‹ La femme arabeChapitre 14 sur 17 · L,A FEMME ET LA REEIGIOIV · texte numérisé non relu

L,A FEMME ET LA REEIGIOIV

Il n'est point permis à une femme qui croit en Dieu et à l'autre monde, de voyager un jour et une nuit sans avoir pour compagnon un proche parent.

S'il plaît à Dieu, Mohamed deviendra grand, je lui achèterai de belles armes, une selle brodée d'or et puis il combattra les infidèles; il les égorgera et nous apportera leurs têtes avec leurs biens. Oh ! alors, j'embrasserai bien mon fils et je l'aimerai davantage.

La femme arabe ne peut voyager que dans les contrées de l’Islam. On ne lui pardonnerait pas d’aller visiter les pays chrétiens, même en compagnie de son mari, et la déconsidération la plus complète s’attacherait à ce dernier, s’il osait violer ce principe, et braver l’opinion publique. Aussi se garde-t-il bien de s’exposer à ce malheur, fut-il contraint à un long séjour chez les sectateurs du Christ, pour affaires de commerce par exemple. Il ne veut pas que le nom de Taharie lui reste à tout jamais..

L’horreur traditionnelle pour le roumi n’est pas la seule cause de cette coutume, due encore à la difficulté d’accorder l’observance régulière des mœurs et de la religion avec les exigences contradictoires de la vie chez l’étranger. Cette difficulté est déjà si grande en pays musulman, que l’homme marié, obligé de voyager pour un motif

ou pour un autre, ne songe point à emmener sa femme avec lui. S’il vient à changer de résidence, il peut, dans certains cas et dans certaines conditions, la forcer à le suivre, mais, après avoir pris ou avoir fait prendre, par ses amis, toutes les précautions imaginables, toutes les mesures nécessaires pour que sa compagne trouve partout un gîte convenable au point de vue de la pudeur et de la réserve qui lui sont imposées par la loi.

11 est cependant un long voyage qui fait exception : c’est celui de la Mecque ; il est plein de dangers et de fatigues, néanmoins les femmes peuvent l’entreprendre. Comme les hommes, elles sont libres d’aller visiter la chambre de Dieu (Bite All&h) (i) et le tombeau du Prophète à la condition d’être accompagnées de leur père, d’un frère, d’un parent, enfin, au degré où les alliances matrimoniales sont défendues, car le Prophète a dit :

(( Il n’est point permis à une femme, qui croit en Dieu « et à Vautre monde, de voyager un jour et une nuit sans U avoir pour compagnon un proche parent. »

Les commentateurs expliquent ainsi cette prescription.

La femme est un être faible, qui ne peut accomplir aucun acte sérieux, important, sans être présentée, guidée, soutenue par un fidèle qui lui tienne de très près par le sang. Il est à craindre que la femme seule, dans une entreprise de longue haleine, ne soit circonvenue, égarée par le Chytane (Démon). Il ne faut donc pas la laisser livrée à ses propres forces dans l’exécution d’un projet aussi difficile à réaliser que le pèlerinage de la Mecque.

11 arrive pourtant dans la pratique, que la femme vieille, veuve ou divorcée, peut entreprendre seule le pèlerinage, si elle a de la fortune. Elle doit alors s’entou-

(i) Bite Allah — La chambre, la maison de Dieu. Elle est placée au centre de la Mecque et elle a été construite, dit la légende, par notre Seigneur Abraham, sur le sol même où les anges avaient dressé une tente, le jour de la création du monde.

rer de domestiques à gages ou se mettre sous la protection d’amis de sa famille et, pour se laver du péché de s’être présentée dans d’autres conditions que celles voulues par la loi, faire d’abondantes aumônes et de riches cadeaux à la Mecque et à Médine.

La femme mariée, qui désire aller en pèlerinage et que son époux ne veut pas accompagner, a droit de divorcer, si elle prouve que, chez elle, des motifs tirés de la religion et de la foi, ont seuls, présidé à sa détermination. Elle contracte alors une nouvelle union avec un homme qui la conduira aux lieux saints.

Elle n’a voulu que se mettre en bonne condition pour accomplir le voyage religieux ; au retour, le mariage ne subsiste, que si les deux contractants se sont convenu ; si l’un des deux refuse de prolonger l’union, la séparation est prononcée.

Autrefois on entreprenait très peu de pèlerinages par mer à cause des guerres maritimes et des corsaires de tous pays, qui rendaient la navigation très périlleuse. Aujourd’hui, au contraire, la plupart des pèlerins de l’Algérie et du Maroc vont par mer à Alexandrie. Ils s’entendent avec les capitaines des navires qui font ces voyages, pour isoler et cacher leurs femmes le plus possible.

