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:J08 LA FKMMF. I) AXS L'INDE ANTIQUE.
Les Ràkchasis quittent la jeune reine et font cercle autour de Tridjatâ. Qu’a-t-elle vu?
Elle a vu le triomphe de Râma, la réunion des deux époux. Elle a vu Ràvana renversé de son char. Il avait la tète chauve, les membres teints d’un oigpient pourpré. Il était couvert d'un vêtement rouge. Il était paré de guirlandfes cramoisies. Il éclatait de rire. Un char attelé d’ânes l’entraînait vers la plage méridionale dans
un lac de fange Tout à coup une femme noire,
vêtue de rouge, lui jeta une corde autour du cou, et le traîna vers les sinistres contrées où règne Yama, le dieu de la Mort.
Elle a vu les Râkchasas, couverts de vêtements rouges, le front dégarni de cheveux, buvant, dansant, chantant, jouant. Elle a vu d’un coté les flots de l’Océan envahir Lanka, et de l’autre, sur les ruines de la ville réduite en cendres, elle a vu les Ràkchasis qui s’étaient abreuvées du liquide consacré aux morts, de l’huile de sésame. Elles faisaient beaucoup de bruit et éclataient de rire. Et une voix
criait : « Fuyez! mourez! car le Ragliouidc ,
» enflammé de colère, va tuer ici tous les Râkchasas » njèmes !
» Certes ! Itàma ne peut endurer tant de menaces » et d’invectives jetées ii cette épouse qu’il aime, » qu’il estime, et qui vécut fidèle à ses vœux dans son » ermitage de la forêt ! »
La prédiction va s’accomplir. Tridjatâ lèsent
elle le voit Sur la personne de Sitâ ne se mani-
festent-ils pas déjà, ces présages <pti annoncent la victoire?
« Délivrée en ce moment de ses nombreuses dou- » leurs, elle voit son bien-aimé devant ses yeux. » Râkchasis, implorons toutes Sitâ ! «
Les vertus de l’épouse de Rânia sont le garant de son triomphe. C’est pour la ruine des Ràkchasas que les dieux ont permis son malheur. Que les compagnes de Tridjatâ respectent la. femme qui n’a pas mérité de souffrir !
«Je vois approcher l'heure où Sitâ doit renaître à » In félicité, Ràvann périr et Rùmn triompher! »
Au même instant, un oiseau, chantant sur la branche, murmurait à l'oreille de Sitâ de consolants accents, et son joyeux ramage semblait annoncer à la captive la délivrance, la réunion , le bonheur.
Sous l’influence de ces présages, la jeune femme se ranimait, comme, dit le poète, « la pluie fait re- » vivre, desséchée par les vents et le soleil, une » racine, à qui les dieux veulent conserver la » vie (I). »
Hanoiimat avait tout vu, tout entendu.
En proie à une grande perplexité, il se demandait comment, sans effraver Sitâ, sans éveiller l’attention de ses gardiennes, il pourrait s’adresser à la prin-
( I ') Soinuitnukândtt , rhnp. XXV' I ï I .
LA FEMME DANS L’INDE ANTIQUE, cesse. Après y avoir longuement réfléchi, il prononce lentement ces paroles :
« Il fut un roi nommé Daçaratha (1) » et il
fait du feu roi d’Ayodhyà un beau et touchant portrait.
b Son fils aîné est appelé Rama..., » continue-t-il; et il loue le prince, qui, accompagné de sa femme et de son frère, quitta, pour dégager la parole d’un père, un trône pour un ermitage; le prince qui , en ce moment, vit séparé de j’épouse chérie que lui a enlevée Ràvana.
Soudain : b Reine que vit naître le Vidéha, » ajoutet-il, b ton époux Ràma te dit par ma bouche ce qu’il » y a de plus heureux , et le jeune frère de ton mari . » Lakshmana le héros, te souhaite la félicité ! »
lianoùmat s’était tu. Sita écoutait encore.
Qui donc ici osait lui parler avec un tendre respect «le ceux qu’elle aimait? Quelle était cette voix dont les accents consolateurs enivraient son cœur d’une ineffable joie? Et néanmoins elle craint encore, et, anxieuse, élève son regard dans la direction de cette
voix Sur une branche de l’arbre an pied duquel
elle repose , elle distingue l'homme des bois
Alors elle croit à un songe. Sans doute, brisée, anéantie, elle s’est endormie; elle a rêvé de celui auquel elle a laissé son âme. Ne lui est-ce pas chose
(!) Soundarakâmla, rhnp. SW.
