sur ce mot. Sans doute, plus tard, à de certaines heures de la Restauration, on mit en œuvre quelques séductions pour obtenir de Martainville qu'il adoucit un peu le ton qui lui était habituel : ainsi reçut-il une pari dans le privilège de la Gaîté, accordé à Pixerécourt, Marty et Dubois, mais c'est une particularité peu banale chez cet aventurier de la presse qu'il ne fut pas à vendre, si dépensier qu'il fût. Decazes l'eût acheté s'il eût pu l'acheter. 1 laissa hic et méprisable par bien des côtés, Martainville échappe, du moins, au reproche de vénalité absolue, gardfl son indépendance. Elle "'tait, en somme, sa raison d'être. Peutêtre avait-il calculé qu'elle lui serait plus profitable qu'un marché, môme avantageux.
\)r* poursuites n'étaient pas pour lui déplaire. Le Drapeau blanc fut poursuivi pour avoir attaqué les acquéreurs de biens nationaux. Ne venait-on pas, d'ailleurs, de poursuivre un autre organe ultra-royale Fidèle ami du mi, comme pouf tenir une sorte de balance entre les écarts de tons les partis ? Martainville se défendit lui-même, avec une sorte d'éloquence OÙ il y avait de sa hâblerie eoiitiniiièr.
3e étail son apologie : il était à son aise «mi ces occasions, avec son aplomb et son 140111 de [a combativité. Il renchéril sur l'article incriminé en commençant ainsi sa plaidoirie : « Dclenda est CaHhagO : il faul détruire la Révolution... » Le président de la. Cour ne put parvenir ;i l'arrêter dans ses impé-
procédés, avec toute son insolence, en ne rétractanl rien, en hasardant même celte incroyable opinion que le maréchal, sentanl l'impossibilité d'échapper au châtimenl de ses fautes, s'était suicidé ! Cette prétendue plaidoirie ne faisait qu'ajouter de nouveaux outragea aUx premiers. Il traita cavalièremenl Dupin, en raillant « sa colère de location », et, quelques murmures s'étanl élevés contre son attitude cynique, il croisa les bras, el défia l'assistance. Du reste, l'avocat général de Broë. s'il paru! réprouver les violences • l»1 Martainville, conclu! à son acquittement, estimanl « qu'il n'y avait pas délit de diffamation envers les morts ».
\)>'> procès, il en avait aussi en province, où il allait les soutenir avec la même impertinence, avec le même dédain de ses accusateurs, avec les mêmes persiflages. Mais il lui arrivait parfois des aventures assez fâcheuses.
Il semble bien, d'après les rapports de police conservés aux Archives, que celle qui lui survinl à Chaton ait été fort exagérée. Le voyage que fit Martainville à Bourg, pour soutenir sa défense dans une action en diffamation intentée contre le Drapeau blanc par I'- lieutenant-général Chastel, ne laissa pas, cependant, d'être accidenté.
En passant par Chalon, au moment <>n il descendait de la diligence, il fui. reconnu par un officier réformé, nommé Clarin, qui trouva l'occasion bonne "tiner une leçon au journaliste, insulteur de ses compagnons d'armes, à l'auteur de VAbus de VAbdication. Clarin suivit Martainville jusqu'à l'auberg chercha a y pénétrer après lin. L'hôte ferma précipitamment la porte. Martainville n'avail pas compris.
demandé au sieur Beaumiéj conducteur, si tous les voy< étaient là. S ponse qu'ils y étaient tous, nous l'avons
invité à mettre au large, et nous avoi seul sur le
tillac pour nous assurer si la tranquillité étéil bien blie. Voyant que tout était calme, je nie suis adressé une seconde fois au sieur Martainville pour l'inviter à nous exhiber son passeport, à quoi il a répondu qu'il allait à Bourg pour se rendre près du tribunal et m'a remis sa citation, qui a confirmé ce qu'il venait \près quoi, j'ai mis pied à terre.
Mais à Bourg, les choses manquèrent de se gâter. Martainville, s'il fut fêté par quelques ultras, fut mal accueilli par l'autre camp. Des jeunes gens se nirent et lui donnèrent un assez inquiétant charivari, pendant qu'il dînait avec quelques personnes de la ville. « Ce trouble, dit le rapport du commissaire de police de Bourg, ne put être supporté de sang-froid par des habitants honorables. » Les convives voulurent protester, se montrèrent. Martainville fui saisi, secoué, renversé, et il eût couru un sérieux danger si un maréchal des logis des gardes du corps, en semestre, nommé Delabarge, n'eût réussi è le délivrer, s'emparant d'un de ses agresseurs, un certain Mouraud, cadet.
L'affaire fil quelque bruit. Le ministère s'inquiéta de l'étal d'esprit qui régnait à Bourg, demanda des renseignements. On avait crié : « A bas le Drapeau blanc ! » Etait-ce du journal qu'il s'agissait seulement ? Le rapport du commandant de la gendarmerie sur l'espril public est assez Bavoureux.
il est difficile do définir d'une n ertaine l'opinion
publique, vu quelle varie presque chaque jour, suivant ce i se ;i l'intérieur <>u ,t l'extérieur (1).
