‹ La femme dans l'Inde antiqueChapitre 76 sur 85 · LES DEC X AMIES · texte numérisé non relu

LES DEC X AMIES

» Oh ! sans doute il ne croirait pouvoir honorer » assez dignement un pareil hôte-, qu’en lui offrant ce » qui lui est aussi cher que la vie! »

Pendant que Sacountalù se courrouçait de l’indiscrétion de ses amies, celles-ci, à la prière de Douchmanta, racontaient à leur hôte sa naissance, et le roi frémissait de joie : Sacountalù, fille de la nymphe Ménakâ, n’était que l’enfant d’adoption de Canwa, et dans ses veines coulait le sang des Kchattriyas.

Vainement Sacountalù menaçait du doigt la malicieuse Priyamvadù, celle-ci provoquait même les questions que l’étranger osait à peine lui adresser.

« Eh! pourquoi tant délibérer, seigneur? » lui disait— elle. « Ne savez-vous pas que le premier dev voir d’une anachorète est de faire vœu de soumis- » sion? »

Et comme Douclunantu s’inquiétait de voir à jamais livrée aux austérités lu délicate fille de Canwa, Priyamvadù l’assurait que l'intention de leur père était de rendre au monde par le mariage le précieux dépôt dont il avait la garde.

SECONDE PARTIE

SACOCNTAI.A .

■< Anousoùyâ! je n’y peux plus tenir!... il faut que ii je me retire.

— » Par quelle raison , ma chère amie? » lui demande Anousoûvâ avec un candide étonnement. SACOUNTALA.

ii Je vais instruire notré vénérable matrone Gau- » tami de tous ces propos indiscrets de Priyamvadà.»

Elle se lève vivement, et malgré le reproche que lui fait Anousoûyà de manquer aux plus simples notions de la bienséance ainsi qu'aux devoirs d’une anachorète en quittant capricieusement un hôte distingué, elle continue de s’éloigner.

Douchinanta avait fait quelques pas vers la fugitive; mais, confus de ce mouvement tout à fait involontaire, il demeurait immobile.

Priyamvadà courant à Sacountalà, la retient :

«Oh! tu as beau faire la fâchée, tu ne partiras » pas. »

Sacountalà se retournant, essaye de foudroyer son amie d’un regard , et fronçant ses noirs sourcils : « Qui peut m’en empêcher, s’il vous plait?» demandet-elle impérieusement.

rilIYAM VADA.

« Eh ! ces deux arbustes que tu t’es engagée à « arroser pour moi; ne faut-il pas que tu t’acquittes « de ta dette? Libre à toi de nous quitter ensuite. »

Et elle lu ramène de force. Mais le roi, ému de l’embarras de Sacountalà, demande grâce pour elle à ses impitoyables amies. Ne voient-elles pas que la fatigue, la chaleur accablent la pauvre enfant? Qu’elles permettent à leur hôte d'acquitter la dette de leur amie.

Détachant de son doigt son anneau, il le présente à Priyamvada. Les compagnes de Sacountalà lisent

le nom qui y est gravé, et, troublées, se regardent

C’est l’anneau du roi!

Douchmanta, s’apercevant trop tard de sa maladresse, leur dit négligemment que cet anneau est un don du roi. Priyamvada, refusant d’accepter un objet dont l’auguste provenance double le prix, délie Sacountalà de sa promesse.

« Vois, Sacountalà, dit Anousoûyà, tu es libre, » grâce à l’intervention de ce généreux étranger on

» de ce noble prince peut-être! Ainsi, tu peux te

» retirer. »

Mais Sacountalà restait.

« Oh! je le sens, pensait-elle , voilà l’ctre auquel » je dois m’attacher pour la vie, s’il m’est permis de » disposer de moi.

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