CHAPITRE V Où mène le divorce
I. — Les méfaits do divorce. — L'esprit individualiste , — Statistique
INQUIÉTANTE. — Le MARIAGE A l'eSSAI.
IL — Plus d*indissolubilité pour les époux, plus de sécurité pour; les
ENFANTS. — Le droit AU BONHEUR ET LES DEVOIRS DE FAMILLE. —
Appel a l'union .
m. — Le divorce et les mécontents qu'il a faits, — Nouveauté danobreuse, suivant les uns ; mesure insuffisante, suivant les AUTRES. — La logique de l'erreur. — Divorce par consentement MUTUEL. — Divorce par volonté unilatérale. — Suppression du
DÉLIT d'adultère.
IV. — En marche vers l'union libre. — Plus d*indissolubilité, plus DE fidélité. — Un choix a faire : idées chrétiennes, idées révolutionnaires.
Le divorce est un bel exemple de Tinfluence que la littérature peut exercer sur les mœurs et sur les lois. Sous prétexte de faire entrer dans le mariage plus de bonheur et plus de justice, nos écrivains les plus renommés n'ont cessé, pendant des années, de protester contre son indissolubilité avec une persévérance infatigable. A la scène et dans les livres, ils ont prêté leur voix, leur talent, leur crédit, aux doléances des maris trompés, aux réclamations des femmes trahies, appelant la pitié du public sur ces créatures lamentables obligées de traîner leur vie douloureuse irrévocablement rivées Time à l'autre par une loi inexorable. De
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guerre lasse, nous avons rompu leur chaîne. Le divorce a été rétabli, les uns le considérant comme un moyen extrême de remédier à quelques infortunes touchantes, les autres, en plus grand nombre, le regardant avec transport comme le plus mauvais tour qu'il fût possible de jouer à F « infâme cléricalisme. »
On connaît la suite : le divorce est entré immédiatement dans nos mœurs. A Theure qu'il est, nos tribunaux ont peine à répondre aux demandes qui s'élèvent de tons côtés, de la classe pauvre aussi bien que de la classe riche. Car c'est la gravité particulière du divorce d'ébranler le mariage du haut en bas de l'échelle sociale, — à la dififérence de la littérature perverse, qui distille seulement ses poisons lents aux âmes oisives et fortunées. Sans qu'il entre dans notre pensée de traiter à fond cette thèse fameuse, il nous faut montrer cependant combien la rupture des unions légitimes est un ferment de dissolution grave qui, ajouté à ceux qui nous travaillent d'autre pari, menace de corrompre nos mœurs et de ruiner nos foyers.
Les bons ménages n'ont point d'histoire. Vivant heureux, ils vivent cachés et silencieux. On ne parle jamais d'eux, on les ignore. Et pourtant ils sont innombrables. Le bonheur ne fait point de bruit, pas plus que le bruit ne fait le bonheur. Et tandis qu'une ombre discrète et douce s'étend sur ces foyers paisibles, les gens mal mariés, étalant leurs travers et leurs vices, prennent le public à témoin de leurs infortunes et mènent grand tapage autour de leurs peines de cœur et de leurs défaillances de conduite. Et cette minorité bruyante, dolente et violente, s'est si bien agitée n u
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qu'elle a fini par rallier à sa cause une majorité dans les Chambres françaises. C'est ainsi que le divorce est rentré dans nos lois en 1884. Il a sutïi de cette ai^umentation théâtrale dont les romanciers sentimentaux excellent à enguirlander les faits-divers de Fadultére et de la passion^ pour décider nos hommes politiques à démanteler le foyer familial en rompant le lien conjugal.
Car, — impossible de le nier, — la loi qui a rétabli le divorce est une conquête de Tindividualisme sur l'esprit social. Oubliant que toute institution d'utilité générale peut avoir exceptionnellement ses victimes, comme le progrés a les siennes, nous ne savons plus résister à la misère des accidents particuliers ni même préférer l'intérêt prééminent de la collectivité à l'intérêt, pourtant très inférieur, des souffrances individuelles. C'est à croire que, si de nés jours les révolutionnaires pullulent, rien n'est plus rare, en revanche, qu'un véritable socialiste, pour peu que l'on restitue à ce vocable sa pure signification étymologique. Je veux dire que nous n'avons point l'âme sociale ; que nous subordonnons de moins en moins les parties au tout ; que nous perdons peu à peu l'habitude de mettre le bien général du pays au-dessus des aspirations, des doléances, des revendications particulières ; qu'en . résumé, un individualisme orgueilleux, avide et indiscipliné nous ronge et nous dissout. Que voilà bien notre maladie secrète et honteuse! Toutes les forces de l'homme moderne n'aspirent qu'à la souveraineté du moi et, par une suite nécessaire, à l'affaiblissement et à la ruine de toutes les autorités sociales, de toutes les institutions sociales. Et c'est pourquoi notre pays, plus qu'aucun autre, se meurt d*anarchisme inconscient. Le rétablissement du divorce en est un exemple saisissant, — notre législateur n'ayant pas hésité, pour rompre les chaînes de quelques époux mal
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assortis, à ébranler les assises les plus profondes de la famille française.
