‹ La femme dans l'Inde antiqueChapitre 39 sur 85 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

» si tu deviens infidèle à la foi jurée, oui, je pars à » l’instant, je me retire de moi-même; car personne » ne s’approcherait encore d’un homme tel (pie » toi !

» Au reste, apprends-le , Douchmanta , même » sans ton secours, mon fils régnera un jour sur le » monde qui étend ses frontières jusqu'aux quatre » iners, et qui a pour couronnement le glorieux » Mérou , le roi des montagnes ! »

Après ce fier défi , Sacountalà partait Une

voix qui n’appartenait pas à la terre l’arrêta

C’étaient les dieux qui témoignaient pour elle.

n Protège ton fils, û Douchmanta, disait cette voix ; « protège ton fils et honore sa mère. Sacountalà a dit » la vérité ; tu es le père de cet enfant et comme » c’est par notre intervention qu’il va croitre il l'abri •> de ton trône, tu lui imposeras le nom de Bharata (1) » (le protégé). ■>

Le roi , laissant alors éclater l’émotion que depuis* le commencement de cette scène il s’efforçait de dominer, s’écrie avec bonheur :

« Ecoutez, ô vous, hommes sages, le langage que » m’a tenu l’envoyé des dieux ! Cet enfant, je le recon- » nais, moi aussi, pour mon fils. Mais si je l’avais » aussitôt reçu comme mon fils, sur la simple parole » de sa mère , mon peuple eut conçu peut-être des

fl) Traduction du M. de Cliézy.

» doutes sur sa naissance; ce fils n’eùt peut-être » jamais été pur à ses yeux (1)! »

Attirant sur son cœur l’enfant qui lui est rendu, il s'enivre longuement des premières et ineffables joies de la paternité ; puis , s’adressant à Sacountalà : « Nos engagements, » dit-il, « étaient inconnus il » mon peuple; toute ma conduite jusqu’ici a eu pour » objet de les divulguer dignement à tous les veux. » Maintenant ce peuple sait que tu es liée h moi par le » titre d’épouse. A cet enfant, il notre fils, appartient » de droit lu succession au trône; c'est dans ce des- « sein que j’ai toujours agi. Les paroles dures que tu » m’as adressées dans un mouvement de colère, je « le les pardonne, à toi qui m’aimes, épouse chérie, » femme gracieuse , dont les grands yeux ont tant de » charme ! »

Malgré l’heureux dénoùmeut de celte légende, les scènes que nous venons d’esquisser prouvent combien facilement pouvaient être méconnus des liens contractés sans témoins, sans conséération civile ou religieuse.

Parfois, comme dans l’enlèvement de Roiikininî (2), ce mode de mariage se confondait avec le rite ràkchasique.

(1) Traduction de M. Félix Nèvr.

(2) Cet épisode du Bliâgnvata Pourâna a été hrillumment traduit par M. Langloia. Voir Monuments littéraires de l'Inde ou Mélanges de littérature sanscrite; 1827.

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