Quant à ceux qui veulent encore se rendre au Caire (Masser), par terre, comme les précédents, leur plus grande attention est de sauvegarder la pudeur et la vertu des femmes. On les place, deux à deux, sur des chameaux; elles ne voyagent que voilées; les provisions sont assurés et, à chaque bivac, on dresse des tentes sous lesquelles elles s’abritent jusqu’au moment du départ pour un autre gîte. Les serviteurs vont à l’eau, au bois et les pèlerins d’un même pays forment toujours une caravane, qui se choisit un chef habitué à ces pérégrinations et connaissant le pays jusqu’en Egypte.

Quand une femme, en route pour le pèlerinage vient à perdre son mari ou le parent qui l’accompagnait, elle peut, avec l’assentiment du chef de la caravane, continuer

son voyage sous la protection de l’un des amis du défunt. Ce n’est pas très régulier, mais c’est un cas de force majeure^ il est des accommodements avec le ciel que Ion se rend, alors, propice par les aumônes et les présents aux établissements hospitaliers.

Si c’est la femme qui vient à mourir, sa succession est immédiatement recueillie par les parents qui 1 accompagnent, et à défaut de parents, en présence du thaleb, par celui qui commande la caravane.

Ce dernier, à la première ville qui se trouve sur la route, s’empresse de faire connaître l’événement au pouvoir qui gouverne le pays de la défunte, et c est par cet intermédiaire que la famille finit par etre informée.

Mais on arrive au Caire. Là se passe souvent un fait très singulier, tout à fait en dehors des mœurs musulmanés et auquel on ne voudrait pas croire, s’il n’était affirmé par des milliers de témoins.

Le voici dans toute son originalité.

On trouve des femmes du Caire ou de la Mecque (Messariate . . Mekkaouïate) , qui ont un penchant très marqué pour les gens de l’Ouest (Megharbas) et qui, soit par espoir de gain, soit pour tout autre motif, se proposent tout simplement à eux, pour femmes, pendant la durée du pèlerinage, aller et retour. Si elles sont acceptées, déclaration en est faite au chef de la caravane.

Les conjoints accomplissent ensemble le pèlerinage et au retour en Egypte, ils se séparent sans autre formalité. Quelquefois, cependant, ils veulent rester unis ; ils comparaissent alors devant le cadi et remplissent toutes les conditions exigées pour le mariage musulman.

Chose singulière, chez un peuple aussi formaliste, ces mariages, malgré leur anomalie et en dépit des conditions dans lesquelles ils se contractent, ne sont cependant pas frappés de réprobation. On se les permet sans grand risque pour sa dignité ou sa réputation.

On appelle ces unions temporaires Zoiiadj el-hadjadje, le mariage des pèlerins.

— IÏ7 —

Une fois à la Mecque, les devoirs et les obligations du pèlerinage sont à peu près les mêmes pour les femmes que pour les. hommes. La première condition essentielle, sans laquelle le pèlerinage ne serait pas valable, c’est de se m( Itre en Ihram, c’est-à-dire de se préparer à ce grand ad ' par la prière et l’abstinence.

L’Ihram commencé au mois de Choual (lo"" mois) et ' finit la nuit qui précède le lo® jour de Dou el-hadja ou mois du pèlerinage. Il dure donc 70 jours.

Pendant Vlhram, il est défendu à la femme :

De se placer les mains dans un objet cousu ;

De se couvrir le visage par délicatesse, par crainte de la chaleur, autrement, enfin, que pour se dérober aux regards de l’homme ;

3° D’aspirer, de toucher des parfums, de se plonger la tête dans l’eau, car, alors, on risque de tuer quelque insecte logé dans la chevelure, et il est formellement interdit, pendant Vlhram de donner la mort à tout être animé (i) ;

4° De se regarder dans un miroir ;

5° De se tailler les ongles, de s’épiler ou de s’oindre les cheveux avec des substances grasses ;

6” D’avoir aucun rapport avec son mari jusqu’à l’accomplissement des tournées de retour ;

7® Et enfin, de contracter mariage.

Le mariage de la femme en Ihram est nul.

8® De faire les tournées saintes en état d’impureté.

Il est cependant permis à la femme de porter des vêtements de soie et des bij oux.

Les femmes, qui reviennent du pèlerinage, rapportent toujours, pour en faire des linceuils, quelques pièces de lin ou de coton, qu’elles ont trempées dans l’eau du puits miraculeux, que l’on appelle Byr Zeml-Zem (2).