Voici des chiffres inquiétants.
Chaque année, les statistiques of&cielles enregistrent la progression constante du nombre des divorces. C'est ainsi que le chiffre des demandes s'est élevé de 4 640, en 1885, à 7 456, en 1890. Et presque toutes ont trouvé gain de cause auprès des juges. Sur plus de 40 000 actions intentées de 1884 à 1892, 35 000 environ ontété accueillies favorablement par les tribunaux. Et depuis, le mouvement ascensionnel a poursuivi son cours. Au tribunal de la Seine, plus particulièrement, les procès en divorce augmentent incessamment. En décembre 1898, on Ta vu désunir, en une seule audience, 98 ménages.
D'après la loi du 27 juillet 1884, le divofce peut être prononcé pour quatre causes, qui sont : 1<» la condamna^ tion à une peine afflictive et infamante ; 2« Tadultère ; 3<> les excès ou sévices ; i^ les injures graves. Mais la jurisprudence ayant attribué au mot « injure » un sens large, qui efface toute limitation dans le nombre des causes de divorce, on. peut dire que celui-ci est possible, dans le système actuel, toutes les fois qu*un époux manque gravement à ses devoirs envers Tautre. De là, des facilités fâcheuses de rupture et de désunion.
Pour toute la France, il y a eu 6 419 divorces judiciairement prononcés en 1894, 6 743 en 1895, 7 051 en 1896, 7 460 en 1897. Mais depuis trois ans, ces chiffres tendent à diminuer légèrement. On a compté seulement 7 238 divorces en 1898, et le total est tombé à 7 179 en 1899. L'année 1898 marquera-t-elle un arrêt définitif dans la progression du nombre des divorces? Ou bien cette diminution doit-elle être attribuée moins au relèvement de la moralité conjugale qu'à la sévérité restrictive de certains juges, dont les féministes avancés dénoncent la bigoterie et le cléricalisme. Quoi quUl en soit, il résulte des chiffres précédents que, depuis le rétablis-
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sèment du divorce jusqu'à la fin du xix« siècle, c'està-dire en seize années, la justice française a désuni officiellement et irrémédiablement plus de 90000 unions légitimes. On comprend que cette œuvre de dissolution commence à efirayer la magistrature.
Que si maintenant nous comparons le total des ruptures (séparations et divorces réunis) au total des mariages, nous constaterons, pour la seule année 1890, le , chiffre inquiétant de 29 unions dissoutes sur 1 000 unions contractées. Pour le seul département de la Seine, la proportion s'est élevée, la même année, à 75 pour mille; et chose attristante à dire, dans plus de la moitié des cas, les époux divorcés avaient des enfants. On voit par là combien Tair de Paris est malsain pour la paix des ménages et Funion des familles. Joignez que les séparations de corps diminuent tandis que les divorces augmenteixt. Dans les milieux ouvriers des grandes villes, notamment, ce n'est plus assez de se séparer: on veut rompre à toujours. En 1885, il y avait eu 2 122 séparations prononcées; en 1892, ce chiffre est tombé à 1 597. Impossible de mieux démontrer que le divorce entre de plus en plus dans nos mœurs, en favorisant notre égoïsme, notre inconstance et nos goûts de /jouissance et d'indépendance anarchique.
Gomment s'étonner, après cela, que notre population reste stationnaire, et que les naissances ne suffisent plus guère qu'à couvrir les décès? Non pas qu'on se marie moins : si l'état civil avait enregistré, en 1895, 282 918 mariages, au lieu de 286 662 en 1894, le nombre des unions légitimes s'est légèrement relevé en 1899. Ainsi, la nuptialité française, après avoir marqué une tendance à la baisse, est en légère progression depuis quelques années. En revanche, les enfants naturels augmentent : 76 522 ont vu le jour en 1893. Stagnation des mariages et accroissement du concubinage, affaiblissement de la natalité légitimé et multiplication
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des bâtards, voilà qui éclaire d'un jour effrayant notre d<^cadence morale.
Si, au moins, le divorce avait diminué, — comme on s'en flattait, —les adultères et les crimes passionnels! Point. La déception a été complète. On dit qu'Alexandre Dumas ne pouvait s'en consoler. A quoi bon se tuer lorsqu'il est si facile de se désunir? De 546, en 1881 (trois ans avant le rétablissement du divorce), les poursuites en adultère ont monté à 938, en 1890, après six ans d'application de la loi nouvelle. Et combien de trahisons conjugales se terminent dans le sang? Le couteau, le vitriol et le revolver n'ont jamais servi si fréquemment et si furieusement les rancunes des époux mal assortis. Et cependant, il y a quelque chose de plus triste encore que cette violence sanguinaire : c'est l'acceptation et l'exploitation de l'adultère par les coupables eux-mêmes. Des gens de la belle société tiennent pour une incorrection que l'époux outragé tire vengeance de l'époux infidèle. Les cris retentissants d'autrefois : « Tue-la I tue-le ! tue-les ! » sonnent mal, à leurs oreilles indulgentes. Ils regardent la faute de la femme et l'inconduite du mari comme un prêté pour un rendu. Il semble que, dés qu'elle est réciproque, l'immoralité soit plus facilement excusable. Dans un certain monde, l'infidélité d'un époux ne cause même plus à son conjoint une blessure d'amour-propre. Se fâcher est du dernier commun. On se trompe, et l'on ferme les yeux. A quoi bon sévir? A quoi bon même se séparer? L'oubli est d'une suprême distinction. Et l'on pousse la dépravation jusqu'à l'insensibilité. A force d'inconscience, nos élégants viveurs ont perdu le sens de la moralité.
