LE BERCEAU ET L'ALL AITEMENT
les premiers temps, les tétées doivent être assez espacées et pas trop abondantes, qu'il faut autant que possible les régler, dix tétées dans les vingt-quatre heures suffiront ; elles deviendront chaque mois plus considérables, non comme nombre, mais comme quantité à chacune d'elles. Vous devrez surtout vous garantir contre les excès de zèle qui consistent à allaiter l'enfant d'une façon continuelle au risque d'imposer à son estomac inhabile une tache qu'il ne pourra pas remplir.
Vous m'avez fait vos confidences, madame, et je vous en remercie; vous n'avez pas été retenue par ce faux amour-propre qui consiste à commettre des fautes pour ne pas avouer son ignorance. Vous étiez née pour être mère, et vous êtes la meilleure des mères, vous avez une sollicitude si ardente et si agitée que la joie de votre maternité est un peu obscurcie par les inquiétudes et les difficultés journalières. Vous avez le sentiment maternel si profondément enraciné dans votre cœur que vous redoutez toujours quelque incident ou quelque accident qui vienne compromettre votre bonheur. Vous êtes comme le soldat qui va au feu et qui ne se sent pas suffisamment armé. Ma présence vous rassure, mais vous vous demandez comment font les mères qui ne peuvent compter que sur elles-mêmes.
Je ne veux pas vous inquiéter, mais si je vous disais que trop souvent, faute de soins, et surtout
par ignorance, des milliers de nouveau-nés succombent, que trop souvent un enfant qui naît a moins de chances de vivre une semaine qu'un homme de quatre-vingt-dix ans et de vivre un an qu'un homme de quatre-vingts ans, vous en sciiez effrayée.
Si on avait appris à nos filles les premières règles de l'hygiène, si on leur avait indiqué les premiers soins qu'elles devaient prendre pour les nourrissons, nous conserverions chaque année beaucoup d'enfants et nous n'assisterions pas aujourd'hui aux désastres terribles de la dépopulation. Mais je n'ai pas à vous faire ici une conférence. Vous êtes mère, vous êtes égoïste pour votre enfant. C'est lui seul qui vous préoccupe et vous ne vous inquiétez pas de ce qui peut se passer ailleurs. Vous n'élevez pas un enfant pour la société, mais pour vous-même.
Vous avez été absorbée jusqu'ici par la question de la nourrice et de l'allaitement, mais je vois que vous ne m'avez pas fait votre confession tout entière, vous ne pouviez penser à tout dès le début. Les réflexions vous viennent chaque jour plus nombreuses, et les problèmes se posent et se multiplient au fur et à mesure que l'enfant s'élève.
Laissez-moi d'abord vous rappeler la surprise que vous avez éprouvée lorsque je vous ai dit d'avoir un thermomètre dans la chambre de la petite et d'y maintenir une température moyenne de vingt degrés. Je vous recommandai aussi de baigner votre enfant tous les jours et de ne pas le laisser dans l'eau plus de cinq minutes: \ons étiez d'ailleurs très expéri-
mentée sur les soins de propreté, et vous le changiez souvent de linge après l'avoir lavé. C'est, je crois, tout ce que vous saviez. Vous avez tenu à l'emmailloter, vous avez obéi là à la tradition, et la grand'mère avait d'ailleurs vécu sous le règne florissant du maillot; elle avait sur ce point les préjugés de sa jeunesse. Ne vous avait-elle pas dit que l'enfant emmailloté était garanti contre le froid, et qu'il était si bien emprisonné qu'il ne pouvait pas se servir de ses jambes pour commettre quelque imprudence en l'absence de la mère et de la nourrice"? J'ai souri, en songeant à une pareille précocité; vous avez cédé, vous inclinant devant l'autorité maternelle. Je n'insistai pas, par respect pour des illusions qui vous étaient chères.
Votre fille a déjà plusieurs mois; vous avez renoncé au maillot de nos ancêtres pour lui laisser la liberté de ses mouvements, vous avez bien fait.
