‹ La femme de feuChapitre 5 sur 8 · I II I · texte numérisé non relu

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ne lui reprocha pas son abandon, habilement expliqué, du reste, par M""* d'Aubier et comme si d'instinct elle avait compris qu'il ne fallait pas faire violence à ce cœur encore souffrant, elle oublia qu'elle était femme, que peut-être elle aimait, et elle parut voir en Lucien un camarade d'enfance ou un frère. N'ayant ainsi aucune raison pour s'effaroucher et craindre de manquer au serment fait à M^ Bérard, il en vint, peu a peu, à son insu, à se laisser charmer par sa nouvelle compagne, à remarquer son esprit aimable, sa grâce et sa beauté maintenant dans toute sa fleur.

M"' de Séry devina-t-elle ce qui se passait dans l'âme de Lucien, le hasard se chargea-t-il de lui apprendre qu'on le rencontrait trop sou-' vent dans la société de M^ de Rioux, ou bien ne Iput-elle résister plus longtemps au désir de se rappeler à son souvenir? Toujours est-il qu'elle le revit.

Peut-être aussi, vers la fin de cette seconde année de mariage, fut-elle prise de certain découra* gement : M. de Séry supportait iio^ieux qu'on aurait

Ui FBinnt DB FEU. toi

pu s'y attendre, le régime auquel on l'avait soumis, n était fort affaibli, sans doute, mais certaine surexcitation nerveuse, causée par ses excès, luj donnait une vigueur factice effrayante pour les personnes intéressées à sa mort. Un médecin no s'y serait pas ^.rompé : il aurait découvert sous ces pommettes colorées, ces yeux encore vifs, et sous cette activité surprenante, un épuisement complet, un grand délabrement et tous les symp tomes d'une maladie mortelle. Mais Diane et Lami se gardaient bien d'appeler des médecins à la Sauvinière et, dans leur ignorance, ils s'affligeaient de l'état de M. de Séry, lorsque, plus instruits ou mieux éclairés , ils auraient pu s'en réjouir.

Ce fut dans ces dispositions d'esprit que Diane Bérard conçut le projet de revoir Lucien. Par prudence, dans la crainte de se compromettre et de compromettre l'avenir, soutenue surtout par l'espérance d'un veuvage prochain, elle avait jusqu*alors résisté à ce désir. Maintenant elle doutait; elle voyait, en tous^cas, l'époque souhaitée s'éloigner tous les jours davan-

tage, elle avait besoin de reprendre des forces et de se défendre du découragement, peut-être de Fécœurement qui commençaient à l'envahir.

Lucien occupait à Textrémité du boulevard Delorme un petit pavillon, dépendant de Thôtel qu'habitait sa mère, mais séparé de cet hôtel par une vaste cour et pouvant s'ouvrir sur le boulevard. Aurez-de-chaussée se trouvait son cabinet de travail où, depuis quelque temps, il restait fort avant dans la nuit pour étudier une importante affaire criminelle que le parquet de Rennes venait de lui confier. Il s'agissait d'un propriétaire d'Ancenis, M. X. ., accusé d'avoir empoisonné sa bellemère trop lente à mourir. Durant l'instruction, le prévenu avait déployé tant d'intelligence, l'avocat, appelé de Paris pour le défendre, jouissait d'une telle réputation, que Lucien d'Aubier, chargé de l'accusation, ne pouvait se dissimuler les difficultés de sa tâche et en était effrayé. La culpa bîlité de M. X... ne faisait aucun doute pour lui mais il s'agissait de la démontrer au jury et, dans le but d'y arriver, il ne reculait devant aucune peine. Il avait poussé le scrupule jusqu'à

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devenir, pour quelques jours, médecin et chimiste, afin d'étudier les ravages produits par certaines substances. Comme on supposait qus l'empoisonnement avait eu lieu par l'arsenic, iî s'en était procuçé une dose et à l'aide de livres spéciaux il l'analysait et en étudiait les effets. Il voulait être ainsi en mesure de répondre aux objections des médecins appelés par la défense e! de soutenir les rapports des médecins-experts désignés par la justice.

Plongé dans ce travail, par une froide soirée d'hiver, il entendit tout à coup, vers onze heures, frappelr à ses volets. Étonné de ce bruit complètement inusité, il quitta son bureau, marcha vers la croisée, et l'entrebâillant :

— Qui valà?demanda-t-iL

— Silence, et ouvrez-moi la petite porte, dit une voix qui le fit tressaillir.

Pâle, ému, tremblant, il obéit. Diane entra vivement, et, tandis qu'il la regardait, sans oser croire encore à sa présence chez lui, elle se débarrassa d'un grand manteau de velours noii entièrement garni de fourrures, marcha vers la

f 10 LA VEUXK DB FBU.

cheminée , présenta au feu ses bottines humides, puis se retourna et, sans dire un mot, contempla longuement Lucien.

Il commençait à se remettre, et, debout, appuyé sur son bureau, il la regardait aussi, sans avoir la force de lui parler.