Pour en revenir au divorce, c'est chose connue qu'il ne devait être, dans la pensée de ses auteurs, qu'une solution extrême offierte à des situations cruelles, à des infortunes exceptionnelles. Est-ce trop dire qu'il est
m Émancipation canjugak de la femme.
maintenant envisagé de plus en plus comme la solution normale des unions civiles? M"* Arvède Banne, qui s'attriste comme nous de cette constatation, compare le divorce à « la divinité tutélaire qui préside à la cérémonie nuptiale, et dont Tombre plane sur la mairie pour encourager les Indécis et consoler les mélancoliques (t). » Gomment hésiter à franchir le seuil de la maison conjugale lorsqu'il est si aisé d*en sortir? Et des gens audacieux réclament le mariage à Tessai. Nous n*en sommes pas loin !
Par le fait du divorce, les unions légitimes ont ten-: dance à devenir des engagements à terme, un bail temporaire, quelque chose comme un stage d'épreuve. Si, après quelques mois ou quelques annéesd'expérience, le couple ne se convient pas ou ne se convient plus, on en sera quitte pour quelques scènes violentes jouées en public, et chacun reprendra sa liberté avec l'assentiment de la justice et des lois. On entre par la grande porte en se réservant de fuir par la petite. Sans les résistances de l'Église catholique, les progrès énormes, que le divorce a faits dans nos mœurs, nous entraîneraient rapidement à ce qu^on a justement appelé la « polygamie successive ». Sans doute, nos divorcées ne sont pas comparables encore à ces matrones romaines dont parle Sénèque, et qui comptaient le nombre de leurs années par le nombre de leurs maris. Ainsi pratiqué, le divorce équivalait à Tunion libre. Avouons cependant qu'en s'acclimatant chez nous plus rapidement qu'on ne l'imaginait, il menace gravement le mariage luimême.
(1) La Gauche féministe et le mariage. Revue des Deux- Mondes du 1er juillet 1896, p. 131.
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Le grand malheur du divorce (outre qu'il est un parjure, c'est-à-dire la violation des serments échangés) vient de ce que la déchirure qu'il produit est irréparable. A la différence de la séparation de corps, qui laisse l'avenir ouvert à la réconciliation, il coupe, il tranche -- et ne recoud jamais. Et pourtant, n'est-ce pas à Fahri des foyers indestructibles que se forment les familles unies? et n'est-ce pas l'ensemble des familles unies qui constitua les nations fortes? Dans un pays comme le nôtre, où la nature est si douce, si clémente, si riche, si tentatrice, chez un peuple au sang chaud, à l'âme ardente, aux sensations vives, n'était-il pas à craindre qu'en supprimant l'indissolubilité du mariage, on excitât les mauvais désirs, l'appétit du changement, les convoitises basses et inavouables, toute cette fange dUmmoralité où l'homme ne saurait s'abaisser sans une irrémédiable déchéance ?
Or, quoi qu'on dise et quoi qu'on fasse, le mariage est devenu, par l'effet du divorce, quelque chose comme un « concubinage légal » régulièrement constaté et éventuellement résoluble. Que l'un des stipulants s'a-, vise de manquer à ses promesses et de violer ses engagements, — la belle affaire 1 Bonnes gens, consolezvous ! Le bail est résiliable. S'il vous arrive d'en souffrir, rompez le contrat et liquidez l'association.
Et les enfants ! Impossible de parler du divorce sans que ce cri vous monte aux lèvres. Voici deux époux mal assortis, d'humeur contraire,^ de goûts opposés. Rien de plus naturel, hélas l rien de plus humain qu'ils rêvent d'une rupture définitive, espérant trouver peutêtre dans une nouvelle union le bonheur qu'ils ont vainement cherché dans la première. Mais ils ont des
m Émancipation eotijugale de la femme.
enfants: que deviendront ces épaves du mariage? Car voilà bien les victimes du divorce !
