‹ La femme arabeChapitre 7 sur 17 · L,ES CÉKÉMOIVIES DU MARIAGE · texte numérisé non relu

L,ES CÉKÉMOIVIES DU MARIAGE

Décidément les enfants de nos fils, sont nos véritables enfants, ceux de nos filles sont étrangers.

Elle ne perpétuera pas votre nom, elle ne nous montera jamais un cheval, elle ne nous portera jamais un fusil ; c’est une femme, donnons-là pour nous faire des amis.

On commence à connaître maintenant la pensée des Arabes sur les femmes, et la manière dont la société musulmane envisage î’acte important dont la famille tire son oiigine. G est cet acte meme que nous allons à présent, étudier dans les formalités qui le précèdent, dans les cérémonies qui l’accompagnent, dans les conséquences de toute sorte qui en dérivent. Voici le moment où vont se dérouler les tableaux les plus étrangers 5 nos habitudes, les mœurs les plus contraires aux nôtres. Que le lecteur s appiete à pénétrer dans ce que la société musulmane a de plus intime, et que sa curiosité s’arme d’indulgence pour des coutumes qui peuv^ent révolter la délicatesse euiopéenne. Ces coutumes eAÛstent, je ne puis pas plus les passer sous silence, que les remplacer par des fictions que ne comporte pas un travail sérieux. Ces documents doivent donc être acceptés comme ils ont été recueillis, avec la gravité qu’exige une étude consciencieuse sur les usages d une notable portion de la race humaine.

D’habitude, on prend femme dans sa tribu. Cependant la politique pousse quelquefois les Arabes à se marier dans des tribus étrangères pour contracter des alliances, qui peuvent être utiles au moment du danger.

Quand un jeune homme désire une fille en mariage, il charge un ami d’aller porter sa demande aux parents de celle qu’il aime ; mais si la jeune fille est célèbre par sa beauté, son origine, sa richesse, le père qui la désire pour son fils, monte à cheval avec sept ou huit compagnons, tous bien vêtus, portés sur leurs plus beaux coursiers, et il se rend, avec ce cortège, chez le chef de la tribu où se trouve celle qu’il recherche. Ce chef leur dit : « Marhaba bi-koum — Soyez les bien venus », pratique envers eux les devoirs de l’hospitalité, puis leur demande l’objet de leur visite.

(( Nous sommes venus pour nous unir contre les mauvais jours, hériter les uns des autres, faire en sorte que nos tentes n’en forment plus qu’une; en un mot, nous voulons la fille d’un tel pour mon fils, nous désirons que tu nous aides à réussir. »

Pour obtenir cet appui, on remet à celui que l’on sollicite, des bracelets de pieds et de mains pour sa femme et une quarantaine de douros d’Espagne.

Si l’alliance lui paraît impossible, le chef répond : « C’est une affaire dans laquelle je ne veux pas entrer », il refuse les présents et tout est terminé.

Si l’alliance lui convient au contraire, il accepte et jure par le livre de Sidi- Abdallah, qu’il fera aboutir l’entreprise. Il monte à cheval avec les envoyés; tous se rendent chez le père de la fille. On leur fait un bon accueil, on leur sert un repas, la conversation s’engage sur maints sujets; puis dans un moment opportun, le chef entame la négociation. Tirant à part le père et les parents de la fille, il leur dit :

« Ces gens ont couché hier chez moi; ils désirent ne plus faire avec nous qu’un seul et même fusil; ce sont des

hommes de grande tente, renommés pour leur hospitalité, des maîtres du bras; ils appartiennent à une tribu puissante, il faut nous les attacher sincèrement. Le temps tourne sur lui-même et revient (la fortune est inconstante). ))

Habituellement le père réplique :

« Fais ce que tu voudras de ma fille, tu es son père, son oncle, son frère, son oukil; ma barbe est dans ta main. »

Le chef reprend :