Ce n'était plus la jeune fille d'autrefois, déjà splendidement belle mais encore incomplète sous certains rapports. Deux années avaient suffi pour parfaire tout ce qui se trouvait inachevé en elle ; sa beauté s'était épanouie, et la fleur était devenue un fruit. De grands changements se remarquaient aussi dans sa toilette : elle n'avait plus la mise d'une jeune fille sans fortune, essayant de remplacer par certaines recherches et un peu d'excentricité le luxe que sa bourse lui interdisait. Elle portait une toilette de haut goût, en rapport avec sa position. Une robe de velours comme le manteau, à longue traîne, sans aucun ornement, mais sortie des ateliers d'une grande cou turière, faisait valoir l'élégance de sa taille, toiyours mince quoiqu'un peu arrondie, et la fermeté de sa poitrine qui s'était encore 4évd-

LA FEVMB DB FEU, tll

loppée. Des gants de peau de Suède, gris, sans boutons et à haute manchette, des bottines de satin noir, accusaient nettement la finesse de la main et celle du pied. Un capuchon de dentelles très-épaisses couvrait sa tête, et à chacune de ses oreilles admirablement dessinées pendait une perle noire. Les flammes du foyer mettaient en pleine lumière la riche simplicité de cette toilette et toutes les perfections de cette ravissante femme.

En la contemplant, il sentait revivre tous ses souvenirs, et son imagination se réveillant tout à coup, il cherchait déjà sous le velours qui la couvrait les splendeurs dont la vue l'avait autrefois enfiévré. Elle, comprenant qu'elle ressaisissait son empire, savourait le charme du triomphe et se rassasiait de la volupté qu'une femme éprouve à se voir admirer par l'homme aimé.

Enfin , elle fit un signe et Lucien s'étant agenouillé, elle se baissa et appuya longuement ses lèvres sur son front.

La glace était rompue ; ils causèrent à voix basse. Elle dit comment elle avait profité d'une

indisposition de son père, pour se sauver de la Sauviniôre et venir passer vingt-quatre heures à Nantes. Arrivée dans la journée, elle avait attendu qu'il fît nuit et elle s'était, en secret, dirigée vers la maison de Lucien. Elle ignorait s'il habitait encore le même pavillon qu'autrefois et elle avait été bien heureuse lorsqu'elle avait reconnu sa voix. Après lui avoir donné quelques heures, elle remporterait dans sa retraite le souvenir de cette visite ardemment souhaitée depuis deux ans.

— J*aurai, de cette façon, dit-elle en finissant, plus de courage pour attendre.

Attendre! c'était la question brûlante, mais Diane se serait bien gardée de l'aborder. Elle connaissait trop l'honnêteté de Lucien pour l'entretenir d'espérances, basées sur la maladie et la mort. C'était à elle, à elle seule que revenait le soin d'être veuve le plus tôt possible. Lucien n'avait pas à entrer dans ces détails ; il ne devait surtout jamais soupçonner que M"* de Séry, emportée par sa passion, avait osé concevoir l'idée d'aider la nature trop lente au gré de ses désirs.

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Du reste, nous Tavons précédemment expliqué, elle reconnaissait depuis quelques semaines T inutilité de ses efforts, elle se voyait mariée pour longtemps, et elle se désespérait. Triste résultat inutile à divulguer.

Lorsqu'elle eut répondu à toutes ses questions, elle exigea qu'à son tour il lui rendit compte de sa conduite depuis deux ans; elle voulut être initiée à ses travaux, à ses espérances d'avenir. Il obéit, et l'espèce de fascination qu'elle exerçait sur lui depuis son arrivée était si grande qu'il ne craignit pas de l'entretenir des relations renouées avec la famille de M"* de Rioux. Il en parla, sans crainte, sans hésitation, comme de la chose du monde la plus naturelle, car depuis l'arrivée do Diane, il n'avait plus conscience de la grande sympathie que lui inspirait, une heure auparavant, la protégée de sa mère. M"** de Séry le blâma doucement, gracieusement, de ces relations qui, disaitelle, étaient une petite infraction à leur traité, mais elle ne voulut point paraître attacher à cet aveu plus d'importance qu'il n'en attachait lui-même.

— Et maintenant , continua-t-elle , sans le lais-

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ger s'arrêter, que faites- vous, à quels travaux vouf livrez-vous ? Quelle était votre occupation cette nuit, lorsque je suis entrée dans votre cabinet! Je veux tout savoir.

Elle s'était avancée vers le bureau de Lucien, s'était assise sur son fauteuil et feuilletait ses papiers.

— En ce moment, pépondit-il, je prépare un travail qui peut avoir une grande influence sur mon avenir. Si j'arrive à éclairer une affaire ©ncore environnée de ténèbres, à persuader le jury qu'il doit punir un grand criminel, en récompense du service que je rendrai à la société, je serai probablement nommé avant peu procureur impérial.

— De quel coupable et de quelle affaire parlezvous? demanda Diane.

— D'un empoisonnement dont s'occupe en ce moment tout le département, je pourrais dire toute la France.

— Ah ! le procès de M. X. . . .

— En effet; il est arrivé jusqu'à vous?

