L LE R A MAYA N A (I
Les épouses du roi Daearatha : Kàauralvâ, Kèkéyi, Soumitrà. — Situ , femme de lui ma. — La bossue Mantharâ. — La grande pénitente Anasouyà. — La Rakehasi Coïirpauakhà. : — L’anachorète (lavari. — Une princesse de race jaune : Tara. — La pénitente S waya in prahli à . — Les femmes de Lanka (l’ancienne Ceylan) et la cour de Râvana. — La blonde Mandaûdari, première épouse du noir souverain des Râkcbasas. — Les négresses gardiennes de Sità. — Tridjatà. — Saramâ. — La reine mère Nikadià. — Parallèle entre les héroïnes du Ràinâyana et celles de l’Iliade.
Dans le Râmûyana, Vàlmiki, l’Homère de l’Inde, citante un de ces événements moitié réels, moitié légendaires, qui colorent le frontispice de l'histoire de tout peuple. Il s’inspire d’un des grands souvenirs de lu conquête, métamorphose cette ébauche en un
(1) M. Fauche a doté notre langue de celte épopée, dont M. Gorrcsio a, de sou côté, enrichi l'harmonieux idiome de sa patrie. Nous devons à M. Fauche non-seulement la traduction du Râinayana , niais encore celle des œuvres de Kalidàsa et d’autres auteurs sanscrits. Et quand on pense que le savant indianiste pré part* en ce moment la traduction des deux cent mille vers du Muhâbhârata , tâche que dans aucun pays on n’avait abordée jusqu'à présent , on est heureux d'admirer une vie si noblement employée.
tableau d'une conception simple et vaste, d’un puissant intérêt dramatique, d’une incomparable richesse de tons, et d’où ressortent, admirablement dessinés, de ces types vrais, animés, ineffaçables, qu’après celui qui en a donné le divin modèle, le génie seul peut créer.
La femme a dans cette œuvre une purt immense. Elle y apparaît si bien comme la cause des faits de ■ce récit célèbre, qu'en y supprimant l'élément féminin, on déchirerait le nœud même de l’action.
Avec quelle religieuse (fraudeur, quel rbythme «datant s'ouvre l’épopée! Au ton grave, ému, solennel , de l’invocation , on devine que des événements surhumains vont être révélés, et que lès dieux euxmémes, descendus sur terre, en seront les sublimes acteurs. Débutant par le mot sacré dont les trois lettres symbolisent la triade, elle salue Nàràyuna, l'Etre suprême flottant sur les eaux, dont Vichnou est une manifestation , et Dama une incarnation. Elle salue Saraswati, la parole sainte; puis entonnant comme une fanfare l’hymne de victoire, elle dit ce que fit ici-bas Ruina, le fils de l’heureuse Kâauçalyû, et loue le majestueux poète qui va le raconter aux hommes :
« Aum ! Adoration à Ràma !
« Avant tout, adoration à Nàràvana, fait homme, » et même le plus vertueux des hommes! Adoration » en même temps à Saraswati, éloquente déesse! En-
t.">2 I.A EEMilE DANS L'INDE ANTIQUE.
» suite , que se déroule dans sa marche ce beuu chant » de victoire !
» Triomphe il Raina, le Daçnrnthide; Rama , aux » yeux de lotus blanc; Ràma, qui donnait sans cesse >• une joie nouvelle à Kaauçalyà, sa mère; lui de qui » le bras a terrassé le monstre aux dix têtes, et qui » brille comme un tilaku (1) sur le front de la famille » issue de Itaghou !
« Hommage encore il ce prince «les anachorètes, à » cet ascète bien-aimé de Çrî, à ce poète Vàbniki, en » qui toute science réside (2) ! »
L’introduction nous transporte dans 1’ermituge de Vâlmiki. L’anachorète devise avec Nârada , un des sapes célestes , et de plus, le messager des dieux , le Mercure de l’Inde. Vâlmiki trace de la nature humaine un idéal qu’il croit chimérique; mais Nàradu lui assure que l'image s’en applique,, trait pour trait, à un personnage vivant, au roi Ràma, dont il lui dit l’histoire.
Après le départ du messager divin, l’anachorète se dirige vers le bois qui entoure son ermitage. Il y découvre un tirtha (3) dont les eaux fraîches et trans-
(1) Ornement peint sur le milieu du front.
(2) Jiti inâynna , poëmo sanscrit de Vâlmiki, mis rn français par liippoly le. Fauche, 9 vol. iti-12; Paris, 1854-1858. Voir Ad'thânda* introduction.
(3) Tirilm, étang consacré.
SECONDE PARTIE
parentes l’invitent à y accomplir ses ablutions. Il s’v plonge, il prie. Quand du ciel où ils se sont élevés, ses reyards s’abaissent vers la terre, ils errent sur les arbres dont le feuillage touffu se réfléchit dans le cristal du lac. '
Un couple d’ardées parcourait les rives de l’étang, et les mélancoliques oiseaux se livraient ensemble à l’un de leurs rares moments de bonheur. Soudain leur chant est interrompu, et la flèche d’un chasseur atteint le mâle, «pii tombe auprès «le Vàlmiki. La veuve fait entendre de plaintifs gémissements; ses ailes planent au-dessus du cadavre de son époux, et son vol inquiet, frémissant, témoigne de son angoisse.
