‹ La femme en ChineChapitre 2 sur 13 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Subordination perpétuelle de la femme. — Naissance d'une fille. — Infanticide, exposition, vente, substitution d'enfants. — Education, travaux et devoirs des filles. — Hommages rendus à la virginité. — Type plijsionomiquo des Chinoises. — Toilette.

L'existence isolée du peuple chinois ; son attention à éviter tout contact direct avec les étrangers, à suivre, pouT modèles de conduite, la vie et les préceptes des ancêtres, it conserver les lois qu'il a reçues, à observer scrupuleusement les rites traditionnels, tout cela dut contribuer à maintenir la condition des femmea en Chine, dans l'état où elle nous apparaît dès la plus haute antiquité.

Le Ta-Uing-leu-lee (lois et statut:? de la

2 L.V FEMMli I£N CHINE.

dynastie des Tsing* (1), renferme, sur l'état social des femmes, des lois encore en vigueur et conformes aux règlements du Tcheou-li^ le plus ancien recueil des coutumes chinoises. (2) En sorte qu'il n'y a pas, à vrai dire, deux époques . distinctes pour rhistoire de la femme chez ce peuple.

Les missionnaires qui ont séjourné longtemps en Chine^ étudié de près et attentivement ses mœurs, ses idées, son caractère et ses institutions, nous apprennent qu*il est de principe fondamental dans ce pays que la femme doit être séquestrée toute sa vie : fille, être Tesclave soumise de ses parents ; femme, être Thumble servante de son mari ; veuve, mettre son honneur à rester fidèle au défunt, obéir aux plus proches parents de celui-ci, et ne pouvoir même, sans leur agrément» contracter un nouveau * mariage. (3) Enfin, les moralistes et les législateurs chinois, loin d'avoir tenté d'améliorer son sort, n'ont fait que consacrer cette perpétuelle subordination.

La seule femme lettrée, un peu remarquable, qu'ait possédée la Chine, Pan-hoei-Pan, qui vécut dans le premier siècle de notre ère, di-

(1) Traduit en anglais par Sianton et en français par Re^ uouard de Sainte-Croix, 2 vol. in-8% 1812.

(2) Traduit en français par Edouard Biot.

|3) Mcmolrcs des missionnaires à Pé-King, t. II, p. 32Î.

sait : « Nous tenons le dernier rang*. Les fonc- « tions lés moins relevées doivent être et sont

« notre partage Anciennement, lorsqu'une

« fille venait au monde, on était trois jours « entiers sans daig^ner s'occuper d'elle ; on la « couchait à terre sur quelques vieux lambeaux « près du lit de la mère ; le troisième jour on «c visitait Taccouchée et Ton commençait à « prendre soin de la petite fille. »

Elle reproduisait en d'autres termes, ce passasse du livre sacré in'titulé leChi'Kififf: t II naît « une fille, on la pose à terre, on Tenveloppe « de langes communs, on met auprès d'elle « une tuile (emblème du tissage de la toile). « Il n'y a en elle ni bien ni mal; qu'elle ap- «c prenne comment se prépare le vin, se cuisent « les aliments; voilà ce qu'elle doit savoir. » Pan-hoei-pan dit encore : a La différence dans la manière de recevoir un garçon et celle de recevoir une fille au moment de la naissance, la joie qu'on faisait éclater en voyant le garçon, le mépris qu'on affectait en voyant la fille, signifiaient combien celle-ci était inférieure h celui-là. La fille qui venait de naître, mise à terre, sur de simples lambeaux, donnait à entendre que le lieu le plus bas était celui qu'elle devait occuper dans la maison paternelle ; cette espèce de dédain, avec lequel elle était reçue, était le symbole du mépris auquel •elle devait s'attendre; à moins que \)aT ^^^ ^^\-

4 L\ FIiMMl2 EN CHIXI3.

les qualités et la pratique constante des vertus l)ropre3 à son sexe, elle ne forçât ceux qui vivaient avec elle à Tlionorer de leur estime. Les briques et les tuiles, qu'on offrait pour elle aux ancêtres, signifiaient que l'abjection et les souffrances devaient être ses compagnes et sou partage dans la maison. Les briques sont faites pour être foulées aux pieds ; les tuiles pour être exposées aux injures de Tair. Je conjure les jeunes filles de faire quelques réflexions sur ce que je viens de dire, de tâclier de pénétrer le sens de Tancien usage dont je viens de leur rappeler le souvenir et de régler leur' conduite sur ce qu'il enseigne. Si elles viennent à bout de se croire telles qu'elles sont en effet, elles n'auront garde de s'enorgueillir, elles se tiendront humblement dans la place qui leur a été assignée par la nature : elles sauront que leur état étant un état de faiblesse, elles ne peuvent rien faire sans le secours d'autrui.

