‹ La femme dans l'Inde antiqueChapitre 29 sur 85 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

cri prions sur la-direction à imprimer à l’enfance de l’homme, du Dwidja (1), rien n’annonce que le législateur se soit préoccupé de l’éducation de celle dont il reconnaissait cependant l'ascendant moral, àlaquelle il imposait dans l’avenir le devoir d’élever un fils.

Le peu de temps que passe dans sa famille la jeune fille, dont il permet le mariage avant même sa huitième année , explique en partie ce silence.

Dès lors les occupations pastorales ne sont plus le partage de la vierge. Le nom de douhitri la désigne encore ; mais les épopées nous initient à l’élégance de ses habitudes; les œuvres d’une civilisation plus avancée célèbrent même la culture de son esprit, la variété de ses talents, sa supériorité surtout dans la peinture, dans cet art qui chez les Hindous est toujours resté enfant , mais dont certaines œuvres , naïves et originales , sont d’une extrême finesse d’exécution , d’une remarquable fraicheur de coloris.

Dans l’exposé du système dramatique des Hindous qui précède sa traduction du théâtre sanscrit, Wilson appelle l’attention sur une curieuse particu-

(i) • Le mot dwidja signifie ne deux fois, régénéré. On appelle » dwidja tout homme des trois premières classes, brahmane, kchat- » (riva ou vaïcya^jui a été investi du cordon sacré. Cette investiture » ou initiation constitue la seconde naissance des dwidja*. « (Loi sei.Krn-DF.8i.o!soca*MPR, fois de Manou.)

LA FEMME DANS I.’INDE ANTIQUE, larité. Le théâtre indien est le seul de l’antiquité qui admette dans les esquisses de la vie sociale les rôles de jeunes filles de haute naissance. Elles figurent, elles agissent dans ces scènes de mœurs auxquelles Kâlidàsa, lihavablimiti , ont donné l’empreinte de leur génie, dans ces chefs-d’œuvre où les nuances du langage reflètent dignement les délicatesses de l’esprit et du cœur.

Libres de leurs mouvements, elles écoutent les discours des hommes, sans «pie les bienséances leur permettent d’y répondre directement. Sacountalà et ses amies, nées dans les forets, s’entretiennent, il est vrai , avec le roi Douchinanta ; mais , selon la remarque de Wilson, Mùlati (1), Sûgarikà (2), élevées dans l’étiquette des cours, s’adressent généralement par l’organe d’un tiers à ceux qu'elles aiment, et osent à peine, tant est grande leur retenue, parler à haute voix devant eux à leurs compagnes.

L’imagination des poètes indiens s’est plu à créer une foule de types de jeunes filles, ravissante galerie qui n’a d’égale dans nulle littérature de l'antiquité. Les épopées, les œuvres dramatiques nous les feront connaître. De ces figures douces ou sévères, calmes ou exaltées, pures et gracieuses toujours, s’en déta-

(1) Héroïne d’un drame de Rhavaldioiïti. m

(2) Héroïne d’un drame attribué à Sri H arc lia déva , roi de Raclimir.

PII r:\IIKRK PARTIR.

che une que nous a récemment révélée, dans nue traduction de plusieurs fragments du Muhâbliàrata, la plume éloquente d’un de nos plus savants orientalistes, M. Foucaux (1). Nous citerons ici l'épisode qui l’encadre, car il retrace l'héroïsme du dévouement filial.

Agastya , le célèbre solitaire que chantent les épopées, Agastya, livré à la contemplation, à l’ascétisme, ne s’était point marié.

Les mânes de ses ancêtres lui apparurent dans la triste position où les mettait leur manque de postérité. Ils lui dirent en termes navrants l’âpreté de leurs souffrances , et le supplièrent de les sauver en se mariant.

Agastya, l’homme du devoir, y consentit. Mais ou trouver une femme digue de lui , digne de l’accompagner dans sa mission surhumaine? Il la cherche vainement. Alors, semblable au sculpteur, il enlève à chaque créature une de ses perfections, et en compose « une femme incomparable, » selon l’expression du poète.

Elle naît dans le palais du roi de Yidarbha, et le monarque, ravi de ses grâces enfantines, mande auprès de son berceau les brahmanes, qui la nomment

Lopâraoudrâ.

(!) Le Mahûbliarata. Orne épisodes tires de ce poe'mc épique, Ira-* duits pour la première fois du sanscrit en français, par Pu. E. Foreurs; Paris, 1862. Benjamin Puprat. (Voir Ilvala et Vatapi.)

