PREMIERE PARTIE
» aimée, je n’ai point de protecteur, » se dit-elle avec amertume.
L’arrivée du brahmane met fin à son angoisse : il lui annonce la présence de Kriclma dans la ville.
Le prince et son frère sont reçus par le roi tivec une courtoise déférence; le peuple, qui se presse autour d’eux, admire Krichna, le dieu-roi : « Ôu’il » reçoive, » s’écrie-t-il, « qu’il prenne la main de » Roukmini ! »
C’est au milieu de ce tumulte que la princesse se dirige vers le temple de Pàrwati. Soudain, elle se trouble : son cœur a reconnu Krichna.
Elle se contient; elle s’avance au son des instruments, au bruit des tambours, entourée de femmes de la cour, de guerriers a l’aspect imposant, recevant les hommages les plus flatteurs. Elle arrive au temple, elle prie; mais ce n’est pas le mariage préparé par son frère qu’elle supplie la déesse de bénir, c’est l’entreprise qui doit le rompre.
Lorsque , après avoir déposé son offrande aux pieds de Pàrwati , après avoir comblé de ses dons les femmes des brahmanes et en avoir reçu des objets sacrés; lorsque, la main posée sur l’épaule d’une amie, elle quitte le temple et se présente aux yeux de la foule, dans sa splendide beauté , tous les cœurs volent à elle. Les rois venus pour défendre Sisoupàla laissent tomber leurs armes,. se précipitent vers elle, et fléchissent le genou.
Roiikmini a prévu ce moment.
u Elle, cependant, tendait vers un seul but; elle ” s’en approche lentement : bientôt elle contemple » de prés le -divin Kricbna. Ecartant de ses doigts » les boucles de cheveux <pii voilaient en partie le » feu de ses regards, elle les attache tour à tour et » sur les princes qu’elle subjugue, et sur le héros qui » est son vainqueur. Enfin Kricbna la prend , la » place sur son char et l’enlève à la vue même de » ses ennemis, dont il brave le tchakra (1) impuis- » sant. »
Il ne fuit pas, le ravisseur; sou char roule majestueusement, protégé par les guerriers de Balaràma.
La stupeur s’est emparée des rois, mais leur réveil est celui du lion. Ils poursuivent Krichna, leurs flèches traversent l’air, rapides et nombreuses. Roukmini s’effraye. Calme et souriant, le héros la rassure. Et cependant l’attaque et la défense sont terribles. Le poète fait de cette mêlée un saisissant tableau , dans des pages que l'on croirait inspirées par le souffle héroïque d’Homère.
Le dieu disperse ses ennemis.
(1) «Un tchakra est un instrument en forme de disque ou de •* roue. Le bord en est aiguisé et tranchant ; on lance cette arme au •» milieu des bntaillon* armés, et on la ramène par le moyen d’une » courroie. Le dieu Vichnou, dans l’une de ses quatre mains, tient « un tchakra, qui représente aussi le soleil. » (//ai ivansa , note de M. Langlois.)