A la vue du héron s<! débattant dans les affres de l’agonie, de sa compagne désolée, les yeux de l’ascète se mouillent de larmes :
« O chasseur, » chante-t-il, « puisses-tu ne parve- » nir jamais à la gloire pendant lu révolution éter- » nelle «les années, puisque tu n’as pas craint de » frapper ce héron dans le temps qu’il s’enivrait » d’amour ! »
11 s’arrête, étonné.... Qu’a-t-il «lit? Quel rhythme inconnu a scandé ses paroles? L’harmonie divine est ileseendue du ciel; Vàlmiki a pleur<: la mort de l’oiseau dans des accords nouveaux , mélodieux , mesurés : le vers de l’Inde, le çloka, est révélé aux mortels. Désormais viennent les grandes et héroïques
actions, les sublimes et tendres pensées : l'homme possède un instrument digne de les interpréter!
Rêveur, Vàlmiki retourne il l'ermitage. Bruhma lui apparait, lui demande l’hospitalité, et l’anachorète le reçoit avec un sentiment de bonheur; il reste néanmoins sous une mélancolique impression , et les çlr>— kas qu’il a naguère prononcés reviennent sur ses lèvres. Brahma sourit. Il enjoint au sage de dire aux mortels dans ce mètre cadencé que lui a inspiré Sams wati , la vaillance de Rànui et le dévouement de Sità , sa chaste et belle compagne.
Vàlmiki compose le poème ; mais qui le fera connaître au inonde? Les fils de Rama, que la douce Sità, exilée, a mis au monde dans la forêt et confiés à l’anachorète, en seront les mélodieux rhapsodes. Par une touchante idée , les enfants que pleure le monarque redisent à sa cour les exploits île leur père, les souffrances de leur mère.
Entrons à leur suite dans la vaste scène où s’accomplissent les événements que célèbrent leurs chants si beaux.
Nous sommes dans Ayodhya, le séjour des princes de la dvnastie solaire. Daçaratha règne. Nous sommes en plein âge d’or, et en lisant les curieuses descriptions de lu royale cité, on se fait une hante idée de la civilisation de l'Inde, dans un siècle antérieur à celui de Salomon.
SECOND K PARTIE
La culture morale et intellectuelle des habitants d’Ayodbyâ répond ii leur bien-être matériel.
« Les époux faisaient leurs délices de leurs épou- « ses , et celles-ci étaient dévouées à leurs maris ; à » l’observance des saines pratiques, les hommes joi- » gnaient la fermeté, les femmes de même.
» Beaulé,. savoir-faire, mansuétude, mœurs, qua- » lités gracieuses, tel était le caractère des femmes » dans Ayodhvn : l'élégance régnait dans leurs paru- » res, dans leur costume (1). ■>
Mais qu’importait au monarque tant de félicité? Il n’avait point de fils!
Essayant d’attirer sur ses vœux la faveur du ciel , il fait célébrer un açwa-médha (2), et pendant la cérémonie sainte, le brahmane Bishvaçringa supplie les «lieux de ne point laisser s’éteindre la dynastie de Itnghou.
Pendant que s’accomplit sur terre l'imposante solennité, les Immortels, entourant Bralnua, tiennent conseil.
Il existe un Ilâkchasa, Râvana , le roi de Lanka, «pie le Créateur a naguère mis il l’abri de la « olère «les dieux. L’univers entier souffre de ses cruautés. Comment rendre nulle la grâce «pie lui a iiuprudem-
(1 ) Adikumlu, traduction de M. Parisot, VI.
(2 ) Le sacrifice du cheval, le plus auguste des sacrifices royaux.
ment accordée Brahma? Comment sauver la terre et
préserver le ciel P
« Bien! » répond Brahma. « Voici que j’ai décou- » vert un moyen pour tuer ce génie scélérat. Que ni » les dieux, a-t-il dit, ni les Kichis, ni les Gandhar- » vas, ni les Yakchas, ni les Râkchasas, ni les Nà- » gas (I) même ne puissent me donner la mort! » Soit! lui ai-je répondu. Mais, par dédain pour la «force humaine, les hommes n’ont pas été compris » dans sa demande.
» C’est donc par lu main d’un homme qu’il faut » immoler ce méchant (2) ! »
Cet homme, ce sera un dieu incarné, ce sera Vichnou qui descendra dans le sein des trois femmes de Daçaratha; et Kàauçalvà « aux yeux charmants, » Ja première des royales épouses, devient mère de Ràma, qui est formé par la plus grande partie de la substance divine.
