PREMIÈRE PARTIE
» mauvaise parole. Elle est bonne pour nies ami » comme pour son époux. Et voilà la femme tlévouéé » que je laisse pour aller tenter la fortune ! »
Une idée .poignante le saisit Déjà la famille de
sa femme le méprise, et sa compagne se lassera peutêtre de souffrir pour lui.... « Je ne veux plus, » s’écrie-t-il , « être malheureux par ces dés. *
Mais ses amis l’entrainent , la vue du dé séducteur
fait le reste Il joue, il joue encore.
Dans une lutte que l'hymne décrit avec des accents d’une étrange énergie, le joueur açhève sa ruine. Il fait nuit. Le malheureux rentre, fou de désespoir, éperdu de terreur, car, poursuivi par un créancier, « la pensée du vol lui est venue, » ajoute le poète avec une sombre expression.
« En revoyant sa femme, » continue l’auteur sacré, «il songe que d’autres épouses sont heureuses, que » d’autres ménages sont fortunés. »
L’aurore réveille la nature; avec elle se lève le joueur, et les rayons du soleil le rencontrent de nouveau penché sur les sombres dés. Mais quund revient lu nuit il n’ose rentrer sous le toit conjugal, et sur la terre nue il étend ses membres brisés.
Alors s’opère en lui une transformation subite : il se détourne du précipice qui l’allait engloutir. Désormais il demandera le bonheur aux paisibles joies du foyer domestique, aux âpres labeurs de la vie des champs.
« 0 joueur, » s’écrie-t-il avec l’autorité d’une triste expérience, « 6 joueur, ne touche pas aux dés! Tra- » 'vaille plutôt a la terre, et jouis d’une fortune qui » soit le fruit de ta sagesse. »
L’importance du personnage de l’épouse était un obstacle à la polygamie : aussi, tout en n'étant pas de précepte, la monogamie était-elle l’état du plus grand nombre.
Cependant le besoin d’une postérité mâle devait entraîner la pluralité des femmes; mais, ainsi (pie le fait judicieusement remarquer M. Emile Burnouf (1 ), la seconde épouse ayant droit au même rang que la première, le chef de famille sacrificateur ne pouvant attribuer à plusieurs lèmmes les privilèges religieux de la mnitresse de maison , et l'homme du peuple ne pouvant suffire au luxe ruineux d’un gynécée, les seigneurs, auxquels ce dernier inconvénient importait peu, et qui n’avaient pas conservé leurs droits spirituels, échappèrent seuls ii la règle générale.
La mère seule complétait donc l’épouse ; aussi était-elle un objet de vénération : « La mère d’un » fils, s’écrie Indrâni, mérite des hommages (2). » Dans sa prière, l’Arya unissait avec une égale tendresse les noms de ceux auxquels il devait l’être : « Épargne celui et celle qui nous ont donné le jour;
(1) Voir \'E«ai sur le Vvtla,
(î) Sic lion VIII, lecture IV, hymne !.