Le préfet de l'Ain dut reconnaître que ces incidents étaient fâcheux, tout en cherchant a les atténuer :
La conduite des jeunes gens de Bourg '■.-! d'autant plus pépréhensible qu'elle a <tn paraître une improbation des
(1) 21 mai 1821.
avail échangé une maison qu'il possédait, place Vendôme, contre une pari de direction, laissail à son collaborateur, homme de théâtre, auteur el feuilletoniste, les responsabilités administratives. Merle avail f-ail un voyage à Londres : il en était revenu avec la manie îhoses anglaises, car il fallait toujours qu'il eût une manie, qui ne durait pas. (railleurs, bien longlemps. Il avail commencé par Introduire dans les pièces représentées des attractions anglaises, <\>>* boxeurs et des combats de coqs. Il s'avisa d'accueillir des comédiens anglais, de donner l'hospitalité à une troupe dirigée par un M. Prenley, 11 s'était surtout préoccupé de son propre plaisir : il n'avait pas songé qu'il allait déchaîner une tempête, créer une question politique.
Les libéraux et les bonapartistes s'exaspérèrent, en effet, à la pensée de cette autre invasion britannique, pour pacifique qu'elle fût. Ils n'avaient pas pardonné aux Anglais, môme représentés, • cette fois, par des artistes dramatiques. Les journaux royalistes, au contraire, leur promirent leur appui, leur accordèrent une large et bienveillante publicité. On se prépara à la lutte, dans les deux camps, comme pour la bataille de Germanicus, cinq ans auparavant. Mais les libéraux se trouvaient en majorité.
Par une ironie, Tune des pièces affichées était YEcole du scandale. La salle avait été envahie, et, devant cet empressement et cette curiosité, Merle s'applaudissait de son idée. Cependant, même avant le lever du rideau, le public était singulièrement houleux. A peine les premiers personnages eurent -ils en scène que de terribles coups de sifflets retentirent, mêlés de protestations vigoureuses :
— Pas d'acteurs anglais !... Allez-vous-en !
malheureux artistes, qui ne s'attendaient pas a
cel accueil, restèrent interdits un moment, puis ils
èrent de continuer. Alors toutes sortes de pro-
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tion. Sa physionomie était assez caractéristique pour qu'on reconnût Martainville. Une clameur s'éleva contre le (directeur du Drapeau blanc. On entendit ou "ii cru! entendre — le mol : Canailles ! » prononcé par lui. La fureur d'une partie de la foule, dont il insultait quotidiennement les sentiments, ne connut plus de bornes, et c'est vers lui qu'elle se tourna. Vers lui tombèrent les projectiles tout à l'heure réservés aux comédiens britanniques. Il émisa les bras, tint tête aux injures et aux menaces.
— A la porte... à la porte !
Toutes les surprises étaienl réservées à la troupe infortunée de M. Prenley ; du moins cette diversion lui laissait-elle quelque répit.
Dans leur exaspération, des jeunes gens, renversant les spectateurs du balcon, se ruaient déjà à l'assaut de la loge de Martainville. -
— Monsieur Martainville, lui dit le commissaire de police, il serai! prudent de vous retirer.
— Monsieur le commissaire, répondit-il, avec sa forfanterie habituelle, mais en gardant une ferme attitude, il ya longtemps que la prudence et moi nous ne nous connaissons plus !
— Monsieur Martainville, je vous en prie, ne bravez pas au moins ces forcenés !
Des gendarmes entourèrent sa loge, et, puisqu'il ne voulait pas quitter la place, le contraignirent, du moins, à s'effacer un peu.
11 resta jusqu'à la fin de la s. [géant bientôt
que ses gardes du corps le serrassent de moins près. On en revint aux Anglais qui, avec constance, s'acharnaienl à continuer la pièce, en dépit des huées, mettant leur orgueil à ne pus abondonner la partie, malgré les conseils que leur donnaient les personnes venues, sur le théâtre, leur témoigner leur sympathie, et Merle lui-môme, tout à coup guéri de son anglomanie. Et, contre vent et marée, ils allèrent, en effet,
Mais un vent de folie régnait. Pendant l'entracte, le mot d'ordre fut de s'en prendre à l'administration du théâtre, qui avait eu l'idée des représentations anglaises, bien qu'elle eût cédé devant les protestations. C'était bien un délire, en effet. On chassa les musiciens de l'orchestre, un spectateur s'empara d'un tambour, et battit la charge. Soudain, la toile se releva, mais elle montra un spectacle inattendu : une double haie de gendarmes, au porl d'armes. L'autorité Intervenait énergiquement. Cette fermeté détermina d'abord une détente, mais quelques énergumènes escaladèrent la scène, entourèrent les soldats. « A ce moment, dit un témoin. Jouslin de la Salle, on entendit distinctement : (( Apprêtez armes... joue... » Les assaillants reculent épouvantés, tous cherchent à gagner les issues encombrées, en se bousculant, lorsqu'un lu m ii me s'élance des secondes loges, gagne le parterre, rallie les fuyards et les entraîne de nouveau sur la scène. Les cris des femmes qui se trouvent mal. le bruit des tambours, le craquement des banquettes et des portes que l'on brise donnent à cette scène une physionomie satanique. Les gendarmes restent enfin maîtres du champ de bataille, et, la salle évacuée, des charges de cavalerie sur les boulevards terminent cette m.ilencontreuse soirée (1). »
Jouslin de la Salle assure que parmi les plus ardents meneurs, parmi ceux qui s'en prirent 1.' plus à, Martainville, se trouvait le capitaine en réforme Sexes. qui devint, sous le nom de Soleiman-Pacha, le j ralissime de l'armée égyptienne. Certes, le bouillanl c.'ipifaine Sèves n'eût pas manqué de faire sa partie dans <c tumulte. Mais il était depuis trois ans déjà TO Egypte. Jouslin de la Salle le confondit sans
doute avec un autre officier de la Grande-Armi
qui la Restauration avait fail *\>'> loisirs, le capitaine
ivenirs dramatiques. Revue française, ikc.'î.
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