‹ La femme du vingtième siècleChapitre 2 sur 14 · L'EPOUSE · texte numérisé non relu

L'EPOUSE

Quelle est la vocation de l'homme? C'est d'être un bon citoyen. Et de la femme? D'être une bonne épouse et une bonne mère. L'un est en quelque sorte appelé au dehors; l'autre est retenue au dedans. Étudiez riiistoire, vous trouverez cela à tous les âges; parcourez la terre, vous le trouverez sous toutes les latitudes. Étudiez les goûts et les aptitudes de l'homme et de la femme, vous arriverez à la même conclusion. L'homme est fait pour combattre et pour travailler au dehors; la femme pour élever les enfants, pour faire régner Tordre dans la maison et pour y organiser le bonheur.

Les devoirs de citoyen n'effacent pas les devoirs de famille. Ils ne sont ni plus sacrés ni plus impérieux ; et cependant, quand la patrie est menacée, on lui doit le sacrifice de sa vie ; il n'est même pas permis de penser aux douleurs et aux malheurs qu'on laissera derrière soi.

Le père est le chef de la famille. Il a la plus grande responsabilité; il exerce la plus grande autorité.

Aristote, qui avait le malheur d'admettre l'esclavage, disait que, dans la famille, la dignité du père résulte de la multiplicité de ses devoirs. Il conduit le navire; il met l'ordre dans l'équipage, assigne à chacun sa tâche et veille à ce qu'elle soit bien remplie. Il donne à chaque passager tout ce qui est nécessaire à la vie, et il y joint le superflu dans la mesure de ce qui est possible et de ce qui est juste. Il est attentif à ce qui se passe au dehors, parce que c'est lui qui doit signaler l'ennemi et lui faire face. L'esclave n'a ni autorité ni dignité, parce qu'il n'a la responsabilité de rien, et que toute sa vie est d'obéir.

Chez les peuples primitifs, le pouvoir du père sur la femme et les enfants était absolu. Il l'était encore dans des états de civilisation très avancée, notamment sous l'empire du droit romain.

On a regardé comme un progrès d'avoir limité la puissance paternelle dans ses effets et dans sa durée. La loi a fixé des âges au delà desquels l'enfant échappe, d'abord à certaine partie, et ensuite à la totalité de la puissance paternelle; il devient à son tour citoyen et père de famille, il exerce les mêmes droits que son père dans la cité et dans son foyer. Même avant l'émancipation et pendant que l'autorité paternelle subsiste, elle a été restreinte tantôt par la création du conseil de famille, tantôt par l'intervention directe de la loi. L'État s'est attribué le droit de protéger l'enfant dans sa vie et dans ses

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biens contre l'incurie, l'incapacité ou l'avidité du père. La femme aussi a été protégée. On a pris des mesures pour lui assurer la conservation de ses biens propres, et de sa part dans les acquêts; elle a été défendue par la loi contre les sévices et mauvais traitements; on lui a accordé l'équivalent de l'émancipation, d'abord par la séparation et ensuite par le divorce. Du moment qu'elle peut demander la séparation ou le divorce, elle est armée contre les abus de l'autorité maritale.

Cette autorité n'en subsiste pas moins, et elle est très étendue. Le mari choisit le lieu de sa résidence, et la femme est obligée de l'y suivre; il ne peut aliéner les biens, mais il en a l'administration, ce qui le rend maître absolu de la dépense. Avec ces deux droits, il a tout et il peut tout. Il s'abstient seulement des actes et des procédés qui le feraient condamner, si une instance en séparation était introduite. Même pour s'adresser à la justice, la femme a besoin de l'autorisation de son mari. Il a fallu recourir à des subterfuges pour que dans certains cas cette autorisation ne pût lui être refusée, ou vendue.

Les conséquences les plus lourdes de l'autorité maritale découlent des conditions dans lesquelles s'exerce l'autorité du père sur les enfants. Je n'en citerai qu'un exemple. Le père choisit l'école, il peut même choisir la religion. Si le père est protestant, et veut élever son fils ou sa fille dans la religion protestante, la mère est obligée de se soumettre. Elle n'a d'autre ressource que de demander la séparation.

Il est possible, il n'est pas certain que le tribunal regarde cette divergence en matière d'éducation et de religion comme un empêchement à la vie commune.

Et il faut ajouter ici sur-le-champ qu'une femme catholique ne peut plus invoquer la séparation en sécurité de conscience, depuis que la séparation donne lieu de plein droit au divorce après une période de trois ans, car ce serait demander indirectement le divorce. Elle se trouve prise entre la loi religieuse et la loi civile, et obligée de subir en silence les sévices de son mari, à moins qu'ils ne tombent sous le coup de la loi pénale.

