‹ La femme de feuChapitre 4 sur 8 · LA PEMICB DX PEU · texte numérisé non relu

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tion devant elle, il méconnaissait lui aussi les droits de son régisseur et ne daignait pas les rappeler à sa femme. C*en était trop. II. y avait de quoi mourir de honte et de rage ou tout au moins se démettre, au plus vite, de ses fonctions.

Chose étrange cependant et dont s'étonnèrent les personnes qui, en rapport constant avec le régisseur, connaissaient son caractère difficile, entier, jaloux, et sa brutalité, Lami, après s'être plaint à qui voulait Tentendre du mariage de son maître, s'être déclaré dans tout le pays l'ennemi juré de M™ de Séry, avoir annoncé de toutes parts qu'il allait rendre ses comptes, Lami, disons-nous, s'était peu à peu radouci, parlait de la nouvelle châtelaine avec plus de ménagements et gardait sa place.

On finit par attribuer ce changement au charme

exercé par Diane sur tous ceux qui eurent Too

casion d'être en relations avec elle, pendant la

première année de son séjour à la Sauvinière :

fermiers , serviteurs , ouvriers de toute sorte ,

fournisseurs, pauvres, voisins chantaient ses

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louanges. Il était impossible, dîsaît-on, d'être plus polie, plus avenante, plus gracieuse, plus charitable que la belle châtelaine. Elle passait ainsi à rétat de bonne fée, se faisait des partisans dans le pays et entraînait même à sa suite le rébarbatif Lami.

Ces louanges, il faut le reconnaître, n*étaient pas excessives et le mariage profitait à M"' Bérard. Sa beauté s'épanouissait de plus en plus, au grand air, dans ce parc, dans ce château, au milieu de tout le luxe qu'elle y avait appelé. C'était bien là le cadre qui convenait à cette belle personne confinée depuis plusieurs années dans de petits logements où elle pouvait à peine laisser traîner les plis de sa robe, servie par une seule domestique, obligée d'économiser sur tout, de s'occuper des moindres détails du ménage. Il lui fallait des appartements au plafond élevé, des parterres émaillés de fleurs, de hautes futaies, d'épaisses charmilles, de beaux horizons, des serviteurs empressés, des meubles anciens, des étoffes soyeuses, des tableaux, des statues, des œuvres d'art, une vie facile et de l'or à pleines mains ; elle avait trouvé

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tout cela et, souriant à un avenir plus doux en* core, elle s'ouvrait à la vie dans Tatmosphère rayonnante dont elle s'était entourée. On aurait pu la comparer à quelque belle plante tropicale, prête à s'étioler, sous un ciel brumeux, malgré sa vigueur et sa sève ; on la transporte en plein soleil et en pleine lumière et aussitôt elle s'épanouit, elle charme tous les yeux.

Et, comme si cette exubérance de vie, cet épanouissement, devaient communiquer de la chaleur à tout ce qui l'entourait, éclairer de ses rayons ceux qui participaient à sa chaude existence, le pauvre malade que Diane avait épousé semblait renaître et reverdir. Peut-être n'était-il pas aussi gravement atteint que les médecins et ses amis l'avait laissé entendre; peut-être son isolement, ses préoccupations constantes, les privations de tous genres imposées par la faculté, Tavaient-ils réduit à un si piteux état? Aujourd'hui, il paraît plus valide, ses yeux ont plus d'éclat, son teint est moins terne, ses jambes le supportent aisément. Il sourit, il cause, il est gai, U est heureux. On s'était dit : Le pauvre homiae

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86 marie pour avoir une compagne, une amie, une lectrice, une garde, il faut l'accuser. Erreur! c'est une femme qu'il parait avoir épousé et, en cherchant bien, on découvrirait peut-être chez lui des prétentions à devenir un véritable mari. Du train dont il va et pendant que les tapissiers travaillent encore à la Sauvinière, il est capable de faire meubler une chambre pour ses enfants à venir. Il ne doute plus de rien.

