PREMIERE PARTIE
labiés. Lisons dans le Raghou-Vança l’épisode de la mort d’Indoumati (I), belle et gracieuse souveraine, épouse tendrement aimée. L’auteur du poème, Kàlidàsa, a redit les plaintes de l’époux dans des strophes où — à part le précieux de quelques passages, indice d’une certaine décadence littéraire — la véritable douleur éclate avec line navrante expression.
Le roi Adja, fuyant un jour avec Indouinati les soucis de la puissance et les bruits de sa capitale, errait avec sa charmante compagne dans le roVal bocage qui étendait ses pentes fleuries au pied de la superbe Ayodhya.
Ils étaient heureux. Auprès d’eux croissait un fils, celui <pii devait être le grand Daçaratha, père .de Rimia. Jeunes, beaux, rayonnants de vie, ils s’entretenaient de leur amour Soudain, une guir-
lande de fleurs divines tombe du ciel ; c’est la couronne de Nàrada, le messager des dieux. Elle traverse l’air, se pose sur le sein de la reine, et Iudoumati s'affaisse et meurt.
Le roi s’est évanoui. De prompts secours le rappellent à lu vie, à la douleur.
Prenant dans ses bras le corps inanimé de sa femme, il essaye, dans une suprême étreinte, de réchauffer sur son cœur celle qu’a déjà touchée la mort.
(1) Œuvre* tic K.iliil.Ha, traduites par M. Faucue, Raghou- Vança , pliant VIII.
Devant la certitude de son malheur, sa fermeté habituelle disparait, et des larmes longtemps contenues brident ses veux et étouffent sa voix.
« Si des fleurs,» murmure-t-il, « peuvent nous » ôter la vie en touchant le coqis seulement, dans » quelle autre chose le Destin, s’il veut nous frap- » per, ne trouvera-t-il pas, hélas! une arme assez » puissante? »
Il s’efforce de se tromper lui-même; il voudrait croire h une feinte de la reine, et la supplie de cesser ce jeu cruel :
« Jamais, quoique je t’aie longtemps offensée, tu » 11e m’as infligé ton mépris : pourquoi donc, à cette » heure où je suis innocent, ne me crois-tu pas digne » que tu m’adresses une parole?
» Je suis un perfide, on ne peut en douter! » continue-t-il avec amertume. « Je me suis amusé, tu le » sais, à feindre que je t’aimais, femme au candide » sourire, puisque tu as fui de ce monde vers le ciel » sans me dire un faible adieu, et pour une absence » qui n’aurn point de retour!
» Tout à l’heure, mon âme infortunée avait suivi » mon épouse : pourquoi donc mon âme est-elle » revenue sans elle? »
Pensant à re que tout à l’heure elle était, voyant ce qu’elle est maintenant, il s’écrie : « Honte soit » donc à cette fragilité «les mortels! »
Mais la brise se joue dans les cheveux de la morte,