« Dans les rayons de ce fils à la splendeur iin- « tnense, Kàauçalyà brillait autant que le monarque » des dieux, aux mains armées du tonnerre, fait bril- » 1er sa mère Aditi (3). »
« La brillante Kckéyi » met au monde Bharata, et
(1) ou dragons. « Demi - dieux ayant une face humaine » avec iiiic f|tieuc de ftcrpçnt, et le cou étendu du coluher nàga. » Leur roi est Y.îxnuki ; ils habitent les régions infernales, n (Loisk- LEt'R-DF.SLOÎIGCHAMP.S , LotS de J/iillOU.)
(2) Aflikanda, chap. XIV.
(3) Idem , chap. XIX.
SECONDE PARTIE
la modeste Soumitrà donne le jour h Lakshmana, le futur compagnon de Rùma , et h Çatroughna, que le même dévouement doit enchaîner à Bharata (1) .
A ce moment même naissent ceux qui aideront Ràma dans sa lutte contre ces Rûkchasas, en qui l’érudition moderne a entrevu les nègres australiens de Lanka, l’ancienne Ceylan. Sous le nom de Vànaras ou singes, attribué aux futurs alliés de Rama, on a également cru reconnaître ces Malais de race jaune qui , vivant dans les bois , se rapprochaient , par leurs habitudes, des quadrumanes, auxquels la tradition les assimile (2).
A peine Daçaratha a-t-il vu se développer en sou fils aîné les penchants héroïques de sa race, que Viçwàmitra, le Kchattriya qui, par ses mortifications, était parvenu à la splendeur du brahmane, que Viçwâmitra réclame le secours du jeune prince. Les Rûkchasas troublent ses sacrifices , et au milieu d’une cérémonie sainte, il ne peut contre eux manifester sa colère. Que le guerrier adolescent veille, l’arc levé, auprès de l’autel, et protège l'anachorète qui n’a d’autre arme que la prière!
(1) Lakshinaua et Çatroughna naquirent avant Bharata; mais leur inèrc Soumitrà étant Hile d’un vaisya, Bharata était considéré comme leur frère aine. (Conf. Momier Willams, huhau epic pùetryj)
(2) Voir h ce sujet Pocsie hé rota ue des Indiens , par M. EiciiuoFF, Paris, 1860. Cet ouvrage renferme des aperçus aussi vastes que féconds, exposés d’une manière magistrale, et dans un stylé «l’une vigueur, d’un coloris achevés-
La mission de Itùma commençait. Les royales mères bénirent celui qui allait défendre les droits de l’opprimé, et Laksbmana l'accompagna.
Ce fut à la suite de cette expédition (pie le jeune vainqueur des Ràkchasas obtint, en brisant l’arc de Çiva, la main de Situ, la vierge qui n était pas née d’une femme, mais d’un sillon de la terre entr’ouverte pour le sacrifice.
Nous avons vu ailleurs (1) comment se célébrèrent les mariages des quatre fils de üaçaralha avec les filles et les nièces du roi Djanaka.
Quand les nouvelles mariées arrivent à lu cour d’Avodhyà, elles sont reçues par leurs belles-mères avec une tendre effusion. Conduites par elles devant les autels domestiques, elles offrent leurs hommages aux gouravas (2) qu'elles doivent honorer.
Le poète trace un tableau charmant du bonheur des jeunes couples. Mais c'est lu figure de Situ qu’il dessine avec les plus suaves contours, qu’il peint avec les plus délicates nuances. Ràmu et Situ , s’aimant d'une pure affection, s’améliorant, se perfectionnant l’un par l’autre, confondant leurs vies en une seule vie : voilà ce que Vàlinfki se jdait à représenter. Ab! n’est-ce pas là une de ces unions dont,
(1) Voir première partie, cliap. II.
(2) Précepteurs spirituel*.
SECONDE PARTIE
quinze siècles plus tard, une religion sublime devait, sous d’autres deux, imposer l'idéal modèle?
Nous entrons avec le second tome, l’Ayodhyâkànda, dans le nœud même de l’action.
La vertu, l'héroïsme, lu communicative bonté de Huma lui attirent l'amour des sujets de son père; sa fermeté, son habileté dans les affaires, inspirent à Daçaratba le désir de le faire sacrer roi de la jeunesse. Le monarque est accablé sous le faix des années, et le repos de la mort lui semblera doux quand il aura assuré le sort de son royaume. Ses sujets devinent sa pensée, et viennent le supplier d’associer à sa puissance le prince qui les entoure, eux, leurs femmes, leurs enfants, d’une active sollicitude.
Daçaratha, au comble de; la joie, ordonne la cérémonie du sacre. C’est le moment favorable, car le doux printemps couvre de fleurs lçs vertes campagnes.
Le vieux monarque mande auprès de lui l’héritier de la couronne :
« Rama, tu es mon enfant bien-aimé, le plus émi- » nent par tes vertus, et né , fils égal ii moi , d’une » épouse mon égale et la première de mes épouses (1). »
Il lui annonce le sort brillant qui l’attend, et pendant que Râma écoute avec respect les conseils de son vénérable père, des messagers se hâtent de porter
(I) Ayodhyâkûnda y cliaj>. II.