— Certainement; il faut bien, lorsqu'on vît

Là FfillIfE DE FEU. ' 215

au désert comme moi, lire de temps a autre les journaux. Mais ils ne m'avaient pas dit que vou fussiez chargé de cette affaire. Donnez-m'en un aperçu qui m'instruise avant les simples mortels. C'est bien le moins.

Il lui donna tous les détails qu'il pouvait livrer sans indiscrétion y et s'appuya longtemps sur leà preuves de culpabilité.

— Je suis sûr, en mon âme et conscience , dit* il en finissant, que la belle-mère de M. X. . . . a été empoisonnée : elle l'a été par lui , et il s'est servi d'arsenic.

— Ah! vraiment! fit-elle, c'est donc un bon poison?

— Excellent, répliqua-t-il en souriant de l'expression, témoin M"* Lafarge.

— Oh ! rien ne prouve qu'elle ait été coupable.

— En ma qualité de magistrat, disposé là croire à l'infaillibilité de la justice, permettez-moi de soutenir qu'elle l'était. Du reste, là n'est pas la question. Il est un fait avéré : M. Lafarge est mort empoisonné par l'arsenic. U ne faudrait pas^

tit-il en riant et tout plein de son sujet, entreprendre avec moi une discussion sur ce poison. Je le connais comme si je l'avais inventé. Tenez, ajouta-t-il, en prenant dans un tiroir de son bureau différents petits paquets , voulez - vous la preuve de la conscience que je mets dans mes études ? Ces paquets renferment de Tarsemc et je les ai tous analysés.

— Quoi ! vraiment, fit-elle, de l'arsenic, cela ! . . • Voyons?

Elle prit, regarda, flaira, puis elle remit les paquets à leur place, dans le tiroir, en disant :

— Ainsi, cette petite poudre blanche suffit pour empoisonner quelqu'un?

— Oh ! fit Lucien, il y a là de quoi empoisonner trois personnes.

— Il devrait être défendu d'avoir chez soi de pareilles choses.

— Aussi est-ce défendu , excepté toutefois aux pharmaciens.

— Et aux magistrats, parait-il?

~ Les magistrats ne sont pas exceptés. Seule-

LA FBIIMB OB FBU. ^11

ment , lorsqu'ils peuvent faire valoir des motifs sérieux pour avoir à leur disposition quelques grains de cette poudre, on leur en donne, sur leur demande écrite et sous leur responsabilité.

La question était épuisée ; Diane en aborda une nouvelle. Mais elle ne paraissait plus écouter les réponses de Lucien avec le même intérêt : peu à peu, pendant qu'il parlait , elle s'était dégantée et ses mains pendaient mollement le long de sa jupe. Son capuchon de dentelle était tombé comme par hasard , et le velours noir de la robe faisait ressortir la couleur fauve de ses cheveux, dont quelques boucles, n'étant plus retenues, erraient à l'aventure le long des épaules et du corsage. Prise, sans doute, d'une étrange lassitude, d'une invincible langueur, elle s'était étendue sur un grand voltaire placé près de la cheminée. On l'aurait dit couchée tant il y avait de mollesse e^ d'abandon dans sa pose : ses jambes croisées reposaient sur un tabouret, et la j';pe un peu relevée , laissait entrevoir un bas de soie gris brodé de noir. Sa poitrine renversée et presque horizontale semblait a Tétroit dans son corsage / et se

S18 Là niPB fift fiu.

soulevait par iKmexAstoimb» pour briser ses entraves ; sa bouebe était eiatr^ouverle , ses Mrims dilatées » et se» yeux ft mottié fermés regardaient langouoreusemeot Lueieo.

Depuis un instant il se taisait et la regardait aussi. Toot à eeup, il n'y tint plus : il s*é)ança vers elle , Tentoura de ses bras et eolla ses lèvres sur les siennes. Elle ne bougea pas; on raturait crue endoPBiie- on morte. E&e ne résista pas : n'étart-eBe pas , depuis longtemps , son bien , sa cbœe?

Deux heures après, Lucien crut entendre du bruit dans la cour de la maison. Il craignît qu^un domestique trop matinal, envoyant de la lumière chez lui, n'eût l'idée d'entrer et il quitta un instant son cabinet pour aller fermer les portes qui donnaient sur la cour.

Lorsqu'il revint, Diane avait remis son capuchon de dentelle, ses gants et son manteau de fourrure.

— Quoi ! déjà I lui dit-il.

~ Hékal fit-èll^ > doit âtre rentréa dm

LA FKXBIK DX FBU. SIS

Vkom père avant qu'on soit irmBé dans la maison.

— Et je ne vous reverrai pas?

— Si, bientôt, je Tespôre. . . et, pour ne plus jamais te quitter, fit-eBe, en se pendant à son cou.

Le souvenir de cette naît devait être ineffaçable. Lucien se sentait maintenant assez fort pour résister à toutes les suggestions maternelles et pour attendre le retour de celle qui, au moment où peut-être il allait faillir, Tavait si habilement imprégné de volupté.