« Tu as raison, c’est ma fille, et si je ne connaissais pas l’origine de ceux qui la demandent, je ne te les proposerais pas. Sois tranquille; ta fille ne moudra point le blé, elle n’ira ni au bois, ni à l’eau; elle aura une Djahafa, son nègre et sa négresse, ses effets, ses bijoux, elle sera entourée de considération et mènera une bonne existence. C’est une famille riche, demande-lui ce que tu voudras ; nous pouvons lui manger beaucoup d’argent. »

Après cet entretien, le chef retourne auprès de ceux qu’il a amenés, il leur déclare que l’affaire ne souffrira pas de difficulté, puis les engage à revenir dans sept à huit jours; il a encore besoin de ce délai pour se consulter.

Au bout de sept ou huit jours, c’est une nouvelle ambassade qui arrive. Ce sont, cette fois des marabouts. Ils tiennent à peu près ce langage :

(( Que Dieu maudisse le démon ! Nous sommes des hommes de paix, le bien vaut mieux que le mal et nous espérons qu’en notre considération, vous consentirez à cette union. Vous dites que vous êtes nos serviteurs et que vos ancêtres étaient les serviteurs de nos ancêtres; eh bien ! accordez-vous pour Vamour de Dieu, de vos ancêtres et des nôtres, »

On recommence des fêtes et une seconde fois, parole est donnée.

Ce n’est pas tout, trois ou quatre jours après, surviennent la mère, les soeurs et les parents du jeune homme,

elles ont pour mission expresse de hâter, par de nouvelles instances, l’alliance désirée. Le chef alors va trouver le père et lui parle ainsi :

<( Allons, un tel, c’est assez. Tous les jours ces gens-là sont chez nous. Nous tuons pour eux des moutons, nous leur donnons du kouskoussou, nous épuisons notre beurre, leurs chevaux mangent notre orge, ils nous ruinent. Ce que nous pouvons faire de mieux, c’^est de leur accorder celle qu’ils demandent; elle ne perpétuera pas votre nom (i), elle ne nous montera jamais un cheval, elle ne nous portera jamais un fusil, c’est une femme. Donnons-la pour nous faire des amis. )> Rappelez-vous que les anciens ont dit :

(( Une tribu ne peut s’acheter que par une femme. »

Ces considérations d’un ordre singulièrement positif, et où le caractère arahe se révèle tout entier, persuadent complètement le père. Le chef renvoie alors les femmes en leur disant : « Vous avez notre dernier mot, retournez chez vous, et soyez bientôt ici. »

Le cadi arrive ensuite avec le père et la mère du futur, quelques cavaliers et quelques amis de la famille. On fait les conditions; le chikh parle pour les parents de la fille; les intérêts du futur sont défendus par son père. Des concessions mutuelles terminent rapidement ces difficultés, surtout quand l’union projetée réunit des conditions de convenances de fortune, de naissance et d’éducation.

On règle la dot que l’époux doit fournir; car il ne peut y avoir de mariage chez les musulmans, sans une dot spécifiée en faveur de la femme. Cette dot varie suivant l’état

(i) Elle ne perpétuera pas votre nom : Haroun Rechid ayant, un un jour, à ses côtés deux de ses petits-fils, l’un issu de son fils et l’autre de sa fille, leur demanda comment ils se nommaient. Le premier répondit: Je me nomme Osmane, fils de Moharrùned, petitfils de Haroun Rechid; mais le second ayant indiqué, comme cela devait être, d’autres noms, le kalife s’écria avec émotion:

Décidément les enfants de nos fils sont nos véritables enfants; ceux de nos filles sont étrangers.

de fortune ou la générosité du mari. Plus elle est considérable, plus on espère que l’importance du don, qui doit êtie icnouvelé en cas de divorce, préviendra ce malheur.

Voici une des dots les plus fréquentes parmi les gens de ijrande tente. L’exactitude des détails propres à donner n ie connaissance complète des mœurs que nous étud ons, nous fera pardonner, peut-être, cette minutieuse énumération.

Deux ou trois cents douros.

Trois chameaux et une chamelle, l ne centaine de moutons.

