PREMIÈRE PARTIE. lîl
et les fait doucement ondoyer Si c’était un
réveil !
» En agitant les touffes de tes cheveux bouclés., » entremêlés de fleurs, embellis d’abeilles, ce vent » fait croire à mon âme, femme charmante, que tu » reviens à la vie.
» Daigne vite, par ton réveil , ma hien-aimée, dis— » siper le trouble de mon cœur, comme l’herbe de » l’Himàlaya, par scs clartés dans la nuit, chasse les » ténèbres amoncelées au fond des cavernes. »
Il était dans l’Inde une douce et naïve croyance : l'açoku, l’arbre élégant si souvent chanté des poètes, devait, touché par le pied d’une belle femme, faire éclore ses grappes de fleurs. Indouinati, peu d’instants avant sa mort, avait, dans sa course légère, effleuré la plante merveilleuse.
« La fleur que va produire cet açoka , fécondé au » contact de ton pied, » continue le monarque, b com- « ment la changerai-je, cette parure destinée à tes » cheveux bouclés, en une guirlande offerte à tes » mânes !
» La société de tes amies ne partageait-elle pas tes » plaisirs et tes peines? Ton fils, que voici, ne res- » semble-t-il pus d’heure en heure davantage à >> Lunus? Moi n'avais-je point un seul amour? Et, » quoique tout fût ainsi, tu ns d'une âme cruelle » embrassé une telle résolution!
» Kpouse, sage conseillère, amie sympathique, » disciple chéri dans l’enseignement des beaux-arts, «•dis, femme charmante, que ne m’a point ravi » en toi la mort, détournant son visage de la com- » passion? »
Sur la Ivre harmonieuse du poète attique, Admète pleura-t-il en plus touchants accords la perte de celle qui mourait pour lui?
On arrache avec .peine des bras convulsivement serrés d’Adja la jeune et pâle souveraine; orï la revêt de funèbres parures, et bientôt un feu parfumé d’aloès et de sandal dévore ce qui reste de l’amour d’un roi.
Adja a voulu se précipiter dans les flammes, mais le souci de sa renommée, le souvenir de son peuple l’ont arrêté
<■ Après dix jours écoulés, » ajoute le poète, « ce » roi sage fit célébrer dans ce même bocage, sous les » murs de sa capitale, avec la plus grande pompe, » les cérémonies funèbres en l’honneur de son épouse, » dont il ne restait plus que les vertus.
» Il rentra sans elle dans la ville
En vain un saint anachorète, essayant, par l’organe d’un disciple, d’arracher Adja à son chagrin léthargique, lui fait voir dans la compagne qu’il a |>ordue une nymphe exilée du ciel et que devait y rappeler la vue des fleurs divines; en vain il le met