Mais il s'agit bien aujourd'hui du maillot, des bains, du thermomètre; vous avez d'autres préoccupations. Un maillot comme vêtement et le lait comme aliment, c'est fort simple. Teter et dormir, voilà le rôle du nouveau-né ; il semble que la mère ait une mission relativement aisée à remplir; cependant vous savez par quelles épreuves \'ous avez passé pendant ces premiers mois. Mais la petite grandit, et vous arrivez à un défilé encore plus redoutable; vous l'avouez, vous vous inquiétez déjà du sevrage; vous ne savez ni quand ni comment vous allez nourrir la petite, vous ne savez pas quand vous devrez la faire
marcher, les exercices qu'elle devra faire, vous ne savez pas comment vous devrez la vêtir.
Et cependant cette tâche, qui vous paraît si délicate, serait fort simple si on avait bien voulu vous l'apprendre.
Elle a déjà six mois, la mignonne, elle commence à vous amuser; elle regarde, elle sourit, elle remue ses petits bras, elle agite ses petites jambes, elle est bien contente d'être débarrassée de ce maillot que votre mère lui avait imposé par respect pour ses ancêtres; car votre excellente mère, que j'aime beaucoup et que je respecte, s'imagine que nous n'avons pas fait de progrès en hygiène; elle est encore au bon vieux temps, où l'on devait conserver soigneusement la crasse, les pellicules et les croûtes qui couvraient la tête de la petite. Vous vous rappelez comme elle a crié contre moi quand je vous ai fait frictionner avec une brosse bien douce la tête de l'enfant; j'avais bien voulu céder sur le maillot, mais je n'ai pas consenti à respecter le culte superstitieux de l'entretien des croûtes sur la tête.
Elle avait tenu aussi au bonnet, je n'ai pas trop insisté d'abord; mais je lui avais bien recommandé de ne pas trop comprimer la tête, qui dans les premiers mois, est si facile à déformer; et j'obtins une victoire véritable en obtenant la suppression du bonnet. Je crois bien qu'il y avait de la part de votre mère un peu de coquetterie; elle se désolait parce que la petite avait peu de cheveux ; elle eut assez de confiance dans mon expérience pour supprimer le bonnet lorsque je lui
lis observer que l'enfant transpirait, qu'il était nécessaire de donner de l'air aux cheveux pour empêcher leur chute et de ne pas couvrir la tête pour lui éviter des rhumes. Je voulus faire lever la fillette et la placer par terre sur un tapis ou sur une couverture : (( Mais elle est bien jeune, monsieur, me dit votre mère d'un air effaré; autrefois nous ne leur laissions pas sitôt leur liberté, songez qu'elle a six mois à peine. »
Je le savais bien, mais ces petits êtres ont besoin de mouvement pour développer leurs muscles, pour favoriser leur appétit et faciliter leur sommeil; laissez-la se traîner un peu sur le tapis. A six mois, on a terminé ce voyage monotone aller et retour du lit dans les bras de la nourrice, il faut ménager quelques stations sur le tapis ou sur une couverture; vous verrez alors ses petits bras et ses petites jambes devenir plus fermes. Je dois reconnaître, madame, que vous avez accepté sans peine cette prescription, car vous suiviez avec curiosité et admiration les arabesques que la petite décrivait e^]\ se traînant sur le tapis, vous assistiez à l'effort présomptueux qu'elle faisait d'ailleurs sans succès pour se redresser; mais cette gymnastique du premier âge vous divertissait et flattait même votre vanité de mère : « Comme elle est avancée! » vous écriiez-vous; la grand'mère la trouvait trop avancée pour son âge.
Les journées s'écoulaient pour ainsi dire sans souci, l'enfant tétait à des heures régulières, mangeait de temps en temps quelques soupes, — car il fallait la
préparer doucement au sevrage, — dormait dans la journée, dormait bien la nuit; la nourrice était devenue un modèle depuis qu'on lui donnait des robes et qu'on ne ménageait pas les grands rubans qui lui descendaient sur les talons et qui avaient provoqué aux Champs-Elysées bien des jalousies et amené probablement par contre -coup de petites scènes dans les ménages plus parcimonieux pour leur nourrice.