Une bonne tente, maison (Khéima),

Vingt peaux de Filaly (maroquin),

Trois ou quatre pièces de cotonnade (Mektaa),

Deux ceintures en soie (Hazarne),

Deux paires de Guergue (Bottes en filaly),

Deux beaux haïks rouges teinte en kermès.

Deux Melhafa ou haïks, en coton, pour se voiler.

Des mouchoirs (Maharma) ,

Un Ferache ou tapis immense dont on fait un lit. Quelques Zerbias ou tapis ordinaires.

Quelques bons coussins (Oussâda) ,

Deux paires de bracelets de pieds, une pour la mère, l’autre pour la fille (Khelkhale),

Deux paires de bracelets de poignets (sonar),

Deux énormes boucles pour attacher les haïks (Bezima) plus ou moins ornées de corail.

Deux boucles de cou (Bezima el Gueurzi),

Un miroir plus ou moins riche.

Deux paires de boucles d’oreilles montées en corail (oundiss) ,

Deux Khalern ou bagues en or ou en argent.

Du corail pour une vingtaine de douros.

Un nègre et une négresse.

Les yjarents de la femme ne lui donnent qu’un trousseau en rapport avec leur fortune.

C’est encore devant le cadi ou le thaleub autorisé (notaire), que la famille de la mariée stipule parfois, en sa faveur, suivant les caractères ou les contrées, quelques conditions comme celles-ci : « L’épouse ne quittera pas ses parents, elle ne sera jamais frappée, son mari ne pourra pas de son vivant, contracter des unions nouvelles. »

(( Si l’époux manque à une de ces conditions, il ne peut pas s’opposer à un divorce qui est prononcé de droit. »

Quand il ne reste plus aucun point en litige, on procède à la cérémonie des fiançailles (nhar el mellak). La fiancée, seule, n’y paraît pas ; elle est représentée par ses parents.

Son père dit en présence du magistrat :

(( De mon plein gré, je donne ma fille Fatma, fille de Zohra, à un tel, fils d’un tel. »

{( Acceptez-vous, reprend le cadi, en s’adressant au futur P »

« Oui. ))

Après cette déclaration, le cadi, les mains ouvertes et tournées vers le ciel, lit le fatiha (i) et pour le moment tout est terminé. Toutefois cela ne se passe pas sans coups de fusil de la part des hommes, et, de la part des femmes, sans cris de joie, que le père de la future est obligé de rémunérer.

Le mari est encore séparé de sa femme, mais il envoie à sa nouvelle famille, des moutons, du blé, des poulets, du beurre et des fruits, destinés à fêter sa nouvelle union.

(i) Le Fatiha, invocation religieuse par laquelle on appelle les bénédictions de Dieu sur les biens, sur les familles et sur les entreprises. La voici , traduite littéralement :

a Au nom de Dieu clément et miséricordieux.

Louanges à Dieu, seigneur de V univers, très clément et très miséricordieux; il est le souverain maître du jour du jugement.

Nous V adorons, seigneur, et nous implorons ton assistance.

Dirige-nous dans le sentier du salut, dans le sentier de ceux que tu as comblés de tes bienfaits, de ceux qui n’ont pas mérité ta colère et qui ne sont pas du nombre des égarés. »

Cependant si la femme est une veuve, le mari peut se mettre en route, dès le lendemain, et passer une nuit près de celle qu’il vient d’épouser, en lui faisant un présent. Dans le désert, il peut même en user de la sorte pour une fille du peuple, et la famille ne voit là qu’une marque d’empressement. Mais sans nous inquiéter des exceptions que l’usag’e peut y apporter, voici la règle tout entière.

Huit ou dix jours après la cérémonie des fiançailles, vient la nuit du henna (i) (Leïlt el henna). Voici, ce qu’on entend par là :

La mère et les sœurs ou parentes du futur, vont avec un cortège de musiciens trouver la fiancée pour lui mettre en grande cérémonie, aux pieds et aux mains, ce henna que les femmes arabes aiment avec passion, comme un des auxiliaires les plus puissants de leur beauté. On place un soultani d’or dans chacune des mains de la mariée, une pièce d’argent sous chacun de ses pieds, une bague sur son front, et on fixe ces objets avec de la poudre de henna délayée dans de l’eau tiède.

