‹ La femme arabeChapitre 5 sur 17 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

l.’ADOLESCEIVCE

L’enfant est un papier blanc, pur de toute souillure, sur lequel on peut écrire le bien ou le mal.

La jeune branche se redresse , sans grand travail, le gros bois

ne se redresse jamais.

Les Arabes, on ne doit pas s’en étonner, ne sont point partisans d’une instruction étendue chez les femmes. Excepté dans les familles de Marabouts, on apprend à très peu de filles à lire et, surtout, à écrire. Ce sont là des connaissances qui, suivant eux, favorisent les amours coupables. Le premier emploi qu’une fille fera de l’écriture sera d’écrire à l’homme qu’elle aime, si des obstacles la séparent de lui. Mais dès qu’une fille commence à parler, on veut qu’elle se serve de la parole pour prier Dieu.

La première prière qu’elle prononce est celle qui prélude aux repas.

a Au nom de Dieu, nous nous reposons en Dieu et en son Prophète ; que Dieu, le maître du monde, îious accorde sa bénédiction à nous et à ce que nous allons manger. »

Plus tard, la jeune fille doit prier cinq fois par jour comme les hommes.

Au Fedjeur. — Point du jour.

Au Dohor. — Une heure après midi.

A El-Aâsser. — Trois heures.

Au Moghreb. — Coucher du soleil.

A El Eucha. — Huit heures du soir (i).

Les prières sont avancées ou retardées, suivant la saison, et doivent toujours être précédées d’une ablution.

La beauté est, d’habitude, le partage des femmes arabes.

Leurs yeux sont noirs et évoquent naturellement, chez !(' poêle, celte pensée qui revient si souvenl, du regard profond et doux de la gazelle. Même dans les affections l( s plus pures, la beauté a toujours un rôle important. Jamais les jeunes filles, dans la tente et même dans la tribu, n’onl à subir de mauvais traitements; mais celles à qui Dieu a fait le présent d’un joli visage, sont, dans leurs familles, l’objet d’une prédilection particulière.

En grandissant, la jeune fille, quelle que soit sa naissance, prend l’habitude du travail, elle apprend à confectionner les bernons, les tentes, les abaïas, les tapis, les haïks, les musettes, les besaces, etc., etc... Sa mère en fait une compagne qui l’aide à remplir tous les devoirs domestiques et à partager les soins de cette hospitalité (Entendue d’une manière si large et si touchante chez les Arabes. Quoique étrangère à la loi chrétienne, . elle a|iprend la pratique de la charité. Sa main et son cœur

(i) La prière du Fedjeur, est due à Sidna Adem, à notre seigneur Adam.

La prière du Dohor, est due à Sidna Brahim, à notre seigneur A hraham.

La prière d’El Aâsser, est due à Sidna Yonness, à notre seigneur .lonas.

La prière du Moghreb , est due à Sidna Ayssa, à notre seigneur Jésus-Christ.

La prière d’El Eucha, est due à Sidna Moussa, à notre seigneur -Afoyse.

Voici comment le Mouedden appelle les fidèles à la prière :

« Dieu est le plus grand ! Dieu est le plus grand !

.r atteste qiEil n'y a point d'autre Dieu que Dieu; j'atteste qu'il n'y a point d'autre Dieu que Dieu !

J'atteste que Mohammed est le prophète de Dieu; j'atteste que Mohammed est le prophète de Dieu !

tenez à la prière; venez à la prière !

Venez au temple du salut, venez au temple du salut !

Grand Dieu, Grand Dieu ! Il n'y a d'autre Dieu que Dieu. »

doivent s’ouvrir quand un pauvre vient à la porte de la tente, prononcer ces paroles consacrées : <( O les croyants donnez-moi un peu de ce que Dieu cous a donné » {Mtâa Rabby ya el mouménin).

Enfin on lui inculque, le plus promptement possible, ces pi'incipes que la sagesse musulmane regarde avec raison comme des conditions essenlielles du bonheui*. On lui apprend la discrétion; on lui inspire le culte du silence qui est une des plus grandes puissances de la société arabe.

El moumen iikellem bel khir ou iskout Le croyant doit dire du bien ou se taire.

On lui enseigne un respect profond pour ceux à qui elle doit le jour, et afin que la fille docile devienne plus tard une femme intelligente et dévouée, on accoutume son es[)rit à s’échauffer aux récits des nobles actions, à se prendre d’enthousiasme pour la gloire de la famille et de la tribu. On lui fait réciter les chants qui excitent les âmes à l’héroïsme.

C’est seulement lorsqu’il n’y a point d’étrangers, que Li jeune fille mange avec son père et sa mère; on ne peut point dire, toutefois, qu’elle soit exclue de la vie sociale. Dans la compagnie et sous la surveillance de sa mère, elle rend des visites aux voisins, aux marabouts, elle assiste aux fêtes nuptiales. Elle apprend à danser en agitant un yatagan, ou des mouchoirs si elle n’a pas la force de tenir des armes, toujours en prenant des attitudes voluptueuses. Elle doit aussi savoir frapper le bendaïr, espèce de tambour de basque, et le guellale, petit tambourin qui figure dans toutes les fêtes.

