LES EXERCICES PHYSIQUES LA CROISSANCE
Ce professeur d'hygiène lui apprenait, selon vous, un peu trop de physique et de chimie, et vous aviez vous-même rédigé le programme des leçons; je me souviens encore des chapitres : hygiène de la première enfance, les soins de propreté, le vêtement, l'alimentation, l'allaitement, les pesées, la première dentition, le sevrage, l'exercice et l'hygiène scolaire.
Nous avions étudié ensemble la pratique, vous vouliez lui apprendre la théorie. Je crois bien qu'elle se passionnait pour ces leçons et qu'elle appelait dans ses rêves le jour où elle pourrait utiliser sa science pour donner ses soins à son bébé. Car elle les aimait comme vous, les enfants; elle aimait aussi à se vanter de ses connaissances et, un jour qu'elle vous dénonçait l'ignorance de la fille d'une vos amies sur les soins qu'elle donnait à son enfant et lorsqu'elle vous indiqua avec volubilité comment elle comprendrait
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son rôle de mère, vous lui avez imposé silence et VOUS l'avez exhortée à plus de modestie. Graigniezvous, par hasard, qu'elle ne devînt une pédante?
Non, madame, elle était comme tous les jeunes gens et toutes les jeunes filles qui, ayant appris quelque chose, pensent l'apprendre aux autres, ne se doutant pas qu'ils ont encore beaucoup de choses à savoir pour être au niveau de ceux auquels ils s'adressent; mais c'est pour eux de la nouveauté, ils ne s'imaginent pas que nous avons été jeunes comme eux et que nous en savons un peu plus qu'eux. C'est un travers de leur esprit que nous avons eu nousmêmes et que nous devons leur pardonner; il arrive d'ailleurs parfois que, grâce à la fraîcheur de leurs connaissances, ils nous apprennent des choses que nous avons sues, que nous avons oubliées et que nous ne voulons pas paraître ignorer.
Vous avez bien fait, madame, de la mettre en garde contre le pédantisme de ces bas-bleus qui se rendent ridicules par l'étalage d'une science élémentaire dont ils connaissent à peine les premiers rudiments.
Vous avez voulu que votre fille n'apprît pas trop de choses, mais qu'elle sût bien ce qu'elle avait appris. Vous avez tenu à continuer son éducation physique en lui faisant faire de la gymnastique.
Nous avions été, ensemble, dans un grand gymnase très fréquenté, au moment de la leçon des filles. Vous avez trouvé que les exercices étaient parfois trop violents. « Nous ne voulons pas faire de nos
filles des acrobates, » me disiez-voiis. Vous aviez raison et nous avons arrêté ensemble un programme. On devait faire des haltères, des barres parallèles, du plan incliné, du saut, tous les exercices modérés qui pouvaient développer les muscles, élargir la poitrine, redresser le corps.
Vous vous étiez plainte en effet que votre fille avait une épaule plus haute que l'autre, l'épaule droite; vous trouviez aussi qu'elle avait le dos un peu voûté. Elle se plaignait de fatigue lorsqu'elle était obligée de se tenir trop droite. Nous avons découvert le corps du délit. Elle avait le dos légèrement voûté parce qu'elle se pliait presque en deux sur son tabouret de piano pour lire les notes; je vous conseillai de lui donner une chaise; elle avait l'épaule droite plus élevée parce que la table sur laquelle elle travaillait était trop haute et la chaise trop basse; le bras droit était obligé de se relever pour écrire; nous eûmes une table dont la liauteur correspondait à celle du coude, de telle façon que l'avant-bras pouvait s'y poser sans effort, et à l'aide de quelques exercices de gymnastique on corrigea ces attitudes vicieuses.
Vous avez, madame, fort sagement compris qu'il fallait régler les exercices gymnastiques comme il fallait régler la marche. Vous vouliez que votre fille se développât, mais vous réagissiez énergiquement contre cette tendance de faire de nos filles de véritables garçons en leur apprenant la culbute, le trapèze, les mouvements trop violents. Il vous semblait qu'on risquait ainsi de sacrifier quelques-uns de