I.A FEMME DANS L'INDE ANTIQUE, à Kàaiiçalvâ la grande nouvelle; l’heureuse mère les remercie en les comblant de dons précieux.
Mais le roi réfléchit : de sombres présages l’épouvantent ; il croit sa mort prochaine, et désire que le sacre de Râma ait lieu dès le lendemain. L'absence du fils de Kékévi est encore un motif qui lui fait souhaiter la prompte réalisation de son vœu : Bharata est juste et bon ; « nrais, ajoute le prudent ino- » nnrque, je sais à quel point l’esprit humain est » variable (1) »
De solennelles pensées préoccupent Rama : une vie nouvelle s’ouvre pour lui. Pénétré de l’importance des devoirs qu’impose le rang suprême à celui qui s’en A'cut rendre digne, il se retire dans ses appartements pour y méditer avec liberté, pour ordonner les idées confuses que jette dans son esprit l’émotion d’un changement aussi brusque qu’imprévu. Cependant il ne peut résister à la voix de soii cœur, qui l’entraîne vers le royal gynécée : c’est là qu’habite sa mère.
Kàauçalya, drapée dans des vêtements de lin, est en prière. Sità, ravie de joie, Lakshmana qui partage le contentement de sa belle-sœur, sont auprès d’elle.
Ràma s’avance avec respect, et s’incline :
>■ Mère chérie, mon père m’a désigné pour gou-
(i) Ayodhyâkûnila , pliap. III.
SECONDE PARTIE
j verncr ses peuples; on doit me sacrer demain : » c’est l’ordre de mon père.
» Il faut que Sità passe avec moi cette nuit dans le » jeûne, comme le roi me l’a prescrit, avec le ri touidj ( 1 ) » et nos maîtres spirituels.
» Veuille donc répandre sur moi et sur la Vidé- » haine (2), ma belle. épouse, ces paroles heureuses, » d’une si grande efficacité pour mon sacre, dont le » jour que celui-ci précède verra l’auguste céré- » monie. »
Le bonheur de Kâauçalyâ se manifeste par des larmes et par l’ardente effusion de ses vœux maternels :
« Mon bien-aimé Ràma, vis un grand âge! Périsse » l’ennemi devant toi ! Puisse ta félicité réjouir sans » cesse ma famille et celle de Soumitrà! »
Elle ne parle point de Kékéyi, et ce silence fait pressentir une sourde division.
Après avoir salué Kàauçalya et Soumitrà, Itûma ramène sa jeune femme dans son palais.
Les sujets de Daçaratha sont dans l’ivresse de la joie. La rue royale, sur laquelle flottent les bannières, est encombrée d'une foule parée, joyeuse, frémissante.
(1) Cti:i|>cl:iin rétélunnl. (Loi<Ki.Ei'R-Dn.»LOSOi:imiPfl, Lois île Manou.)
(2) Sitâ, fille* de Dj.innkn, roi du Vidcha, dont Mitliila était la capitale, est «ou vent désignée par le* nom* de Djunakide, Videhaine , Mithilicnne.
Les campagnes ont versé sur la capitale un flot île visiteurs. L’air est ébranlé par les accords mélodieux des voix et des instruments. Un sourd mugissement accompagne cette harmonie : c’est la voix d’un peuple remerciant le ciel de lui avoir assuré un père.
Une suivante de Kêkéyi, sa parente éloignée, la bossue Mantliarà, debout sur la plate-forme du palais, s’étonne de ce tumulte. Pourquoi ces transports des paisibles habitants d’ Ayodhya? pourquoi ces pompes? pourquoi la générosité deKàauçalyâ, qui répand à profusion les largesses autour d’elle? Mantharù s'informe; elle apprend la grande nouvelle : un sacre se prépare , et ce n’est pas celui de Bharata-
Furieuse, elle s’élance dans la chambre où repose Kêkéyi, qui se présente d’abord à nous sous un gracieux et sympathique aspect.
Mantharà, dont le corps difforme sert d’enveloppe à une âme plus repoussante encore, Mantharà s’écrie avec rage :
« Femme aveugle, sors du lit! Quoi! tu dors! Un » affreux danger fond sur toi ! Malheureuse! , ne » comprends-tu pas que tu es entraînée dans un » abîme?
» En vain tu brûles de l’orgueil que t’inspire ta » félicité : elle est mobile., cette félicité, comme le » courant du fleuve qui tombe d’une montagne (1)! »
(1) Ayodhyâkûnda , chap. V.
SECONDE PARTIE
Kêkéyi s’étonne du courroux de Mantharâ. Quelle peut en être la cause?
Alors, avec les plus perfides insinuations, Mantliarâ, compatissant aux malheurs de Kékéyi , lui montre Daçaratha infidèle, Rama couronné, Bharata sacrifié , sa rivale enfin triomphante !
« Près de toi ton époux te prodigue ses inutiles » cajoleries ; mais il réserve ses richesses utiles pour ■> Kâauçalyâ, qui les recueille en ce jour. »
A cette femme qui l’excite à la vengeance, la jeune reine répond par mi magnanime mouvement. Détachant de sa parure un bijou splendide, elle l’offre à sa parente en récompense de l’heureuse nouvelle que celle-ci lui a annoncée.
