‹ La femme arabeChapitre 6 sur 17 · I.ES IDÉES DES ARABES SUR EE MARIAGE · texte numérisé non relu

I.ES IDÉES DES ARABES SUR EE MARIAGE

La femme acariâtre et méchante est, pour son mari, ce qn’est un lourd fardeau pour le vieillard.

La femme aimable et belle est, au contraire, pour son époux, une couronne d’or ; chaque fois qu’il la regarde son cœur et ses yeux se réjouissent.

Avant de traiter du mariage, je crois qu’il est à propos de rappeler certaines opinions arabes sur cet acte fondamental de toute société.

Si le mariage n’est pas, dans la loi musulmane, un sacrement comme chez nous, c’est un des faits les plus importants qui puissent se passer dans l’existence de l’homme. Et maints préceptes, maints axiomes émanant les uns, des poètes, les autres des sages, les uns empreints d’une gravité onctueuse, les autres d’une mordante ironie, avertissent celui qui se décide à contracter ce solennel engagement, de la grande modification qui va être apportée à toute sa vie.

({ Lorsqu’un jeune homme se marie, Le démon pousse ( un cri affreux, les siens Ventourent et lui demandent « le sujet de sa douleur. — Un fils d’Adami vient encore U de m’échapper, il va éviter les pièges que je lui ten- { dais, »

— ao —

Dieu lui-même a dit :

« Contractez mariage avec des femmes qui vous auront «. plu et que leurs cœurs portent vers vous, »

« Parmi celles qui sont sous votre dépendance ou même ' qui sont vos esclaves, n'épousez que deux, trois ou qua- (( tre feriimes, et donnez-leur religieusement la dot con- (( venue, »

Le Prophète a dit :

(( Que ceux d’entre vous qui peuvent se marier, se marient.

« Le mariage dompte le regard de l'homme et règle la « conduite de la femme.

(( Que ceux d'entre vous à qui la fortune refuse la possi- ( bilité de prendre une épouse, aient recours au jeûne.

« Le jeûne comprime le dérèglement des sens. »

Suivant les médecins, celui qui s’isole des femmes ajoute des forces à son corps, des jours à sa vie.

Voyez le mulet, quel animal plus laborieux, plus patient, plus rempli d’une énergique existence.

Le moineau est prodigue d’amour, il meurt promptement.

Ainsi voilà déjà la contradiction jusque dans les paroles sacrées, dans les préceptes qui viennent de la bouche même de Mahomet. Du reste, la loi chrétienne est conforme en cela à la loi musulmane. Il semble que chez tous les peuples, la sagesse elle-même ait été impuissante à régler d’une manière absolue une nature aussi compliquée que celle de l’homme; que disent les pères de l’Eglise ?

Conserve la virginité, si le ciel t’en a donné la force.

Si la chair a trop d'empire sur toi, prends une épouse.

11 est vrai qu’entre en prendre une, deux, trois ou même quatre, il y a une grande différence; et dans nos conditions sociales, nous trouvons quelque chose de singulièrement excessif à la modération du Prophète. Mais

dans le Sahara, ce sont les gens riches seuls qui épousent jusqu’à quatre femmes; les pauvres en ont rarement plus de deux ; et malgré leur indigence, la polygamie n est pas pour eux un fardeau, car le travail de ces deux compa-

gnes soulage leur misère (i).

Puis on n’épouse pas ces quatre femmes dans la même année. On commence par en prendre une, un peu plus tard une autre, ainsi de suite. En vieillissant, on trouve bien l’occasion d’en répudier une ou deux, et quelquefois à 6o ou 70 ans, on finit par épouser une enfant de i5 ans. A qui vous blâme d’un acte semblable, on répond naivemeiil que rien n’est plus profitable à la santé.

Itoueul el aârner — Cela allonge l existence, oa isahah el Beseuv — et rafjermit ta vue.