Admissible, à la rigueur, dans les unions stériles, parce qu'il intervient alors entre deux êtres complètement libres, le divorce est un grand malheur lorsqu'il désunit deux époux qui ont une postérité, car celle-ci en souffre. Qu'est-ce, lorsque la mère divorcée se remarie, sous le fallacieux prétexte de donner un meilleur père à son enfant? Et, en effet, le second mari ne sera point sans exercer une autorité de fait sur le pauvre ^ petit. Faites ensuite que le premier reparaisse et, s'a* dressant à son ancienne épouse, s'efforce de lui reprendre son fils ou sa fille : voyez-vous la situation cruelle de l'enfant, que se disputent cet homme et cette femme qui ne sont plus conjoints et qui sont restés ses parents? Et quel r61e va jouer le second mari dans ce conflit? Un rôle atroce ou ridicule. Pour ces gens, la vie est un enfer. Je ne sais point de conflits plus douloureux.
Mais les fervents du libre amour ne s'embarrassent guère de ces misères et de ces soufiHrances. Si vous leur dites que l'indissolubilité du mariage est fondée même sur des raisons biologiques, — puisque les petits des hommes n'atteignant que très tard leur développement complet, il importe que les parents restent unis pour y pourvoir jusqu'au bout, — on vous fera cette réponse stupéfiante que, passé la première enfance, les petits humains requièrent moins de soins qu'on ne le croit, et qu'en tout cas « les lycées officiels ne laissent plus aujourd'hui à la famille qu'un rôle secondaire ('). »
Ce raisonnement de célibataire fera sourire les mères et les proviseurs. Quoi de plus malheureux qu'un petit être abandonné des siens et remis comme un fardeau gênant en des mains mercenaires, si honnêtes, si dévouées qu'elles puissent être? De par la nature, le père
(1) Joseph Renaud, op. ctV., p. U6.
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et la mère se doivent au bonheur de la frêle créature qu'ils ont mise au monde.
Et qu'on ne dise pas que cet excès de sensibilité pour le plus faible va contre la marche de Témancipation humaine, que les époux, eux aussi, ont droit à la liberté et au bonheur, et qu'on ne saurait les forcer de sacrifier ce trésor inaliénable à leurs obligations de tendresse et de protection envers Fenfant, en les condamnant au terrible supplice d'une union forcée, sans paix et sans amour. Ce langage est anarchique. Pour nous qui, plaçant le devoir au-dessus du bonheur, subordonnons la jouissance égoïste des individus à l'intérêt supérieur de la famille et de sa descendance, notre choix est fait. Loin de sacrifier l'enfant aux parents^ nous maintenons que les parents doivent se sacrifier pour l'enfant. C'est, notamment, l'obligation des époux mal assortis de ne se soustraire à la vie commune qu'à toute extrémité, lorsque leur personne est exposée à des violences ou à des sévices graves, ou encore, lorsque la moralité des enfants est soumise à des contacts avilissants et à des exemples détestables.
Et maintenant, la séparation et le divorce sont-ils plus profitables aux femmes qu'aux maris? Il semble bien qu'on doive, sur la foi des statistiques, répondre affirmativement à cette question, puisque la justice intervient plus souvent sur la demande de l'épouse que sur les instances de l'époux. Serait-ce que les maris sont d'humeur plus endurante et plus résignée? ce qui est possible.; ou bien que les femmes leur sont supérieures en vertu et en moralité? ce qui n'est pas douteux. En tout cas, par un reste de galanterie désintéressée, certains hommes se laissent condamner sans se défendre. S'ils ont des griefs, ils les taisent ; et la femme triomphe. Douloureuse victoire, lorsque l'union, rompue ou relâchée, a donné naissance à des enfants dont la
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mère aura la garde et la responsabilité ! Savez-vous surtout mission plus lourde et plus grave, pour une femme divorcée ou séparée, que la charge d'un ou de plusieurs garçons à élever et à établir? La mère ne reconquiert tout ou partie de son indépendance qu*au prix d*une aggravation de soucis, de tourments, de devoirs. Plus mince encore est le profit du divorce, si Ton envisage le dommage qu*il cause au sexe féminin tout entier, en affaiblissant, en discréditant le mariage, que nous considérons comme Tabri tutélaire de la mère et de Tenfant.
Il est donc à souhaiter que les tentations de révolte et de désunion soient combattues, refoulées, étouffées, autant qull est possible, par la conscience des parents. En songeant aux intérêts et aux droits de Tenfance, en se rappelant qu'eux-mêmes ne sont pas sur terre pour Tunique satisfaction de leurs aises, pour Tunique plaisir de leurs sens, en se disant qu*à chercher en de secondes noces, aussi aléatoires que les premières, une égoïste félicité, ils porteraient un préjudice à peu près certain à ce dépôt redoutable et sacré, — Tenfant, — que les lois mystérieuses de Texistence ont remis entre leurs mains, les époux éviteront peut-être plus facilement la suprême et irréparable déchirure du divorce, qui n*allège momentanément leurs épreuves qu*en blessant, pour la vie, les pauvres innocents auxquels ils doivent amour et protection.
