SCÈNE VI
MARCELLA, OLIVIER, JENNY.
JENNY
Qui êtes-vous, madame, et que me voulez-vous?
ACTK II MARCELLA.
Mon nom... Marcella^...
OLIVIER
Et c’est bien à madame, que vous voulez...
MARCELLA.
Oui...
OLIVIER
Eh bien, parlez donc, madame,... nous vous écoutons.
JENNY
Dites vite, je vous prie.
MARCELLA.
Pardon, madame, c’est à vous seule... que je désire parler...
JENNY
A moi seule... mais je n’ai pas de .secret pour mon mari...
MARCELLA.
C’est possible... mais pourtant...
OLIVIER
Ah parbleu, madame, vous avez une si étrange façon de vous présenter, et une allure si singulière, que je suis extrèinement curieux de savoir ce que vous pouvez avoir à dire à ma femme, et si vous le permettez, j’assisterai à cette conversation, qui ne peut manquer d’èlre intéressante!
MARCELLA.
Vous êtes aussi de cet avis-là, madame?
JENNY
.Mais... certainement...
Vous le voulez.
OLIVIER
Parlez donc.
MARCELLA.
Eh bien, madame, tjo viens vous prier de me rendre mon amant.
JENNY, sUipéfaite.
Ah !
OLIVIER
Pardon,... je n’ai pas bien entendu.
MARCELLA.
Je n’ai pas le bonheur d’avoir un mari, moi... on ne choisit pas toujours sa route... mais je suis une honnête fille... je ne trompe personne, et je neveux pas être trompée...
JENNY
Madame!
OLIVIER
Continuez donc...
J’ai pour habitude quand on me menace^ d'aller droit au danger et de l’alTronter en face... voilà pourquoi je suis venue, madame,... je l’aime plus que vous, et je n'ai jamais aimé que lui... je sais le sort qui m’attend... un jour il se mariera, mais, si je suis résignée d’avance à m’incliner devant la femme légitime, je > le disputerai à toutes les autres.:.
OLIVIER, prenani MarccIIa par le bras, et la faisant retourner.
Vous ôtes folle n’est-ce pas ?
MARCELLA.
Folle !... regardez donc votre femme qui est pâle comme une morte !
JEKNV.
Vous ôtes une fille infâme,., et je no sais pas ce que vous voulez me dire.
MARCELLA.
Vous ne le savez que trop; mais je vous ai prévenue, vous m’avez forcée de parler... A présent... tant pis, c’est vous qui l’avez voulu.
JENNY, à Olivier.
.Monsieur, do grâce.
OLIVIER
Laisse donc... il y a là un malentendu qu’il faut éclaircir...
MARCELLA.
Oh!.. .mon Dieu, je ne dis pas que vous soyez sa maîtresse... Un homme vous fait la cour... on l’écoute, par désœuvrement ou par vanité... on ne l’aime pas encore, et on le retient... parce qu'il vous distrait, ou qu’il vous flatte... On peut môme l’aimer, et se dire qu’on est sûre de soi, qu’on résistera toujours... S’il en est ainsi, madame, ne vous y fiez pas... et remerciez-moi d’ôtre venue, car je vous sauve...
Voyons, entendons-nous; c’est bien à madame la baronne Olivier, que vous tenez de pareils discours?
MARCELLA.
Oui, monsieur... et peu m’importe après tout, ce qu’il en résultera pour madame... je ne vois qu’une chose... mon bonheur qu’on attaque, et que je défends.
JENNY
Oh l'c’est trop d’insulte.