Taya Dhouk, médecin célèbre du premier siècle de l’hégire, a dit :

« Ne mange que les chairs d'animaux peu avancés en âge cl hlen cuites, ne jais pas usage de médicaments à moim que tu ne sois vraiment malade, et, surtout, ne te marie qu’avec des femm.es jeunes, car le commerce avec les vieilles est tout ce qu’il y a de plus dangereux au monde, »

Toutefois, à ces aphorismes un peu suspects chez ceux qui s’en servent pour excuser leur passion, les sages

répliquent :

(.) Une dame d’Alger exprimait à un Kaïd des environs de Tenyet el Had, toute l’horreur que lui inspirait la polygamie. L Arabe lui

répondit :

« Je suis persuadé. Madame, que si vous viviez seulement quelques jours sous une tente arabe, épouse unique d un homme considère, vous ne tarderiez pas à changer d’avis et à solliciter vous-meme votre mari de prendre au moins une seconde femme. En effet, si vous vous trouviez seule pour préparer les aliments, aller à la fontaine aller au bois, tisser les vêtements, surveillei- les troupeaux, donner 1 orge aux chevaux, les seller et les desseller, aviser aux déménagements, plier et dresser les tentes, vous demanderiez vite grâce et vous consentiriez volontiers à partager les nuits, pour être aidée pendant le jour. »

(( Vieillard ne prends pas pour femme une jeune fille, ((. quand bien même ses dents seraient des perles et ses (( joues des bouquets de roses ; elle te mangerait ton bien (( et t’ensevelirait dans une natte. »

Chez ce même peuple qui a si bien rendu le poétique désespoir du démon en voyant un fils d’Adam échapper aux tentations incessantes des sens pour contracter sous l’œil de Dieu une union, il existe cependant des préceptes comme ceux-ci :

« Ne mettez votre confiance ni dans la fortune, ni dans (( les femmes.

(( Les femmies sont les auxiliaires du tentateur :

(( Jouissez de la femme tant qu’elle vous aime,

(( Mais si elle ne vous a pas trompé, croyez qu’elle vous (( trompera,

(( Et méfiez-vous d’elle, surtout lorsqu’elle vieillit.

(( Aujourd’hui, elle se plie à vos désirs, demain elle (( satisfera aux désirs dJun autre.

a Et si elle jure que jamais elle ne vous trahira;

« Souvenez-vous que celles qui mettent du koheul à (( leurs yeux et se teignent de henna, ne sont pas forcées (■ de garder leurs serments. »

Les Arabes disent encore :

(( Ne comptez jamais sur les présents de l’avare, sur les « services d’un négligent, sur les secours d’un ennemi, (( sur le conseil d’un envieux ou sur l’amour d’une (( femme... »

Ben el Taleub était l’homme de son temps qui passait pour connaître le mieux les femmes. On a de lui ces vers :

« Si vous me consultez au sujet des femmes, je vous « donnerai de bons conseils, je rrî^’y connais :

(( Dès que votre barbe commence à blanchir,

« Ou que votre fortune diminue,

« Retirez-vous, évitez-les;

« Vous n’avez plus rien à attendre d’elles.

« La femme fuit la barbe blanche,

« Comme la brebis fuit le chacal. »

On raconte qu’un homme âgé et dont la barbe était entièrement blanche, rencontra un jour, en voyage, une femme dont la tournure et la démarche, bien qu’elle fût entièrement voilée, excitèrent au plus haut point son attention.

« Qui que tu sois, lui dit-il, si tu n’es pas mariée, je t’épouse et je te donnerai la dot que tu voudras; si tu es mariée, que Dieu bénisse ta famille et ton mari a cause de toi.

(( .le ne suis pas mariée, répondit-elle, mais mes cheveux sont blancs et je pense que vous n’aimez pas cela.

(( Assurément, répliqua l’homme sans balancer, je n’aime pas les cheveux blancs », et il la quitta d’un pas pressé.

Quand il fut un peu loin, la femme lui cria alors de toutes ses forces ;

(( Par Dieu, Monseigneur, je n’ai pas encore vingt ans, et je n’ai pas de cheveux blancs; mais j’ai voulu vous montrer, ainsi, que je n’aimais pas, non plus, ce que vous n’aimez pas vous-même. »

On trouve dans Sidi Aômar :

(( Par Dieu, je n’épouserais pas une veuve, quand bien a même ses yeux seraient ceux de la gazelle; elle parle U avec son mari et pense à celui qui est mort. »

Suivant Ben el Sadak :

« La femme acariâtre et méchante est pour son mari, (i ce qu’est un lourd fardeau pour le vieillard.

(( La femme aimable et belle est, au contraire, pour son (( époux une couronne d’or; chaque fois qu’il la regarde, « son cœur et ses yeux se réjouissent. »

Dieu a dit :

(( .J’ai donné deux choses à l’homme pour son bonheur : « les femmes et les parfums. »

Suivant Sidi ben el Moktar :

(( On reconnaît quwne femme n’aime pas son mari, (•: quand elle détourne les yeux en lui parlant, quand elle (( est distraite, semblant toujours apercevoir une peru sonne étrangère ou prêter Voreille à une voix lointaine.