Malheureusement, ces scrupules ne touchent guère les partisans de Tunion libre. Peu leur importe de vivre, d'homme à femme, sur la foi d'un traité constaté par le maire et béni par le curé. Leur farouche individus^
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lisme s'irrite de ces précautions cérémonieuses. Bien que le divorce soit une brèche faite au foyer conjugal, il ne leur agrée point ; de sorte que, par un effet propre à toutes les demi-mesures qui s'arrêtent à la moitié du chemin, cet expédient tant vanté ne contente, ni ceux qui voudraient détruire la famille, ni ceux qui voudraient la sauver. Il blesse en effet Tindissolubilité sacramentelle, sans satisfaire l'indépendance passionnelle. Et pourtant, lors du vote de la loi du 27 juillet 1884, c'était l'idée de beaucoup de gens que le divorce rajeunirait le mariage. Suivant eux, la loi Naquet avait tout réparé, tout renouvelé, tout modernisé. A l'heure qu'il est, cette opinion « centre-gauche » ferait sourire. En réalité, le divorce ne contente plus personne. « Il est dangereux, » disent les timorés. « Il est insuffisant, » répliquent les intransigeants.
De ces deux tendances d'esprit, quelle est la plus agissante et la plus forte?
Il n'est pas douteux que les méfaits du divorce effraient de nombreux esprits qui, après avoir accepté ;son rétablissement sans grand scrupule, se demandent maintenant avec inquiétude, à la vue de l'effrayante multiplicité des ruptures légales, si cette épidémie n'est pas de celles dont un peuple peut mourir doucement, mais sûrement. Et nous entendons des libéraux, des modérés, que cette expérience a déçus, nous dire d'un ton désolé : « Décidément, il eût mieux valu* repousser le divorce qu'affaiblir le mariage. Pourquoi ne s'est-on pas contenté d'introduire dans le Gode civil, suivant l'esprit du droit canon, des nullités de mariage plus nombreuses et plus accessibles, dont l'application à des cas précis et limités n'aurait pas été susceptible, à la différence du divorce, d'une extension indéfinie? Pourquoi surtout ne s'est-on pas contenté, en 1884, de remanier et de compléter le régime de la séparation de corps, en renforçant ses effets, de manière à alléger
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plus efficacement le lien conjugal, sans le rompre irrévocablement? Pourquoi a-t-on attendu jusqu'en 18d3 pour rendre Tépoux victime plus indépendant de répoux coupable, sans ruiner toutefois Tindissolubilité conjugale? »
Ces regrets sont vains. Mieux vaudrait, assurément, démolir le divorce que démolir le mariage. Mais le mal est fait, l'impulsion est donnée, et Ton n'entrevoit point la possibilité de remonter, de sitôt, le courant qu'une loi imprévoyante a déchaîné sur ]a société française. La seule chose qui puisse être tentée avec quelque efficacité, c'est de lutter contre le flot grandissant des doctrines licencieuses, qui prétendent tirer du principe imprudemment réintégré dans nos codes toutes les conséquences pernicieuses qu'il renferme. Terrible est la logique des idées ; et celle du divorce nous mènerait loin, si les moralistes de bonne volonté ne lui barraient le chemin.
Or, aucun moyen n'est plus propre à préserver les hommes des surprises et des catastrophes, que de les renseigner exactement, et surlesrisquesdu chemin qu'ils ont pris à l'aventure, et sur les dangers de la pente où des indications mensongères ont entraîné leurs pas. Qu'on sache donc que telle est la pression du divorce sur nos mœurs, qu'elle nous mènerait insensiblement, si nous n'y prenions garde, à l'abolition du mariage et à la reconnaissance légale de l'union libre. Voyez plutôt les conséquences que les féministes échauffés en déduisent et les réclamations hardies qu'ils en tirent.
Le divorce, déclarent-ils, est une libération incomplète, un débouché inaccessible, une issue trop étroite, hérissée de formalités coûteuses et de difficultés décourageantes. Élargissons celte porte basse, afin que les époux la franchissent aisément.
Et d'abord, il faut que le mariage puisse être dissous par le consentement mutuel des époux. Une fois admis
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que les obligations du mariage sont purement humaines, la logique exige que les deux volontés, qui suffisent à les former, suffisent également à les dénouer. « Le divorce actuel est d'ordre restrictif! » Voilà, pour MM. Paul et Victor Margueritte, son grand défaut. Poui^ quoi IVt-on décapité de sa vraie cause qui est Tincompatibilité d*humeur? Depuis que la loi a sécularisé les justes noces, les « faillis du mariage » ne peuvent rester associés à perpétuité. « L*heure sonnera de raffranchissement complet, logique et humain du divorce. » Un « congé » silencieux, rapide, à bon marché, sans atermoiements, sans papier timbré, s*il est possible, voilà ridéal. « Brisons les fers des époux mal assortis qui cessent de se comprendre et de s'aimer. Leur conscience, leurs cœurs, leurs chairs ne peuvent être asservis. La route est large : qu'elle soit libre (') ! »
Ainsi donc, dès que deux conjoints s'accordent pour se tourner le dos, la rupture s'impose. En fait, ajoutei-on, ce genre de divorce existe déjà, puisqu'il peut se réaliser par une simple supercherie des intéressés, tel qu'un flagrant délit d'adultère concerté d'avance ou quelque sévice publiquement reçu après entente. Il suffira donc de le rendre officiel, aisé, prompt et sûr, en substituant le divorce par consentement au divorce par complicité. Aussi facilement que le maire nous marie, aussi facilement le juge devra nous désunir. Que cette simple raison lui suffise : « Nous ne nous aimons plus, séparez-nous. » De même qu'au moment du mariage, l'autorité n'a point exigé des futurs conjoints les preuves de leur amour, ainsi la justice ne saurait leur imposer, au moment du divorce, la démonstration de leur indifférence ou de leur antipathie. M. Naquet nous déclare avec hauteur que
(l) Paul et Victor BIarouerittf, Mariage et divorce, La Revue des Revues du !•' décembre 1900, p. 469.