Dans cette persuasion, elles rempliront avec exactitude jusqu'au moindre de leurs devoirs; elles ne trouveront rien de pénible dans ce qu'on exigera d'elles. J'ose leur assurer qu'alors ellesN goûteront, au-dedans d'elles-mêmes, une satisfaction dont aucun mélange d'amertume n'empoisonnera la douceur et, qu'au dehors, elles jouiront de cette réputation sans tache que tout le monde est forcé de respecter, » (1)

(t) Les 7 art.de Paa-h"'ei-pan. M<i moires des missionn. UUU

Elle ajoute : « 11 suffit, dit-on, qu'une fille soit docile aux avis qu'elle reçoit dans la maison paternelle, et qu'elle règle sa conduite sur ce qui lui sera prescrit. Je dis, moi, que cela ne suffit pas. Les père et mère n'ont des yeux que pour leurs fils. Ils s'empressent de leur donner des maîtres dès qu'ils les croient en état . de recevoir des leçons. Ils sont l'objet de toute leur tendresse, de tous leurs soins ; h peine daigne-t-on penser aux filles. Pourquoi refuser à celles-ci ce qu'on prodigue à ceux-là, puisque les unes comme les autres ont des passions h vaincre, des devoirs à remplir, des règles de bienséance et de mœurs à apprendre et à garder? Il semble que tout se ligue pour concourir à l'imperfection d'un sexe qui, de sa nature, est déjà trop imparfait. » (1)

Ces passages résument parfaitement la condition des filles en Chine, depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jours. Est-il surprenant qu'avec des coutumes et des idées aussi peu favorables, la naissance d'une fille soit un malheur égal à celui de la stérilité ! De là, chez les classes pauvres, ces infanticides et ces ventes de filles, que les lois les plus sévères sont impuissantes à faire disparaître.

Depuis longtemps il existe àPé-King et dans les principales villes, des asiles nommés Tu-

(i)y.kin{j, cb. IV. ode 5.

yug^lang (temples des nouveaux-nés), entretenus par l'Etat, où Ton porte surtout les filles. Cette institution, cependant, a fait peu diminuer le nombre des expositions et des infanticides.

En 1848, le juge criminel de la province de .Kouang-Toung' (Canton) porta Uédit suivant :

« J'ai appris qu'on avait l'abominable coutume d'abandonner les petites filles. En certains cas, c'est parce ^jue la famille est pauvre et qu'elle ne peut subvenir à l'entretien de ces malheureux enfants ; en d'autres cas, les parents désirent un g'arçon et dans la crainte que les soins à donner à une fille, de la part de la mère, ne retarde une seconde progéniture, cette fille est abandonnée.

« Bien qu'il y ait des établissements pour les enfants trouvés du sexe féminin, cependant on n'a pu détruire cette révoltante pratique, qui est un outrage à la morale et à la civilisation et qui brise l'harmonie du ciel.... Les insectes, les poissons, les oiseaux, les bêtes féroces, conservent leurs petits : comment pouvez-vous sacrifier ceux qui sont formés de votre sang ? Les enfants dos deux sexes appartiennent à l'ordre du ciel, et s'il vous naît une fille, vous devez l'élever, encore qu'elle ne vaille pas pour vous un garçon. Si vous la tuez, comment pouvez-vous espérer d'avoir des fils ? comment ne saignez-vous pas la suite de votre indigne

conduite, et surtout les décrets de la justice

céleste? Vous vous en repentirez après la

vie, mais trop tard... Si vous abandonnez vos filles, dès que vous serez découverts, vous serez punis selon les lois, car, vous êtes dénaturés, et, pour le crime du meurtre de vos enfants, vous êtes indignes de toute indulgence. »

La loi contre l'infanticide punit les coupables de 60 coups de bambou et d'une année de bannissement ; (1) tandis qu'elle punit de 100 coups le seul fait du mariage contracté par un fila pendant qu'il porte le deuil de son père. C'est que, dans l'esprit de la loi, l'amour filial est placé bien au-dessus de l'amour paternel.

L'exposition des filles n'étant pas sévèrement punie, les parents s'en font d'autant moins de scrupule, qu'ils savent que les orphelines abandonnées doivent être entretenues et protégées par les magistrats du lieu de leur naissance, toutes les fois qu'elles n'ont ni parents, ni connaissances capables de les assister; or, ceux-ci n'ont garde de se faire connaître. Le magistrat qui manque à ce devoir, dans cette occasion, est puni de GO coups de bambou. (:2)

Cette responsabilité et cette charge imposées aux magistrats ont pour inconvénient de leur laisser fermer les yeux sur les infanticides.