« Il n’y a dans mon cœur, » dit-elle, « aucune » différence même entre Bharata et Rùma : je verrai » donc avec bonheur que le roi donne l’onction » royale à celui-ci !
» Non! il ne peut venir d’aucune chose la plus » aimée de moi une joie supérieure à celle d’apprendre » que voici le jour où mon royal époux fait monter » sur le trône, comme héritier de sa couronne, ce » hien-nimé fils, né de sa chair, ce Rama, noble » héros , trésor incomparable de vertus ! »
Mantharâ rejette le joyau avec dédain, et continuant son rôle infâme, elle se représente’ la brillante Kêkéyi soumise en esclave à une heureuse rivale. Mais le cœur de Kêkéyi est lent à s’ouvrir aux * 11.
sentiments de haine; et la jeune femme regardant fixement sa suivante, prend un malicieux plaisir à louer le choix du roi, et s’arrête avec complaisance sur les mérites de celui qu'elle chérit en mère.
<■ Il est rempli de justice, » dit-elle, ■> il aime à » vivre au milieu des hommes vénérables; son âme » est reconnaissante; sa parole est toujours celle de » la vérité; il est chaste; Itàraa est le fils aillé du roi, » il mérite donc l’hérédité de la couronne.
» il défendra comme un père et durant une longue » vie tous ses frères; il chargera son épaule de choses » aimables pour nous, ses mère et belles-mères.
» Parmi toutes et même de préférence à Kùauçalyâ, >■ c’est moi principalement «pie . distinguent ses » hommages (1) »
Un jour, d’ailleurs, la c«>uronne ne reviendra-t-elle pas par droit de succession au fils «le Kékéyi?
« Poimpioi te désoler ainsi, Manlharâ, au lever » d’un soleil qui sera ma joie et qui amène un heu- » reux jour? »
Celte parole de la reine devait provoquer un argument irréfutable. Aussi Maiitharà se saisit-elle avec empressement de l’arme que lui a fournie sa inuitresse elle-même. Kékéyi ne sait-elle donc pas que llharata sera à jamais exclu du trône, «jue la couronne n’échappera à la tête défaillante de ltâina que pour retomber
(1) Ayoilhyâkumlu , cliap. VII.
SECONDE PARTIE. 165
sur celle d’un héritier direct? Bharata ne sera-t-il pas peut-être immole à la craintive jalousie du fils de Kauuçalyà?
Enfin elle déchire le voile qui abritait les mystères du gvnécée, et cet intérieur qui semblait si charmant, nous apparait tout assombri par de sourdes dissensions :
« Enivrée de ta beauté, tu as toujours, dans ton » orgueil, dédaigné la mère de Raina, épouse comme » toi du même époux; comment ne ferait-elle pas » tomber maintenant le poids de sa haine sur » toi ( 1 ) ? »
La reine est ébranlée; elle tremble pour son fils, elle frémit de l’élévation de sa rivale ; mais com-
ment empêcher ce malheur?
« Si tu veux, lui dit Mantharà, je t’aurai bientôt » mis ce Ràma dans un bois, et je ferai même don- » lier l’onction royale à Bharata (2) . »
Mantharà a réussi. La reine se soulève de la couche où elle était nonchalamment étendue, et l’interroge, curieuse et ravie :
b Dis-moi, ô femme d’une intelligence supérieure; » Mantharà, dis-moi par quel moyen on pourrait » élever Bharata' sur le trône et jeter Ràma dans une » forêt. »
(1) Ayodhyâhâmla, cliap. VII.
(2) Idem y cliap. VIII.
Mantharù lui rappelle qu’un jour Daçaratlia, blessé h la suite d’un combat, Rit pansé des belles mains de Kékéyî; que, guéri par elle, il lui promit de lui accorder les deux ([races qu’elle-même choisirait, et que la reine en remit l'accomplissement à un avenir plus éloigné. Et quelle occasion meilleure que cellelà pour réclamer du roi le fruit de ses promesses? Mantbarà dicte à. la jeune femme la conduite qu’elle devra suivre à l’égard du monarque, les larmes qu’elle répandra, la colère qu’elle laissera éclater, les séductions qu’elle déploiera pour attendrir, effrayer, charmer son vieil époux. L’exil de Rama pendant quatorze années, le sacre immédiat de Rharata, tels seront les résultats de cette scène.
Mais comme le pocte sent qu’il a donné trop de cœur à Kékéyî pour fermer naturellement en elle toute entrée nu remords, il la montre destinée à faillir par la malédiction d’un brahmane qu’ enfant elle avait insulté.