Diane observe d'un air rêveur cette convalescence, ce renouveau, qu'elle n'avait évidemment pas prévus. M. de Séry Taurait-îl trompée?

Gomme ces cardinaux qui se font infirmes et mourants pour décider leurs coUèjjues à les élever à la papauté, et qui jettent loin d'eux leur cadudté et leurs béquilles le jour où le sacré collège, croyant à leur mort prochaîne, les a choisis, le man de Diane Bérard a-t-il,pour se faire épouser plus sûrement, joué le rôle d'un malade? Se serait-il dit : Elle espérera hériter bientôt de moi, convoler de nouveau suivant ses goûts, et elle acceptera ma main; mais, je vî^'rai, je vivrai

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longtemps et je réchaufferai ma vieillesse languissante à sa verte jeunesse?

Le cher homme est incapable d'avoir fait ui tel calcul. Il ne s*est jamais cru aussi malade qu'on le disait et il ne Test peut-être pas, mais il se serait éteint prochainement dans son isolement et sa tristesse. Aujourd'hui il redevient plus fort et plus confiant, parce qu'il s'imagine avoir auprès de lui une amie dévouée, une femme aimante. Indulgent pour tous, serviable, incapable de faire le mal et d'y croire, il prête â ceux qui l'approchent les bonnes pensées dont son cœur est plein. Diane, pense-t-il, peut parvenir à l'aimer, en reconnaissance du bien qu'il lui a fait, du luxe dont il l'a entourée, de la position qu'elle occupe, de la fortune qu'il lui laissera. Elle doit ébre touchée de son grand attachement, et, pourquoi ne pas Tavouer, de son amour. Oui, de son amour ; le cœur n'a pas d'âge, a-t-on dit depuis longtemps, et ce vieillard aime, peut-être poui la première fois de sa vie ; il aime et il désire; Il désire d'autant plus vivement que dans la crainte, assure-t-on, de voir s'aggraver le mal

dont il souffre, on le supplie d*être raisonnable, de se laisser entièrement guérir avant de songer à user de ses droits. Ces conseils lui sont donnés d'une si douce voix, avec des câlineries si adorables, des regards si tendres qu'il croit entendre parler l'ange de l'Espérance et que, pour mériter le ciel qu'on lui fait entrevoir dans un temps rapproché, il consent à se laisser seulement soigner. Ainsi, au moral, pleine satisfaction : il croit à sa santé, il espère en son amour. Au physique :

repos absolu, vie saine et fortifiante. Les médecins n'ordonneraient pas mieux et le châtelain de la Sauvinière devient de jour en jour plus méconnaissable. De son côté, Diane est de plus en plus rêveuse. Aurait-elle donc épousé le... mari éternel ?

M. de Séry vint heureusement à son secours :

peu à peu, en recouvrant les apparences de la santé, il avait yu son amour se développer, ses désirs s'accentuer davantage. Il se sentait dispos, jeune, ragaillardi et il voulut faire profiter sa passion de ze printemps inespéré. Longtemps Diane Bérard essaya de lutter contre ces aspirations et

de calmer cette ardeur intempestive ; elle employa mille ruses pour retarder Theure du sacrifice ; ella invoqua Esculape, dieu de la médecine, et Minerve, déesse de la sagesse. Vains efforts ! M. de Séry ne respectait plus rien et avait toutes les audaces. Il fallut se résigner à s*immoler sur l'autel du devoir. Mais elle n'était pas d'humeur à faire un tel sacrifice sans qu'il servît ses desseins. Elle avait, un instant, nourri l'espoir de se conserver immaculée pour Lucien, de rester, suivant l'expression à la mode, femme de temple, tout en étant femme de foyer. On s'y opposait, on voulait infliger son amour. Eh bien ! puisqu'elle ne pouvait s'y soustraire, elle résolut d'en avoir raison. Elle ne devint pas seulement la femme de M. de Séry, elle fut sa maîtresse; une maîtresse complaisante à l'excès, soumise à tous les caprices de son amant et toujours empressée à lui plaire. Elle joua la comédie de l'amour avec un art infini : elle se fit tendre pour qu'on le fût avec elle, elle devint ardente afin d'inspirer des ardeurs toujours nouvelles. L*esprit tendu vers un but unique, impatiente et fiévreuse, décidée A

