PREMIERE PARTIE
Roukmini était tille d’un roi de Vidarbha. Elle était d’une beauté accomplie, et son âme noble et Hère s’élevait aux plus généreuses aspirations.
Souvent elle entendait exalter la gloire de Krichna, l’avatar de Vichnou. Jamais elle n’avait vu le héros; mais elle aimait la valeur : elle s’attacha à lui. Le poëtc indien fait d’abord de Roukmini une incarnation de Lakchmi, femme de Vichnou. Inconsciente de sa divine origine, elle se sentait néanmoins attirée icibas vers le dieu qui au ciel était son époux.
Krichna, séduit, lui aussi, par la pure renommée de Roukmini, avait demandé la main de la jeune fille, et le roi de Vidarhlia avait avec bonheur accédé à ses vœux ; mais un rival s’était présenté : c’était Sisoupâla, prince de Tchédi; il était' soutenu par le frère même de Roukmini, et le roi de Vidarbha céda $ regret à l’influence de son fils.
Privée de l’appui efficace de son père, mais encouragée par son aveu tacite, Roukmini résolut de faire appel à la courageuse affection de l’homme auquel lui-même l’avait naguère destinée.
Appelant auprès d’elle un brahmane, elle charge le ministre sacré d’une mission pour Krichna. Dans une lettre à la fois impérieuse et tendre, elle instruit le héros des intentions de son frère Roukmi et le somme de défendre une fiancée, une épouse.
Elle lui dit les prières qu’elle a adressées aux dieux, les austérités auxquelles elle s’est livrée, tous les actes
LA FEMME DANS L'INDE ANTIQUE, pieux qu elle a accomplis pour appeler sur ses desseins la protection du ciel. Elle lui annonce que son mariage avec le prince de Tchédi est fixé au lendemain. Qu’il l’enlève pendant la cérémonie, mais qu’il respecte ses parents et ne les nu'nace pas d’un fer sacrilège.
Entraîné par l’expression énergique, passionnée, de sentiments qui répondent aux siens, Krichna vole à Vidarbha.
Tout dans la ville respire l’allégresse; les nies sont jonchées de fleurs, ornées d’arcs de triomphe, embaumées de parfums ; les habitants ont pavoisé leurs demeures fie drapeaux et de bannières; les invocations aux dieux et aux mânes des nncétrcs ont été prononcées; les brahmanes ont reçu les honneurs dus à leur rang, et ont ajouté à la panire de la fiancée des bandelettes contenant des prières écrites de leurs mains et extraites des livres sacrés. Un sacrifice a été célébré.
Un mouvement guerrier anime la fête. Des rois voisins, devinant les projets de Krichna, sont accourus pour prêter leur appui à Sisoupàla. Cavaliers, fantassins, chars, éléphants, se mêlent a la foule joyeuse.
Pendant ce temps, Roukmini, anxieuse, palpitante, commence à désespérer de son salut. Les heures se passent, et ni le brahmane ni Krichna ne paraissent. Elle se croit méprisée. « Je ne suis point