(1) Il ne peut y avoir exception à cette règle générale que pour les corbeaux, les rats, les scorpions et les chiens enragés.

(2) Bir zem-zem est une des stations du pèlerinage. Il est situé à quelque distance de la Mecque. D’après la tradition, cette source est

Elles font provision aussi de l’eau même de ce puits. Elle est contenue dans des vases à long cou (zem-zemyat) et l’on s’en servira dans la famille pour arroser ou laver les morts.

Elles se munissent en outre, pour leurs parents ou amis de chapelets, d’essences et de parfums.

Quand, enfin, elles ont accompli le pèlerinage dans son entier suivant les prescriptions de la loi, elles acquièrent dans leur tribu, dans le pays, partout, un surcroît de considération.

Dans les conversations, comme dans les actes authentiques, on fait toujours précéder leur nom du titre de Lalla hadja, (madame la pèlerine).

(( Le pèlerinage au temple du Seigneur est un devoir imposé à tous les Musulmans qui sont en état de V entreprendre, et ceux qui ne s^ en acquittent pas, ne font tort qu’à eux-mêmes, car Dieu peut se passer de tout l’univers. »

Le Prophète a dit :

(( Celui qui entrera dans la Mecque en sortira pur comme l’enfant qui vient de naître. »

La femme arabe de distinction, dans ses voyages ou pour ses plaisirs, monte toujours sur des mules ou des chamelles plus ou moins richement caparaçonnées, suivant sa fortune ou son rang ; elle ne monte presque jamais à cheval. On ne cite, de ce fait, que de très rares exemples dans les tribus, et encore les femmes, dont on parle, ne le faisaient-elles qu’en abandonnant les vêtements de leur sexe pour prendre ceux de l’homme.

Dans le combat des Oulad Soultane (les enfants du Sultan), Sid el-Hadj Hamed, l’ancien Bey de Constantine, voyant que l’une de ses femmes allait tomber au pouvoir des Français, la fît placer sur l’un de ses chevaux de main, et puis, s’étant bientôt convaincu que, peu façon-

celle que l’ange Gabriel fit sortir de terre lorsqu ’Agar, chassée par Abraham, invoqua Dieu en faveur de son fils Ismaïl prêt à mourir de soif.

née à ce genre d’équitation, elle ne pouvait le suivre dans sa retraite précipitée, il la tua, lui-même, d’un coup de fusil tiré à bout portant. Il l’aimait cependant beaucoup, et c’était, dit-on, une femme d’une grande beauté, d’une illustre naissance, c’était la fille du chef des Oulad Soulah,

Dans ce moment la haine du chrétien était si vivace, nous étions encore si peu connus et l’on entretenail , sur nous, des contes si cruellement absurdes, que la femme du Bey Hamed, au lieu de maudire son mari, lui cria en tombant baignée dans son sang.

(( Allah yaâtik saha : Akkeda idiroii Redjal nitaâ essahlh. »

Que Dieu te donne la force ! c'est ainsi que doivent agir les hommes de la vérité.

En opposition à cet exemple, on parle dans certaines tribus, de quelques jeunes femmes qui, vêtues en homme, font bravement le coup de fusil, quand il s’agit de sauver ses biens ou son honneur. Ainsi chez les Oulad Abd el- ISour (les enfants de l’esclave de la lumière), tribu considérable de la province de Constantine, puisqu’elle peut mettre i5oo chevaux sur pied, on a connu une femme nommée Khodra (la verte) qui, par son courage dans l’action et sa sagesse dans les conseils, était devenue

l’admiration de tous. Elle montait très vigoureusement à cheval et se servait de ses armes avec une adresse merveilleuse. Cependant, je le répète, ces exemples sont rares; on en concevra la raison, quand on saura que la selle en usage est très dure et que les vêtements sont peu favorables à un exercice, qui ferait souffrir, du même coup, et la jalousie des hommes et la pudeur des femmes.

Si la femme arabe ne monte point à cheval isolément, il arrive souvent, qu’au milieu des péripéties d’un combat, pour échapper à la fureur d’une Razzia, elle monte en croupe derrière son mari. On prétend que, lors de l’enlèvement de la Semala, en i844, (i) c’est ainsi qu’ont été sau-

(i) i843 et non i844. (A^ D- k- t^-)-

vées beaucoup de femmes de distinction, en tête desquel* les on cite Lalla Zohra et Lalla Khéra, mère et femme de l’Emir Abd el-Kader.

