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Mais, tout en parlant ainsi, elles fondaient ellesmêmes en larmes.
Au moment où Priynmvadà regrettait que les bois ne pussent fournir à la jeune reine que de rustiques ornements, un jeune brahmane paraissait. Sur son bras reposait un riche costume de cour.
» Voici, » dit- il, « une parure complète pour la » reine. Puisse le Ciel lui accorder de longs jours!»
C’est le don nuptial des nymphes bocagères. Les jeunes brahmanes allaient recueillir dans la forêt les fleurs qui devaient composer le seul diadème que Canwa pût déposer sur le front de lu reine, quand un spectacle merveilleux frappa leurs regards. Aux branches d’un arbre flottait un voile de lin d’une éclatante blancheur. D’une plante ruisselait une laque rouge destinée à teindre les pieds de la jeune épouse, et du feuillage s’avançaient de petites mains, fleurs vivantes qui répandaient sur le gazon une pluie de pierreries.
CAUTAUI.
« Les déesses, par cette faveur, ne déclarent-elles » pas que la fortune du roi est désormais attachée à « ta personne, et que tu vas pour toujours la fixer » duos son palais? «
Mais comment les compagnes de Sacountalà, ces rustiques enfants de la foret, étrangères aux élégances des cités, pareront-elles leur ainie de ces ornements? Rien de plus facile. Anousoûyà sait peindre; elle
appliquera ses goûts artistiques à disposer élégamment sur les épaules «le la reine ces blanches draperies, à répandre avec discernement sur son front, son cou, ses bras et scs pieds, l’écrin des hainadryadcs.
Sacountnlà, se levant, s’enveloppait de son voile quand parut Canwa. Il était triste du prochain départ de son enfant; mais, à travers ses pleurs, son œil brillait d’un enthousiasme prophétique. II prévoyait pour la race royale un glorieux avenir.
Les anachorètes entrèrent dans l’enceinte où étaient disposés les feux consacrés. Puissent ces feux protéger la reine! Tel était le vœu «pie formait le inouni pendant «pie Saeountulù décrivait un pradakchina autour des flammes parfumées.
C’est le moment de la séparation. Canwa appelle les deux jeunes brahmanes à qui il confie sa Elle, et ceux-ci montrent à la reine le chemin d’Hastinapoura.
Canwa, dans des paroles d’une ineffable douceur, interprétait les sentiments qui agitaient le cœur de la jeune femme, à laquelle il rendait en même temps un touchant hommage :
a Divinités de cette forêt sacrée, que dérobe à nos » regards l’écorce de ces arbres majestueux que vous » avez choisis pour asile,
«•Celle qui jamais n’a approché la coupe de ses » lèvres brûlantes avant d’avoir arrosé d’une eau pure » et vivifiante les racines altérées de vos arbres favoris ;
SECONDE PARTIE
» celle qui, par pure affection pour eux, aurait craint » de leur dérober la moindre fleur, malgré la passion » bien naturelle d’une jeune fille pour cette innocente » coquetterie; celle qui n’était complètement heu- » reuse qu’aux premiers jours du printemps, où elle » se plaisait à les voir briller de tout leur éclat; » Sacountalà vous quitte aujourd’hui pour se rendre » au palais de son époux; elle vous adresse ses » adieux ! »
Mais du fond des bois quelle est cette voix qui s’élève pour saluer le départ de l’anachorète couronnée? Harmonieuse et mélancolique comme celle du coïl, elle répond aux adieux de Sacountalà :
« Que son voyage soit heureux ; que l’ombre » épaisse des grands arbres lui offre dans tout son » trajet un abri impénétrable aux rayons ardents du » soleil ; qu’un doux zéphyr, rasant la surface limpide » des lacs tout couverts des larges feuilles du lotus » azuré, leur dérobe pour elle une rosée rafrairhis- » santé, et qu’il endorme ses fatigues à son souffle » caressant; puissent ses pieds délicats ne fouler dans » sa marche paisible que la poussière veloutée des » fleurs ! »
Ce sont les divinités champêtres qui ont emprunté ii l’hôte de leurs bois sa voix touchante, ses mélodieux accords pour moduler leurs vœux.