« Excitée par la suivante, sa maîtresse vit sous les » couleurs du bien ce qui était mauvais, et son âme, " troublée par les influences d'une malédiction , ne » sentit pas que l’action était çoupable. »
Folle de joie, elle presse dans ses bras sa perfide conseillère, la loue de sa finesse, la remercie de son dévouement , la flatte même dans sa difformité :
« Les bossus, » dit-elle, « sont mal construits, dif- » formes, disgraciés de visage; mais toi, ma fille, tu
SECONDE PARTIE
» es agréable à voir, comme un lotus qui se cambre » au souffle du vent
» C'est lit , c’est dans cette bosse charmante, qui » ressemble sur ton dos à la crête d’une montagne, » que tu loges tes excellents conseils, la science même » du Kchattriva et jusqu’à ton art de la magie. Autour » d’elle je veux attacher, bossue à la jolie figure, une » guirlande exécutée en or, si Bharata est sacré et » Raina lui-même relégué dans une forêt. »
Elle lui promet objets précieux, honneurs princiers; et, en parures, tout ce que le goût d’une femme , voire même d’une bossue , peut rêver de plus attrayant.
Mantharà , sans paraître touchée de la reconnaissance de sa royale parente, lui répond sèchement pour l’exciter davantage : « Il est surperflu de jeter » un pont sur un fleuve dont le canal est à sec : lève- » toi donc, illustre dame! assure ta fortune, et mets » le trouble dans le cœur du monarque ! »
Kékéyî rejette ses parures, elle se retire dans la chambre de la colère (I), et s’étend sur le sol. Sa mort ou l’exil de Ràma , voilà ce qu’elle attend de l’avenir.
Pendant ce temps , le roi ayant tout préparé pour
(1) La chambre de la colère est encore maintenue de nos jours dans les maisons indiennes pour les femmes qui sont mécontentes de leurs maris. Ne serait -ce pas une pièce analogue à nos anciens boudoirs?
LA FEMME DANS L'INDE ANTIQUE, le couronnement de Râinu, se dirigeait vers le gynécée, heureux d’apporter à Kékéyi ce qu’il croyait lui être une douce joie.
Il la trouve inorne, abattue, couchée dans la poussière. Effrayé, il court à elle, et s’efforce d’apaiser ses sanglots. Qui l’a offensée? Que désire-t-elle? L’n mot, et tous les diamants de l’univers seront sa parure! Un mot, et les chaînes du coupable, ou la tête de l’innocent, tomberont à ses pieds, tant le délire de la passion trouble l’àihe pure et juste du monarque ! Un mot, et le dominateur du monde lui sacrifiera son pouvoir, ses richesses, sa vie même !
Il la relève, mais elle ne veut pas lui exprimer son
vœu avant que la réalisation en soit assurée Une
indéfinissable joie s’empare de son âme ; le roi s’est engagé par un serment redoutable à accéder à ses désirs.
« Que les dieux, » s’écrie-t-elle, « réunis sous leur » chef Indra même, entendent ce serment solennel de » ta bouche, que tu me donneras la grâce demandée !
» Que la lune et le soleil, que les autres planètes » mêmes, l’éther, le jour et la nuit, les plages du » ciel, le monde et la terre ; (pic les Gandharvas et Les » Râkchasas, les démons nocturnes, qui abhorrent » les clartés du jour, et les dieux domestiques, à (pii » il plaît d’habiter nos maisons; que les êtres animés, » d’une autre espèce et de quelque nature qu’ils soient, » connaissent la parole échappée de tes lèvres!
SECONDE PARTIE
» Ce grand roi, qui a donné sa foi à la vérité, pour » qui le devoir est une science bien connue, de qui » les actes sont pleinement accompagnés de réflexion, » s’engage à mettre les objets d’une grâce dans mes » mains : dieux , je vous en prends donc à té- « moin (1 ) ! »
Elle rappelle à Uaçaratha les soins qu’elle lui a prodigués , alors tpie blessé, mourant, elle seule pansait ses. plaies; elle lui rappelle les deux grâces qu’il lui a promises dans cette heure de reconnaissance et de faiblesse ; le moment de les exaucer est venu : le sacre de Bharata, l’exil de Râma, telles sont-elles.
Daçaratha, frappé au cœur, s’affaisse. Quand il revient à lui, une scène déchirante éclate: tantôt, il flétrit la reine de son mépris; tantôt, souillant dans la poussière ses cheveux blancs , il se roule aux pieds de cette femme, dont les mains, selon la forte expression du poète , « serraient son cœur d’une pression douloureuse. » — «Grâce! ô ma reine, grâce! » murmure-t-il avec le râlement du désespoir; tantôt, après l'avoir suppliée de se rétracter, il se raille amèrement de la faiblesse qui le rend esclave du serment fait à tlne misérable femme, et de nouveau il s’évanouit.
Pendant ce temps, Kèkéyi, froide, hautaine, lui demande avec ironie ce qu’est devenue la parole d’un roi ; et lorsqu’elle le voit étendu mourant , elle
(1) Ayodhyâkândn , chap. IX.
le menace de se tuer. Duçnratlia la chasse , la maudit, maudit même l'innocent Uharutu; puis, quand s’est écoulée cette nuit douloureuse, quand s’est levée l’aurore qui devait éclairer un si heau jour, le roi, brisé, fuit appeler, à la prière de Kékéyi, le fils tpi’il va lui sacrifier. Quant à la reine, elle presse cruellement Soumantra , le messager que Daçaratha envoie il Raina, de hâter l’arrivée du prince.
