‹ La femme dans l'Inde antiqueChapitre 14 sur 85 · PREMIÈRE PARTIE. Si · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. Si

et les forces de la nature qu'adoraient les Aryas sont devenues des divinités inférieures hiérarchiquement classées.

Mais entre la rédaction des lois de Manou et celle des grandes épopées, la théogonie subit de profondes modifications. L’homme a lutté : la puissance qui produit ne lui parait se compléter qu’à l’aide de celle qui anéantit, et Çiva, l’antique lloudra des Védas, le principe destructeur, se joint à Hrahma, le principe créateur. L’homme cepçndant, par un secret instinct, éprouve le besoin d’équilibrer ces deux forces : Vichnou, le principe conservateur, se place entre elles , jusqu’au jour où sa douce et majestueuse figure prendra, dans son incarnation de Krichna, des proportions telles, qu’elle attirera irrésistiblement h elle la plus sympathique adoration de l’Inde. Brahma sera oublié dans son repos , car il a accompli son œuvre. Vichnou et Çiva régneront.

Les épouses des dieux personnifient maintenant leur énergie productrice.

A Brahma s’unit Saraswati, l'antique déesse des Aryas, la Minerve pacifique, protectrice des beauxarts.

A Çiva s’associe Pârvati, la fille de la montagne, rappelant l’orgueilteuse Junon. Cette déesse se montre sous divers aspects : tantôt c’est Dourgâ , la Minerve guerrière,' secourant le juste qui l’implore, frappant l’impie qui la méconnaît. Tantôt c’est Kâli, la sombre

*2 Ij A FEMME DANS I-'INDE ANTIQUE.

Hécate (1); dans cette dernière manifestation elle est réellement la compagne du génie destructeur, et se présente à l’imagination orientale sous d'effrayantes couleurs. C’est elle qui apparaît dans les scènes de carnage et d’liorreur, réclamant le sang des mourants pour en abreuver les vampires qu’elle entraîne à sa suite. Tantôt c’est Bhavûnî, la déesse de la fécondité; apparente contradiction, mais la mort n’est-elle pas une des causes de la vie?

A Vichnou enfin s’allie Lakchmî ou Cri, la déesse de l’abondance et du bonheur, la Cérès des Grecs; c’est sous les plus riants attributs, accompagnée de Kûmâ, l’Amour, dieu immatériel dont les flèches sont empennées de fleurs, qu’elle s’offre au regard du poète qui la chante, du peuple qui la chérit.

De même que la Vénus grecque , île même que la Freya Scandinave (2) , Lakchmî naît du sein des ondes (3). Le Vichnou Pouràna, dont nous ne pos-

(1) Non-seulement les Indiens tint leur Hécate, ils ont encore leurs Parques : ce sont deux jeune* filles, Dlinta et Yidbata, qui lissent éternellement une trame composée de fils Mânes et de fils npirs (les jours et les nuits).

(2) Conf. M. Ampèiie, Littérature et Voyages . L'illustre académicien fait remonter la filiation directe des croyances Scandinaves aux croyances orientales. M. Eiclihoff, nous lé verrons plus loin, a consacré au rapprochement des légendes du Nord et de celles de l'Orient, des pages aussi remarquables qu’intéressantes.

(3) Ce fut sa seconde naissance, car dans une existence antérieure, elle était fille de IMirigou, le sage qui promulgua les lois de Manou.

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