Il se produit de tous côtés des réclamations contre cette inégalité de droits entre les deux conjoints, dont on proclame théoriquement l'égalité, et dont l'un est très positivement et très effectivement le maître de l'autre. Tantôt on demande des atténuations à l'autorité du mari; tantôt on demande un droit d'appel : l'appel par exemple à un conseil de famille, ou au juge de paix ; tantôt recourant, à une solution plus radicale, on demande le partage égal de tous les droits; mais ce partage égal, dans une société nécessairement composée de deux personnes, équivaut à la dissolution virtuelle de la société, puisque cette dissolution se produira à la première divergence.

Il y a une autre difficulté. Très peu de familles subsistent sur leur patrimoine. On peut même dire que, grâce à l'abaissement de la rente foncière et à la

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mobilisation croissante de la propriété, les derniers oisifs ne tarderont pas à disparaître. Il ne restera en dehors de Fatelier universel que des vieillards, des infirmes et des veuves. Dès à présent, toutes les familles, à très peu d'exceptions près, vivent du travail de leur chef. On a beau dire que la femme travaille à l'intérieur, et que, dans un nombre infini de cas, son travail, estimé numériquement, est l'équivalent du travail de l'homme; il n'y a pas de raisonnement, même juste, qui l'emporte sur le fait; et le fait, c'est que celui qui fait vivre la famille en est le maître.

Dans l'agriculture, où le traA'ail des femmes a une place, et même une assez grande place, le labour proprement dit, qui est l'affaire principale, leur échappe complètement. C'est l'homme qui creuse le sillon, fait les charrois, fume la terre, jette la semence. Dans l'industrie il a en partage le travail du fer, celui du bois, la maçonnerie, les terrassements. Les femmes sont exclues de la chasse, de la pêche; tout au moins de la grande pêche. Elles ne tiennent pas la mer. A l'exception des industries textiles et des services domestiques, l'infériorité de leurs forces leur interdit presque toutes les professions manuelles. L'infériorité de leur contribution dans les gains explique et confirme l'infériorité de leur autorité dans la famille.

Les partisans de l'émancipation des femmes ont donc été amenés à chercher pour elles un travail rémunérateur. Ils ont été servis à souhait dans cette

campagne par les progrès de la science, comme ils ont été servis dans leurs plans de réforme politique par les progrès de la démocratie, et dans leurs projets de transformation sociale par le mouvement philosophique. Leur triple but est de mettre la femme à même de gagner sa vie aussi bien que l'homme, et de lui donner les mêmes droits dans l'état et dans la famille.

Là comme ailleurs, la révolution scientifique marche plus vite que la révolution politique. Elle a pour but et pour effet de changer les rapports de la force humaine et des forces de la nature. Les forces de la nature qui étaient pour nous des obstacles contre lesquels nous avions à lutter, sont devenues, grâce à la science, des auxiliaires qu'il s'agit de diriger, et cette direction exigeant plus d'intelligence et d'adresse que de force, la femme y suffit dans presque tous les cas.

C'est ainsi que les femmes exercent désormais le plus grand nombre des fonctions dans les filatures et les tissages. Elles n'étaient, à l'origine, que macteuses, rattacheuses, plieuses; elles sont tisseuses à présent; elles conduisent le self-acting. Elles remplissent tous les emplois du téléphone, presque tous ceux de la télégraphie. On les occupe dans les imprimeries au travail de la casse , qui est la fonction principale de la typographie. Elles pénètrent peu à peu dans les bureaux; elles les rempliront : elles sont plus propres que les hommes à la vie sédentaire ; elles entendent la comptabilité à merveille; elles acquièrent sans peine une bonne écriture; elles rédi-

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gent bien. On ne se contente pas pour elles de l'industrie privée, on prétend les introduire dans les services publics. Elles ne servent encore que d'avertisseuses sur les grandes lignes; le petit chemin de fer des Bombes les utilise comme chefs de gare. Elles remplissent les fonctions de receveuses, de buralistes; elles sont directrices des postes. L'impulsion donnée à l'instruction primaire pour les filles depuis la loi de 1867, et à Finstruction secondaire par la loi Camille Sée ont fait entrer les femmes en très grand nombre dans l'Université. En outre, on les préfère, avec raison, aux hommes, pour la direction des écoles mixtes; et avec raison aussi, on s'occupe de les substituer aux hommes, dans les collèges de garçons, pour la direction des classes élémentaires.

Leur aptitude presque universelle étant ainsi démontrée par les faits, on demande de les introduire sur le pied d'égalité avec les hommes dans toutes les administrations publiques et dans les professions libérales.