tous les martyres pour abréger le temps et brûler l'espace, elle immola ses pudeurs et elle acquit, sans efforts, d'instinct pour ainsi dire, la science des plus habiles courtisanes. À cinquante ans passés, le chaste M. de Séry apprit à connaîlre toutes les voluptés et fut initié à tous les raffinements de Tamour. Trop épris pour se défendre, trop inexpérimenté pour voir le danger et le fuir, il ne sut pas résister aux séductions du vico. Les deux amants ne se quittaient plus : des le matin, un intelligent déjeuner, commandé la veille par Diane, qui ne négligeait aucun détail, les mettait en joyeuse humeur pour le reste de la journée. Suivant le temps, ils se retiraient alors dans le petit salon, s'égaraient dans les bois, ou bien encore, ils montaient dans un panier attelé de deux poneys que Diane conduisait elle-même et, sans cocher, en véritables amoureux, ils allaient à Préfaille ou à Saint-Gildas, chercher la solitude et respirer Tair vivifiant de la mer. Aprôf le repas du soir, aussi bien compris que le déjeuner, Diane daignait admettre son mari dans la chambre autrefois meublée par elle avec amour

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et qui, dans sa pensée, avait été réservée à d'autres destinées. Résignée, nous l'avons dit, à tous les sacrifices et comptant, pour achever do troubler M. de Séry, sur les séductions de ce mystérieux réduit fermé jusqu'alors, elle n'avait pas craint de l'ouvrir à deux battants. Tout coqcourait ainsi à faire du châtelain de la Sauvinière le plus heureux des hommes, le mari le plus choyé, l'amant le plus aimé. Sa vie était un enchantement, chacun de ses jours, un jour de fôte qu'on aurait pu célébrer sous ce titre : la fête des sens. Quant à sa santé, il n'y prenait plus garde; avait-il le temps d'y songer? Les fleurs qui le couvraient lui cachaient la pâleur de son visage, et, sans cesse abreuvé de délices, il no pouvait se voir dépérir.

Quelle était l'attitude de Lami en face de cette nouvelle situation ? Il avait certainement remarqué les changements survenus dans les rappoiHs des deux époux et ses observations avaient été d'autant plus faciles que, peu à peu, il s'était glissé dans l'intimité de ses maîtres. Diane avait pris les rênes de la maison et l'avait relégué au s0-

cond plan, mais à un excellent second plan, où Tamour-propre de Tîntendant ne souffrait pas et où il dirigeait et ordonnait encore. Trop adroite pour se faire un ennemi irréconciliable d'un homme dont elle pourrait avoir besoin un jour, elle l'avait traité avec ménagements, elle avait flatté sa vanité, elle en était arrivée à se départir vis-à-vis de lui de sa première réserve. M. de Séry, que la brusquerie de son régisseur avait toujours intimidé, était ravi des bonnes dispositions de Diane à l'égard de Lami et encourageait sa femme dans cette voie de conciliation.

L'intendant a donc repris sa place au foyer du châtelain. Il l'a vu revenir à la santé pendant les premiers temps de son mariage, il l'a vu plus tard dépérir et retomber plus bas qu'il ne l'avait jamais été. Il n'est pas sans deviner en grande partie les causes de cette rechute, et si les calculs de Diane lui échappent, il comprend du moins* que M. de Séry, malade et quinquagénaire, se conduit dans son ménage comme s'il avait vingt ans. "Un frère, un parent, un ami, croirait pouvoir se permettre des observations^ des conseils ;