Quand .Soumantra pénètre dans le palais de Ruina, il trouve le jeune héros assis sur un palanquin d’or que recouvre une peau d’axis moucheté. Sitâ est auprès de lui, tenant le chasse-mouches dans ses mains délicates et servant son époux.
L’ordre du roi est transmis au prince, qui croit y lire une agréable surprise. Sans doute Kékéyi a imploré de Daçaratha la faveur de pincer elle-même la couronne sur le front de celui qu’elle aime comme un fils. H communique cette idée à Sitâ , et ajoute :
■■ Je pars donc sans délai ; j’ai hâte de voir ce mai- » tre de la terre assis dans sa chambre secrète seul » avec Kékéyi et libre de soucis (1). »
Et Sitâ l’accompaynant : « Va, mon noble époux, » lui dit-elle, « voir ton père et même avec lui ta » mère. »
Rnmu monte dans son char rapide. Souriant, saluant avec grâce, il traverse les flots de ce peuple
(1) Ayodhyâkânda , chap. XIII.
SECONDE PARTIR
d’où s’élève un long murmure de bonheur. Les femmes mêmes, appuyées contre les treillis de leurs fenêtres , envoient au beau prince leurs souhaits de prospérité :
« Que la reine Kàauçalyù se réjouisse, » disentelles, « de voir en toi son fils, et que Sità monte avec » toi, noble enfant de Raghou, au sommet de la plus » liante fortune (1) ! »
Bientôt Rama arrive dans la royale demeure ; il est introduit avec Lakslimana devant Daçaratha et Kêkéyi, et les deux princes touchent de leurs fronts les pieds de leur père et de leur belle-mère.
Le roi commence : « Ràma » Su voix étran-
glée par l’émotion ne peut plus articuler une parole, et ses sanglots achèvent la phrase interrompue.
Jamais Raina n’avait vu son "père plongé dans une semblable douleur. Effrayé , il interroge anxieusement Kékéyî. Serait-il coupable de quelque faute involontaire envers l’auteur de ses jours, qui pour lui est Dieu sur la terre? Ou bien quelque malheur est-il advenu aux royales épouses ou à ses frères? Ou bien encore Kékéyi a-t-elle de quelque capricieuse parole attristé le cœur du monarque? Que doit faire Ràma? Donner sa vie? Il en fera le sacrifice avec joie.
b Oui, je le ferai à cette heure même, si mon père, » qui est la justice en personne, me le commande, ou
(1) Ayodhyûkûnda , chap. XIV.
» toi-même; car il n’est rien que je ne puisse faire à » ta parole. — Ne dois-je pas, û déesse, puisque tu » es ina mère, t’honorer à l’égal de mon père? Que » faut-il faire, dis-lc-moi, pour faire ce (pie le roi » désire (1) ! »
Kékéyî , impérieuse, inexorable, lui dicte l’ordre cruel que ne peut prononcer un père. L’honneur de Dararutha est entre les mains de son fils. Que Ràmu maintienne la parole royale ; (pie, les cheveux relevés comme les anachorètes, le corps couvert du vêtement d’écorce et de la peau d'antilope, il gagne les forêts et abandonne il Bharata le trône où, en ce jour même, il devait s’asseoir.
Rùtna , dévorant sa douleur, n’hésite pas un moment. Calme et souriant, il acquiesce au vœu de sa belle-mère. Il lui adresse une seule question. L’ordre sévère qu’elle lui a dicté émane-t-il de Daçaratha ou d’elle? Quelle que soit la réponse de Kékéyi, il cédera le sceptre à Bharata; mais combien ce sacrifice lui serait-il plus doux, consacré par l’approbation d'un père! Déjà il ordonne à des messagers de se rendre en toute hâte au pays de Kékaya que gouverne le grand-père maternel de Bharata , et d’en ramener le futur souverain d’Ayodhvà.
« Moi , qui parle, je ne prends qu'un instant, et » je vais habiter les bois, par l’ordre de mon père
(1 ) Chapitre XV.
» ou par le tien, Kêkéyi; mais j’ai l’âme con-
» tente ! »
L’impudente Kêkéyi, s’irritant de ne le voir point encore parti, le somme de s'acquitter immédiatement de la promesse qu’il lui a faite. Daçaratha a entendu cette injonction , et le faible vieillard perd complètement connaissance.
Avec une douce gravité , Rama reproche à Kêkéyi d’avoir douté de sa parole, et d’avoir infligé une cruelle torture au malheureux vieillard gisant a leurs pieds. Que n’a-t-elle épargné cette angoissé à Daçaratha, et ne s’est-elle adressée directement à la loyauté de celui qu’elle voulait perdre!"