On invoque pour leur ouvrir les professions libérales les lois qui ont placé au début de la carrière les examens de probation. Si une femme démontre, dans un examen, qu'elle a autant de connaissances et de capacité qu'un homme, on ne voit pas pour quelle raison on lui refuserait le grade, et Texercice de la profession dont il ouvre l'accès. 11 y a en Amérique, il y a même en Belgique, des femmes inscrites au barreau. Je pense qu'il faudra encore beaucoup de temps pour introduire en France cette innovation.

Lorsque Enfantin comparut, en août 1832, devant la cour d'assises, il avait choisi pour avocats Aglaé Saint-Hilaire et Cécile Fournel. La cour refusa de les entendre. (( Je proteste, dit Enfantin, contre cette exclusion des femmes dans une cause qui intéresse spécialement les femmes. » Les médecins ont été plus accommodants que les avocats. Il y a eu quelques difficultés, sous l'Empire, quand une femme se présenta à la Faculté de médecine pour une inscription. A présent, c'est chose faite. Nous avons des pharmaciennes et des doctoresses. Ce n'est plus qu'une question d'accoutumance. La barrière légale est abaissée.

On ne se contente pas de trouver de nouvelles branches de travail pour les femmes. On veut supprimer toutes les lois qui les assimilent aux mineurs; leur donner, dans l'État, tous les droits politiques dont jouissent les hommes, et, dans la famille, partage égal de l'autorité.

Entendons-nous d'abord sur le sens exact de ces mots : droits politiques.

De quels droits politiques s'agit-il ? On ne parle la plupart du temps que de Félectorat, mais il ne paraît pas possible de s'arrêter à moitié chemin. Si jamais elles sont électrices, elle seront éligibles; de mêmes que, si elles sont avocats, elles seront juges. L'exclusion des femmes de l'électorat et de l'éligibilité aux fonctions publiques se comprenait plus aisément quand la loi choisissait le corps électoral. Elle disait, suivant les convenances : Il faudra avoir vingt et un

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ans, ou trente ans, ou quarante ans; il faudra payer un cens; et elle ajoutait : Il faut être homme. A présent que les droits politiques, au lieu d'être créés par la loi, appartiennent à tous les citoyens, on se demande pour quelle raison ils seraient refusés aux citoyennes.

Je ne vois à examiner que quatre objections : leur faiblesse physique; leur infériorité intellectuelle; l'incompatibilité de la vie publique avec les convenances et le devoirs de leur état; les conséquences nécessaires dans l'organisation de la famille.

11 ne faut tenir aucun compte de la première objection : elle est ridicule. Aucune constitution n'a jamais compris un article ainsi conçu :

(( Nul n'est admis à exercer ses droits de citoyen, s'il est incapable de porter un poids de cinquante livres. »

L'infériorité intellectuelle des femmes ne me paraît pas plus défendable. Il est certain qu'on trouve à peine à signaler, dans toute l'histoire, quelques femmes de génie. Les femmes ont des poètes, et même assez nombreux, tous de second ou de troisième ordre; elles peuvent à peine citer deux ou trois auteurs dramatiques, et pour des bluettes agréables, sans aucune portée; elles n'ont pas un seul historien; pas un philosophe. Elles peuvent seulement citer quelques noms en théologie, et parmi eux, deux noms éclatants : sainte Thérèse et Héloïse. Madame de Staël occupe certainement un rang distingué dans les sciences politiques et sociales, mais c'est un

exemple unique. Je ne vois que deux genres, en littérature, où les femmes soient nos égales : le genre épistolaire et le roman. J'incline à penser que le premier rang leur appartient dans le genre épistolaire, et que, dans le roman, madame Sand et madame Cottin, le disputent sans trop de désavantage à Walter Scott et Balzac. Il en est de même dans les arts. Quand vous aurez cité Rosa Bonheur et une ou deux autres, il ne restera plus que des peintres de second ordre. En sculpture, beaucoup de talents distingués; en musique, surtout des virtuoses. Les défenseurs des femmes disent à cela que c'est la faute de leur édution. Cela n'est pas vrai, surtout aujourd'hui, où aucun moyen ne leur manque. Ma conclusion est que l'élite des hommes est supérieure à l'élite des femmes. L'histoire l'établit, et la psychologie l'explique.

Mais ce n'est pas pour le génie qu'on fait des constitutions, c'est pour l'humanité, ce qui est bien différent. En France, par exemple, qu'est-ce qu'une élite de quelques centaines de grands esprits en présence de quarante millions de personnes qui peuvent être appelées à exercer les droits de citoyens actifs? Or, il y a présomption pour que, à éducation égale, l'esprit des femmes soit aussi ouvert que celui des hommes. Ce n'est pas le même esprit, d'accord; il y a peut-être plus d'imagination d'un côté et plus de logique de l'autre; mais qu'avons-nous besoin de nous engager dans cette analyse difficile et dont le résultat est au moins douteux? Nous donnons les droits politiques à des millions et des millions d'hommes qui ne les

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comprennent pas mieux et ne les exercent pas avec plus de compétence que ne feraient un nombre égal de femmes auxquelles nous les donnerions. Réduite à ces termes, la question n'est même plus discutable.

