‹ La femme de vingt-cinq ansChapitre 5 sur 52 · HAINE POUR MÉPRIS · texte numérisé non relu

HAINE POUR MÉPRIS

Le propre de ces femmes qui atteignent les premiers degrés de Téchelle sociale, — en la montant à rebours, c'est d*être implacables pour ceux qui ne dépassent pas les degrés du milieu, et se croient le droit de les humilier pour avoir monté l'échelle à l'endroit. Elles ne pardonnent pas plus qu'on ne leur pardonne. Le monde est inflexible ; on a beau prouver qu'il se commet derrière les convenances beaucoup de fautes moins dignes de pitié, les paradoxes les plu^ gros de yéri):é, les plus

I» IIÉffHi;STpPHËLIIfE.

éloquents pteîdoyerâ ne feront jamais qu'une femme qui se donne, sans certaines formalités, ne soit pas avilie. La majorité règne et gouverne; les esprits généreux forment la minorité, encore les trois quarts se taisent-ils par nécessité ou faiblesse.

Du premier élan, Méphistophéline avait pris son rang ; elle s'était bien gardée de ce tort irréparable : débuts dans la vie dorée par quelque passion irréfléchie. Au delà du baron de la Pieardiëre^ (pi'oo taxait encore de fatuité, on ne savait rien d'elle. Les esprits positifs ont une estime involontaire pour les cœurs positifs : Méphistophéline était adulée, enviée et crainte.

Les délicatesses du luxe allaient au-devant d'elle ; les reposoirs de la vanité s'échelonnaient sur sa route ; elle avait pris un meyen sûr d^être toujours à la mode, c'était d'avoir sur la mode une éternelle avance de vingtquatre heures. Mais, au sein de cette existence, qui n'était pas même troublée d'un pli de rose, un tourment la dévorait. Jetée, malgré elle peut-être, dans ce milieu fatal, il lui répugnait, elle qui dominait tant d'autres par une supériorité réelle, qu*une femme de la dernière condition pût la regarder du haut de son honnêteté ; et, pour frapper un coup décisif sur une loi sévère qui ne l'épargnait pas plus qu'aucune autre, elle n'attendait qu'une insulte.

Un soir, aux Italiens, Maxence d'Agnès avait au bras Méphistophéline, qui inaugurait une parure nouvelle. Les yeux lumineux, la gorge nue, dans un feu chan-

géant de pierreries, elle venait de trsiverser, wiwd'un cbcBur 1^ bouche dose d'admilration, le eoutcHr qui la rammait à sa loge. Et pourtant, aux yeux exercés des femmes du monde, quelque chose trahis^t dans cette mise splendide. qudqu'un qui n'était pas des leurs.

£i(térieurement, elle était aussi djgne d'être duchesse que Théritière de tel duché, mais il lui manquait -^ peqt-étre ne rayait-e.Ue qu'oublié — ce ;> w saî9 quoi^ qui pour tant de femmes tient heu de tout 1^ restai.

Dam une loge voisina de la sienne, ell^ entendit distinctement ceci :

— En vérité, ces créatures-là finiront par prendre partout notre place.

Une voix d'homme répondit presque bas quelque chose qui avait Tintention d'être énormément spirituel.

D'Agnès, tout entier à Iji Frezzolini, n'avait rien entendu.

Méphistophéline tressailHt, se pencha doucement, mais ne put voir.

— Quelle est cette jeune femme à côté de nous, demanda-t-elle à d'Agnès, qui, debout, plongeait tout entier sur la loge.

— Madame ^ Vranches.

— pt qui est ppès d'eUe ?

— Son mari.

— L'aime-t-elle ?

«-T Avez-vo.us entendu parler de la duchesse de Prasli»?

1«) MÉPHISTOPHËLINE.

— Cette bêtise I

— Eh bien ! auprès de votre voisine, elle était tiède ! Peu de temps après, Méphistophéline entendit une

voix qui disait :

— Marguerite, la voiture nous attend.

— Tiens, Marguerite! — répéta Méphistophéline comme avec un sourire mnémonique. — Et elle sortit avec sérénité : la sérénité d'un ciel pur qui s'apprête à éclairer une mauvaise action.

Trois jours après, on annonçait que mademoiselle Méphistophéline était en voyage pour cinq ou six mois.

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