(( La femme qui aime son mari lui accorde une atten- (( tion soutenue; elle a constamment les yeux fixés sur (( ses yeux. »

Un moraliste nomade a écrit quelque part :

(( Méfiez-vous de la femme qui est très maigre, qui est (< toujours malade ou qui feint de l’être, qui rit sans mlo- (• lif, qui se plaint toujours, qui est jaune de couleur, (( qui pousse un soupir vers le ciel et deux vers la terre. »

Djafar ben Mohammed s’exprime en ces termes, sur les unions mal assorties :

(( JS e prenez jamais une femme plus vieille que vous.

(( D’ordinaire, un homme vaut mieux à l’extrémité (. qu’au commencement de sa carrière. Pourquoi ? parce ■ qu’alors il a gagné en savoir, en expérience et en résiu gnation. Son humeur est plus égale, il est m)pins sujet (( à l’emportement et sa fortune s^est assise.

(( Mais en est-il de même pour la femme ? Non, .sa « beauté passe, elle devient inféconde, elle est chagrine, « maussade, son caractère va toujours en s’aigrissant.

(( Si donc quelqu’un vient vous annoncer qu’il a pris « une femme vers le retour, sachez qu’il a épousé les (( deux tiers du mal que renferme la vie de la femme. »

On lit dans les conversations du Prophète :

« La femme que vous devez préférer est celle qui est (( belle, vierge, n’exige qu’une faible dot. Cherchez avec ( soin, pour en faire votive compagne, la créature qui U approche le plus de la perfection. Songez qu’il s’agit « de la destinée tout entière de vos enfants ; car la femme (( communique à l’enfant une partie de sa propre '( essence.

(( Gardez-vous donc de préférer la figure à V origine. )>

Un poète renommé confirme ainsi ces préceptes :

« Infortne-ioi de la branche à laquelle tu t’allies, sache (■ sur quel arbre elle a poussé, quelle terre Va nourrie.

(( Souviens-loi que si la racine communique au tronc (( ce quelle a de bon, elle lui communique aussi ce <' qu’elle a de mauvais. »

Ap rès avoir lu toutes ces sentences, tous ces proverbes, on ne sera plus étonné d’apprendre, qu’au désert, une fille noble ne se donne jamais qu’à un noble.

Si un père de famille, séduit par la richesse ou par d’au- Ires considérations, voulait contraindre sa fille à contracter une mésalliance, la tribu tout entière ferait des lemontrances et s’efforcerait d’empêcher une union fâcheuse d’après ses idées.

La femme ne serait pas la dernière à résister et l’on cite ces paroles d’une jeune fille arabe, lesquelles expriment énergiquement cette répugnance. — J’espère que mes lectrices, si j’en ai, ne s’effaroucheront pas trop de la métaphore, ce n’est pas une Française qui parle.

« Je suis Baïa, jument noble parmi les nobles;

El Von veut me donner pour époux, un baudet.

Quoi ! mes enfants ressembleraient à leur père !

La mort vaut cent fois mieux que cette honte. )>

La loi ne permet pas de marier une fille sans son consentement. Le fait, cependant, arrive quelquefois. Quand un père veut sacrifier à son intérêt personnel celui de sa tribu ou même le goût de sa fille, si cette dernière trouve le moyen de faire intervenir le cadi, le juge et la justice ne lui font jamais défaut.

On demandait à El Meguira quelles femmes on devait préférer pour le mariage; il répondit :

« Prenez autant que possible, vos parentes, vous en (' ferez ce que vous voudrez; les étrangères sont plus dif- (f ficiles à conduire. »

(( N'oubliez pas que la femme à peau brune est plus ( féconde que la femme à peau blanche. »

Abdel Malek ben Merouan, caractérise d’une manière piquante les différentes ressources que, suivant sa religion et sa race, la femme apporte à un époux.