Un autre effet déplorable de la défaveur atta-

(1) Ta-tsing-leu-lee, section 319.

(2) Ta-tsuig-leu-lee, IW div., section 90.

cliée à la possession (Vime fille, c'est de pousser ses parents à la vendre. Bien que cette coutume soit clandestine, elle n'en est pas moins fréquente.

Elle a enfin pour résultat la substitution d'enfants. Il arrive souvent qu'à la naissance d'une fille, un père, qui n'a pas eu d'autre enfant, corrompe la sagre-femme pour lui substituer un garçon acheté à quelque malheureuse; cela s'appelle prendre un dragon en échange H'un phénix; car, malgré le mépris dont les filles sont l'objet, cette substitution est fort réprouvée et sévèrement punie. (1)

On applique sans doute au délinquant cet article du code pénal : « Quiconque garde comme « esclave, dans sa maison, le fils ou la fille d'un « homme libre, est puni de 100 coups de bam- « bou. • (2)

Cette déplorable distinction entre la naissance d'une fille et celle d'u#i fils produit souvent des scènes de rivalité entre les différentes femmes du même mari. Dans le drame intitulé : Un héritier dans la vieillesse, l'épouse d'un vieillard n'ayant qu'une fille, cherche à évincer, de concert avec celle-ci et son gendre, une concubine de cet homme, laquelle étant grosse, est devenue un objet de jalousie pour tous trois, mais non pour le vieillard qui en espère un

(1) Davis, U Chine, t. !•% p. 272.

(2) III' div., seot. 78.

fils. Elle accouche, en effet, <i*un fils; aussitôt elle est séquestrée et cachée avec lui pendant trois ans; au bout de ce temps, réponse les délivre, sa jalousie étant vaincue par cette considération que si son mari n'a pas d'héritier mâle, personne ne sacrifiera à leur mémoire; un fils seul pouvant sacrifier en l'honneur de ses père et mère.

. L'éducation des filles ne s'accorde que trop avec la réprobation attachée à leur sexe.

Dans les familles où les femmes ne doivent être assujetties à aucune occupation du dehors, on a recours à toutes sortes de moyens pour les rendre sédentaires et les dérober aux yeux du public. Aussitôt qu'une fille vient au monde, on entoure ses pieds de fortes bandelettes, pour les empêcher de grandir. On comprime les orteils, on les replie sous la plante du pied jusqu'à ce qu'ils finissent par y être adhérents. On presse en même temps les talons de manière à les faire rentrer dans les pieds. (1)

Cette opération rend la marche des femmes lente et pénible, mais en même temps lui imprime un balancement qui ne manque pas de grâce et que l'on compare à celui du saule. Les femmes tartares n'ont point adopté cet usag-e ; il n'est pas non plus et il ne pourrait être pratiqué dans les familles pauvres où les femmes

(1) Barrow, Voyage en Chine, t. !•'% p. 120.

sont, ainsi que les hommes, assujetties h des occupations extérieures.

Autant les Chinois ont multiplié les moyens d'instruction pour les jeunes gens, autant ils ont négligée et même réprouvé la culture intellectuelle des jeunes filles.

D'après l'ancien recueil des rites, le Lùki^ dont les prescriptions, sous ce rapport, sont encore en vîg'ueur, la fille, dès Vàge de dix ans, ne sort plus. Une institutrice lui apprend à être polie, décente, à écouter et à obéir, à filer le chanvre, à travailler la toile, à tisser diverses sortes d'étoffes, à préparer les habillements, les repas; à disposer les objets qui' doivent être offerts en sacrifice.

A quinze ans, si elle est fiancée, elle prend Taigruille de tête ; à vingt ans elle se marie. Si elle perd son père et sa mère à cet âge, elle se marie à vingt-trois ans, après le temps de deuil. Si c'est un mariage régulier, elle devient femme légitime, si c'est un mariage sans formalités, elle devient femme de deuxième ordre. Enfin, il n'est question ni d'écriture ni de calcul, tout au plus de lecture. (1) Un proverbe chinois dit qu'on ne leur apprend pas à lire parce qu'il y a de mauvais livres. La même raison aurait pu être opposée à l'instruction des jeunes gens.

On comprend que cette ignorance oh l'on a

(1) E. Biot, Essai sttr Vhistoire de f Instruction ^ubliqtte en Chine, p. 31 .

