PREMIÈRE PARTIE
et la mère; l’enfant, même devenu homme, prodiguera aux auteurs de ses jours les témoignages d’une égale obéissance, d’un égal respect et d’un égal amour.
Réfléchissant aux souffrances , à l’abnégation de la mère, Manou l’élève au-dessus même du père : « Une mère, » dit-il, «est plus vénérable que mille pères (1).” Le sentiment qui lui avait dicté cette idée profonde et touchante anima souvent les poètes. L'Hindou, qui sentait si vivement ce que l'amour conjugal renferme de joies saintes et pures, comprenait avec la même délicatesse cet autre amour, le plus divin de tous : l'amour maternel. Nul mieux (pie lui 11e sait peindre ces actes si augustes dans leur naïve simplicité, ces irrésistibles mouvements de tendresse, ces ineffables élans qu’inspire à la femme son dévouement h son enfant.
Il n’est pas jusqiv’à ce Jjrand type de l’épouse qtii ne s’anéantisse devant celui de la mère.
Quand Krichna a frappé Srigâla , le superbe monarque de Caravirapoura , les femmes du royal gynécée entourent le cadavre de leur époux. Le fils de Srigâla les accompagne, et devant le corps inanimé de son père, l’orphelin laisse couler ses larmes.
Sa douleur accroît encore celle des compagnes- de Srigâla. « Noble héros, s’écrient-elles, voilà le faible
(1) I.ivrc II, cl. IVj.
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» enfant que tu as abandonné! sans expérience et » privé de toi, comment pourra-t-il marcher sur les » traces de son père (1)? » Et elles font sur ellesmêmes un triste retour.
Mais la première des royales épouses, la mère du jeune prince, obéissant à une sublime inspiration, prend son enfant dans ses bras. Digne dans sa douleur, elle s’approche du meurtrier de son mari , et tendant vers lui le fils de celui qu'il a frappé, elle lui dit : « Seigneur, celui (pii par le sort de la guerre » est tombé sous tes coups, laisse un fils que voici, « et qui implore ta protection. Cet enfant te rend » hommage, et se soumet à tes ordres : que tout ce * peuple n’ait pas à souffrir île la faute d’un seul. Si » le malheureux dont nous déplorons la folie était ton » parent, ne souffre pas qu’il reste couché sur la » poussière. Guerrier généreux , que l’enfant de ton »' parent abattu soit défendu par toi; qu’il devienne « comme ton propre fils. »
La grande âme de Krichna est entraînée par ce mouvement, par ces paroles. lia frappé pour défendre les droits sacrés de la justice; mais après le châtiment, sa clémence seule veille."
« Itçine, » répond-il avec bonté, * ma colère s’est « éteinte avec la vie de ce malheureux insensé. Nous » reconnaissons les lois de la nature, et je ine sou-
(1) Harivanstty Cc lecfure.