SECOND K PAllTIE. :5II
habituelle? Cependant la réalité est là, évidente,
palpable Et le rêve n’est qu’une illusion
Elle prie. Le ciel seul peut l’éclairer, et des lèvres de la jeune femme s’échappe cette ardente supplication :
« Adoration soit rendue à Çiva , au dieu qui tient » la foudre, h l’Étre existant par lui-méine ! Adora- » tion soit rendue même au Feu ! S’il y a quelque » chose de réel dans ce que dit là cet habitant des » bois, daignent ces dieux faire que toutes les pa- » rôles en soient véritables ! » — Iianoûmat , prosterné, la suppliait de le confirmer dans ses soupçons : « Si tu es Sitâ la Vidéhaine, que Ràvana put un » jour enlever de force dans le Djanasthûiia , dis— » moi, noble dame, la vérité (1). »
Joveuse, Sitâ lui dit sa naissance, son histoire. Puis Hanoûmat, reprenant la parole, rassure la jeune femme sur le sort de Rama; par une touchante délicatesse, il s’étend longuement sur le message de Lakshmana, du frère qu’un instant Sitâ a méconnu, du jeune frère qui, d’après la loi, est considéré comme son enfant :
« Lakshmana aux longs bras, la joie de Soumitrà, » sa mère, te salue, inclinant sa tête devant loi, mais » consumé par la douleur, car tu es toujours présente » à la pensée de ton fils, comme un fils est toujours
(I) Soundarahûntla , rliap. XXXI.
:il2
» présent à la pensée de sa mère. ». Et Hanoùinnt, lui révélant ce qu’était cette gazelle d’or que Hàina avait poursuivie et tuée, ajoute : « Le vertueux I.uksli- » manu, pour te faire plaisir, obéit docilement aux » paroles mordantes que tu lui fis entendre h cette » occasion; car ton jeune beau-frère est pour toi, «reine, toujours plein d’une respectueuse soumis- » sion »
Un long et brûlant soupir souleva le sein de la jeune femme Ah! si cet habitant des bois, res-
pectueusement incliné devant elle, n’étuit qu’un Rùkchasa déguisé, n’était que Itâvaua peut-être!... Honte à lui alors d’avoir, en se jouant ainsi d’elle, ajouté à son malheur une dernière souffrance, la plus cruelle de toutes, celle de la déception! Mais si réellement il est un messager de Raina, alors, salut, salut à lui !
Pour s’en assurer, elle lui ordonne de lui «lire quelles sont les vertus de ce Rama qui l’a envoyé, et comment a pu se former cette étrange alliance entre les descendants des fiers conquérants de l’Inde et ceux de ces indigènes tant avilis.
Ilauoûmat, après avoir répondu aux questions de Situ, après lui avoir promis la délivrance, lui présente l'anneau de Rama.
Des larmes de joie suffoquent maintenant la pauvre femme. Ce n’est que par un sacrifice aux dieux qu'elle pourra un jour les remercier de cet heureux événe-
SKCU.NDE l’AIlTIE.
ment. Elle exalte le mérite de Hanoûmat, et juge digne de s’entretenir avec elle celui qui ne craint pas Ravnrîa, celui qu’a su apprécier Râma. Kilo le presse de questions ; mais, tout d’abord, elle lui demande si le malheur de Rùma n’a point abattu son courage, si son esprit est toujours ferme, son bras toujours vaillant, son co-nr toujours ouvert aux sentiments de piété, de justice, d’amitié? s’il est bien vrai que le héros l’aime toujours, et toujours souffre loin d’elle? pourquoi enfin il ne la délivre pas?
— « Reine, lui répond Ilauoùmat, ton Raghouide » ne sait pas encore que tu es ici : à mon retour, ses » flèches consumeront bientôt cette ville.
» Ton Raghouide, femme aux grands Yeux > d » pense toujours à toi
» Le seul plaisir qu’il trouve est celui , Yidé- » haine, que lui donne son âme en se reportant vers » toi (1) »
Dans le sommeil ou dans la veille, toujours Raina est auprès d’elle. Il croit la voir dans la fleur, dans le fruit, dans tout ce qui brille et parfume, dans tout ce qui plaît à la femme : « Sità! » murmure-t-il de sa douce voix; et, courant vers l’objet de son illusion, il s’aperçoit de son erreur : « Où demeures-tu.
(1) Soundovukânda > rh.i|i. XXXIV.