LA FEMME EN CHINi. ", 11

toujours laissé la femme en Chine ait contribué à la maintenir dans un état d'infériorité morale et intellectuelle dont les résultats ont pu justifier la mauvaise opinion qu'elle inspirait.

Quant aux femmes de la classe inférieure, si elles ne sont pas enfermées dans la maison, elles n'en sont pas plus libres, car, on les élève pour les travaux les plus rudes ; les voyageurs en ont rencontré, dans les champs, travaillant avec un enfant sur le dos, pendant que leurs maris étaient à jouer, à se promener ou à dormir; John Barrow en a vu souvent qui aidaient leurs maris à tirer la charrue et la herse. (1)

Les qualités qu'on estime le plus dans les filles et qu'on cherche à leur inculquer, se trouvent résumées dans le Kiai-gin-y (liv. IX).

« Une fille doit être aussi près de sa mère que son ombre ; les soins raffinés de la parure, le gfoût des nouvelles et des lectures frivoles, lui sont d'autant plus funestes qu'elle s'y livre avç^ plus d'ardeur. La modestie et le silence, la douceur et la timidité, l'amour du travail et de la solitude, son respect pour ses parents et son amitié pour ses frères décident de sa réputation... On devine ce que sera une fille dans la maison de son époux, en voyant ce qu'elle est dans celle de ses parents. »

Le Li-Ki porte: « A sept ans on séparera

(I) Voyage en Chine, t. !•% p. 239.

« les filles des garçons; on ne leur permet- « tra plus de s'asseoir ensemble ni de mangrer « à la même table... Les grarçons doivent être « dans Tappartement extérieur, les filles dans a l'appartement intérieur. L'appartement in- « térieur doit être reculé, et avoir de bonnes « portes, bien gardées ; les hommes ne doivent « pas y entrer, ni les femmes en sortir ; une a fille, dès l'âge de 10 ans, ne sort plus de Tin- « térieur.. Nattes, habits, bains, rien •ne doit « être commun entre frères et sœurs. La jeune a fille ne va dehors que le visage voilé ; elle « ne marche pas la nuit sans flambeau.... Dans a les rues, la droite est pour les hommes, la a gauche pour les femmes... les personnes de « différent sexe ne doivent rien se remettre de « la main à la main. »

« On apprend aux jeunes filles de familles riches à parler doucement, à avoir un air serein et affable, à obéir, à filer, à dévider la soie, à coudre et à faire tout ce qui sert à Thabillement des femmes. Dans les cérémonies pour les ancêtres, elles doivent verser le vin et mettre sur les plats les viandes et les légumes. » (1)

Il est facile d'imaginer la vie d'une jeune

chinoise assise loin de tous les regards, dans

la partie la plus reculée de la demeure pater-

♦ nelle. Si elle veut être vertueuse, sa pensée ne

(1) Stao'hiot Traité d*instrnotioii primaire, par Tchou-hl.

doit point aller au-delà des fleurs de son dessin, et sa parole ne doit être qu'un assentiment doucement exprimé !

La première enfance des filles se passe dans une immobilité à peu près absolue ; leurs pieds déformés ne leur donnant pas une base solide, la marche est pour elles fatigante et douloureuse. Ces pauvres enfants sont privées du mouvement si essentiel à cet âge pour développer l'organisme tout entier.

S'il faut absolument les faire sortir, c'est en chaises à porteur pour les riches, en brouette pour les pauvres.

Cependant, outre la broderie, lesjeunes chinoises peuvent se livrer à la musique instrumentale et vocale et acquérir, sous ce rapport, une certaine aptitude.

Voici un fait qui en témoigne. Le prince Tchoang, qui gouvernait un petit État sur la fin de la dynastfe des Tcheou, ayant donné un repas à ses favoris, et étant échauffé par le vin, se mit à parler de la belle voix d'une de ses nombreuses concubines. Un des convives lui ayant demandé àTentendre, ce prince y consentit et fit éteindre les bougies, afin que cette femme put venir dans la salle et y chanter sans être vue.

Les femmes chinoises jouent d'un instrument appelé chê, dont les cordes de soie se pincent

avec les ongles qu'elles laissent pousser très longs.

Deux occupations spéciales leur sont dévolues, outre les soins du ménage : l'élève du ver»àsoie, le filage du coton et la préparation des feuilles du thé ; tout cela s'accorde avec la vie sédentaire à laquelle on les condamne dans les classes aisées. Mais dans la classe des artisans et des cultivateurs, elles prennent part aux travaux extérieurs du commerce et des champs. Il en est même qui, sous un costume d'homme, font l'office de batelières.