Trois mois après la visite qu'il avait reçue, d'Aubier apprit par la rumeur publique que M"** de Séry était veuve. Cette mort prévue depuis longtemps ne pouvait étonner personne. On en paria seulement pour avoir l'occasion de s'oc- •cuper de la beJle Diane qui, son demi expiré, allait devenir un des meiDeurs partis du département. On s'attendait à la voir habiter Nantes, et plusieurs familles qui l'avaient tenue à distance lorsqu'^elle

2^0 Ut FBIIIIB DE FEU. .

était jeune fille et pauvre, apprêtaient déjà pour la riche veuve leurs plus gracieux sourires. Chacun connaissait son goût pour le luxe, srn élégance, son esprit parisien, et on complotait de la retenir dans le pays, à force d'amabilités.

Au premier abord, ces espérances et ces calculs furent déjoués : le lendemain de Tenterrement de son mari, M"* de Séry, accompagnée d'une femme de chambre, quitta la Sauvinlère et partit en voyage.

Six mois se passèrent sans qu'elle donnât de ses nouvelles. Puis, un jour, on la vit arriver à Nantes et s'installer chez son père. Le* lendemain, Lucien prévenu par un mot sonnait à sa porte.

— Vous m'attendiez, lui dit-elle en courant à lui.

— Oui, certes, répondit-il.

— Je ne pouvais revenir ici, au commencement démon deuil. Je n'aurais pas eu la force de vous fermer ma porte et Ton m'aurait accusée de ne pas respecter la mémoire de mon mari, ce qui eût compromis notre avenir. J'ai préféré m'é-

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loigner, mettre une barrière entre vous et moi et revenir seulement à Tépoque où nous poui^ rions nous voir sans blesser aucune susceptibilité. Vous ne m'en voudrez pas, je Tespôrc, d'avoir sauvegardé votre position, ma réputation et nos chères amours.

Elle avait eu d'autres raisons pour s'éloigner, mais celles qu'elle donnait pouvaient passer pour bonnes et suffirent à Lucien.

— J'espère, ajouta-t-elle au bout de quelques instants d'entretien, qu*on ne fera plus d'opposition à notre mariage. M. de Séry m'a laissé, par son testament, une cinquantaine de mille francs de rente, et le domaine de la Sauvinière qui est d'un bon rapport. Cette fortune est à vous. Je vous l'apporte et je suis heureuse de vous l'offrir. Vous devez l'accepter, sans scrupule : ne vouliez-vous pas m'épouser malgré ma pauvreté? Du reste, le nom que vous me donnerez, l'honorabilité de votre famille, votre position actuelle et celle qui vous est destinée, sont l'équivalent de ma dot. Préparez notre mariage qui peut avoir lieu dans trois ou quatre mois.

Lk Fsnns M Rtf.

sans Uesfier asacone convenance. Josque-là noi» nous vemrns tous les jours, id, diez mon pare, où je compte demenr»*, et qudqmefois chez vous» mais rarement ; il faut éviter de donner prise mck bavardages.

Lucien ne pouvait faire aucune objection à ces projets : û*avait41 pas, depuis longtemps, engagé sa parole à M"* Bérard, et^ du reste, trompé par son imagination et ses sens, ne se croyait-il pas éperimment amoureux? Il se disposa donc à préparer son mariage, suivantrexpressionde la jolie veuve. Un événement heureux qui arriva vers cette époque, vint aplanir bien des difficultés : Lucien fat nommé procorear impérial. H apprit en même temps que par une faveur toute spéciale et des phis rares il ne changeait pas de résidence mal* gré son avancement, le garde des sceaux ayant ^8 en considération son désir de demeurer à Nantes, auprès de sa mère trop âgée pour se déplacer* :

Cependant, la pesition nouveOe que lui donnaR SB, iKiminatioa, la dot inespérée qu'on lui appor* taii, ne suffirent pas à convedncre M~ d* Aubier

LA RIMS OB R0.

d0 ropportuirité d'un mariage avec M"* de Séry. Elle essaya encore de décider Lucien à y renonce ; son instinct maternel semblait lui permettre de lire dans l'avenir et hii faire entrevoir des dangers dans une union qui paraissait offrir tant de garanties de bonheur. Enfin, lasse de lutter contre la passion de son fils, comprenant qu'elle serait peut-être ridicule d'opposer son autorité maternelle aux résolutions si persistantes d'un homme de trente ans, elle dut céder, après avoir protesté une dernière fois en ces termes :

— Je me suis autrefois, dit-elle, élevée de toutes mes forces contre oe mariage, et aucun raisonnement, aucune pression ne m'auraient fait y cou* sentir. J*avais alors pour agir ainsi des motifs matériels : celle que tu voulais épouser n'avait pas de dot, et toi, sans aucune espèce de fortune, tu en étais encore aux débuts de ta carrière. Aujoun d'hui, la position n'est plus la même, et cependant. j'ai les mêmes répugnances et les mêmes craintes qu'autrefois. M"" de Séry, j'en suis persuadée, n'esi pas la femme qui te convient ; tu seras malheureux avec elle. C'est, à mon sens, commettre une grande

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faute, que de renoncer, pour elle, à la main de cette pauvre Marie, si désolée depuis ton aban*» don. Mais là n'est pas la question. Si M^^* de Rioux n'existait pas, ta veuve n*en serait pas moins effrayante, et cette fois, sans m'opposer à ton mariage avec elle, je te supplie de réfléchir. Il s'agit de ton bonheur et de ta vie.

