‹ La femme dans l'Inde antiqueChapitre 77 sur 85 · PRIYAMVADA · texte numérisé non relu

PRIYAMVADA

» Eli bien, Sacountalà, tu n’es pas partie?

SACOUNTALA

» Ne m’as-tu pas remis ma dette? Je m’en irai « quand cela me fera plaisir. «

SECONDE PAUT1E.

5rt

Un fâcheux incident interrompt une scène <lont Douclunantn savourait tout le charme. La suite royale est à la recherche du souverain, et nombre de cavaliers s'élancent vers la demeure de Cainva. Un éléphant sauvage renverse tout ce (pii lui fait obstacle. Hommes, femmes, enfants, gazelles, tout fuit; et pendant que Douclimanta déplore en lui-même le malheur qu’il a involontairement causé, ses jeunes hôtesses, s’excusant, à l'exception de Sacountulù, de leur prompt départ, volent à leur matrone Gautami.

Le roi s’était promis de faire camper sa suite non loin de l’ermitage.

Mais comment rentrer dans ce saint asile qui renferme toutes ses espérances? Le brahmane Mùdliavya, dont la verve bouffonne égaye le drame de ses spirituelles saillies, ne trouve rien de mieux à conseiller à son royal ami que la violence. Qu’il pénètre dans l’ermitage, et que lui, le roi, réclame la sixième partie de la récolte du riz, dime parfaitement due d’ailleurs à Sa Majesté.

Non , ce n’est pas ainsi que Douclimanta veut rentrer dans la demeure de Sacountalù. Ce n’est pas cet impôt qu’il demande aux pieux anachorètes; il en est un plus doux, c’est celui des grâces que par leurs prières la Divinité répandra sur lui,

oMJ LA FEMME DANS L’INDE ANTIQCE.

A peine le roi a-t-il prononcé ces généreuses paroles, qu’il en est récompensé. Les voix de deux ermites l'implorent. En l’absence de Canwa, les Rakcliasas troublent les solitaires. Puisse le roi consentir à défendre les retraites sacrées! .

Presque au même instant, la reine mère, que Douchmanta vénérait profondément, réclamait par un message sa présence au palais. Bientôt allait commencer le grand jeune qui accompagnait les sacrifices aux mânes des ancêtres.

De deux devoirs également sacrés, le roi choisit celui qui le rapprochait de la tille de Canwa.

Il envoya à sa mère le brahmane Màdhavva, et redoutant les indiscrétions de ce jeune fou à qui il avait confié son affection naissante pour Sacountalà, il le pria de considérer comme un roman purement imaginaire ce cpi’il lui avait raconté. Madhavya l’assura cju’il ne doutait nullement que Sa Majesté n’eût voulu plaisanter.

Le roi entra dans l’ermitage en sauveur ; il en sortit en époux.

Remettant à la jeune femme qu’il avait épousée selon le rite gandharvique l’anneau sur la pierre duquel était gravé son nom, il lui avait dit :

« Epelle chaque jour une des syllabes qui coin- » posent mon nom, et, avant que tu aies fini, lu

SECONDE l'.WtTlE.

» .verras arriver un de mes officiers de confiance » chargé de te conduire auprès de ton époux (1). »

Après le départ de son mari , Sacountalà, profondément affligée de cette séparation, s’isolait de ses compagnes chéries. Absorbée dans sa douleur, elle .n'entendit pas le brahmane Dourvâsas lui demander l’hospitalité. Alors celui-ci la maudit dans le sentiment meme qui lui avait fait commettre une faute involontaire : Douchmuntu devait oublier comme un rêve son amour et ses serments.

La jeune femme n’entendit même pas cette imprécation ; mais la voix irritée du vindicatif mouni frappa d’épouvante les amies de Sacountalà. Anousoûyâ courut se précipiter aux pieds de Dourvâsas, et celui-ci, à moitié apaisé, lui promit (pie l'effet de la malédiction qu’il avait lancée cesserait quand Douclynanta aurait jeté les yeux sur un ornement qui devait lui faire reconnaître Sacountalà. Les jeunes filles furent rassurées : leur amie ne possédait-elle pas l’anneau royal? Cependant, tout en se promettant de ne point ajouter au chagrin de la nouvelle épouse par le récit de cet événement, elles déposèrent aux pieds des dieux leurs offrande? de fleurs

pour détourner d’elle le malheur qui la menaçait.

Les délais fixés par le roi s’écoulaient sans que

fl) C’est au. sixième acte que Dourbinaiitn rappelle ces parûtes.

rien annonçât qu’il se souvint de ses promesses, quand Camva, revenant à l’ermitage, averti par sa prescience divine de ce qui s’y était passé, embrassa tendrement sa Hile et résolut de l’envoyer à la cour de Douclimanta.

La jeune reine va partir. Elle n’a pas, comme dans ('épisode du Mahâbhnratn, un enfant dans les bras; mais elle a en son coeur .l’espoir d’une prochaine maternité.

Les femmes vénérables de l'ermitage la complimentent et lui offrent des corbeilles de riz consacré. Elle reçoit avec respect leurs hommages. Les matrones se retirent; Guutami seule reste auprès de la jeune femme, qu’elle doit accompagner.

Alors s’avancent vers la reine les, deux compagnes de son heureuse enfance. Elles lui attachent lin amulette qui éloignera d’elle le malheur, et la parent avec amour.

Les yeux de Sacountalû se mouillent. Peut-être, hélas ! est-ce la dernière fois cpi’elle reçoit de ses sœurs d'adoption ces soins affectueux

« Ce n'est pas bien, chère amie, » lui disent-elles, « ce n’est pas bien de pleurer dans un si beau » jour ( 1 ) . » .

^1) Acur quatrième*

SECONDE PARTIE

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