Là-bas, dans le lointain, un trône, les hommages d’un peuple, l’amour d’un époux, attendent Sacoun-
talà. Mais ici, sur la terre de sa naissance, restent les compagnes de sa jeunesse, le vieillard qui l’appelait sa fille et elle ne peut partir !
PR1YAMVADA.
« Hélas! tu n’es pas la seule à ressentir 1a douleur » d’un pareil abandon ! vois dans quel état sont tous * les êtres qui t’entourent :
» Le faon attristé laisse échapper de ses lèvres » immobiles les brins de durbha (1) qu’il était en » train de brouter; la femelle dii paon, les ailes » abattues, a fait trêve à sa danse légère; Ces jeunes » arbustes laissent pendre vers la terre leurs rameaux » languissants, qui se dépouillent de leurs feuilles » flétries. »
Sacountalâ, se souvenant alors «le cette liane «pi’elle appelait sa sœur, court à la mùdhavi, l'enlace dans scs bras, «licite sa tète dans les grappes.de fleurs blanches et parfumées qui y serpentent, et appuie ses lèvres sur la tige de cet arbuste, qui naguère lui avait unnoncé le bonheur.
« Liane chérie, entoure-moi de les rameaux » flexibles, semblables il des bras caressants ! Que de » longs jours, hélas! vont s’écouler avant qu'il me » soit permis de te revoir ! O mon père ! regurde-la » comme une autre moi-même ! »
(I) Dharba ou cotisa. Poa cynosuroitles.
SECONDE PARTIE
Puissent ses amies aussi protéger In plante qu'abandonne Sacmmtalù !
Toutes deux lui répondent en pleurant : « Et nous, » infortunées! qui s’intéressera à notre sort?»
• La jeune reine supplie son père de la faire prévenir quand sa gazelle qui se traîne languissamment sera devenue mère.
Elle va s’éloigner Qui donc la retient et se
roule dans les plis de sa robe? Elle se retourne.....
C’est le petit faon qui, par sa naissance, ayant coûté la vie à sa mère, en- avait trouvé une- autre en Sacounlulù; c’est le petit faon qui dans la main de sa bienfaitrice broutait les graines de syàmàca (1), et dont elle étanchait le sang quand, les lèvres déchirées par le cotisa, il accourait à elle, son refuge habituel, pour qu’elle le pansât.
Sacountalà fond en larmes en embrassant le pauvre petit animal, qu’elle confie à Canwa, le père de tous les habitants de l'ermitage. Non, jamais elle n’aura la force de s’éloigner !
Alors le mouni s’assied avec elle, avec leurs amis, sous un figuier sacré. Il dicte aux brahmanes qui accompagnent Sacountalà les paroles qu’ils devront répéter au roi en son nom. Il donne à sa fille les plus sages conseils. Même offensée, que jamais elle ne s’irrite contre son époux; qu’elle soit une sœur
(1) Panieum frumentaceum.
pour les femmes du. gynécée , et une mère pour ses sujets.
Maintenant, qu'elle donne à son père, à ses amis, le baiser du départ.
Sacountalà, se jetant dans les bras do Canwa, l’étreint avec force contre son cœur. Arrachée à celui qui toujours l’a soutenue, comment, fleur séparée de sa tige, pourra-t-elle vivre sur la terre étrangère?
Canwa lui montre dans l’avenir une ineffable consolation. Quand, épouse et reine, elle sera mère., alors les- baisers de son fils lui feront oublier les regrets de son père.
D’ailleurs tous les liens 11e se brisent-ils pas? Ne vient-il pas un moment où l’homme se sépare même de son corps?
La reine se précipité aux pieds du mouni, qui la hénit ; puis, s'élançant vers ses amies :
«O mes bien-aimées ! leur dit-elle, serrez-moi » toutes deux dans vos bras. »
Au milieu de leurs baisers, les deux jeunes filles lui disaient :
« Chère Sacountalà, si par hasard le roi tardait un » peu à te reconnaître, montre-lui alors l’anneau sur » lequel est gravé son nom.
SACOUNTALA
» Ah ! tout mon cœur tremble à ce seul soupçon » que vous me témoignez.
S ECO .N DK PARTIE.