Quand la jeune fille atteint l’âge nubile, elle pratique le jeûne; si elle appartient à une grande tente, elle ne sort jamais que voilée ; la tille du pauvre marche le visage découvert. Mais, pauvre ou riche, la femme arabe se familiarise de bonne heure avec des habitudes de coquetterie. Les jours de fête on lui met sur la figure du rouge (zerkoiine), on lui noircit les paupières avec la mine de

plomb (koheul), on lui teint avec du henna, les mains et les pieds, et, enfin, sa mère la confirme avec soin dans la pratique des ablutions prescrites par la loi (i).

Un poète arabe a donné ces conseils aux femmes :

Ornez vos yeux de « koheul » et ils brilleront d’un éclut lumineux comme une source d’eau vive au milieu des sables.

Parez aussi vos doigts de henna, et ils ressembleront

aux fruits élégants du jujubier.

Et, enfin, mâchez le souak qui parfume Vhaleine, fait les dents blanches et les lèvres de pourpre.

Vous serez ainsi plus agréable aux yeux de Dieu, car vous serez plus aimées de vos maris.

Les Arabes pratiquent le tatouage, non point un tatouage brutal, barbare, altérant l’œuvre de Dieu, comme celui des tribus américaines, mais un tatouage plein de grâce et d’élégance qui rappelle presque quelques-uns des artifices chers à la coquetterie du siècle dernier (2). Ainsi, quand la jeune fille a dix ou douze ans, on lui fait aux poignets et aux pieds, des dessins qui ressemblent à de larges bracelets. Au front, entre les sourcils, à la joue et au menton, on lui dessine une mouche ou une étoile, l.es Arabes trouvent à ces figures un charme extrême; elles font, suivant eux, ressortir la blancheur de la peau.

(t) On lit dans le Koran ;

O croyants ! I.orsqiie vous vous disposez à ta prière, lavez-vous le visage entre tes mains jusqu’aux coudes; lavez-vous aussi /a tête et les pieds.

On accuse souvent les Arabes de malpropreté, parce qu’on les voit toujours couverts de vêtements de laine qu’il est assez difficile d’entretenir; mais qu’on ne s’y trompe pas, si l’extérieur laisse à désirer, le corps, d’habitude, est irréprochable, grâce aux fréquentes ablutions qu’ils sont obligés de faire.

Les ablutions avant la prière sont tout-à-fait indépendantes de la grande ablution {Oudou el Kébir) que le musulman doit pratiquer après toute espèce d’impureté ou de souillure.

(2) Le tatouage est cependant défendu par la loi qui l’appelle Ketibet Ech-chytane, l’écriture du Diable.

C’est un art véritable que celui du tatouage. Ceux qui l’exercent, forment une classe à part qui ne procède jamais qu’en présence de la mère. Dans les tribus, cette opération a lieu d’habitude le jour de la circoncision.. Il y a grande fête alors, et, si le père du néophyte est riche,

11 fait tatouer les filles pauvres à ses frais.

Malgré la faveur qu’ils semblent accorder à la coquetterie, les Arabes attachent un grand prix à la pureté de leurs filles. Tout à l’heure, en parlant du mariage, nous verrons quelle honte rejaillit sur une famille entière, quand une femme n’apporte point à son époux ce qu’il est en droit d’attendre d’elle. Aussi, dans les grandes tentes, épargne-t-on aux oreilles virginales, toute parole déshonnête. La nubilité arrive vite. Dans les tribus, les filles riches, fiancées, quelquefois à quatre ou cinq ans, sont mariées de dix à quinze ans. On attend davantage dans les familles pauvres. Mais sous toutes les tentes, cependant, on ne veut pas qu’une jolie fille soit soustraite trop longtemps aux liens conjugaux. Tandis que sa beauté s’accroît, on craint que sa réputation diminue.

Aussitôt, dit un proverbe, qu’une jeune fille peut porter une cruche à sa bouche,

Elle peut porter ce qu’a porté sa mère.

El mera menin, terfed el hallab el foam-ha Terfed ma refedet oummha.

Ces paroles ne paraîtront pas trop empreintes de l’exagération orientale, quand on saura qu’il n’est pas rare, en Afrique, de voir une fille nubile vers l’âge de lo ou

12 ans. J’ai entendu citer l’exemple d’une mère qui avait n ans à peine, de plus que sa fille. De pareils faits ne rappellent-ils pas ce joli mot de M. de Chateaubriand voyant danser des jeunes filles dont il avait admiré les grand’mères et aussi les mères : Regardez ces générations de fleurs.

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