Mais je reviens à la vie intime de la tente. Quand un cheval est connu pour sa sobriété, son fond et sa vitesse, les femmes le chantent ou l’exaltent dans leurs causeries.

« Le cheval d’un tel, disent-elles, mais c’est un brave, ( nous devons le chérir à l’égal d’un fils d’Adam, car <( dans les jours difficiles, il nous sauvera des serres de « l’oiseau de proie. »

Ce cheval meurt-il, c’est une désolation dans la famille. Les amis et les voisins s’empressent de venir faire leur» compliments de condoléance, souvent dans cette forme simple et concise :

<( Ya oulidati ! Rabbi ikhelef. »

O mes enfants ! Dieu remplace (sous entendu les pertes) .

Et la maîtresse de la tente ne manque jamais de répondre d’un ton brusque et chagrin ;

« Allah ikhelef âlina ou alikoum. »

Oui que Dieu le remplace et pour nous et pour vous !'

voulant faire entendre, ainsi, que son cheval était non seulement utile aux siens, mais encore à toute la tribu.

La perte d’un cheval renommé est donc la cause d’une grande douleur dans une famille ; quelquefois, même, la mort de cet ami fidèle, qui a rendu de si grands services et que l’on aura de la peine à remplacer, fait qu’un guerrier, surtout s’il commence à vieillir, se retire tout-à-fait des affaires et de la politique. A l’appui de cette assertion, je citerai ces vers bien connus dans le désert.

Salem est mort le jour d’un grand combat.

Mais il est mort en nie sauvant la vie.

J’en porterai le deuil, c’est un fils que j’ai perdu.

Je vous laisse les chevaux, ô Pasteurs !

Ils me connaissent et je les connais.

Le temps (la fortuite) vient de me trahir.

Jamais je ne monterai plus ceux auxquels on met un frein.

Depuis que nous occupons l’Algérie, si nous avons amolli, déjà grand nombre de caractères par le développement des intérêts matériels, si nous comptons même de nombreux partisans parmi les Arabes que nous avons placés au pouvoir, il ne faut pas, cependant, nous dissimuler que nous sommes encore l’objet de bien des haines, de bien des répulsions de la part de véritables Musulmans ; (nous autres Français, que dirions-nous, si notre pays était au pouvoir de l’étranger ?). Sous notre pression, ces haines, on le comprend, ne peuvent s’épancher, se produire, qu’entre amis, dans la tribu, sous la tente, dans les causeries intimes. Par devant on dissimule ; on nous fait toutes les cajoleries imaginables ; on nous appelle Sidi (Monseigneur) gros comme le bras ; on nous baise la main dessus et dessous et c’est là ce qui fait dire, à ceux qui n’ont pu scruter ni les mœurs, ni la religion musulmanes, que le peuple ai'abe nous a franchement acceptés et qu’il aime et recherche notre civilisation.

Voici la vérité.

On se soumet tout simplement à la force et à la volonté de Dieu ; on nous caresse aujourd’hui par crainte, par intérêt, pour avoir, peut-être, le pouvoir et les richesses, dont on est avide ; mais que, demain, la volonté de Dieu, de forts nous rende faibles, adieu les Monseigneur, adieu les baisements de main ; mon cheval te connaît, quant à moi je ne te connais plus. Préparons-nous à la lutte.

Ceci admis, on ne devra plus s’étonner, en apprenant qu’il n’est pas rare de voir, au désert, la femme arabe, dans un moment de contentement et de bonne humeur, prendre son fils en bas âge, le placer sur le dos du cheval favori et lui dire en caressant et l’enfant et l’animal.

« S’il plaît à Dieu, Mohammed deviendra grand ; je lui achèterai de belles armes, une selle brodée d’or, et puis

<( il combattra les infidèles ; il les égorgera et nous appor- « tera leurs têtes avec leurs biens. Oh ! alors, j’embrasse- (( rai bien mon fils, et je V aimerai davantage.

« Oui, Mohammed, chassera de notre pays les infâmes « chrétiens ; il se souviendra que la haine du chrétien ((. est un héritage légué par nos pères, et que Von ne peut <( refuser l’héritage de ses pères. »

Ce qui précède m’a été littéralement raconté par des chefs indigènes haut placés, et dont je pourrais citer les noms ; seulement, comme correctif, ils croyaient devoir ajouter que cela ne se passait, le plus souvent, que dans les tribus éloignées, qui, ne nous ayant, pour ainsi dire, vus que pour nous combattre, conservaient encore sur notre compte des préventions et des préjugés absurdes.