Nous arrivions au huitième mois; un jour vous me fîtes appeler en toute hâte; l'enfant, qui pendant les deux derniers mois avait été gaie, qui avait des yeux ouverts, qui continuait à se rouler sur le tapis, était devenue triste, maussade, avait des paupières à moitié closes, traversait des périodes d'agitation et de somnolence, avait moins d'appétit, se mettait à crier. Cette transformation subite vous inquiéta; la nourrice voulait la forcer à teter pour l'empêcher de crier, la pauvre petite innocente se résignait parfois, mais elle vomissait; vous regardiez sa langue, vous examiniez ses gencives et vous aviez constaté sur le rebord un petit point blanc.
J'accourus, il y avait en effet un petit point blanc, c'était la première dent. Cette première dent, vous vous la rappelez, madame; je vous fis prendre une petite cuiller, je vous fis donner un petit coup sur ce point blanc, et vous ne doutiez plus, c'était un petit corps dur, c'était la première dent. Elle n'était pas encore sortie, ce qui vous impatientait, et votre regard anxieux m'interrogeait : « Elle va être bien
malade, elle va bien souffrir, la pauvre petite; et dire qu'elle ne les gardera pas, qu'il faudra qu'elle en change encore plus tard; comme la nature a été imprévoyante ! » Je vous laissai à vos emportements contre la nature, je sentais que vous vous soulagiez :
— Mais parlez donc, docteur.
— Rassurez- vous, répondis-je, nous avons tous eu des dents de lait, — et je vous fis un petit cours sur la première dentition pour vous mettre en garde contre les surprises à venir.
D II n'y a pas de règles fixes pour l'apparition des dents, votre fille va avoir ses deux premières dents du bas à huit mois, elle en aura quatre en haut de neuf à douze mois, et les autres suivront, et vous pouvez dire que la sortie des vingt dents de lait s'effectuera en vingt-cinq mois.
» Mais ce sont les huit ou douze premières qui vous intéressent surtout, car c'est à cette époque que vous devez opérer le sevrage; comptez donc qu'elle aura ses huit dents de douze à quinze mois.
» Et pendant cette période, continuez à lui donner exclusivement du lait.
Mon petit cours ne vous avait pas satisfaite complètement. Vous aviez vu, deux jours auparavant, une de vos amies qui vous avait raconté l'odyssée de la dentition de son enfant. Elle vous avait dit que la dentition donnait des diarrhées, des rhumes, de la fièvre. Votre imagination avait galopé comme une petite folle, vous aviez lu la statistique médicale dans un journal et vous a^iez été effrayée par le nombre des
LA TREMIÈRE DENT. 333
décès causés parla diarrhée infantile. Vous commenciez à avoir des prétentions en connaissances médicales. Vous n'aviez rien appris, votre science reposait sur les statistiques et sur l'ignorance de vos amies, qui vous avaient apporté des récits de commères. Je me rappelle que je fus assez dur pour vous parce que vous vouliez me tenir tète. Nous avions soigné jusqu'à présent la petite par l'hygiène, vous ne vouliez plus croire à l'hygiène, et lorsque je vous dis : « La dentition n'est pas en général la cause de la diarrhée, la cause d'un rhume ; elle produit un atïaihlissement, de la fatigue, par suite des douleurs qu'elle provoque, et elle rend ainsi l'enfant plus susceptible au froid et par suite à la diarrhée et au rhume ; elle impose par conséquent la nécessité de surveiller et de modérer parfois son alimentation, de le préserver contre le froid et contre l'humidité, » vous vous êtes emportée et vous avez décidé que la dentition était la cause de tous les maux. Vous n'en avez pas moins suivi mes conseils, ce qui a été fort heureux. Vous avez mieux couvert votre enfant, vous avez modéré sa nourriture, et cette épreuve que vous redoutiez tant a été traversée sans trop d'encombre. Le rhume n'est pas venu, la diarrhée ne s'est pas déclarée. Vous m'avez proclamé le plus grand des médecins, vous auriez pu l'être comme moi si vous aviez appris cette science que vous dédaigniez tant; il est vrai que quelques semaines plus tard vous déclariez que j'étais un médecin détestable, parce que l'enfant avait les joues rouges, il avait quelques petits boutons dans la
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bouche : « Cette fois, j'en suis sûre, m'avez- vous dit, il a la rougeole. » Vous étiez impardonnable, car une de vos amies, que j'avais vue chez vous, vous avait dit, il y a quelques mois : « Mon fils va bien (car elle l'appelait déjà « mon fils »); il a seulement quelques feux de dents. » Votre enfant avait des feux de dents et des aphtes dans la bouche.