Je ne juge pas de la même façon les deux objections qui restent.

Il ne faut pas s'y tromper : si vous faites de la femme un personnage politique, vous la modifiez de fond en comble. Il ne faut plus parler de réserve, de timidité, de vie murée, d'habitudes modestes; rien de tout cela ne se concilie avec les habitudes, et même les nécessités de la vie politique. Aujourd'hui surtout la vie politique est la vie à coups de poing. La réforme demandée ne fait pas seulement de la femme un citoyen, elle en fait un petit homme, moins bien doué, je le crains, que nous autres pour cette nouvelle carrière. Je crois qu'elle y sera très malheureuse, à cause de son impuissance, et de la passion qu'elle met toujours à poursuivre son but; elle nous deviendra assez promptement odieuse. Cette réforme de la société est une dissolution à bref délai de la société. C'est tout comme le mariage. Il faut l'abolir sans plus tarder, si on lui ôte sa hiérarchie. Une association formée de trois membres égaux peut durer; mais s'il n'y en a que deux, elle dure tout juste jusqu'à la première discussion. J'admire le beau cadeau que les réformatrices sont en train de se faire à elles-mêmes. Elles n'auront plus de maître, je le veux bien, mais elles n'auront plus de protecteur. Et la question est de savoir si elles peuvent s'en passer.

Il ne faut pas placer ici les tirades ordinaires sur la liberté. Les éléments que nous comparons, et dont nous cherchons à établir les rapports au mieux de leurs intérêts communs, sont des éléments de nature fort différente. De même que la femme a été faite pour la vie intérieure, pour les travaux intérieurs, elle a été faite aussi pour se soumettre à une direction, et pour se plaire à être dirigée. Elle s'en plaint quelquefois, elle s'en plaint très justement dans les cas, assez nombreux, où la direction est mauvaise; mais la majorité des femmes le comprend; et qu'elles le comprennent ou non, l'étude de la psychologie le démontre.

Mais comme je veux seulement indiquer les questions, je me hâte de résumer la situation.

D'un côté, j'affirme que les femmes et la société ont un égal intérêt : 1'^ à ce que le mariage subsiste avec l'autorité maritale sans laquelle le mariage est impossible; 2" à ce que les femmes ne soient pas transformées en hommes par la concession inconsidérée des droits politiques.

Et je dirai en passant que, si la France se passait cette folie, elle ferait bien de rendre le vote des femmes obligatoire. Voici pourquoi. C'est que, si on le faisait pas, les femmes socialistes voteraient toutes, et qu'un nombre immense d'honnêtes bourgeoises resteraient chez elles. En outre, on fera bien, en France et dans tout pays catholique, de se souvenir que donner le droit de suffrage aux femmes, et livrer la politique au clergé, c'est la même chose.

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Je ne suis pas partisan plus résolu des transformalions industrielles qui attirent les femmes hors de chez elles par l'appât d'un salaire élevé. En un mot, pour ce qui concerne spécialement les femmes, je suis inquiet de la réforme économique qui fait d'elles des ouvrières de fabrique, de la réforme politique qui en fait des citoyens actifs, et de la réforme sociale qui a pour but et pour effet de les réduire à n'être plus que des associées en commandite d'une société à deux signatures et à responsabilité limitée. Voilà, sur toutes ces belles choses, mes opinions et mes appréhensions. Je suis inquiet, ce qui ne veut pas dire que je sois hostile.

Parmi ces transformations, il y en a qui sont inévitables, il faut s'y accommoder; il y en a qui sont justes et désirables, par exemple, le droit, pour les femmes commerçantes, de voter pour l'élection des juges consulaires; le droit, pour les femmes salariées, ou pour les femmes auteurs, de disposer de leurs bénéfices dans les conditions des biens dotaux; le droit, pour toutes les femmes, d'intervenir efficacement dans les questions de conscience et dans les questions de mariage. Il y a des réformes qui seraient excessives et dangereuses, si on poussait la doctrine jusqu'au bout, et qui, restreintes dans de justes bornes, peuvent être acceptées sans inconvénient. Tel est le droit électoral : il fait échec à l'autorité maritale s'il est exercé pendant le mariage; mais à qui ou à quoi peut-il nuire quand il est exercé par une veuve?