Le désir de nous vaincre, de nous humilier, se fait donc incessammient jour dans la vie de famille, dans ces réunions où chacun peut compter sur son voisin comme sur son cœur.

Ce désir bien naturel chez un peuple conquis reparaît souvent, aussi, dans ces chants nombreux que l’on doit aux improvisateurs du Sahara, et dont les femmes, comme partout, du reste, en pareil cas, se plaisent à augmenter elles-mêmes la popularité.

En voici un qui, tout en peignant cet amour incroyable des Arabes pour les leurs, peut, en outre, donner une idée de tout ce qui se fait, dans ce sens, contre nous. Il raconte un départ de guerriers pour le djehad (la guerre sainte.)

Où sont ces jeunes gens montés sur des juments de race qui broyent leurs mors avec furie?

Où sont ces bernons blancs et ces selles brodées d’or?

Où sont ces étriers qui brillent comme les étoiles.

Et ces longs éperons (i) qui font marcher les morts?

(i) Avec nos éperons {chabir), disent les Arabes, nous suçons le cheval ; tant que la vie est chez lui nous allons l’y chercher ; ils ne sont impuissants que devant la mort, (voir Les Chevaux du Sahara.)

Lorsqu’ils courent à la poudre,

Vous diriez une averse qui tombe sur les contrées !

Ils sont partis, que le prophète leur soit en aide !

Quels admirables cavaliers !

Jamais femme n’ enfantera leurs pareils.

Ils feront blanchir les cheveux du Roumi Et rassasieront les oiseaux de la chair des impies.

Les uns sont des lions qui défendent leur petits.

Les autres, des faucons qu’anime la vue du sang ;

Ceux-ci sont froids comme la neige qui tue.

Ceux-là sont vifs comme la poudre qui brûle.

Leurs chevaux mangent une orge pure,

Ils boivent le lait de nos chamelles.

Pour eux, le loin est toujours près ;

Sans nul doute, ils vaincront tous les peuples à cha-

[peaux (i).]

Au jour du départ nous nous volions des coups d’œil.

Une mèche de mes cheveux flottait sur sa corde de cha-

[meau,]

Puis mes pleurs ont coulé comme des perles liquides.

Si j’avais pu les réunir, je m’en serais fait un collier pour

[mon cou.]

Allons, mon cœur, sachez supporter la séparation,

Nul ne peut s’opposer à la volonté de Dieu !

Et vous mes yeux, quand je veux consoler mon cœur.

Ne venez plus me trahir par vos larmies.

O mon Dieu, je t’en conjure, pardonne-nous tous nos ' [péchés]

(i) On ne peut se faire une idée de l’aversion, que notre coiffure inspire aux Arabes. Ils aiment bien l’argent et, cependant, pour rien au monde, on ne pourrait décider, même un homme du peuple, à porter, ne fut-ce qu’un instant, un chapeau devant ses coréligionnaires. Il

craindrait d’être accusé d’apostasie.

Quand un Arabe veut affirmer une chose, il lui arrive souvent de

dire :

lia Kedebt, All-ah idjaâl-ni nelbess el-Borreta kif Er Roumi.

Si y ai menti que Dieu me condamne à porter un chapeau comme un ^chrétien.

Embrouille le fil de Vinfidèle, et ramène nos guerriers

[triomphants^

Fais que les adorateurs des morceaux de bois,

Qui se nourrissent de cochon,

Et boivent du vin dans des verres (i),

Soient anéantis et humiliés.

Oui, qu’ils repassent la mer sur leurs barques, l^otre étouffement cessera et nos pays respireront.

Mille saints de ma part aux Arabes qui patientent,

A ceux, suîdouty qui vendent leurs âmes à Dieu ;

Mille prières sur le Prophète,

Sur ses compagnons, sur ses amis.

Et sur les chefs de la loi,

Autant de fois salut que la poudre a tonné.

(i) Les Arabes, comme du temps d’ Abraham, boivent encore tous à Ja ronde dans le même vase {Tassa, mâoune) et ils méprisent souverainement tout notre attirail de table. Qu’en feraient-ils au surplus, dans cette vie de la tente, qui les astreint à n’avoir que des meubles simples et solides ? Ceux que j’ai interrogés après un dîner splendide fait chez nos Gouverneurs du Généraux, m’ont toujours répondu :

« Bien, mais Tekerkib ou kollot en nekib, beaucoup de cliquetis et peu à manger. Ils n’y avaient pas trouvé le mouton rôti tout entier qu’ils estiment tant.

Page 1