Lucien réfléchit-il comme sa mère l'en avait prié? On pourrait en douter, car il résolut d'épouser M"' de Séry,

Quant à celle-ci, son mariage avec Lucien devait aussi rencontrer des obstacles* Ils ne venaient plus de M. Bérard ; Diane lui remettait sans cesse de l'argent pour perfectionner la fameuse hélice et il regardait maintenant sa flUe comme une espèce d'oracle. Ils allaient venir de Lami, plus amoureux, plus passionné que jamais. Déjà, lorsque après la mort de M. de Séry, Diane s'était résolue à voyager , son intendan. avait voulu la suivre, et pour le décider à rester au château de la Sauvinière, elle avait dû déployer toute son éloquence.

— Nous ne pouvons pas abandonner tous les

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deux à la fois cette propriété, lui avait-elle dit. Quelqu'un doit s'en occuper et la gérer. Je vous confie ce soin et je compte sur vous. Quant à moi, j'ai besoin d'air, de mouvement, de liberté après cet esclavage de plus de deux années et je pars. Mais je reviendrai bientôt et nous aurons beaucoup à causer.

Elle (lit cette dernière phrase de façon à flatter les espérances de l'intendant, à lui faire entre* voir la réalisation de désirs que» depuis longtemps» il ne savait plus dissimuler , et elle obtint ainsi , au prix d'une sorte de promesse tacite , le répit de six mois dont elle avait besoin. Son voyage terminé, elle s'était fixée à Nantes et elle évitait les persécutions de Lami ; mais pensant qu'il était dangereux de le fuir plus longtemps, elle résolut de faire une courte apparition à la Sauvinière, et de porter le coup de grâce à son régisseur.

D'abord, il refusa de croire aux projets de mariage dont elle était venue lui parler.

— C'est impossible, dit-il, vous voulez m'éprouver.

Lorsqu'il ne lui fut plus permis de douter, il

UL FEIOIE DB FETI.

entra dans une colère terrU)le qui, pendant un instant, Tempêcha de s'expliquer. Enfin il s'écria :

— Non , ce mariage ne se fera pas. Il ne peut pas se faire 1

— Pourquoi ? deraanda-t-elle.

— Parce que je vous aime î Vous le savei bien, vous avez encouragé mon amcmr...

— Moi, fit-elle, en prenant un air innocent, j'ai encouragé votre amour , et de quelle façon?Si j'avais commis cette faute, je vous en demanderais pardon, mais ce serait alors sans m'en être aperçue.

— Ah ! vraiment ! reprit-il en éle^s^nt la voix , sans vous en être aperçue. C'est trop fort ! Mais tout vous le disait cet amour, tout vous le criait sans cesse et, au lieu de me bannir de votre présence, de me chasser pour mon audace, vous me gardiez chez vous, vous me receviez à votre table, vous viviez avec moi dans une intimité continuelle. Un jour, je n'ai plus eu k force de me taire et alors vous m'avez dît : « Patience, du courage, attendez. » El vous n'appelez pas cela m'encourager ! Me prenez- vous pour un imbécile dont il soit possible de se jouer pendant

trois années, poar s'en débarrasser ensuite a^ei de belles paroles? Non ! non ! Vous m'avez donné les droits sur vous et je veux en user.

— Des droits ! dit-elle.

— Oui, des droits ! en encourageant mon amour eomme je viens de vous le prouver, des droits, en faisant de moi votre complice;

Ce mot de complice la fit pâlir malgré l'empire qu'elle avait sur elle-^miéme, et, comme elle voulait savoir ce que Lami entendait au juste par cette expression, elle la répéta, à deux reprises, en se récriant.

— Oui, dit-il, vous avee fait dei moi votre complice, en me forçant à assister à la lente agonie de votre mari. N'ai-je pas pénétré votre conduite envers ce malheureux? Vous avez indignement abusé de l'amour qu'il éprouvait pour vous, des désirs que votre beauté Im inspirait et voos Tavez tué peu à peu.

La pâleur qui avait on instant envahi le visa de Diane disparut. Satisfaite, sans doute, lexplication donnée par Lami sur eette complicit dont il raeçusait, elle répondit avpc cafane :

— J'ai seulement rempli envers M. de Séry mes devoirs d*épouse. Si son amour lui a été fatal, je le déplore amèrement, mais à qui persuaderez* vous qu'une femme commette un crime parce qu'elle prodigue toutes ses tendresses à son mari? Âccusez-moi si vous l'osez. On pensera que vous étiez jaloux de votre maître, voilà tout.

— On pensera ce qu'on voudra , s'écria-t-il , mais le jour où je parlerai, où je raconterai ce qui s'est passé ici pendant deux années, je vous perdrai dans Topinion publique !