En la quittant, il lui rappelle ses devoirs de mère envers Bharata, l’engage solennellement à diriger dans la voie du bien celui qui gouvernera un peuple, et la saluant avec respect ainsi que le père, qui ne peut ni le voir ni l’entendre, il se dirige, l’attitude sereine, vers le gy nécée.
Lakshmana le suit. Sous l’apparence impassible du héros, il a deviné une douleur contenue; les veux du fils de Soumitrâ sont mouillés de larmes, et l’indignation fuit bondir son cœur.
Les deux jeunes gens pénètrent dans le sérail. Dans la première cour se tiennent les gardiens des femmes, qui joignent les mains sur le passage de Râma ; dans la seconde, des brahmanes âgés, dépositaires de toute science, placés au premier rang dans
l’estime du roi , et servant Kàmiçalyà en échange de; la nourriture qu’elle leur assure, reçoivent les respectueux saints des princes ; puis les fils de Daçaratha entrent dans le palais de la plus auguste des reines.
kàauçnlyà ignore tout. Vêtue; de hlanc, elle se recueille auprès des autels, dans le sanctuaire même des Immortels. Elle prie pour le fils bien-aimé sur la tête duquel elle remercie les dieux de placer la couronne.
Accueillant avec une tendre expansion le jeune prince, elle lui redit ses vœux ardents, ses joyeuses espérances. Le cœur de Rama se serre douloureusement.
« Mère, » s’écrie l’exilé, « tu ne sais donc pas le » grand malheur qui est tombé sur moi, pour la dou- » leur amère de toi,- de mon épouse et de Laksh- » manu (1) ? »
Il lui révèle l’affreuse vérité , et ajoute avec mélancolie :
« J’aurai quatorze années, reine, les bois pour ma » seule demeure, et, loin des tables exquises, j’y ferai » ma nourriture de racines et de fruits sauvages. »
Il semble qu’ici l’homme ferme et courageux sente le besoin d’être plaint et consolé. Une telle perspective à celui qu’attendait un trône! C’était trop, kàauçalyà s’évanouit. Ràma court à elle, la relève; fils
(1) Ayodhyâkûnda , rbap. XVII.
SECONDE PAHTIE.
pieux , il essuie de ses mains la poussière qui souille les blancs vêtements de sa mère, et Knauçalyâ, revenant à elle, mais éperdue de chagrin, laisse échapper le secret de toute une vie de douleur :
u Plût au ciel, Rama, que tu ne fusses pas né mon » fils, toi qui rends plus vives toutes mes douleurs! » je ne sentirais pas aujourd’hui la peine que fait » naitre ma séparation d’avec toi !
» Certes! la femme stérile a bien son chagrin, mais n celui seul de se dire : « Je n’ai pas d’enfants! » en- » core n’est-il pas égal à cette peine que nous cause » la séparation d’avec un fils hien-aimé.
» Depuis le jour'où ton père m’a donné le baiser » conjugal, les faveurs du roi ne sont jamais tombées » sur moi ; je les ai bien longtemps espérées de toi- » même : elles me viendront enfin , disais-je , par le » canal de mon fils ! »
Maintenant, ce dernier espoir s’est évanoui ; maintenant, elle, la première des royales épouses, restera sans appui, livrée aux insultes de l’orgueilleuse rivale qui déjà l’a tant fait souffrir! A quoi lui servent , et sa patience de dix-huit années, et ses ferventes prières aux dieux, et ses rudes mortifications? Ah ! vienne la mort , elle seru son refuge !
Et soudain : « Rama, » s’écrie hors d’elle la pauvre mère, « tu ne dois pas obéir à la parole d’un père » aveuglé par l’amour :
>’ Demeure ici même ! Que peut te faire ce monar-
» que usé par la vieillesse? Tu ne partiras pas, mon » fils, si tu veux que je vive (1)! »
Ce cri répondait aux pensées du bouillant Lakshinana : « Il me déplait aussi, noble dame, que ce » digne enfant de Ragliou , chassé par la voix d’une « femme , abandonne ainsi la couronne et s’en aille v dans un bois.
» Quelle absurdité ne peut dire un roi tombé sous » le pouvoir de Kékévi, un vieillard caduc, altéré » d’amour et vaincu pur une femme! «
Pourquoi Raina, innocent, serait-il victime d’une odieuse machination? Le peuple ignore encore l’événement de la nuit. Que Rama se fisse immédiatement sacrer roi d’ Ayodhya, et pendant qu’il recevra le saint chrême, Lakshmana, debout auprès de lui, percera de ses flèches rapides ceux qui tenteraient de s’opposer .à la cérémonie.
Kàauçalyû applaudit à ce plan, et, au nom du devoir, elle ordonne il son fils de suivre, en obéissant à la parole d’une mère, l’exemple des dieux mêmes; elle le menace, s’il résiste, du courroux du ciel.
Raina, « le devoir même incarné, » se prosterne devant elle : « Il ne m’est aucunement permis de » transgresser les paroles de mon père.
» Je te prie, la tête courbée à tes pieds, d’accepter
(i) Ayodhyâkânda , cliap. XVIII.