‹ La femme dans l'Inde antiqueChapitre 74 sur 85 · PR I Y AM VA DA · texte numérisé non relu

PR I Y AM VA DA

» Comment cela, ma douce amie?

SACOCNTALA.

» Vois! cette madhàvi est toute couverte de fleurs » depuis la racine jusqu’au sommet des rameaux les » plus élevés, quoique ce ne soit pas le temps de sa » floraison. »

Priyamvadà et Ânousoûyà accourent, et partageant sa joie naïve , s’écrient :

« Dis-tu vrai , dis-tu vrai? »

C’est qu’en réalité Priyamvadà avait un motif trèsparticulier pour se réjouir de ce gracieux incident, qui n’annonçait rien moins que le prochain et heureux mariage de son amie.

Et pendant que Sacountalà, recevant de son air le plus dédaigneux l’officieux avis de sa compagne, essayait de rendre bien terrible son doux regard ; que Priyamvadà l’assurait que l’oracle dont elle n’avait été que l’interprète émanait du respectable Canwa lui-même, Anousoûyà, semblant frappée subitement d’un jet de lumière, disait avec une aimable malice :

« Oh! voilà qui m’explique le zèle que mettait » notre amie à arroser cette plante chérie ! »

« Méchante! » répondait, moitié grondeuse, moitié enjouée, la charmante fille de Canwa; « celte » plante est pour moi comme une sœur; pourquoi » chercherais-tu d’autres motifs à mes soins? »

Mais, tout en parlant ainsi, elle continuait d’arroser la tleiir qui lui avait valu la prédiction qu’elle uvait paru si mal accueillir.

Douchmanta, se disant alors que toute union était impossible entre un Kcliattriva et une fille des brahmanes, souffrait déjà de voir s’anéantir le rêve qu’il

avait un moment càressé Et cependant , si Sa-

countalù devait lui rester étrangère, pourquoi se sentirait-il irrésistiblement attiré vers elle? S’il en croit ses pressentiments , nul obstacle ne doit le séparer de la jeune anachorète.

Un mouvement de terreur agite Sacountalâ. Une abeille a quitté pour son visage le calice d’un jasmin, et la jeune Hile supplie ses compagnes d’éloigner d’elle cet insecte importun.

Mais toutes deux , souriant de son effroi , s’amusant de lu lutte qui s’est engagée entre elle et l’abeille, lui répondent fort tranquillement :

» Eh! qu’y pourrions-nous foire? Appelle Doneh- » rnauta à ton secours : n’est-ce pas au roi à pro- » téger les habitants de cet ermitage? >•

Le roi fait un mouvement

« Ne craignez » commence-t-il , mais se ra-

visant :

« Non, se dit-il, on me reconnaîtrait ainsi pour » être le roi; il vaut mieux que je me présente » sous l’aspect d'un voyageur demandant l'hospi- » talité. »

SECONDE PARTIE

Sacountalà, fuyant l'insecte, courait dans le bosquet. F.IIc se retourne, il l’a suivie!

« Comment ! dit-elle , et il me poursuit encore !

» Ab! de grâce, délivrez-moi de ses importunités. »

Le feuillage s’entr’ouvre Douchmanta parait.

«-Comment donc! » s’écrie-t-il, jouant admi-

rablement l'étonnement et l’indignation , « quel est » l’insolent qui, Sous le règne d’un des descen- » dants de Pourou , de Douchmanta , cet ennemi dé- » elaré du vice , ose insulter les fdles innocentes des » pieux ermites? »

Surprises par la brusque irruption de l’étranger, les jeunes filles se troublent. N(ais Anousoùyà, montrant du doigt sa peureuse amie , répond avec enjouement à celui qui se constituait si inopinément le défenseur d’une cause plus sérieuse :

« Seigneur, personne ici n’est coupable d’une » action criminelle; seulement notre jeune amie»? » défendait contre une abeille obstinée à la pour- » suivre. »

Douchmanta , s’approchant avec respect de la fille de Canwa qui, toute confuse, n’osait lever les yeux :

« Jeune fille, lui dit-il, puisse votre vertu pro- » spérer!

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