Ces mots, Topinion publique, n'effrayèrent pas M"* de Séry. Si Lami les employait dans l'état de colère où il se trouvait , c'est qu'il n'en avait pas de plus expressifs à son service; il venait de donner la mesure exacte de ses forces. Mais ces propos étaient inutiles et dangereux au point de vue du mariage projeté ; ils pouvaient augmenter Vhostililé de M"* d'Aubier , et nuire plus tard à la considération de Lucien. Diane devait surtout calmer l'irritation de Lami et, par d'adroites concessions, le décider à prendre son mal en patience. Pour y parvenir, il fallait faire usage, tout

à la fois, de fermeté et de souplesse ; elle n'était pas embarrassée.

— Eh bien , dit-elle d'un air dégagé , sans paraître attacher la moindre importance aux menaces de son intendant, vos bavardages et vos perfidies ont porté leur fruit, vous avez nui à ma considération auprès de quelques habitants de la ville et de la campagne. En étes-vous plus avancé? Vous vous êtes surtout, il me semble, nui a vousk même , auprès de moi, et si j'étais, par impossible, touchée de votre amour, si je songeais à le récompenser, serais-je encore tentée de vous être agréable ?

Ces dernières paroles, où perçaient de nouvelles promesses, le radoucirent et il répondit d'une voix plus calme :

— Jusqu'à ce jour, je vous ai été tout dévoué; à quoi cela m'a-t-il servi ?

— A vous conserver, répondit-elle, malgré vos violences, mes bonnes grâces et toutes mes sympathies.

— Oh ! s'écria-t-il, il ne s'agit plus de bonnes grâces et de sympathies. Il s'agit de mon amour

00 LÀ PEMf S m FBU«

et c'est vous en moquer <;ufi de venir a^annonçer

votre mariage.

— M'aves-vous donc condamnée à rester veuve?

— Non, œaisL..

— Mais, continua-t*eile,c*e8tvoa8(iae je devrais épouser; n'est-ce^pas ? Voyons, avouez-le, soyes franc

— EIi bien ! Oui« Pourquoi pas ?

— Pourquoi pas ? Je vais vous le dire; je serai franche aussi. Devenue riche, gr&ce A mon premier mariage, j'ai soif maintenant de considération et je veux une position dans le monde, comme j'ai voulu la fortune. Cette position, vous ne pouvez pas me la donner ; je ne vous épouse pas et je ne vous épouserai jamais.

— Pourquoi, dit-il, m'avoir fait espérer...

— C'est iaux , s'écaia-t-elle , jamais je ne vous ai fait espérer le mariage f

— - Le mariage, non, mais...

— Eh ^ien , je ne vous défends pas d'espérer !

— Vous n'aimez donc pas celui que vous idiez 4poflBser?

— Peu vous importe.

UL Fcxnt OB yiu»

Elle s'arrêta, mais il «v«it cra coonprendre.

Elle promit de Tenir, après sou mariage , mais seulemait après son mariage , poixr ôtre sûre de Lami jusque-là, passer, de teraps à axitre, quelques heures à la Ssnviuièm, sous le prétexte, très* plausible ^ de s'occuper â» ses affaires. Lucien ne voudrait certainement pas , dans les premiers temps, raccompagner dans cette propriété encore imprégnée du souimiir de M« de Séry et elle jouirait d'ume lilierté entiéro.

Ainsi, au point de vue de son amour, Lami n'aurait pas à so plaindre. Quant à ses intérêts , qu'en sa double qualité d'ancien paysan et de parvenu, il ne pouvait absolument oublier, Diane lui promit de lui conserver l'Intendance de ses biens et de lui assurer, pour Favenir, une excellente position. En même temps, elle lui faisait aussi sentir, avec une délicatesse extrême, mais avec une fermeté non moins grande, qu'à la moindre indiscrétion, à ta plus petite menace, au moindre éclat, et sans s'inquiéter des conséquences elle reprendrait sa IShetié, comme femme et comme ^iiâtelaine.

Lami , après avoir encore essayé de résister , comprit qu'il était sage d'accepter la situation qu'on lui proposait. Si elle ne satisfaisait pas entièrement ses désirs, elle était , du moins , fort enviable et il eut l'esprit d'en convenir*

Rien ne s'opposant plus au mariage de Lucien et de Diane, il eut lieu à l'église Saint-Pierre, dix mois environ après la mort de M. de Séry; il fut des plus brillants, Tévêque officia et presque toute la ville de Nantes voulut assister à cette cérémonie.

Deux années s'écoulèrent, deux années pendant lesquelles l'existence des deux amants ne fut traversée par aucun fait digne d'être relaté.

C'est seulement dans la troisième année de leur mariage qu'il commence à être intéressant d'analyser ce qui passait en eux.