Le sens de cette coutume est que la jeune femme doit être aimée sur cette terre, comme y sont aimés l’or et l’argent. Cette cérémonie, on l’espère, lui portera bonheur ; pendant toute sa durée, les instruments résonnent, les mets circulent ; c’est en dehors de la tente un bruit continuel de poudre, une fantasia effrénée.

Vient ensuite ce qu’on appelle le jour de V enlèvement {nhar el Refoude). Le futur envoie à la famille de sa femme, des provisions de bouche, et à sa fiancée des habillements, des mouchoirs de soie, des ceintures, des chemises, des coiffes brodées, des babouches, des bijoux, des

(i) Le henna est un petit arbuste (Lawsonia inermis) qui ressemble au troène. Ses feuilles sont d’un beau vert: on les fait sécher au soleil, on les réduit en poudre et puis on en fait une pâte qui, appliquée sur les ongles, le bout des doigts, les mains ou les pieds, teint en beau rouge orange. Les Arabes l’emploient encore pour teindre la crinière, la queue ou le dos des chevaux. Dans ce dernier cas, on lui attribue la propriété de fortifier l’épiderme et d’empêcher les blessures.

boucles d’oreilles, des bagues, des bracelets de pied et de mains, tous les présents enfin qui s’adressent à la coquetterie féminine, de plus, la dot fixée qui doit, on ne l’a pas

oublié, être payée le jour même de l’enlèvement.

Dix ou douze parents ou amis vont porter ces dons au beau-père. Celui-ci, bien qu’aucune stipulation ne l’y force, peut, si sa fortune le lui permet, faire à sa fille des cadeaux d’une valeur égaie à ceux qu’elle vient de recevoir.

La dot, cependant, n’est pas toujours comptée le jour même de l’enlèvement. Quelquefois on permet au mari de s’acquitter à une époque ultérieure, quand ses ressources lui permettront de le faire ; mais il faut qu’il y ait pour cela une convention expresse.

Aussitôt la dot comptée, le futur envoie sa mère, ses sœurs, ses parents et leurs amis, enlever la fiancée de chez son père.

Les cavaliers des deux tribus montent à cheval ; le père de la future la met en route, sur une bonne chamelle avec son fauteuil bien orné (âtouche), une négresse et des bijoux d’une valeur de 4o ou 5o douros. Ce sont là les présents habituels.

On part alors et on simule des jeux de guerre, l’amourpropre des cavaliers est excité. La tribu dont sort la jeune fille est pressée par celle où elle va rentrer. Ce sont des deux côtés force coups de fusils ; toutes les figures sont animées par le plaisir: Cela s’appelle faire le Barouk el djerra, la bénédiction de la trace.

Cette fantasia s’exécute souvent à balles, les cavaliers courant à la rencontre des aâtatiches et déchargent leurs fusils à vingt pas et au-dessus de la tête de la mariée. Ce jeu, qui n’est pas sans danger, est le plus grand honneur que l’on puisse faire à une jeune femme de noble origine. Il a encore pour but de l’habituer à la poudre et aux combats réels qu’elle sera, sans doute, appelée à affronter plus tard.

Après une conduite qui dure plus ou moins longtemps.

suivant la distance qui sépare les deux tribus engagées, les goums s’arrêtent et se réunissent sous la présidence des marabouts. Voici à peu près les paroles, qu’avant la séparation, ces graves personnages ont l’habitude de prononcer ;

« Que Dieu vous rougisse la figure, vous êtes frères aujourd’hui ; qu’il n’y ait plus à présent, que du bien entre vous. Bannissez les vols, les représailles, les tueries et tenez-vous prêts à vous secourir mutuellement la nuit comme le jour. »

Chacun, alors, entre chez soi, et on amène la mariée dans la tente de son époux. Ce dernier est absent, parce que l’usage lui interdit encore de voir celle qu’il a choisie pour compagne.

