PREMIERE PARTIE
maintient l’existence de l’Asoura (1), du principe de vie.
« Je règne, je commande, » s'écrie Indrâni, l'épouse allégorique d’Indra, dans un hymne d’un lyrisme entraînant attribué à la déesse elle-même. « Ma voix inspire la terreur. Je suis victorieuse : que » mon époux reconnaisse ma force.
» O Dévas ! c’est moi qui ai fait ce sacrifice d’où » le grand et glorieux Indra a tiré toute sa force (2). »
C’est là en effet la prière, telle que la comprenaient les Aryas ; mais, vers la fin du chant, il semble que le symbole disparait, que la femme seule reste: «Oui, » répète-t-elle, «je suis sans rivale, je » niai plus d’ennemie. Je triomphe, effaçant l’éclat
* éphémère et la passagère richesse de celles qui
• voulaient m’éclipser.
» Que mes rivales cèdent à ma supériorité ; que je » brille sans partage aux yeux du héros mon époux , » et de ce peuple ! »
A la fierté des accents, au dédain jaloux d’Indràni , la compagne du dieu qui lance la foudre, ne pressent-on pas la Junon des Grecs?
Trois déesses, avons-nous dit, président au sacrifice : lia , le rite; Bhârati, la poétique union du geste
(1) Plu* tard cc mot désigna le* Titans de l’Inde.
(2) Section VIII, lecture VIII, Hymne xvu.
10 IjA FEMME DANS L’INDE ANTIQUE,
et Je lu voix, la mère des Bhâratas, dans lesquels un savant indianiste (1) a reconnu les hardes de notre Occident; enfin, la plus auguste de toutes, Sarasivati , « la parole sainte, la parole qui dompte, » la vierge purifiante, » comme la nomme le Véda, et aussi l’inspiratrice du beau.
Saraswali est encore la déesse des eaux. A ce sujet , M. Nèvc (2) a fuit remarquer l’assimilation établie par les religions âryennes primitives entre la parole et l’élément liquide. Les trois antiques Muses de Piérie, la Mémoire, la Méditation, le Chant, étaient à leur origine des naïades dont le domaine fut transporté du monde de la matière au monde de l’intelligence.
Pure et limpide comme la source qui suit dans sa marche paisible les pentes verdovantes de la colline, impétueuse comme le torrent qui se précipite en bouillonnant de b montagne, rapide comme le fleuve et la rivière qui se hâtent d’arriver à leur embouchure , majestueuse et frémissante comme l’Océan , la parole fut comparée , aussi bien par le génie de la Grèce et de Rome que par celui de l’Inde, aux ondes dont le mouvement et le bruit sont à la fois toute variété et toute harmonie.
Ainsi, non-seulement les forces physiques de la
(1) M. Emile Bornovf, Essai sur le Veda , ou Introduction à la connaissance de C Inde ; 1863.
(2) Essai sur le mythe îles Hibhavas ; 1847.