J'ajoute qu'il ne s'agit pas pour nous en ce moment de modifier la législation, mais de diriger l'éducation. Je suppose qu'il soit bien établi que, pour le bonheur de la femme, et pour celui de son mari et de ses enfants, elle doit rester dans la maison et mettre son activité au service de la famille : il n'en est pas moins vrai qu'elle a le droit absolu d'entrer dans une manufacture, et qu'on ne saurait, sans injustice, l'entraver dans l'exercice de ce droit; vrai aussi que, dans les cas de chômage, ou d'infirmité du mari, et surtout dans les cas de veuvage, il peut être indispensable pour la femme de quitter tous les jours ses enfants, afin de leur gagner du pain. C'est le cas d'une nourrice, qui prend un nourrisson, confie son enfant à une étrangère, et ne le fait peut-être que par une nécessité cruelle, parce qu'entre deux maux il faut choisir le moindre. Notre tâche comme éducateurs est de former d'abord la femme pour son état d'épouse ou de mère, qui est son état normal, sa condition naturelle; de lui fournir les moyens de gagner un salaire sans déserter la maison, quand cela sera possible; et, enfin, de supposer qu'elle soit réduite à quitter ses enfants pour assurer leur subsistance, et de la préparer aussi à ce genre de vie sans l'y pousser. Je tâcherai de montrer comment on doit diriger l'éducation en se plaçant successivement à ces trois points de vue.

Emile a épousé Julie.

Il a vingt-huit ans ; il est avocat. Son père voulait le faire entrer dans la magistrature ; mais il aime la profession d'avocat, active et indépendante. On se fait sa place soi-même par son talent et son activité. Il ne manque pas de talent, et il va redoubler d'activité, à présent que le voilà chef de famille.

Julie a dix ans de moins que son mari ; c'est une jolie enfant, bien élevée, timide avec quelque esprit et un fond de bon sens. Elle peut être avec le temps une femme très ordinaire, si son mari reste où il est. S'il s'élève, elle croîtra en grâces et en esprit avec sa situation, et sera une personne vraiment distinguée. Nous sommes tous un peu comme les pierres précieuses, qui dépendent de leur monture; et les femmes surtout ont besoin de certains accessoires qui augmentent leur valeur, en la leur révélant à elles-mêmes. Julie pour le moment n'aspire pas si

haut. (( Pourvu que je le rende heureux, » dit-elle dans son bon petit cœur. Elle ne fait pas d'autres rêves.

Je voudrais vous dire qu'ils se connaissaient depuis longtemps, et que peu à peu ils s'étaient aimés d'amour tendre. Mais non. Emile pensa qu'il devait chercher femme, pour mettre un peu de bonheur dans sa vie; la mère de Julie, comme toutes les mères, cherchait un gendre. On se rendit compte, de part et d'autre, très prosaïquement, de la situation et des espérances. Emile, qui est homme d'affaires, s'assura que tout était pour le mieux, et demanda à être présenté.

Il le fut. Il la trouva aimable; il lui parut adorable. Elle l'aima avec passion, tout en s'efïorçant de ne pas le laisser voir; il l'aima de son côté avec tendresse, et son amour ne fit que s'accroître par la durée. Ils ne se pressèrent pas, en personnes sensées. Elle disait : (( Il sera mon maître ! » Il disait : (( Elle sera mon idole! » Ce moment de la vie où l'on est engagé l'un à l'autre, sans être encore définitivemenl unis, est délicieux à savourer. Les premières joies du mariage, quelle qu'en soit la vivacité, n'effacent pas dans le cœur d'une jeune femme le souvenir du temps (( où on lui faisait la cour ».

Ils ne firent qu'une courte absence, et dans les environs; pas de voyage de noce. (( Je ne veux pas voir le monde en ce moment-ci, lui dit-il. Tu m'empêcherais de le voir. » Il n'avait d'yeux que pour elle. Ils s'installèrent, au retour, dans la rue de Médicis ,

d'où Ton voit tout le beau jardin du Luxembourg. Il apporta, dans leur nouveau logement, les meubles de son cabinet, et laissa à la nouvelle maîtresse de maison le soin de meubler le reste. Elle fit dans ce nouveau rôle plus d'une gaucherie, dont ils riaient ensuite de tout leur cœur. Quand elle avait réussi, elle allait chercher ses parents pour se faire donner des éloges, qu'on ne lui ménageait pas. La famille vint; la fortune aussi. Emile entra au conseil de l'Ordre. On les citait pour des gens heureux et dignes de l'être. (( Si unis', et si accueillants! Le mari sera un de nos grands avocats. La femme sera de plus en plus charmante! »

Julie était maîtresse de ses biens; Emile lui-même l'avait voulu. Il lui rendait compte de son administration. Elle prenait la chose en plaisanterie. (( Voyons, mon homme d'affaires, prenez garde à moi, » disaitelle, en se donnant de grands airs. Puis elle brouillait tous les papiers, en disant : « Où faut-il que je signe? » Mais il ne l'entendait pas ainsi, et il lui rendait compte, très clairement, de ce qu'il avait fait et de ce qu'il comptait faire. Il la mettait même au courant des biens de la communauté.