A huit ou neuf heures du soir, suivant la saison, les amis du mari le ramènent chez lui au son des instruments, au bruit de la poudre. Il arrive jusqu’à l’appartement de l’épousée. Là de chaque côté du rideau qui partage toujours une tente arabe en deux parties, il trouve deux femmes qui portent, pour cette nuit, le nom d’ouzirate. Ces prêtresses de l’amour conjugal, lui adressent un discours qui est à peu près celui-ci ;

« Mohammed, traite-la avec douceur, c’est une enfant ; que ses premiers pas dans sa vie nouvelle ne soient point marqués par la souffrance. Mais à quoi bon te dire tout cela ; tu es de noble race, ne sais-tu pas comment tu dois te conduire. »

Puis avant de s’éloigner, elles disent à la femme :

« Aycha, ne crains rien. Tu es unie à un homme sage ; ouvre ton âme {sois confiante) , c’est ton mari. »

Sans contredit le moment est solennel pour les époux. La femme ne sait point quels traitements l’attendent. Le mari se demande comment il va trouver celle qu’il n’a pas encore vue.

Bientôt la voix de la femme s’élève, et sa mère qui cette

nuit, ne s’éloigne pas de la tente où l’union s’accomplit, lui crie à travers la porte :

(( Allons, ma fille chérie, supporte courageusement les épreuves que j’ai supportées moi-même, sois digne de ton sang,, la famille compte sur toi.

Puis elle dit au mari :

« Et toi Mohammed, je t’en prie, sois bon pour ma fille. Impose à ton amour la patience. Le temps est long et tu as le temps devant toi. Si ce n^est pas aujourd’hui ce sera demain. »

Pendant cette scène on frappe le guellale, les instruments retentissent, et les invités couvrent, à dessein, de leurs éclats de voix, ce qui se passe dans l’intérieur de Fappartement nupial.

Quelquefois le mari est înerbouth. Que ceux qui veulent connaître toute la signification de ce mot, relisent un chapitre très célèbre de Montaigne. L’infortuné que frappe cette disgrâce du sort, appelle un thaleub pour qu’il mette fin au malifice dont il se croit victime.

Pendant que le thaleub écrit ses talismans, les femmes qui sont en dehors de la tente insultent le pauvre époux.

(( Dieu t’a donc jauni la figure, tu avais, cependant, la langue bien longue dans les causeries, tu devrais mourir de honte. Non tu Ji’es pas un homme. »

Quelquefois aux sanglots de la femme, on pense que c’est elle qui est victime d’une sorcellerie, alors l’époux se retire. La mère et les matrones entrent, elles étendent la mariée sur un métier à tisser, et la lavent de la tête aux pieds. On pense l’arracher ainsi à l’influence qui la fait souffrir.

Mais quand aucun de ces obstacles ne s’est présenté, ou quand tous ont été aplanis, et que le mari vient jeter aux femmes, avec un des haiks étendus sous la couche nuptiale, le témoignage de son bonheur, ce sont des cris de triomphe. Le gage passe de main en main, la poudre

recommence son fracas, et parents, amis, tous les convives se disposent à offrir un présent à la mariée.

A la pointe du jour, le mari sort de la tente. A peine a-t-il disparu, qu’on se précipite, de toutes parts, dans l’appartement nuptial. La mariée est un objet de louanges et de caresses. Mais toutes ces démonstrations sont effacées par celles de son père et de sa mère.