Et d'abord, l'amour de Diane pour Lucien estil toujours aussi vif qu'autrefois ? Oui , et il l'est peut-être même davantage. Nous ne nous étions

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pas trompé, lorsque, dans la première partie de cette étude, devançant les événements, nous assurions que l'imagination de Diane , sans cesse excitée par la curiosité , ne saurait jamais se refroidir. En effet, elle a toujours été tenue en éveil, auprès de ce jeune homme froid par tempérament, réservé par nature, qui s'abandonne par surprise, pour un instant, toujours prêt à redevenir maître de lui, Tinstant d'après. Diane cherche sans cesse à vaincre les résistances apportées à sa passion, et la lutte éternelle qu'elle soutient et qu'elle recommence tous les joiu's, renouvelle, pour ainsi dire, son amour, lui donne une vigueur, une jeunesse sans cesse renaissantes et une sorte d'àcreté qu'elle savoure voluptueusement. Si de l'alcôve nous passons au salon, l'imagination de M"** d'Aubier trouve encore des aliments nouveaux. Lucien , grâce à sa position présente, à l'avenir que chacun s'accorde à lui prédire, à sa fagon de captiver l'attention, à ses connaissances très-réelles sur toutes choses, et enfin à sa bonne mine, possède toutes les qualités propres à séduire l'esprit d'une femme et à lui monter

2S4 LA RlOiS m^ WfBBO,

U tête, stuTant Texpressioa vulf^e, mais exscto.

Ainsi, Diane est plus amaureuM que jamais de Lncien.

Et lui, Taime-t-il atitant t Se froideur, sa réserve aTec elle, tiennesit-dles seulement à sa nature, ou provieunent-^les de quelque cause inconnue? Ces deux hypothèses peuvent égalem^at s*admettre : il existe quelques hommes, hi^nmes d'étude pour la plupart, dont les femmes les plus curieuses et les plus savantes n'ont jamais le dernier mot, et qu'elles s'épuisent inutilement toute leur vie a déchiffrer. Grâce à un tempérament particuliw, ils restent simples spectateurs du désordre de sens qu'ils ont provoqué. Sî, vaincus par la nature, ils perdent leur sangfroid , ils l'ont déjà recouvré lorsque leur partenaire est encore en pleine effervescence. Ils ressemblent alors à ces personnes qui boivent de l'eau dans un repas où tc^ut le monde s'enivre; bi«[it6t elles ne comprennent plus rien à la conversation, elles ne sont plus au même diapason ({ue le reste des convives , ^ ceux-ci leur font Teffet de fous pariant pour ne rien dire H s'agi-

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tani dans le vide. Elles vondraient se levm* de table et partir , mais le saToîr-vîvre le leur défend, et elles restent à leur place jusqu'à la fin <fai repas. En amoor, Lucien ayaît toujours bu de r«ii; Diane, du vîn à plein Terre. L'un n'avait ptas soif depuis longtemps lorsque Fautre n'avait îftBEHiis été plus altérée.

Voilà donc la réponse à la première hypothèse : ia froideur d; la réserve de Lucien tiennent à sa nature méme« Mais elles proviennent aussi d^une cause iDconnue, et queUe est cette cause ? Elle est difficile à expliquer, &cile à concevoir, et «Bras Pavons déjà laissé deviner : Diane appartient è cette espèce de femmes, si naturellement expertes an matière d'amour, que les grandes courtisanes de l'antiquité, les Lais, les Phrynées, les hétaïres de toutes sortes, semblent leur avoir livré leur science. Personne ne leur a rien appris, elles ont toQt deviné par instinct. Ce qui effaroucherait laien dies padeiiErs, leur semble naturel, et elles sont înconsciesïtes de leur libertînaige. Si ces fisromes reaÉiooatrent xm amaM , jeune , fort , aiv deDt, qu'un regaixl aniffit à enflammer, elles ne

tardent pas à reprendre le droit chemin, elles y ."estent avec plaisir et ne s*en écartent plus. Si elles ont affaire, au contraire, à une nature difficile à émouvoir, elles s'élancent aussitôt dans les chemins détournés. Nous avons déjà vu Diane parcourir ces chemins à la Sauvinière, et son premier mari la suivre avec empressement. Mais si la science dont nous parlons réussit auprès de quelques hommes, elle n'a aucune chance de succès auprès de beaucoup d'autres. Elle les étonne d'abord, excite leur curiosité, et arrive même à les charmer par leur irritante nouveauté* Bientôt elle les révolte et les effraie. Leur hou* nêteté souffre d'être aux prises avec ces excentricités, ces étrangetés, qui deviennent pour eux une sorte d'épouvantail que leur conscience désapprouve et flétrit. C'est le sentiment que Lucien ne devait pas tarder à éprouver. En même temps, Diane perdait à ses yeux son prestige de femme mariée et de femme légitime ; si une maîtresse peut se dispenser d'inspirer le respect, l'épouse doit au contraire y prétendre, et certains souvenirs malsains le rendent impossible. Enfin,

d* Aubier, en épousant M"* de Séry, avait cru trouver une compagne -digne d*être initiée à ses travaux , et de partager avec lui le poid^ de la vie ; il avait rêvé une amie intelligente qui serait femme seulement à certaines heures et saurait, parfois, se complaire aux choses de Tesprit; ses espérances furent déçues» C'était une maîtresse qu'il avait rencontrée, une maîtresse accomplie, mais accomplie jusqu'à l'exagération, songeant sans cesse à son amour et aux moyens de le satisfaire, exigeante, entière, jalouse à l'excès, jalouse même des occupations de Lucien qui l' éloignaient d'elle, toujours prête à oublier qu'il faut à certains travailleurs de grands ménagements et le repos matériel et moral , apportant , en un mot , au bout de deux années de mariage, dans ses rapports avec son mari, une ardeur d'autant plus vive qu'elle n'était jamais assouvie, et qu'elle trouvait de nouveaux aliments dans la résistance constante qu'on lui opposait.