« Voulez-vous une femme pour le plaisir, prenez une (( Africaine. »

(( Voulez-vous une femnWe qui vous assure une nom- ( breuse postérité, prenez une Persane. »

(( Voulez-vous, enfin, vùne femme qui vous serve bien (( et donne à vos enfants une bonne éducation, prenez « une chrétienne. »

A ceux qu’étonneraient ces dernières paroles, un Arabe répondrait que Dieu lui-même a dit :

« Vous pouvez épouser les filles libres des infidèles et (( des Juifs, pourvu que vous les dotiez et que vos enfants U soient musulmans; mais il vous est défendu de vivre « avec elles dans la débauche. »

El Hadjadje voulant marier son fils écrivit à l’un de ses amis la lettre suivante :

(( Trouvez-moi une femme pour mon fils. Je la veux belle de loin, agréable de près, noble parmi ses compagnes, de bon caractère pour tous et aimante pour son mari. »

(( Je l’ai trouvée, lui répondit son ami, mais elle a la gorge trop prononcée. »

(( Tant mieux, s’écria El Hadjadje, ce qui est à vos yeux un défaut, me paraît une qualité. Elle réchauffera son mari et rassasiera son enfant. »

Djafar ben Mohammed, cadi d(‘ Merouâne, cherchant, au contraire, un mari [)Oür sa fille, pria son voisin de lui donner un bon conseil. « Gomment se fait-il, lui dit (‘el homme, que vous veniez me consulter, vous que l’on consulte ordinairement ? — N’importe, reprit le cadi.

parlez, les pêcheurs de perles savent les dégager de leur rude et grossière enveloppe. — Vous l’exigez, eh bien, voici tout ce que je puis vous dire :

« Le Roi des Perses ne voulait pour ses lilles que des hommes riches.

Le Roi des Rourns préférait la beauté.

Le Roi des Arabes recherchait, avant tout, l’origine.

Et notre Seigneur Mohammed n’aimait que les personnes religieuses.

Choisissez maintenant entre la richesse, la beauté, la noblesse et la piété. »

Il V a enfin, chez les Arabes, toute une série de die- Ions poétiques qui peignent la femme sous des couleurs vives et disparates. Dans toutes ces paroles expressives qu’une longue continuité avec les races musulmanes nous ont permis de recueillir, nombre de choses, assurément, peuvent choquer les idées françaises ; mais j’ai voulu donner au public une étude consciencieuse des mœurs arabes. C’est à ceux qui me lisent, de se demander si la vérité les intéresse.

(( La connaissance des hommes est un trésor,

<( Les paroles des femmes sont du vent. »

« La ruse des femmes est sans pareille

(( Et de leurs artifices je me suis enfui.

(( Elles se ceinturent avec des vipères

(( Et s’épinglent avec des scorpions. »

« Il ne faut pas trop mépriser les femmes déjà mûres.

« Les raisins secs ne sont bons que lorsqu’ils sont ridés.

« Celui qui se marie est heureux pendant sept jours

(( Èt malheureux le reste de sa vie. »

(( Celui qui n’a pas lu, pourquoi écrit-il ?

(( Il gâte l’encre et l’écritoire. . ,

[ment-il ?]

(( Et celui qui n’a pas eu de bonnes fortunes, pourquoi

(( Il perd la réputation des faiseuses d’enfants. »

(( Elli ma kera alach ikteuh,

(( [fesed habar ed-douo.ya ;

a Ou elli ma zôrm alach ikedeb

(( Jfessed ard cl Oulaya. »

(( Pour jouir dOin printemps éternel, il faut souvent changer de femmes. »

Voici maintenant des éloges et des blâmes qui, par leur originalité, méritent, peut-etre, aussi, d etre cites .

(( Zineub dit à la lune : Brille ou je vais briller. »

(( Faima a la démarche d’un Bey, il ne lui m<anque (' qu^un palais et des tambours. »

« Khira se balance en marchant, comime le pigeon sau-

( vage. »

(( Khedidja sourit avec délicatesse : Les grâces s échapu pent d’elle par onces. »

(( Saâdya n’a qu’une seule parole, quand elle a donné (( un rendez-vous, elle n’y manquerait pas, dût-on lui « couper la tête. »

(( Oumya est courageuse, te jour ( est celui qu’elle a choisi pour « (amant). »

où son mari l’a battue rencontrer son frère

(( Aayclia fait entrer son amant dans sa tente, pen (( dant que l’eau tombe du ciel comme une corde, tandis i' que son mari et les chiens sont endormis. »

« Safya est une femme de religion. Dieu la préserve <( du miauvais œil !

(( Badra est féconde ; et, dans les jours sombres, elle « bannit les ennuis de la tente.

(( Régula est pleine de malice. Sa langue est longue, elle ne fait que déchirer sa bouche (i). »

(i) Médire de son prochain.

