PREMIÈRE PARTIE
« La prière sainte a souvent contribué à l'heureux ■n établissement de l'homme ; elle lui a valu des chc- » vaux, des vaches, des biens de toute espèce. Au- « rore, que ta présence inspire ma prière, et envoie- « moi le bonheur des riches.
» Elle est née déjà, elle va briller, cette divine » Aurore; elle met en mouvement les chars, qui, à » son arrivée, s’alitent sur la terre, comme sur la
» mer les vaisseaux avides de richesses
* L’Aurore, comme une bonne mère de famille, *> vient pour protéger le monde. Elle arrive, arré- » tant le vol du génie malfaisant de la nuit, et exci- » tant l'essor des oiseaux.
» L’Aurore excite également l’homme diligent et » le pauvre ; elle est ennemie de la paresse.
» Le monde entier, à son aspect, se prosterne
» Fille du Ciel, Aurore, brille de ton doux
» éclat (1) ! »
Dans un autre hymne, aussi doux, aussi riant, mais d’un sentiment plus profond , l’Arya s’écrie : « Ramenant lu parole et la prière, l’Aurore ré- » pand ses teintes brillantes ; elle ouvre pour nous » les portes du jour. Elle illumine le monde, et nous
* découvre les richesses de la nature
«Fille du Ciel, tu apparais, jeune, couverte ■ d’un voile brillant, reine de tous les trésors ter-
(1) Section I, lecture IV, hymne II.
» restres; Aurore, brille aujourd’hui fortunée pour » nous.
» Suivant les pas des Aurores passées, tu es l’ainée » des Aurores futures, des Aurores éternelles. Viens » ranimer ce qui est vivant, Aurore ! viens vivifier » ce qui est mort (1). »
Jusqu’ici le poète a laissé éclater son bonheur de cette résurrection de la nature. Soudain une indéfinissable tristesse le saisit : il pense au rapide passade de l’homme dans cet univers qu’éclairent chaque jour les mêmes rayons.
« Depuis combien de temps, » continue-t-il,
a l’Aurore vient-elle nous visiter? Ils sont morts,
» les humains qui voyaient l'éclat de l’antique » Aurore: nous aurons leur sort, nous qui voypns » celle d’aujourd'hui; ils mourront aussi , ceux qui » verront les Aurofes futures. «
Nous l’avons vu, la même mère unit les hommes aux dieux. Ce sont encore des personnifications féx minines qui cimentent ce lien : les prières des mortels deviennent les épouses des dieux, et ceux-ci reçoivent ii leur tour du sacrifice que symbolisent trois déesses, le soma, l’ambroisie dont, par une solidarité aussi singulière que touchante, l’homine alimente leur immortalité. C’est la prière qui assure le bonheur de lu créature ; c’est le sacrifice qui
(1) Section I, lecture Vfïl, hymne i.