‹ La femme dans l'Inde antiqueChapitre 33 sur 85 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Manou n’accorrle de valeur légale qu’aux fiançailles contractées avec l'assentiment du père ou du frère de la jeune fille.

Mais les mœurs primitives des Arvas se reflètent dans la répulsion qu'inspirait à leurs descendants l'achat d’une épouse, l’armi les huit modes de mariage énoncés par Manou, le législateur attribue aux mauvais génies l’union basée sur une vente ; permettant toutefois au père d’accepter de son gendre une ou deux couples d'animaux destinés, soit à être sacrifiés aux dieux, soit à être remis h sa fdle, il place sous le patronage des Saints l’alliance qui suit cet hommage.

Le mode de Brahma, celui des Créateurs, celui des Gandharvas ou musiciens célestes, celui des Rakehasus ou Géants, trouvent dans les poèmes épiques d’intéressantes applications.

Le plus auguste de tous est celui de Brahma; le législateur l’élève même au-dessus du mariage divin, dans lequel, au milieu même d’un sacrifice, un père donne sa fille à l’officiant.

Selon le mode de Brahma, le père, après avoir accordé à sa fille une robe et des parures, l’unit à l’homme instruit et religieux auquel il l’a offerte de son propre mouvement. Ce mariage rappelle celui île Cakchivân et de Romasâ, que nous avons cité à l’époque védique. D’après une légende relativement moderne, ce fut ce rite qui présida au premier hyménée

célébré sur terre entre le saint anachorète Kardama et cette Dèvahûti dont nous avons dit ailleurs (1) la divine maternité.

Kardama vivait dans son ermitage, adorant TUiàgavat, le dieu qui lui avait promis de le choisir pour père ici-bas, quand Manou Swàyambhouva , Te premier homme, le premier roi, le visita, entouré de sa famille, et lui adressa, après l’avoir noblement loué, ces suppliantes paroles :

« Daigne, ô solitaire, écouter avec compassion le » discours d’un père malheureux dont le cœur est » tourmenté par l’affection qu’il a pour sa fille.

» Celle (pie tu vois ici, c’est ma fille, la sœur de » Privavrata et d’Outtànapàda; elle cherche un mari » qui soit son égal par l’âge, le mérite et les qualités.

» Elle n’a pas plutôt eu appris par Nârada quels » étaient tes mérites, la connaissance que tu as du « Véda, ta beauté, ta jeunesse, tes qualités, que » son cœur s’est aussitôt fixé sur toi.

» Accepte donc, chef des brahmanes, cette femme » que je t’offre avec foi , car elle est capable de t’as- » si s ter d’une manière conv'enable dans les devoirs » d’un maitre de maison (2), »

Elle était en effet digne du vertueux Kardama , la pure jeune fille qu’attirait ainsi la beauté morale.

(1) Voir chapitre Ier.

(î) [ihâgavuta Pourâna , liv. III, rhap. XXII.

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L’anaclidrète a reconnu en elle la compagne <jue lui avait annoncée Vichnou; il accepte avec respect l’honneur de son alliance, et un sourire de bonheur illumine son sévère visage.

Après le mariage , après les dons prodigués au jeune couple par la mère de Dêvahûti , vient l’heure de la séparation , et le poète en a rendu les déchirements avec la plus touchante expression :

« Après avoir, » dit-il , « donné sa fille à un » homme digne d’elle, le monarque, libre île toute » inquiétude, la pressa dans ses bras, le comr agité » par le regret de la quitter.

» Mais incapable de se séparer d’elle, versant des » larmes à jdusieurs reprises, lui disant : Chère en- » faut , toi que j’aime ! il baignait la chevelure de sa » fille des pleurs qui tombaient de ses veux. »

Qu’elle est vraie, cette douleur d’un père laissant à jamais peut-être derrière lui l’eufant qu’a sans cesse abritée son amour! Et combien naturellement se mêle à cette amertume l’intime satisfaction d’avoir assuré par ce cruel sacrifice un avenir dont il a répondu !

Le rite des Créateurs est accompagné d’incidents d'un charme moins intime peut-être, mais d’un caractère plus imposant.

« Quand un père, « dit Manou, « marie sa fille » avec les hommes convenables, en disant : « I*ra-

» tiquez tous deux ensemble les devoirs ]>resrrils, » » ce mode est déclaré celui des Créateurs (1). »

Le héros du Ràmâvana fut ainsi uni à la fille du roi du Vidéha (2).

Quand Ràma eut par sa valeur mérité la main de la belle Sila, n’osant contracter ce mariage sans l’assentiment de son père, il ne voulut pas offrir les libations d’eau que prescrivait le rite des fiançailles.

Devant la résolution si nettement exprimée du prince que devait illustrer son attachement au devoir, Djanaka, le souverain <lu Vidéha, n'hésita pas : dépêchant une ambassade au roi d’ Avodhyâ, Daçarathar père de Rama, il priait son futur allié de sanctionner de sa présence l’union de leurs deux enfants, de se faire accompagner de ses brahmanes et escorter de son armée.

Daçaratha s’est rendu avec empressement à la cour vidéhaine; le saint Vaçishtha, interprète des rois d’ Ayodhya en ce qui concerne les devoirs légaux , et Djanaka , parlant en son propre nom , ont exposé l’ancienneté de race, l’égalité de noblesse des fiancés; les mariages d’une sœur et de deux cousines de Sitâ avec les trois frères de Ràma ont été décidés; le sacrifice aux mânes des aïeux a été accom-

(1) Livre III, çl. 30.

(î) Le Vidéha pjt la province actuelle de Tyrhout.

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