Cette situation réciproque amenait déjà, depuis quelque temps, entre eux, des scènes tous les jours plus fréquentes. Luciôn ne donnait prise A

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aucun grief sérieux et f acUe à foriauler , buua ^'étaient de continuels reproches, coatma cctti? ci : € Tu ne m*aîme& plus., moi qui t'aime si « ardemment „ qui suis ca|>able de tout pour toi, € moi qui t'ai fait tant de sacrifices ! » B n'altar chait aucune importance à ces plurases inscrites au répertoire de toutes les femmes incomprise on délaissées , et il ne cherchait mrème pa^ à saroir quels étaient les nombreux sacrifices auxifuel^ Diane faisait allusion, mais il s'impatienlait et s^aigrissaU d'entendre éternelliement le même re-^ l^ain. Quelquefois , afin de se l*épargner et de bien mériter de Diane,, il laissait de côté ses dc^sr siers, il renonçait pendant toute une soirée au travail, jetait loin de lui sa robe de magistrat, endossait Le £rao de l'amoureux, se battait les flancs pour retrouver un vieux reste d'ardeur et se livrait, pieds et poings liéSy à la passion drèsordonnée de sa* femme.

c Allons au sacrifice, se disait-il, à part lui, en souriant, j»

Mais c'était en vain qu'il s'immolait. Le aa^ftcateur devinait l'immolation là o4 il aurait voufai

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trairmr rinitiatiiTe et n'ea eoaoeirait qm jfdus dt colère. Quant à la douce victime qui s'était fait égorger sur Tautel du devoir, elle restait kMBgh temps après sa résurrection, sous rimpressMOi péfiible de son sacrifioe, et elle avait soif^ pour se remettre, de repos, de calme et surtout d'hotkr mteié. On ne sait pas comme certaines jnealures fourvoyées dans le vice sont avides de tovites< ces choses, comme le désir de se faire ermite est puissant le lendemain d'une débauche, et quelle sainte horreur on éprowe pour ceux qui vous j ont entraînés !

Ce besoin d'hionnêteté devait nécessairement mener Lucien a faire un retour sur le passé et à se demander s*il n'avitit pas commis une grande Isiufte le jour où, ne tenant aucun compte des cockseils de sa mère, il avait épousé M""* de Séry, et favait préférée à Marie de Rioux. Il ne pouvait se défendra de songer souvent a cette jeune fille si réservée, si chaste eisi pure qui Tavait Bimé et Taimait peut-être enoore. O^x^U^ distance la séparait de Diane ! L'une étaât, pour ainsi dire, vivante de Tautre, et Lncieai se plair

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sait A reporter sa pensée sur rancîenne protégée de sa mère, à se réfugier, en quelque sorte, dans son souvenir. Qu'était-elle devenue? Où habitait-elle maintenant? Il Tignorait. Il savait seulement qu'elle avait perdu son oncle et son seul protecteur, et quelle s'était mariée brusquement, quelques mois après, à un capitaine de navire.

Un jour, Lucien la retrouva.

M"** de Séry , nous le savons , au moment de son mariage et dans la crainte d'une esclandre , avait laissé Lami continuer à exercer ses fonctions de gérant à la Sauvinière et elle s'était engagée à venir de temps à autre charmer, par sa présence, la solitude de son intendant. Elle tint sa promesse, sans rencontrer aucune difficulté matérielle. Lucien ayant par délicatesse abandonné à Diane l'administration de sa fortune, il était naturel qu'elle se rendit souvent à la Sauvinière, où se trouvait la plus grande partie de ses propriétés. C'est à peine si d'Aubier connaissait l'existence de Lami ; on lui avait bien parlé d'un intendant dont M"^ de Séry avait hérité do

8on premier mari, mais il ne s'en était pas plus inquiété que d'un serviteur ordinaire. Peut-être, s'il l'avait vu, s'il avait remarqué sa jeunesse et sa bonne mine, eût-il trouvé à redire aux fréquents voyages de Diane et se serait-il permis, non pas des soupçons (il n'aurait jamais fait l'injure à sa femme de la croire en coquetterie avec un rustre de cette sorte), mais des conseils amicaux sur la nécessité de ne pas donner prise aux calomnies. Mais Lami ne s'était jamais présenté chez d'Aubier et ne venait même pas à Nantes; quant à Lucien, il ne croyait pas encore le moment arrivé de se rendre à la Sauvinière. Un homme meurt, on aimait sa femme, on l'épouse sans scrupules; on en met davantage à prendre possession de la fortune qu'il a laissée. On hésite, surtout lorsqu'on a l'âme délicate, à venir habiter la maison où le premier mari est mort et qui est encore pleine des souvenirs de son règne et de ses amours passées. Diane, sans faire naître aucun soupçon, avait donc été entièrement libre de se rendre aussi souvent qu'elle l'avait

voulu à la Sauvinière. Mais, phénomène à noter,

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