‹ La femme dans l'Inde antiqueChapitre 20 sur 85 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

mais une vertu qui lie croit pas il elle-même, une charité qui, pour sauver l’homme, l’isole du monde, le fait sans cesse mourir à lui-même sans profit pour autrui! L’inaction était après tout la meilleure, la plus digne voie pour couduiro^au néant , au Nirvana !

Etrange aberration ! La vie est un combat; ce n’est pas en fuyant qu’on en obtient le prix. L’homme ne se purifie-t-il pas, ne se fortifie-t-il pas pur les luttes d’ici-bns, luttes généreuses qui amènent le triomphe de la justice et de la vérité? N’est-ce pas alors seulement qu’il a mérité, non, il est vrai, le repos du néant, mais celui de l’immortalité?

Une réaction éclata. La contrainte morale que s’était imposée le peuple lui fit regretter l’antique joug du brahmanisme : celui-ci reparut.

Aux sévères prescriptions du bouddhisme, il substitua un culte qui, au lieu de dompter les passions, en favorisait le développement. Les Hindous passèrent ainsi d’une extrémité h une autre sans pouvoir jamais retrouver ce juste milieu où avaient vécu leurs ancêtres.

Le bouddhisme avait élevé it la femme un sévère piédestal : le krichnaïsme lui en dressa un autre qui la fit moralement déchoir.

Nous ne nous arrêterons pas sur ce culte ; mais nous emprunterons à l’un de ces monuments littéraires une légende où la femme remplit par exception un rôle d’une austère beauté.

Cel épisode est contenu dans le Bhàgavata-l’ourâna (1), un des livres sacrés du brahmanisme renaissant qui furent spécialement rédigés pour les femmes et pour ceux que leur dégradation privait de la lecture des Védas.

Le moment de la cinquième incarnation de Yiclinou n’est pas éloigné (2). Le dieu récompense la foi , l’amour di\ solitaire Kardama, fils de Brahma, en promettant de naître ici-bas de la compagne de l’ascète.

Dévahûti, fille de Manou, le premier homme, appelée à l’honneur de devenir mère d’un dieu, s’attire, par la grandeur de son caractère et la sévérité de sa conduite , la vénération du solitaire qui partage avec elle le don de la vue divine : « Tu es accomplie, lui » dit-il , jouis de ces perfections que tu dois à ta pro- » pre vertu.... »

Soudain Dévahûti se transfigure. Sa beauté rayonne d’un éclat surhumain. Magnifiquement vêtue, couronnée de fleurs, suivie d’élégantes jeunes filles, elle

(1) Le Bhâgavata- Pourâna, ou Histoire poétique de Krichna , traduit par M. Eugène Burnouf; Paris, Imprimerie royale, 1840 (Voir t. I).

(2) L'incarnation de Vichnou en Rapiia est antérieure au Bouddha Siddhânha ; mais le Bhâgavata- Pourâna , dont nous avons extrait cet épisode, ayant été rédigé, dit son illustre traducteur M. Eugène Burnouf, antérieurement au quatorzième siècle de notre ère, c’est comme expression des mœurs de cette dernière époque que nous avons placé ici un fait qui, dans l'ordre chronologique, eût du être cité plus haut.

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