(( Louanges à Dieu, lui diseitt-ils, tu es une' brave fille, l’honneur de notre tente. Tu as conVblé les souhaits de ton époux. Dieu merci, tu es entière, tu as rougi (i) la figure des auteurs de tes jours. Dieu te bénira dans ce monde et dans Vautre. »

La pratique, si ce n’est la loi, autorise le mari qui n’a pas pu faire éclater la vertu de sa femme par la preuve que nous venons de raconter, à rompre son union sur le champ. Il renvoie celle qui a reçu ses espérances et se fait rembourser tous ses frais Mais la famille traitée ainsi, se regarde comme mortellement offensée. Aussi, un semblable événement amène-t-il souvent des luttes sanglantes entre les familles et même entre les tribus.

Pour prévenir de telles extrémités, la coutume a fourni un moyen : La mère peut déclarer et prouver que sa fille est née un vendredi, le jour de la réunion Nhar el Djemaâ. On n’a point alors pour les femmes placées ainsi sous la protection directe du Prophète, les exigences acoutumées.

Sept jours après l’enlèvement, arrive le jour de la ceinture {n’har el hazame) ; c’est encore une grande fête à laquelle on convie les parents, les amis et les pauvres de Dieu. Comme d’ordinaire le derbouka et le guellale résonnent. Ce sont des repas, des jeux et des ris. Les femmes font la toilette de la mariée, et terminent cette cérémonie en lui ajustant avec pompe la ceinture qu’elle ne doit

(i) Le rouge, les couleurs éclatantes, sont, chez les Arabes, le symbole de la joie et du bonheur, tandis que les couleurs sombres, le jaune principalement, sont les indices du chagrin et du malheur.

plus quitter. Dans l’avenir, elle pourra tout au plus la dénouer pour porter bonheur à un goum partant pour la chasse ou pour la guerre.

Puis cette vie exceptionnelle disparaît et la vie ordinaire reprend ses droits. S’il a épousé une jeune fille, le mari doit passer près d’elle sept nuits consécutives ; il lui donnera trois nuits seulement, si c’est une veuve. Ce temps expiré, il ne pourra plus faire de la nouvelle épouse, l’objet d’une faveur exceptionnelle. Il ne pourra même pas lui accorder un présent, sans le consentement de ses autres femmes.

(( Vous ne pouvez pas, a dit le Prophète, malgré tous vos efforts, avoir un amour égal pour toutes vos femmes. Mais que la balance ne penche jamais d'aucun côté, cju’elle reste en suspens. »

Pendant le premier mois qui suit la consommation du mariage, les nouveaux époux, même pendant le jour, ne se parlent C|u’en cachette. La nuit, quand ils doivent se réunir, ils emploient mille précautions, je dirai même, mille artifices pour ne pas être vus. On les prendrait pour des amants tremblants s’être surpris, pour des coupables prêts à commettre un méfait.

Le meme sentiment de pudeur leur fait éviter soigneusement la rencontre de leurs pères et mères ; contraste singulier avec les scènes qui se passent au jour de l’enlèvement (n’har-el-Refoude) .

Le gendre garde habituellement sa belle-mère, un mois environ après ses noces. Il lui fait ensuite, suivant sa générosité, des présents tels qu’un chameau avec son aâtouche, un nègre ou une négresse, des cotonnades, des bracelets de mains et de pieds, puis il la renvoie sous l’escorte de quelques cavaliers.

Un ou deux mois après son mariage, la femme va rendre visite à ses parents. Là, elle reçoit encore de son père des dons qui sont d’ordinaire semblables à ceux que sa mère a reçus jadis.

On vient de le voir, le mariage chez les arabes, se divise en quatre phases principales :

1° Nhar el mellak — Le jour des fiançailles.

2® Leilt el hernie — La nuit du henna.

3° Nhar el refonde — le jour de l’enlèvement.

4° Nhar el hazame — Le jour de la ceinture.

et pour qu il soit légitime d’après la loi, il doit réunir les six conditions suivantes :

I ° La déclaration des époux ;

2'’ La cérémonie dans les formes prescrites ;

3° L'intention des conjoints de remplir le but du mariage qui est la propagation des sectateurs du Prophète ; 4° L'état de majorité et de bon sens ;

6° Le consentement libre des parties ;

6° La volonté des époux d'accomplir leurs devoirs mutuels.

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