‹ La femme dans l'Inde antiqueChapitre 36 sur 85 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

royaume, peuplées d’animaux féroces, étaient par leur danger même d’un singulier attrait.

Nous ne suivrons pas Vyàsa (1) dans ces scènes tic carnage où le rugissement du lion répond au bruit menaçant de la chasse royale. — Le tableau change, et nous entrons avec Douchmanta dans une seconde forêt où se déroule un de ces paysages dont le calmn d’un poète de l’Inde peut seul reproduire le séduisant coloris. Ici, le pipala, le figuier des pagodes, et l’arbre des Banians, le figuier du Bengale, jetant au loin leurs branches et leurs rameaux, les implantant dans le sol, forment ces jongles immenses, voûtes de feuillage, de fruits et de fleurs, qui tamisent les rayons éhhuiissants du soleil des tropiques. Plus loin, sur les bords d’une rivière que parcourent majestueusement les cygnes, se déploie dans un riant bocage l’ermitage du grand anachorète Canwa, asile de piété et de science dont le calme n’est troublé que par le murmure de la prière et les plus douces voix de la nature.

Le monarque , délicieusement impressionné par la paisible beauté de ce site, pénètre dans la demeure du solitaire. Canwa ne répond pas à su voix; mais une jeune fille, dont les grâces resplendissent sous le valkala , le vêtement d’écorce des pénitents , s’offre

(1) Le poète à qui l’on attribue lu compilation des Védas et la composition du M.ihûbliûrata. ^

LA FEMME DANS L’INDE ANTIQUE, aux regards surpris de Douchmanta. En l’absence de son père, elle s'acquitte avec la plus aimable modestie des devoirs de l’hospitalité envers l’étranger dont elle a reconnu le rang suprême.

Le roi la presse de questions. Gomment le séjour d’une forêt, d’un ermitage, la dérobe-t-il au monde?

La jeune tille lui dit sa naissance. Fille de la nymphe Ménakà et de Visvvàmitra qui avait quitté la carrière militante du Kchattriva pour la vie contemplative du Brahmane, elle a été abandonnée dans ces bois par sa mère. Son premier berceau a été une couche de verdure parfumée de fleurs ; les arbres entrelacés jetaient leur ombre sur l’enfant et l’abritaient de leur sombre feuillage; les oiseaux, les Sacountas l’endormaient de leurs cbants, la caressaient de leurs ailes.

Canwa aperçut auprès de son ermitage l’enfant délaissée; il la prit dans ses bras, et en mémoire des Sacountas, il nomma Sacoiintalû leur petite protégée.

L’austère anachorète s’occupa avec amour de l’éducation de sa fille adoptive. En grandissant, Sacountalû répandait dans la sévère demeure le rayonnement de sa jeunesse, et entourait Canwa d’une reconnaissante et respectueuse affection.

Douchmanta 11e vit dans ce récit qu’un détail : Sacountalû était de lu race des Kchaltrivas.

«D’après ton langage, ô femme excellente! il

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