2S0 ÉmancipaUon eonJMgale de la femme.
<i le divoroe par consentement mutuel, c'est la loi naturelle (*). »
D'autres vont plus loin et souhaitent que le mariage puisse être annulé sur le seul désir de Tun ou de rautre conjoint. N'est-ce pas la conclusion d'une pièce célèbre, les Tenailles^ de M. Paul Hervieu ? Bien de plus logique. Si l'on veut que le mariage cesse d*étre un piège, et qu'il devienne la grande route que l'on suit à deux librement, volontairement, joyeusement, il n'est que de permettre à chacun de secouer le joug à son gré. Sinon, l'union légitime restera ce qu'elle est parfois, un attelage d'ennemis.
Ne dites pas qu'à ce compte le caprice de l'un fera la loi de l'autre^ et qu'il est contraire à tous les principes d'équité qu'un contrat, solennellement formé par réchange de deux volontés, puisse être rompu par la volonté d'un seul. Ces scrupules juridiques n'embarrassent guère les gens de lettres. N'ajoutez pas que la liberté est une cause d'inconstance et d'incertitude ; ne rappelez pas ces pensées si vraies de Chateaubriand .: « L'habitude et la longueur du temps sont plus nécessaires au bonheur ,^ et même à l'amour, qu'on ne pense. On n'est heureux dans l'objet de son attachement, que lorsqu'on a vécu beaucoup de jours, et surtout de mauvais jours avec lui. On ne s'attache qu'au bien dont on est sûr ; on n'aime point une propriété que l'on peut perdre. » On vous répondra qu'il est absurde de décréter l'amour, la constance et le dévouement à perpétuité ; qu'il est absurde que « l'étau paralyse tout souhait d'évasion. »
£t le divorce devenu plus accessible, le mariage sera moins vil. Et l'on nous cite certains cas douloureux, certaines situations compliquées, — assez rares, — que le divorce par la volonté d'un seul peut dénouer rapi-
(1) Lettre à M. Joseph Renaud, op, oU.y p. 152.
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dément. On a une telle foi dans Texcellence delà liberté, que, pour remédier à quelques exceptions cruelles, on ouvre à tous les ménages la porte de la maison commune, en leur conseillant d'en sortir pour une simple incompatibilité d*bumeur. Quelle imprudence ! Faciliter la désunion : voilà ce qu*on nous offre pour restaurer le mariage!
Mais on ne s'arrête point, comme on voudrait, à moitié chemin du divorce. Dans la pièce que nous citions plus haut, M. Paul Hervieu fait dire à l'un de ses personnages : « Quand un mari et une femme sont capables de s'entendre sur le divorce, ils en auraient déjà moins besoin. Cest pour ceux qui sont incapables de tout accord, même de celui-là, que le divorce aurait dû être inventé. » Seulement, voyez la conséquence : dès que le divorce est tenu pour un principe de libération offert au caprice de chacun des époux, dés que la répudiation est abandonnée à la volonté d'un seul, la société est entraînée, par une pente irrésistible, à la reconnaissance de l'union libre. Se démarier au gré de l'un ou de l'autre, qu'est-ce donc, sinon le droit individuel de s'aimer pour un temps et de rompre à son bon plaisir ? Cette déduction inévitable, — qui est pour le commun des honnêtes gens la condamnation du divorce, —est saluée avec joie par l'anarchisme aristocratique comme la fin du mariage. Les Tenailles^ notamment, ont été applaudies à la Comédie française à raison même de leurs prétentions libertaires. « Débarrassons-nous de ce qui nous gêne ! » tel est le mot d'ordre de la belle société qui, au-dessus de tous ses devoirs, place le droit imprescriptible de s'amuser.
Il est bien entendu, par ailleurs, que l'interdiction qui empêche l'époux adultère de se marier avec son complice devra disparaître de la jurisprudence du divorce. Est-il, en effet, restriction plus stupéfiante? Une femme a trompé son homme parce qu'elle lie Taimait pas, et
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elle ne pourra pas épouser son amant parce qu'elle Taime I Interdiction pour elle de substituer un mariage d*amour à un mariage sans amour. L*£tat, qui s*est prêté complaisamment à la célébration de celui-ci, refusera de solenniser celui-là. Quoi de plus absurde et de plus cruel ? La loi ne doit pas séparer artificiellement deux partenaires, que la bonne nature convie aux jeux de Tamour et du basard.
