PREMIÈRE PARTIE
instruite, Maitréyi : cela est l'immortalité. » Ce qu’ayant dit, Yùjnavalkyu laissa sa femme à jamais et alla dans la solitude des forêts.
C’était la plus complète expression de la croyance à 1 àme universelle, à l'absorption de toute individualité dans le grand tout, croyance qui pouvait conduire aussi bieu au monothéisme le plus pur qu’au panthéisme le plus grossier, aussi bien aux espérances de la vie future qu'aux atfres du néant.
Tel était l’enseignement que la femme était jugée capable de recevoir, et, qui plus est, de comprendre.
Dès lors, néanmoins, on considérait Maitréyi comme un type rare. ■ Des exemples comme celui de » Maitréyi étaient des exceptions, non la règle (1), » dit M. Max Muller. Déjà les Indiens redoutaient d’initier la femme à leurs doctrines philosophiques et religieuses. Qu’elle entendit ou non ces doctrines, le danger leur paraissait égal. Si elle comprenait le néant des choses de la terre, n’était-il pas à craindre que son caractère n’acquit cette hère indépendance qui dédaigne de plier sous un joug humain? Si son esprit faussait l’enseignement qu’on y déposait , n’était-il pas à craindre qu’elle ne le communiquât ainsi altéré à ceux que l’on jugeait indignes de participer aux bienfaits de la religion?
(i) Cases like that of Maitréyi were e\eept»ons, not the mlc. (^4 history of ancient sanskrit literaturc.)
Il approchait, cc moment où la femme allait être, devant la Divinité, légalement pincée au même rang que ces derniers.
Manou (1) a paru. La société indienne est formée, régularisée. Le prêtre (le Brahmane) ; le guerrier (le Kchattriya), défenseur de l’Etat et surtout du Brahmane; l'agriculteur, le commerçant (le Vaisva), se partagent les pouvoirs que l’Arya unissait en sa personne. Au dernier degré de l’échelle sociale, plus près encore de la brute que de l'homme, est le Coudra, auquel, sous le rapport religieux, est assimilée la femme.
Le pouvoir du Brahmane, redoutable aux dieux mêmes, est la base de cette constitution à jamais ' durable.
La religion a peu varié. Cependant, d’une part, l’idée, d’une cause première s’est développée. Déjà l’Arya avait entrevu, dans le feu que l’homme allume, dans le soleil qui illumine et échauffe la terre, dans l’éclair qui sillonne la nue, les manifestations d’un même principe. Agni, Soùrya, Indra se sont confondus, et le moteur universel est devenu Brahme, l’Etre suprême (2).
D’autre part le panthéon indien est resté le même,
(1) Les Indiens confondent leur antique législateur avec Manou Swayntnhhouva, le premier homme, le premier roi.
(2) Voir Y Essai sur ie Védat par M. Emile Bursouf.