Je peux bien dire aujourd'hui que vous m'avez fait traverser de cruelles épreuves ; soyez convaincue que je ne vous en veux pas. Votre amour maternel vous avait aveuglée. Vous vous en preniez à tout le monde, à votre mari, à votre médecin, à la nourrice, à la nature, à la nature surtout, qui jouait son rôle et qui ne nous donne pas la joie d'avoir des enfants sans y mêler en même temps quelques amertumes. Les aimeriez-vous autant plus tard, quand ils sont devenus grands, si vous n'aviez pas eu quelques angoisses quand ils étaient petits?
Et ces angoisses n'auraient pas été si vives si vous aviez fait votre apprentissage de mère. Votre amour grandit encore au lendemain de la maladie de l'enfant, lorsque après l'avoir vu triste, fatigué, ses petits yeux un peu éteints, vous le retrouviez gai, souriant, vous regardant avec ses yeux vifs et grands ouverts ; vous vous attachez encore plus ardemment à lui parce que vous aviez éprouvé plus que lui les souffrances qu'il avait endurées.
Quel plaisir vous aviez, madame, à voir grandir la petite qui marchait bravement vers sa première année ! Une année, c'était pour vous presque un siècle. Que d'étapes parcourues pendant ces douze mois! Vous commenciez à être de plus en plus jalouse de votre nourrice parce que la petite semblait trop s'attacher à elle ; vous me l'aviez fait déjà observer, je calmai vos inquiétudes; je prononçai un mot qui vous fit bondir : je vous dis que l'entant était comme le petit animal qui s'attache au sein qui le nourrit, que vous ressaisiriez bien vite le cœur de votre fille. Vous ne vouliez pas me croire, et vous vouliez précipiter l'heure du sevrage, afin de congédier votre nourrice que vous soupçonniez d'un accaparement maternel. Je vous en dissuadai en vous disant que le sevrage n'était pas une de ces opérations laissées à la fantaisie ou au caprice de la mère, qu'il constituait une véritable révolution; et comme ce mot vous causait
quelque surprise je repris : « C'est une imprudence de vouloir devancer l'heure de cette évolution; ce n'est pas, comme vous le croyez, hâter le travail de la nature, c'est compromettre la santé de l'enfant. Songez que sevrer un enfant, c'est substituer un régime alimentaire à un autre et que les organes seront d'autant mieux préparés à cette évolution que leur développement sera plus avancé. Le sevrage n'est pas subordonné à la durée de l'allaitement, mais aux progrès de la dentition. Ne cédez pas à une impatience puérile et peut-être dangereuse. »
Il paraît que je fus éloquent, car je vous convertis; j'aurais compris votre sollicitude si la nourrice n'avait plus eu de lait; il aurait fallu dès lors se résigner en présence d'un cas de force majeure; mais vous aviez la bonne fortune d'avoir une excellente nourrice, vous pouviez donc attendre l'apparition des huit premières dents.
