‹ La femme dans l'Inde antiqueChapitre 21 sur 85 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

monte avec Kardama dans un char magique qu’un signe du solitaire a fuit apparaître.

Ce char, étincelant de pierreries, couvert de soyeuses tentures , peuplé de blanches colomhes et de cygnes à l’éblouissant plumage, transporte le couple saint dans toutes les régions du globe, et le ramenant à l’ermitage , lui sert encore d’habitation.

Neuf fois Dévahûti devient mère d’une fille; mais au milieu des prestiges de sa féerique existence, au milieu même des joies de la maternité, elle souffre : elle comprend que Kardama ne se prête que momentanément aux jouissances terrestres, que bientôt il la quittera , et se livrera h la vie ascétique. Son mari parti, ses filles mariées, que lui restera-t-il, à elle qui déjà éprouve ce vide douloureux qne laissent après eux les plaisirs matériels ?

« Celui, » dit-elle à Kardama, « celui dont les ac- » tions n’ont pour but ici-bas ni le devoir, ni le déta- » chement , ni le culte du dieu dont les pieds sont » comme un étang sacré, celui-là, quoique vivant, » est déjà mort (1). »

Emu de sa douleur, le solitaire lui révèle les promesses de Vichnou. Consolée, Dévahûti se prépare aux grandes destinées qui l’attendent, par l'ardente pratique des pieux exercices que depuis longtemps elle a négligés.

(1) Livre III, chapitre mil.

Le divin mystère s'accomplit enfin. Yiclmou descend sur la terre.

« Alors, » continue le poète sacre, <■ on entendit » dans le ciel des sons d’instruments sortir du sein » d'épais nuages; les Gandhnrvas (I) chantèrent le » dieu, les Apsaras dansèrent de joie. On vit tomber » îles fleurs divines que laissaient échapper les hahi- » tants de l’air; tout prit un aspect heureux, les points » de l’horizon , les eaux et les cœurs (2). »

liraluna lui-même se dévoile dans sa majesté aux regards de Kardama et de lJévahùti ; il adresse à la femme une promesse de régénération :

« Le dieu aux cheveux d’or, aux yeux de lotus , » ayant sous les pieds l’empreinte du nymphéa, qui » vient pour arracher la racine des œuvres au moyen » de la science divine et humaine; le dieu vainqueur » de Kàitahha (3), qui est, û femme! descendu duns » ton sein , parcourra la terre, après avoir tranché en » toi le nœud de l’ignorance et du doute.

» Chef des troupes de Siddhas (4), entouré des res- » pects des maîtres de la doctrine Sankhya (5), il

(1) Musiciens célestes.

(2) Livre III, chapitre xxiv.

(3) Dnilv a ou Titan lue par Yiclmou.

(4) « Siddlia, personnage divin qui habite les airs et jouit de i* pouvoirs surnaturels qu’il a acquis par ses austérités. * (M. Kn. iAKCERKAr, Hitopadéxa.)

(5) Doctrine de Kapila.

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