Vyàsu peint avec île saisissantes couleurs la croissance de la jeune fille : « Douée d’une beauté su- » préme, » dit-il, «elle (jrandit comme un bouquet » de lotus dans les eaux, et bientôt comme la flamme » étincelante du feu. »

On l’environna de tous les prestiges de la royauté. Cent jeunes filles et cent esclaves l’entouraient, la servaient. « Et , » continue le poëte , « pendant » qu'elle était ainsi dans la fleur de la jeunesse, » douce de vertu et de modestie, pas un homme ne » la choisit, par crainte du magnanime Agastva. Et » cette jeune fille, attachée à la vérité, plus belle que » les Apsaras elles-mêmes , réjouissait par sa vertu » son père et sa famille. »

Agastya juge le moment venu de rendre le repos aux ombres de ses aïeux; il quitte sa solitude, arrive au palais de Vidarbha, et demande au roi la main de sa fille.

Le monarque frémit à l’idée d’unir la vierge parée des charmes de la jeunesse, élevée dans les jouissances d’une princière existence, au sévère pénitent, habitant les forêts incnltes et sauvages ; mais le pouvoir du brahmane, ce pouvoir qui fait trembler Indra même , le remplit de terreur.

Plongé dans une cruelle alternative , il se rend .chez la reine, l’avertit du danger «qui menace leur enfant, et ajoute avec effroi : « Ce grand et puissant » sage irrité me consumera du feu de sa malédiction ! »

P1ŒMIEUK PAUTIE.

Lopàmoudrà a entendu ce cri d’angoisse; l'élan de son cœur lui a dicté son devoir. Elle s'uvunce :

« Ne te mets pas en peine à cause de moi, roi de » la terre , » dit-elle , « accorde-moi à Agaslya , con- » serve-toi par moi, o mon père! »

Le mariage s’accomplit. D’après l’ordre du solitaire, la nouvelle épouse remplace sa somptueuse toilette par les vêtements des pénitents. Elle suit son mari dans les forêts, et trouve dans l’austère pratique du bien, dans la sainte affection d’Agastyu, la récompense de son noble sacrifice.

Ce récit, qui exalte la sainteté de l’union plus tard illégale d’un brahmane et d’une fille des Kchatlriyas, semble appartenir à une époque antérieure à Manou.

Le mariage qui perpétue les castes, risque aussi de les confondre en les mêlant. Frappé du danger qui menaçait de détruire par sa base la constitution brahmanique, Manou ordonne à l’Hindou d’épouser une femme de son rang. Lui défendant énergiquement de chercher sa compagne dans une caste supérieure à celle où il est né, il lui permet de s’unir, dans un second mariage, à une jeune fille d'une condition inférieure à la sienne; mais les enfants issus de mésalliances forment ces classes mêlées que frappe si cruellement le mépris du législateur (1).

(!) Dans l'antique Ràmâyana, quand le jeune brahmane Risliyaçringa a éjtoiué la princesse fia ni a, le père de Rishynçiinfja purifie .son fi U de cette infraction de la loi.

Le Swayambara, c’est-à-dire le choix d’un époux, est demeuré le privilège de la tille du Kchattriva. Tantôt, dans les fêtes brillantes d’un tournoi, elle promet, comme Pénélope (1), sa main au dompteur d’un arc dilïicile à ployer, et devient le prix de lu valeur; tantôt, dans une fastueuse assemblée de guerriers, de même que sa sœur des Gaules, elle désigne celui dont elle agrée la recherche. Dans ces deux circonstances, elle offre à son fiancé, non la coupe celtique, mais sa propre couronne.

Plusieurs de ces solennités sont célèbres dans les fastes de l’Inde; mais nulle part l’imagination orientale ne s’est mieux déployée que dans le récit du Swayambara de Dràupadi, dont MM. Pavie et Sadous nous ont donné d’élégantes traductions (2)*.

Les Pàndavas, ces princes fugitifs dont le Mahâbhârata raconte la dramatique histoire, les Pàndavas, errant sous l’habit de brahmanes, sont attirés chez les Pàntchûliens par l'annonce du Swavambara de la fille de leur souverain , la belle et intelligente Dràupadi.

Monarques et princes se (tressaient dans la royale

(1) C’est a M. Ditandy <jue noos devons ce rapprochement entre la reine d’Ithaque et les princesses de l’Inde. Voir sa remarquable thèse : Parallèle d’un épisode de l’ancienne . poésie indienne avec des poèmes de l'unti<juité classique; Paris, 1856.

(2) Fragments du Mahâbhârata, traduits en français sur le texte sanscrit de Calcutta, parTu. Pavie, 1844. Fragments du Mnhâbhàrala, traduits du sanscrit eu frauçais, par A. Sad ji-s, 1858.

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