reste dans ses attributions d'intendant et ne dit mot. Pourquoi cette réserve de la part d'un homme peu réservé d'habitude, cette discrétion quand, pour la première fois peut-être, il aurait le droit d'être indiscret? Pourquoi trahir indirectement, par son mutisme, ce maître qui l'a comblé et auquel il a souvent donné des preuves d'attachement ? C'est que Lami, dans toute la force de Tâge , ardent , vigoureux et sensuel , qui n'a jamais connu que des filles de campagne ou des ouvrières de petite ville , s'est laissé éblouir par la beauté et l'élégance de M"' de Séry. Son ennemi déclaré d'abord, lorsqu'il songeait à ses intérêts, il les a oubliés en la contemplant et il lui est devenu tout dévoué. L'intimité dans laquelle il vit maintenant avec elle continue à le tenir sous le charme. Il la voit à toute heure, à tout instant il lui parle, et peu à peu sa tête s'échauffe. Il lui est arrivé de la surprendre, au salon ou sous la charmille, auprès de son mari, et le spectacle, à demi voilé, de leurs amours, l'a cruellement bouleversé : « Ah! s'est-il dit alors, si au lieu de ce mari fini, usé, à moitié

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mort, elle avait un amant comme moi! > Car, de se doutant pas des desseins de Diane et ne soupçonnant pas son amour pour Lucien d'Aubier, il peut la croire sinon amoureuse de M. de Séry, du moins amoureuse de volupté. Alors il prend en haine ce mari indigne de ses richesses et dont la vieillesse maladive flétrit la beauté et la jeunesse de celte adorable femme, t Ses forces s'épuisent tous les jours de plus en plus, ose parfois se dire Lami, en regardant son maître; tant mieux, cette profanation cessera plus vite. » Et alors l'imagination de l'intendant ne craint pas d'aller au delà même de cette mort : t Je suis beau garçon, se dit-il encore, je suis jeune, je vaux tous ces messieurs de la ville, pourquoi ne profiterai-je pas de mes avantages? Qui donc, lorsqu'elle sera veuve, la consolera, la calmera et apaisera ses sens que ses vieilles amours ont surexcités sans jamais les satisfaire? Pourrai-je jurer, du reste, qu'elle ne prévoit pas l'avenir et ne songe pas à moi? Elle me laisse, tous les jours, pénétrer plus avant dans son intimité, et hier encore elle a jeté sur moi de singuliers re« gards. »

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Quelquefois Tamoureux s'effaçait pour faire place au paysan parvenu, ambitieux et avide. La Sauvinière, dont il s'était cru longtemps Tunique propriétaire» lui était décidément acquise. M*"* de Séry, veuve, riche et folle de lui, consentait à r épouser. Dans les vieux livres trouvés au château et qu'il avait depuis longtemps parcourus, n*avait-il pas vu des grandes dames épouser des petites gens dont certainemenl les mérites no pouvaient se comparer aux siens? Ce château, ces bois, ces prairies, sont donc destinés a lui appartenir un jour.

Et, pendant que le temps s'écoule ainsi à La Sauvinière, tandis que le mari se meurt, que la femme entrevoit la fin de son martyre et la réalisation de ses espérances, que l'intendant caresse SCS chimères, Lucien d'Aubier remplit toigours à Nantes les fonctions de substitut.

Dans les premiers mois qui suivirent le mariage de M*** Bérard, un travail opiniâtre parvint seul â dominer ses souvenirs et à calmer son imagination surexcitée. Il faisait d'héroïques efforts pour oublier celle qu'il aimait jusqu'au jour où elle accour-

rait lui dire : « Je suis libre, j'ai maintenant une fortune en rapport avec votre position, les temps sont changés , personne ne peut songer à nous refuser le droit d'être heureux ensemble, épousezmoi. »