La logique du divorce est-elle épuisée? Pas encore. La spirituelle Sopbie Arnould disait que « le divorce n*est que le sacrement de Tadultére. » Est-ce pour faire mentir ce mot célèbre, qu*un législateur, M. Viviani, a déposé, en juin 1891, sur le bureau de la Gbambre, un projet de loi tendant à supprimer le délit d*adultère? Pour lui, tout manquement à la fidélité conjugale est une ofiense purement morale, un simple abus de confiance dont le divorce est la sanction naturelle et suffisante. Et cela encore est logique. Vous qui croyez que le mariage est la base de la famille, comme la famille est la base de la société, vous direz sans doute que supprimer les peines édictées contre Tadultère, c'est lui accorder le bénéfice d'une encourageante impunité, c'est l'excuser et presque l'autoriser, et que, si les entraînements aveugles de la passion peuvent expliquer les violations de la foi conjugale, on ne saurait absoudre celles-ci par une disposition générale, sans ébranler profondément les assises du foyer domestique. Et pourtant, qu'on ne s'y trompe pas : c'est le devoir de fidélité qu'on chercbe à efiacer de nos lois, après en avoir banni l'indissolubilité. Du moment que le Gode civil tient le mariage pour un contrat résoluble, pour un pacte résiliable, n'estril pas inconséquent de punir ceux qui cbercbent à bénéficier, par un adultère, de l'annulation qui leur a été promise ? Gomprend-on une loi qui permet aux époux de s'évader du mariage, et qui les frappe de pénalités pour l'acte même qui leur en ouvre la porte ?
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Et voilà pourquoi le divorce semble déjà aux esprits « avancés » une concession insuffisante, une demimesure, un « procédé orléaniste, » comme disait le terrible Raoul Rigaud ; voilà pourquoi encore les mêmes gens voient dans Fadultére une simple offense privée sans conséquence publique, un coup de canif insignifiant à la loi du contrat, une peccadille, — tandis que les anarchistes de lettres, poussant la logique jusqu'au bout, le représentent comme un acte de courage, un acte de vertu, une libération sublime qui élève Thomme et la femme au-dessus des lois, au-dessus des conventions et des préjugés, et prépare la revanche de la Nature contre la Société. Oix nous mène cette tolérance relâchée des uns, cette immoralité audacieuse des autres ? Il est facile de le deviner. Elles ouvrent directement la voie aux libertaires des deux sexes qui ont pour devise : « La femme libre dans Tunion libre. » On sait du reste que ce système est en faveur chez nos frères les animaux, qui se piquent rarement d'une fidélité durable. Et qu'est-ce que la famille humaine, sinon un type d'animalité supérieure?
Au surplus, si nous voulons savoir ce qu*il faut conclure de toutes ces aggravations habilement déduites du divorce actuel, les hardis jouisseurs, qui prêchent à la femme l'émancipation de l'amour, ne se feront pas faute de nous le dire. Écoutons-les.
La loi du mariage est une convention vieillie et surannée, ou mieux, un préjugé barbare, étroit, tyrannique, dans lequel les époux, emprisonnés conune en un filet, se débattent avec une rage impuissante. Il ne suffit plus que le divorce en ait élargi les mailles et desserré les nœuds. Bénie soit l'idée libératrice qui permettra enfin aux deux sexes de s'affranchir de ce régime accablant 1 Revenons à la simplicité de nos origines, à cette morale primitive, toute nue, qui consiste uniquement à satisfaire ses passions amou-
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reuses, sans réticence, sans honte, sans remords. Contre le droit de libre existence, de libre amour^ de libre plaisir, il n*est ni promesses ni scrupules qui tiennent. Devant la bonne nature, les devoirs conjugaux n'existent pas. L'être humain, mâle ou femelle, n'en a véritablement qu*un seul, qui est de conquérir et de conserver sa pleine indépendance envers et contre tous. Que ceux qui ont encore le souci de leur dignité reiH^ennent donc leur liberté imprudemment aliénée, car elle est inalié^ nable! Dés qu'un époux est fatigué de l'autre, l'aseociation doit être dissoute et liquidée. Le mariage, qui s'oppose à cette solution bienfaisante, est une servitude abominable. Il n'en faut plus ! Démolissons au plus vile ce vieux régime cellulaire où des milliers d'êtres, conjoints malgré eux, étouffent et agonisent. N'est-ii pas juste que l'humanité jouisse au moins de la liberté des bétes ?
Ici, l'homme doit choisir entre les principes du mariage chrétien ou les errements de l'amour païen. Point de moyen terme logique et durable.
