PREMIÈRE PARTIE
« La vie et la mort se succèdent. Que l’invocation » que nous adressons aujourd’hui aux dieux nous » soit propice! Livrons-nous au rire et au bonheur » de la danse, et prolongeons notre existence. »
Mais la tombe est entrouverte «Levez-vous,»
dit l’officiant aux parents du mort ; « entourez celui » que le temps a frappé, et, suivant votre âge, faites » des efforts pour le soutenir. »
Les femmes qui n’ont point connu les amères douleurs du veuvage s’avancent alors chargées de leurs offrandes :
•« Laissez approcher avec leur beurre onctueux » ces femmes vertueuses qui possèdent encore leur » époux. Exemptes de larmes et de maux, couvertes » de parures, qu’elles se lèvent devant le foyer. » Puis le prêtre , grave et bon , s’adresse à la veuve dans un langage empreint d’une douce autorité. Lui rappelant énergiquement ses devoirs de mère , il donne uue suprême consécration a son dévouement d’épouse :
«Et toi, femme, va dans le lieu où est encore la » vie pour toi. Retrouve dans les enfunts qu’il te » laisse celui qui n’est plus. Tu as été 1a digne épouse » du maitre à qui tu avais donné ta main. »
Les doigts du mort retiennent encore ses armes naguère triomphantes. Le prêtre les retire et murmure avec mélancolie : « O toi, voilà ce (pie tu es » devenu » De nouveau il rejette les- tristes
pensées ; de nouveau il chante sur la tombe qui se ferme l’hymne de la vie : « Et nous, en ces lieux, » puissions-nous être des hommes de cœur et triom- » plier de tous nos superbes ennemis ! »
Le sol va engloutir le cadavre, et l’officiant, lui disant un éternel adieu , souhaite que la terre lui soit légère :
« Va trouver la Terre, cette mère large et bonne,
» qui s’étend au loin O Terre, soulève-toi. Ne
» blesse point ses ossements. Sois pour lui prévenante » et douce. U Terre, couvre-le, comme une mère
» couvre son enfant d’un pan de sa robe
» Les jours sont pour moi ce que les flèches sont » pour la plume qu’elles emportent. Je contiens ma » voix comme le frein contient le coursier. »
Qu’il y a loin de cette scène de résignation au suicide de l’Indienne sur le bûcher de son mari !
La société brahmanique conservera-t-elle à l’épouse sa dignité, il la mère son autorité, à la veuve enfin, la vie?
« Les femmes mariées , » dit Manou , b doivent » être comblées d’égards et de présents par leurs » pères, leurs frères, leurs maris et les frères de leurs » maris, lorsque ceux-ci désirent une grande pro- » spérité (1). . .
» Partout où les femmes sont honorées, les divi-
(1) Livre III, çl. 55.