En revanche, il avait obtenu d'elle très facilement qu'elle tînt avec régularité ses livres de comptes. Il ne manquait pas de les regarder avec elle à la fm du mois, et de comparer le chiffre des dépenses avec celui des recettes. Elle se moquait de lui. «Regardez, disait-elle, les comptes de l'épicier. — Je n'ai pas besoin des comptes de l'épicier, répondait-il; mais

j'ai besoin de savoir si nous administrons bien une fortune qui est celle de nos enfants. » Elle l'embrassait, et il se trouvait toujours qu'elle avait à ce moment-là une visite à faire ou à recevoir.

Ils mirent leur fils au lycée Henri IV, comme externe bien entendu. Julie garda sa fille auprès d'elle, en lui faisant suivre les cours des demoiselles Fleury. C'était une mère modèle; elle accompagnait sa fille, assistait à la leçon, prenait des notes, et disait en riant qu'elle était la première élève des demoiselles Fleury. C'était l'exacte vérité. Son mari s'apercevait de ses connaissances nouvelles. Sa conversation était nourrie de faits et de citations : (( Tu deviens pédante, » lui disait-il. Et de rire.

Il y avait, chez les demoiselles Fleury, un cours de droit. Julie ne l'avait pas mis sur le programme des études de sa fille. Emile insistait. « Qu'aura-t-elle besoin de savoir le droit? disait Julie. Cela regardera son mari. — Mais si son mari la trompe? — Oh ! mon Dieu, et s'il l'assassine? — Pense, chère amie, qu'une femme peut devenir veuve, être tutrice de ses enfants. — N'a-t-elle pas son notaire? — Je ne veux pas faire de notre fillette une doctoresse; mais je veux qu'elle ait au moins quelque teinture du droit. Je me chargerai moi-même des répétitions. »

Ainsi fut fait. La chose marcha bien pendant quelque temps. L'enfant prenait goûta la besogne; le père s'en amusait. Mais il ne put continuer indéfiniment son métier de répétiteur. Il était alors fort occupé au Palais et n'avait plus un moment de

liberté. Julie se résigna d'assez mauvaise grâce à le suppléer. Peu à peu, elle prit goût à cette nouvelle étude. Elle acheta des livres de droit pour son propre compte, et ne tarda pas à devenir d'une certaine force.

Elle rougissait un peu du contraste de son érudition nouvelle avec son ancienne indifférence pour les questions d'affaires. Elle essaya de cacher ses progrés à son mari. Elle reprenait ses airs d'insouciance et de frivolité quand il lui parlait de quelques points litigieux. Un beau jour, il lui échappa une objection; elle discuta, elle l'emporta; et son mari, entraîné d'abord par le cours de la conversation, s'aperçut tout à coup que c'était sa femme qui luttait contre lui, et qu'elle le battait. Cette transformation inattendue lui causa d'abord une sorte de mauvaise humeur. Mais il se remit très vite, et n'en fit que rire. (( Voilà Julie devenue une habile praticienne. Je vais me décharger sur elle de la direction de nos affaires qui ne sont pas très compliquées, et ce sera du temps de gagné pour mon cabinet. »

Alors commença une ère nouvelle. Un an ne s'était pas écoulé, que Julie avait toutes les affaires de la maison dans la main, recettes et dépenses. Ce fut le tour d'Emile de donner des signatures à l'aveugle. Il en fit dans les premiers temps une plaisanterie. Puis il sentit la nécessité d'y regarder de plus près. Il était temps. La nouvelle administration avait pris le mors aux dents, et était en train de courir les aventures. Il le prit d'un peu haut, mais il

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troma à qui parler. Il découvrit entre autres choses que Julie connaissait très exactement ses droits, et qu'elle était résolue à en user. Elle en usait à son propre détriment; mais elle y mettait un entêtement de novice et de femme. Il y eut quelques fautes commises, et des pertes assez sérieuses, qu'Emile parvint à couvrir par un redoublement d'activité.

Gela jeta un froid dans le ménage. Le mari et la femme se regardaient un peu comme des associés, ayant à la fois des intérêts communs et des intérêts opposés. Leurs conversations ressemblaient même par occasion à une conférence de deux hommes de loi plaidant chacun pour son saint. Emile, qui aimait beaucoup à prendre un ton d'enjouement avec sa femme, et à se délasser des fatigues du barreau par quelques enfantillages dans l'intimité, renonça à user de semblables familiarités avec un confrère de cette force. Il s'abstint peu à peu de lui faire des cadeaux. Elle les acceptait très gracieusement, et les portait aussitôt à son avoir, en débitant d'une somme égale l'avoir de son partenaire; car elle était devenue, par concomitance, une comptable de premier ordre. Emile, voyant cela, se tint sur la réserve. Il n'y eut plus de petites fêtes, ni de joyeuses surprises, si ce n'est avec les enfants.