Ou le mariage est réchange de deux volontés, l'association de deux âmes, le don mutuel de deux êtres libres consenti loyalement de part et d'autre en vue de la création d'une famille, le rapprochement de deux destinées, l'union de deux cœurs pour le bonheur et l'adversité, la richesse et la misère, la santé et la maladie, la vie et la mort et, comme disent les chrétiens, pour Tautre vie au-delà même de la mort; — et alors, loin de violer la foi jurée et de reprendre leur liberté, les époux ne doivent avoir qu'une préoccupation : s'engager avec cette confiance en l'éternité de l'amour qui fait toute la grandeur du mariage, remplir leurs promesses jusqu'au bout, fuir
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tout ce qui risque de reïipoidirou d'ébranler leur accord, rechercher tout ce qui peut unifier et parfaire leur union, tant pour leur bonheur propre que pour celui de leurs enfants.
Ou le mariage n'est qu'un pacte révocable, un lien sans perpétuité, un bail résiliable, une convention à terme, que les époux peuvent rompre à vc^nté pour une incompatibilité d'humeur, pour un simple discord mental, pour ces contrariétés de goût et ces différences d'esprit qui ne sont, selon le mot de Chateaubriand, que « le penchant de notre inconstance et l'inquiétude de notre désir ; » -- et alors il ne faut plus parler de famille, car on ne fonde rien de noble, rien de solide sur un rapprochement éphémère, né des caprices désordonnés de la passion et soumis à toutes les vicissitudes des appétits et de l'inévitable satiété. Et à mesure que s'allégera le fardeau des obligations conjugales, on verra se multiplier le nombre des mauvais ménages, puisqu'il est d'expérience qu'un lien se forme à la légère qui se rompt à volonté, et que plus on divorce aisément, plus on se marie étourdiment. Dès qu'il sera entendu que le mariage n'est qu'un lien provisoire^ un engagement à temps, une vente à l'essai, on ne cessera d'en poursuivre l'abrègement et la réduction. A l'exemple du service militaire, nous aurons successivement le service matrimonial de cinq ans, de trois ans, de deux ans. Jusqu'au jour où il paraîtra plus simple et plus logique de ne point s'engager du tout. Et notre société s'acheminera de la sorte vers la reconnaissance légale du libertinage, à la plus grande joie des hommes et pour le plus grand malheur des femmes.
Qu'on ne nous accuse point de pessimisme exagéré : les mœurs américaines nous sont un argument et un avertissement, — et aussi les mœurs parisiennes !
Finissons. Le divorce, qui est un premier pas dans la voie du féminisme antimatrimonial, n'a satisfait per-
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sonne. Les récriminations sont plus vives aujourd'hui qu'auparavant. Avec sa porte ouverte sur l'avenir, le mariage paraît encore trop sévère et trop gênant. G*est pourquoi Ton U*availle à lui enlever, un à un, tous ses caractères essentiels. Déjà Tindissolubilité a disparu de nos lois ; et sans la religion, elle serait peut-être disparue de nos mœurs. Des écrivains ont tourné en raillerie la fidélité. D'autres ont fait reloge de l'infécondité. Que ces théoriciens aventureux réussissent à convaincre les tristes humains que nous sommes, et le mariage aura vécu. Car il serait injurieux et hypocrite de conserver cette noble appellation à l'union innommable qui s'ensuivra. Il n'était qu'un moyen de spiritualiser la famille de chair, qui est la cellule essentieUe de l'humanité, c'é^t de la fonder sur l'idée du devoir mutuellement "stipulé et perpétuellement respecté par les époux. Estil possible que le monde abandonne cette formule de vie et de supérieure dignité, pour une formule abjecte d'union intermittente, qui entraînerait rapidement rabaissement de la femme et la ruine de la civilisation? Il faut avoir perdu, semble-t-il, la notion du bien et du mal pour proposer froidement de remplacer le devoir par le plaisir, et la conscience par la concupiscence. L'abolition du mariage et l'émancipation de l'amour n'en figurent pas moins au programme de nos diverses écoles révolutionnaires; et de ce chef, la famille française court les plus graves dangers. Tandis que la mauvaise littérature empoisonne les milieux riches, tandis que le divorce dissout les mauvais ménages en ébranlant les bons, la propagande anarchiste et socialiste en faveur de l'union libre risque d'envahir peu à peu les couches profondes du peuple et de contaminer le prolétariat tout entier. Cette forme du féminisme est donc particulièrement redoutable ; et je tiens à montrer qu'elle ne tend à rien moins qu'à ruiner la famille ouvrière.
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Et rien de plus logique, cette fois encore, que ^esprit de destruction qui anime les partis révolutionnaires. Le seul groupement qui leur importe, c'est le groupement « collectiviste », suivant les socialistes, ou le groupement « communaliste », suivant les anarchistes. Les uns et les autres tiennent la famille pour un élargissement insuffisant de Tindividu. Le particularisme et Tautonomie du foyer leur semble un obstacle à Findivision et à la socialisation des biens. Et c'est pourquoi l'union libre, qui dissout la communauté domestique, ferait bien mieux leur affaire.