(( Meryern, c'est une fille de grande tenle,

« Elle rougit rien qu'en voyant un coq {Testahy rnen (( es serdouk).

(( Louange à Dieu qui Va créée. )>

La femme doit respect et obéissance à son mari, il faut qu’elle sache garder ses secrets. Son mari peut la punir, la laisser seule dans sa couche, la frapper même ; toutefois, et ceci prouve quelles limites a une puissance que nos idées européennes nous portent toujours à accuser d’abus, il ne peut pas la forcer à changer le lieu de sa résidence ou à l’accompagner dans un voyage qui doit durer plus de trois journées.

Les instincts de la femme arabe, la poussent évidemment à rechercher, chez les hommes à qui elles doivent être unies, les qualités brillantes, l’élan, l’impétuosité, le courage. Cependant quelques-unes d’entre elles, amies d’un tranquille bonheur, recherchent quelquefois moins d’éclat et des conditions d’existence paisible. C’est ce que prouve ce récit de Faâd ben Mohammed.

(( Un des cavaliers les plus courageux des Béni Saâd ( aperçut un jour une femme nommée Ournya benl Abdallah, qui était d’une beauté remarquable. Il s’écria « qu’il ne voyait pas sur la terre, de bonheur comparable à celui de la posséder ; i! chargea soudain un de (( ses amis de la suivre, de savoir qui elle était et de la demander en mariage. L’ami accomplit sa mission, <( mais la jeune tille, à son tour, s’informa du caractère (( et de la profession du soupiranl.

(( Persuadé que sa cause était gagnée, l’envoyé lui (( récita ces vers :

« Vous demandez quel est son métier :

Il poursuit sans relâche ta guerre,

Quand deux cavaliers se heurtent,

C'est toujours lui qui ouvre le passage.

Il est dur, sobre, et sait supporter l'adversité. »

(( Retournez auprès de votre arni, répondit Oumya, ( je vois que c’est un lion ; qu’il se mette à la piste d’une (( lionne. Quant à moi, je ne lui conviens pas.

(( Je veux un Djieud (noble) riche, entouré d’amis « généreux, aimant la vie facile, pensant à moi, ne me ( quittant jamiais ;

((Je le réchaufferai sur mon sein ;

(( Il me boira comme le vent, et verra sa soif étan- (( chée. »

Je ne saurais mieux terminer ce chapitre, que par le portrait de celle qui, suivant les Arabes, réunit toutes les conditions nécessaires pour former une femme accomplie. Sans aucun doute, parmi ces éléments de perfection, il en est plus d’un qui fera sourire le lecteur français, et lui paraîtra empreint de bizarrerie : N’importe, voici la Reine du Sahara, non point celle des cités européennes.

Elle doit avoir :

Le front large.

Les sourcils fournis et arqués.

Les yeux noirs comme ceux de la gazelle.

Le nez droit et lin.

Les narines larges.

Les joues blanches et roses, appelant le baiser,

La bouche petite.

Les dents comme des perles enchâssées dans du corail, Les lèvres minces et vermeilles.

Les cheveux florissants, noirs comme l’aile du corbeau.

Le cou long et fort.

Les épaules larges,

La poitrine saillante.

Les seins bas, rebondis et bien séparés.

Le ventre léger et arqué,

La taille souple,

Les hanches bien sorties,

Le nombril pouvant contenir une once d’essence de rose,

Les jambes et les bras bien dessinés,

Les mains et les pieds petits,

L’haleine agréable,

L’odeur plus pénétrante que celle du jasmin.

Le sourire délicat, charmant comme le paradis,

La tendresse peinte sur la figure,

Elle ne doit pas rire beaucoup,

Ne pas parler beaucoup,

Ne pas marcher beaucoup,

Ne tracasser ni son mari, ni ses voisins.

Elle doit avoir la voix agréable,

Rougir facilement.

Tenir à sa maison,

Contenir sa respiration quand son mari est absent, Donner des conseils d’où sorte le bonheur.

Se montrer, enfin, l’ornement de la famille et le désespoir des ennemis.

Elle doit encore ressembler à un drapeau quand elle est debout, à une gazelle quand elle est couchée.

Si tu rencontres cette femme, tu en deviendras fou ; si elle te quitte, tu en mourras.

« L amour terrestre est te pont sur lequel doivent passer tous ceux qui cherchent la béatitude de Vamour divin. »

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