Cependant la petite venait d'atteindre sa première année, et vous aviez entendu dire qu'après la première année, on pouvait procéder au sevrage; vous ne sembliez pas vous rendre un compte exact de l'importance de cette opération, et je vous racontai à ce propos une anecdote qui vous fit réfléchir : l'enfant d'un de mes amis, vous dis-je, avait été sevré au bout d'une année, on avait congédié la nourrice, on avait remplacé l'allaitement brusquement par des potages, des jaunes d'œuf, quelques panades; le pauvre enfant criait, parce qu'il n'avait plus sa nourrice, il avait des indigestions répétées parce que
son estomac avait été surpris par ce brutal changement de régime alimentaire; il maigrissait, il s'étiolait, il était triste, il dormait mal; on dut rappeler la nourrice, on lui redonna le sein; le pauvre bébé, qui avait les joues creuses et 'pâles, engraissa, redevint rose, reprit sa gaieté et son sommeil.
Vous avez donc suivi mes conseils; l'enfant, à la lin de sa première année, téta à des intervalles moins rapprochés; il prit de temps en temps des soupes au lait et des œufs; la période de transition s'opérait sans secousse, l'estomac s'habituait progressivement au travail nouveau qu'on allait lui imposer, et vous vous le rappelez, la petite ne s'aperçut pas du changement lorsqu'à treize mois elle quitta presque complètement le sein ; vous-même vous ne vous en êtes pas doutée, car vous m'avez dit un jour : « Et quand la sèvrerons-nous? attendrez-vous qu'elle se marie? La fille de mon amie a été sevrée à douze mois et on se moque de moi, on m'interroge chaque jour, on me demande si j'attendrai que ma fdle ait deux ans. Et cependant, elle est très avancée, la petite. Elle se porte bien, elle est vigoureuse. »
Je souriais en entendant votre discours. « Je sais, madame, vous répondis-je, qu'il y a des mères qui mettent leur vanité à hâter le sevrage, elles paient plus tard leur imprudence et leur erreur. Si la fdle de votre amie est sevrée, c'est qu'elle a ses huit dents et votre fdle est sevrée aujourd'hui parce qu'elle a ses huit dents et qu'elle va bientôt avoir ses douze dents. » Vous ne vous en étiez pas doutée. Cette heure
terrible du sevrage qui effraie tant de mères avait passé comme les autres inaperçue, nous avions abandonné progressivement l'allaitement pour la panade et la soupe sans que le petit estomac ait été contrarié. La révolution a été pacifique, il n'y a pas eu de révolte, il n'y a pas eu de combat; la nourrice est restée quelques jours après avoir terminé son rôle, pour que l'enfant ne fût pas effrayée par une figure nouvelle. Car, ne vous trompez pas, elle a accepté la soupe que lui a donnée la nourrice bien plus volontiers que si elle lui avait été donnée par une étrangère. Ah! madame, vous ne savez pas les angoisses que votre prudence vous a épargnées. En vous résignant à cette évolution progressive, vous avez gagné une bataille. Vous avez dû mettre quelques semaines à la gagner, mais regardez autour de vous combien de batailles ont été perdues grâce au passage brusque d'un régime à un autre. Combien de victimes de la diarrhée infantile!
J'ai eu, madame, un maître que vous connaissez bien, c'est M, Germain Sée, qui honore la science par ses beaux travaux et dont l'activité croissante avec les années apporte chaque jour une pierre nouvelle à l'édifice d'une thérapeutique qui, sans lui, serait un peu arriérée; en voilà un qui ne vous aurait pas conseillé d'opérer une révolution brusque dans l'estomac de votre enfant.
Et comme nous allions, vous et moi, suivre l'alimentation nouvelle de votre petite fille, je me promis d'invoquer auprès de vous l'autorité de ce maître qui
a si bien étudié, dans son livre sur les dyspepsies, la dyspepsie chez Tentant. Je m'abritai derrière lui, et pour que vous ne m'accusiez pas d'exagérer ou de travestir la pensée de l'illustre professeur, j'apportai le livre et je vous dictai une phrase que je vous priai de relire sans cesse : (c Les manifestations sérieuses ne se produisent qu'une, ou deux, ou trois semaines après cette révolution dans le régime, et c'est au moment où l'on est le plus rassuré que les accidents éclatent. »