Il lui venait bien, à ce sujet, quelques scrupules : Serait-il délicat à lui d'épouser, veuve et riche, la femme à laquelle il ne s'était pas allié lorsqu'elle était pauvre? Mais ce n'était pas lui qui avait désiré une dot; il avait tout tenté pour s'unir à Diane, malgré sa pauvreté, et il ne pouvait être responsable des exigences maternelles. N'aurait-il pas le droit, du reste, de ne jamais toucher à cette dot et de travailler sans relâche a&n de subvenir, avec sa fortune personnelle, à la vie conmiune ? Ses autres scrupules le préoccupaient davantage : la réalisation de ses rêves ne reposait-elle pas sur le décos d'un galant homme dont il n'avait jamais eu à se plaindre? N'était-il pas malséant de baser son bonheur et sa fortune sur le malheur d'autrui et de spéculer sur la mort du prochain ? Mais cette mort dépen*^ dait-elle de lui? Sqs désirs pouvaient-ils la préd-*

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piter et ne feraiUl pas le sacrifice de toutes ses espérances plutôt que de hâter d'un jour le fatal dénoûment ?

Si, aprôs avoir examiné sa conscience, il eiait tenté d'étudier la conduite de Diane Bérard, ne devait-il pas aussi la déclarer innocente ? Quoi ! pendant plus d'une année M. de Séry a poursuivi cette jeune fille de ses hommages et elle les a repoussés. Elle ne s'est laissé éblouir ni par son nom, ni par la dot considérable qu'il promettait de reconnaître, ni par le magnifique héri* fage que M""* Desvignes semblait garantir. Elle a dédaigné toutes ces séductions avant de connaître Lucien ; elle les a dédaignées après l'avoir connu. Supérieure à bien des femmes de son temps, elle n'a pas admis que la fortune pût entrer en lutte avec l'amour et elle a préféré sans hésitation un petit substitut de province à un grand propriétaire foncier. Il ne lui a même pas suffi de sacrifier les millions de M. de Séry, elle proposait encore d'immoler son honneur en devenant la maîtresse de Lucien. Si, plus tard, elle a épousé le mari qui lui faisait horreur, n'est-ce pas une

immolation plus grande encore et pourrait-il venir à la pensée de celui qui l'a provoquée de la lui reprocher?

Profite-t-eUe de son sacrifice, jouil-elle de sa position, de sa fortune, a-t-elle songé, comme tant de femmes, à remplacer le bonheur par le plaisir et des satisfactions de vanité? Qui ^l'empêchait, après son mariage, de courir à Paris, et d'y devenir bientôt une des femmes les plus entourées, une des reines de la mode, ou bien d'acheter, à Nantes, un bel hôtel, d'y donner des fêtes, d'étonner chacun par son élégance et son luxe et d'occuper le premier rang dans une société où précédemment on l'acceptait à peine? A toutes ces jouissances, elle a préféré une vie digne, calme, retirée au fond d'une campagne, auprès d'un vieux mari. Elle a voulu que le sacrifice' fût complet et que Lucien fût obligé de se dire : c Elle s'es^ variée pour moi, pour moi seul, en vue de nos amours, en vue de notre avenir. > C'est ainsi qu'il jugeait la conduite de Diane; c'est avec ces pensées qu'il vécut et qu'il attendit longtemps.

Mais les jours et les mois s'écoulorent , et

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aucune nouvelle directe n'arriva de la Sauvinière. Il entendait seulement dire parfois â M"' Desvignes que M. de Séry, obligé de se rendre à Nantes pour affaires, était venu la voir, et que le mariage paraissait lui réussir à merveille. C'était peu rassurant. En même temps, ses souvenirs allaient s*afTaiblissant tous les jours et il était obligé de faire certains efforts pour ressaisir ces traits, ces formes qui naguère le poursuivaient sans cesse.

M""* d'Aubier, ne voulant plus être surprise çonune elle l'avait été le jour où Lucien lui avait annoncé son amour pour M^^ Bérard et ses projets de mariage, surveillait maintenant le cœur de son fils et put y lire ce qui s'y passait. Lorsqu'elle vit que le temps avait joué son rôle habituel et rempli sa tâche dans ce monde, celle de calmer les plus grandes douleurs et d'affaiblir les souvenirs les plus vivaces, elle reprit ses anciens projets et remit Lucien en présence de

Marie de Rioux.

Il retrouva cette jeune fiUe telle qu'il l'avait

connue: charmante et gracieuse au possible. Elle

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