» Vidéliaine? où es-tu? » Et sa voix expire dans les larmes.
Le discours de Hanoùmat remplit le cœur' de la jeune femme de douleur et de joie tout ensemble. Râma souffre, mais il souffre pour elle!
Il est son seul refuse; elle suit par Nandù, la fille du vertueux Vibhishana, que celui-ci a vainement conseillé à Ravanade la rendre il son époux. Il n’est plus que le courage de Ilàma qui la puisse sauver.
Emu des larmes brûlantes qui échappent aux yeux de lu prisonnière, Hanoùmat, dans l’élau de son dévouement, lui propose de la déposer en ce jour même dans les bras de Kàma. Appuyée sur ses robustes épaules, qu’elle traverse ainsi l’Océan!
Ouelle enivrante perspective! Ici, les tortures, la mort imminente; là-bas, la réunion, la vie! Maintenant, le malheur; dans un instant, le bonheur! Cependant Situ refuse Jamais elle 11e s’appuiera
sur un autre bras que sur celui de son époux. Sublime délicatesse, qui, quelques milliers d’années après, devait immortaliser un type virginal créé par l’un des plus poétiques génies de notre Occident !
Ce n’est pas furtivement que la femme outragée d’un héros doit revenir auprès de son mari ; c’est sur le char de triomphe de l’époux vengé.
Hanoùmat admire lu jeune femme dans sa divine modestie. U réclame d’elle un signe qui puisse assurer Rama qu’il a vu la captive.
SECONDE PARTIE
Sità, d’une voix entrecoupée par les sanglots, laisse avec lenteur échapper ces mots :
« Dis au roi des hommes : « Sità la Djanakide, » vouée au soin de conserver ta faveur, est couchée , » en proie à la douleur, au pied d’un açoka et doi t » sur la terre nue
» Maître de la terre, tu es plein de vigueur, tu as » des flèches, tu as des armes; et Ràvana, (pii mérite v le trépas, vit encore! Que ne te' réveilles-tu ! »
A cet entraînant appel succèdent de sévères reproches. Sità regarde encore Hunoùmat, qui, partageant sa douleur, pleure amèrement. Alors, s’épanchant dans ce cœur ami, elle laisse déborder toute l'effusion de sa tendresse pour son époux :
« J’aspire à revoir le visage de Ràtna, ce visage » radieux comme la fleur du lotus, pur comme le » disque éclatant de la lune. En le voyant, 6 messa- » ger! j’éprouverais la même joie (pie la terre lors- » qu’elle reçoit la rosée matinale sur ses épis à demi » éclos (1) ! »
Puis avec une aimable candeur, un pudique abandon , elle évoque le souvenir de ces deux scènes du mont Tchitrakoûta, qu’ailleurs nous avons racontées : le brillant tilaka (pie Rama dessina au front de Sità, et le châtiment de la corneille qui impur-
(1) Traduit par M. Eicudoff, Poésie héroïrjuc des Indiens.
:$u* LA FEMME DANS L'INDE ANTIQUE,
limait la jeune femme. Enfin, détachant de ses cheveux le joyau <|iii retenait sa tresse soyeuse : » I)onnc-le à Ihima (1), » dit-elle à Hanoumal.
Le messager va la quitter.
« Afin que mon glorieux époux se hâte de me » sauver lundis que je vis encore, il te faut, H a— » noùmut, lui dire cette parole : « Accomplis ton « devoir (2) ! »
La pensée du devoir doublera la force de l'amour.
Hanoûmat prend congé de la princesse, et les larmes, les bénédictions de la prisonnière accompagnent son départ.
Avide de combat, Hanoûmat, détruisant le bocage d’açokas dont il n’épargne que les bosquets habités par la captive, provoque la lutte qu'il désire. Effrayées, les Itàkchasis interrogent Sitâ, et celle-ci feint l’étonnement. Quelques-unes d'entre elles courent à leur inaitrc, lui racontent cet étrange événement , et , lui dénonçant la protection que semble accorder à Situ le destructeur de ses jardins, elles l’excitent à punir le coupable qui, violant les défenses établies, a osé entretenir la prisonnière.
Mais Ilanoiimat taille en pièces les armées qu'envoie contre lui le monarque des Ràkchasas; il tue ses meilleurs généraux ; il n’épargne même pas Akslia, le beau roi de la jeunesse, le bien-aimé fils
(1^ Soumlurakâmtti , XXXVI.
(2) Idem , rliap. XXXVII.
SECONDE PATENE.