‹ La femme du vingtième siècleChapitre 8 sur 14 · LE BERCEAU ET L'ALL AITE M EXT · texte numérisé non relu

LE BERCEAU ET L'ALL AITE M EXT

Mais vous ne pourrez, dites-vous, le bercer. Estce un mal? Je ne le crois pas; vous lui apprenez bien jeune à contracter de mauvaises habitudes dont il aura quelque peine à s'affranchir. Car c'est vous qui h\ï créez ce besoin; le jour oi^i vous l'aurez bercé une première fois, il faudra continuer; il criera, il s'irritera si vous renoncez à ce balancement; et puis, remarquez-le bien, votre enfant est le plus souvent confié à une nourrice qui n'a ni votre délicatesse ni votre prévenance; elle berce parfois avec rudesse, et je me rappelle qu'une de vos amies était accourue chez vous en sanglots, et vous avait raconté que son entant était tombé du berceau et avait fait une chute malheureuse. L'enfant est déjà bien fragile et vous le placez dans une demeure mouvante exposée comme la barque à tous les naufrages; et puis vous couchez l'enfant au moment où il vient de teter, vous le balancez parfois un peu brusquement pensant qu'il s'endormira plus vite; croyez-Aous que la digestion de ce lait secoué dans cet estomac encore inexpérimenté ne puisse pas être troublée?

Je viens de prononcer le mot de teter et je vous ai vu dresser la tète. Je crois bien que vous avez quelque reproche à vous adresser, la petite a eu hier quelque chose; vous pouvez me l'avouer; elle avait crié trop fort; pour la calmer, vous lui avez donné à teter, elle a eu une indigestion, vous ne vous êtes pas trop alarmée parce qu'elle est remise aujourd'hui.

Mais vous qui êtes jeune, un peu naïve, très inexpérimentée, qui êtes entrée dans une vie nouvelle sans

avoir appris auparavant à la connaître, vous vous êtes fiée à votre nourrice qui, dans l'intérêt de sa tranquillité, vous a dit qu'il fallait faire teter l'enfant, qu'il criait parce qu'il avait faim, et avec vos deux ignorances, car votre nourrice n'en sait pas plus que vous, vous avez décidé qu'il fallait calmer la petite en lui donnant du lait; elle n'a pas pu digérer, elle a été malade. Vous avez souffert plus qu'elle, vous avez longuement réfléchi, vous vous êtes demandé (car je vous sais très scrupuleuse) si vous étiez bien préparée à votre rôle, si toutes les jeunes femmes devaient avoir toujours auprès d'elles un médecin pour les conseiller et les guider, si elles ne devaient pas, avant de se marier, connaître les soins nécessaires pour élever un enfant ; on ne vous a rien appris, pas même les premières règles les plus indispensables, et comme vous avez en moi un ami, vous m'avez dit avec un certain embarras : « Aidez-moi, conseillez-moi, renseignez-moi. » Et je suis devenu pour vous moins un médecin qu'un professeur d'hygiène, le seul professeur qu'on ne vous ait pas donné quand vous étiez jeune fille et celui qui aurait été certes le plus nécessaire parce qu'il vous aurait préparée au grand rôle que vous deviez jouer dans le monde.

C'est en effet un petit problème que d'organiser les tétées de l'enfant; vous l'avez bien compris vousmême, mais vous n'avez pas pu diriger votre nourrice, vous vous êtes laissé diriger par elle.

Sachez donc, madame, qu'il faut laisser à votre enfant le temps de bien digérer chaque repas, que^

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