Même avec les enfants, avec sa fille surtout, Julie devint positive et systématique. Il avait été résolu depuis plusieurs années que la fillette passerait ses examens pour le brevet d'institutrice. Gela ne suffit plus à Fanibition de sa mère. Elle lui donna un maître

de latin, et réussit à la faire recevoir bachelier. (( Que fera-t-elle du latin, et du grec, et de l'algèbre? disait Emile. Qu'a-t-elle besoin de tout cela pour tenir sa maison, élever ses enfants et faire le bonheur de son mari? » Mais Julie n'en était plus à la femme maîtresse de maison, institutrice de ses enfants, gardienne de riionneur et du bonheur de son mari. Elle voulut faire un coup d'éclat. Elle se rendit au mois d'octobre à la Faculté de droit avec sa fille pour la faire inscrire comme étudiante. (( Nous garderons notre secret le plus longtemps possible, dit-elle. Ton père a de vieux préjugés. Dans trois ans, tu lui dédieras ta thèse. »

Le bureau du secrétaire de la Faculté était encombré d'étudiants qui venaient renouveler leurs inscriptions, et qui lirent à la jeune recrue un bruyant accueil. Elle fournit son diplôme de bachelier, et l'autorisation des parents, signée seulement de la mère. (( Je prendrai l'autorisation du doyen, madame, )) dit le secrétaire. Puis passant à l'examen des pièces et constatant l'absence de la signature du père : ce Dois-je comprendre que vous êtes veuve? » demanda-t-il en s'inclinant avec politesse. 11 savait parfaitement à quoi s'en tenir puisque Emile était alors député de Paris, et l'un des membres les plus actifs et les plus éloquents de la Chambre. Le doyen l'efusa en alléguant la nouveauté du fait, et la nécessité pour lui d'en référer au ministre. Il ajoutait que l'autorisation à fin d'inscription devait être donnée par le père, dont la signature était nécessaire et suffisante.

En présence de ce refus, Julie fut obligée de faire ses confidences à son mari, dont la mine s'allongea beaucoup. Il ne se faisait pas à l'idée d'être un jour le confrère de sa fille. Julie savait trop bien le droit pour ne pas être au fond de l'avis du doyen ; mais elle demanda à Emile, tout en lui offrant pour dessert la friandise qu'il aimait le mieux, s'il admettait, comme philosophe, que l'autorité du père effaçât complètement l'autorité de la mère, et s'il ne trouvait pas, comme législateur, qu'il serait opportun de faire un projet de loi organique sur l'autorité paternelle et sur l'autorité maternelle, en prenant pour principe l'égalité des droits. Elle consentait à Tégalité; mais elle pensait, avec des auteurs estimés, disait-elle, que les droits de la mère étaient supérieurs. Emile, grand partisan de l'autorité de la barbe, se récria, non seulement contre la mesure proposée, mais contre toutes les balivernes — il se servit de ce mot — dont était farci l'esprit de sa femme. Julie l'écouta avec le plus grand sang-froid, plia méthodiquement sa serviette, et se leva de table en disant : « Cela étant, mon ami, vous ne trouverez pas mauvais que j'appuie de toutes mes forces la candidature de votre concurrent. »

Elle n'en était pas moins attentive à prévoir ses moindres désirs en tout ce qui n'était pas contraire aux idées qu'elle s'était faites sur la politique et sur les droits de la femme. Cette même année, il était candidat pour le bàtonnat. Elle se multipliait pour accroître sa popularité et pour rendre leur maison

agréable à ses confrères. Elle le traitait en public avec le plus grand respect, et ce respect était sincère; mais il s'y mêlait malgré elle quelque chose de Ja violente antipathie qu'on ressent pour un adversau^e politique. Elle nuisait sans le vouloir à la légitime ambition de son mari, parce qu'ayant pris un parti si prononcé sur des questions importantes, elle éloignait d'elle, et par conséquent de lui, tous ceux qui regardaient ces opinions comme dangereuses ou insensées.

Il lui en faisait la remarque avec beaucoup de douceur. (( Vous auriez raison, mon ami, lui disait-elle, si je ne prenais toujours le plus grand soin de bien marquer notre dissentiment. Je ne manque jamais de dire : Voilà ce que je pense, mais mon mari pense le contraire. Par conséquent, c'est moi seule qui suis responsable; vous n'y êtes pour rien. — Mais vous portez mon nom, disait-il. Nous vivons ensemble dans une communauté étroite d'intérêts et, à beaucoup d'égards, de sentiments. La famille n'est pas la juxtaposition de cinq ou six individus; c'est une unité morale qui a, au dehors, une influence et une responsabilité collective. — J'en suis fâchée, disait-elle. Je fais ce que je puis pour vous être utile. Je voudrais de tout mon cœur vous être agréable. Mais je devrais exercer, dans l'état, les mêmes droits que vous. Je tiens strictement à ceux qu'on me laisse, et je réclame ceux qu'on me refuse. »

Il fut heureux que les idées de l'un et de l'autre sur la religion fussent à peu près les mêmes. Si cette

cause de division s'était ajoutée à l'autre, la vie en commun serait devenue impossible. Elle n'était plus très attrayante, quoique le lien intérieur qui les avait si étroitement unis ne fût pas rompu. Ils se sentaient à la fois nécessaires et incommodes l'un à l'autre. Si un grand coup avait frappé l'un des deux, l'autre l'aurait ressenti; mais ils évitaient le tête-à-tête autant que possible, parce que les occasions de dissentiment y revenaient à chaque instant. Ils s'aimaient encore, mais ils avaient cessé de se plaire.

Un point resté commun entre eux, c'était leur tendre amour pour leur fille. Elle était en âge d'être mariée. Emile avait craint quelque lubie de sa femme ; il eut le bonheur de constater qu'elle ne mêlait aucune arrière-pensée socialiste à ses préoccupations maternelles. Ils cherchèrent entre eux, d'un commun accord, comme autrefois, celui des jeunes gens de leur entourage qui leur parut le plus en état d'assurer le bonheur de leur enfant, et leurs idées se fixèrent sur le même nom. Ils en furent heureux et consolés. Emile s'engoua de cette affaire, qui était d'ailleurs excellente.

Il s'agissait d'un homme très haut placé dans la société parisienne, pour qui cependant la fille d'un grand avocat, député influent, et dont le cabinet rapportait deux cent mille francs par an, était un excellent parti. Emile chargea un ami de tâter le terrain. L'ami fut arrêté du premier coup dans ses tentatives diplomatiques et revint dire qu'il n'y fallait plus penser. « Mais pourquoi? Qu'a-t-il dit? Est-ce un

autre engagement? Ou une antipathie contre les personnes? Une calomnie? Une attaque? » L'ami était lui-même fort irrité. Il laissa échapper son secret. On avait dit : « Je ne veux rien avoir de commun avec ces gens-là; » et on avait traité la pauvre Julie d'une façon aussi injuste qu'abominable. Emile une fois mis en éveil s'aperçut que le cas n'était pas isolé, et qu'on ne se gênait pas, dans le monde politique et dans monde judiciaire, pour calomnier et injurier sa femme. Ces mauvais propos commençaient à prendre consistance; il est bien difficile à une femme d'avoir impunément des idées contraires aux idées reçues. Il jugea qu'il fallait arrêter le mal dans sa racine. Il prit une occasion, et envoya un cartel. L'affaire fut menée si rondement et si secrètement que les journaux ne se doutaient de rien quand Emile fut rapporté cliez lui un matin avec un coup d'épée qui mettait sa vie en péril.

Il eut le délire pendant plusieurs jours. Quand il reprit possession de sa pensée au bout d'une semaine, il trouva auprès de lui sa femme qui n'avait pas quitté son chevet une seule minute, sa femme à la fois transformée et désespérée. En présence d'une catastrophe qui paraissait inévitable, l'ancien amour s'était réveillé, accru encore, s'il était possible, par le souvenir de ces longues années de bonheur qu'elle lui devait, des chers enfants qu'il lui avait donnés, de la grande situation qu'il lui avait faite, de la sagesse de ses vues, de la douceur de ses conseils. Elle savait qu'il allait mourir pour l'avoir protégée

dans son honneur. Il s'éteignit entre ses bras, laissant cette pauvre àme déchirée. Elle ne se consola jamais. Elle passa le reste de sa vie dans la pratique de tous les devoirs, soutenue par la tendresse de ses deux enfants, entourée du respect et de la compassion de tous ceux qui l'approchaient. Quelquefois, quand on parlait devant elle de certaines revendications, on l'entendait murmurer à demi-voix : « Il faut rester femme. » En mourant, elle dit à sa fille : « Ma chère enfant, voulez-vous être heureuse? Appliquez-vous uniquement à rendre tout le monde heureux autour de vous. »

La femme a le premier rôle dans la famille. Elle enseigne le devoir, elle console la douleur. A elle l'amour; à nous la bataille !

ET

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