Bien que les filles soient élevées en vue du mariage, celles qui font vœu d'une perpétuelle virginité sont l'objet d'une vénération toute particulière. Cette vénération fait partie des traditions primitives de la Chine. Ainsi il y est raconté que la fille de Fou-Hi, l'un des premiers empereurs, obtint d'être vierge et épouse tout ensemble.

Deguigues rapporte que dans une ville de Kiang-Nan, il existe beaucoup de ces vierges ; leurs maisons sont ornées d'inscriptions, prérogative qu'elles tiennent de l'empereur luimême, lorsqu'elles sont restées vierges jusqu'à quarante ans. (1)

• Mais les jeunes filles qui se vouent au célibat y sont plutôt détenninéespar la piété filiale que

i) y<^^ à Pé'Khg, t. II, p. leo.

par le sentiment religieux qui a multiplié les vierges en Occident.

Si une fille ne veut pas se marier afin de se mieux dévouer au service de ses parents, ou si une veuve refuse de passer à de secondes noces, par respect pour la mémoire de son mari défunt, elles sont l'objet d'honneurs particuliers après leur mort. On fait des souscriptions pour élever des monuments à leur vertu. Tous les parents y contribuent, et, souvent même, les habitants dUr village ou du quartier où demeurait rhéroïne veulent y prendre part; des arcs de triomphe, en pierre ou en bois, sont érigés et chargés de sculptures, quelquefois assez remarquables, représentant des animaux fabuleux , des fleurs, des oiseaux de toute espèce. Sur le frontispice, il y a ordinairement une grande inscription dédicatoire à la virginité ou à la viduité ; sur les deux côtés on lit, en petits caractères, les vertus de Théroïne. Ces arcs-detriomphe sont très répandus sur les chemins et quelquefois dans les villes. » (1)

Le culte de la virginité se rencontre à l'origine, dans ces légendes que nous trouvons au berceau de toutes les mytholo^es, et qui donnent des vierges pour mères aux héros et aux souverains.

Hoasee (fleur attendue) mère de Fou-hi, se promenant sur les bords du fleuve du même nom,

(1) II uc, V Empire chinais»

se sentit émue : un arc-en-ciel l'environna, et, au bout de douze mois, le quatrième jour de la douzième lune, elle accoucha vers l'heure de minuit; c'est pourquoi Tenfant fut nommé Souï ou Tannée. » Le même miracle, accompagné de circonstances différentes, a donné le jour à Heou-tsi et à Yao. Du reste, ces traditions sont si multipliées, qu'un ancien lexicographe chinois dit : « Autrefois les sages ou saints se nommaient fils du ciel, parce que leurs mères les enfantaient par l'opération divine. »

L'horreur des Chinois pour les alliances étrangères a contribué à maintenir leur type originaire de physionomie, et la description que les anciens auteurs ont faite de la figure particulière des chinoises, à leur époque, se rapporte beaucoup à celle que nous en ont faite les voyageurs modernes. Elles ont la taille généralement petite et mince, le nez court, les yeux fendus et retirés du côté des tempes, la bouche étroite et les lèvres vermeilles.

Elles mettent presque toutes du fard blanc et rose, et dès l'âge de sept à huit ans commencent à se peindre la figure. Elles sont propres et modestes dans leurs vêtements ; leur chevelure, noire comme le jais, est attachée en nœud sur le devant de la tête et ornée de fleurs artificielles. (1)

(i) Barrov, t. III, p. 323.

h\ FEMME EN CHINE. 17

A l'instar des hommes elles laissent pousser leurs ongles de toute leur longfueur.

Anciennement les femmes riches portaient des ceintures fixées par une agrafe et ornées de pierres précieuses ; celles de la classe ordinaire, portaient des robes non teintes et un voile ou une coiffe de couleur grisâtre ; les femmes des hauts dignitaires repliaient leurs cheveux sur les côtés de la tête et les frisaient.

Dans les temps de deuil ou de tristesse elles laissaient tomber leurs cheveux épars ; les veuves les coupaient etconservaient seulement une mèche de chaque côté de la tête. Elles se servaient d'un miroir métallique pour la toilette, et d'un peigne d'ivoire pour retenir les cheveux lissés et pommadés. (1)

11 y a différentes parures de tête. Les cheveux sont soigneusement lissés avec une huile odorante et maintenus par une aiguille d'or ou d'argent. Chez les riches, des fleurs artificielles et des perles sont entrelacées de chaque côté de la tète.

Chez les Miao-ssé, les femmes placent transversalement sur le haut de la tête une petite planche légère, longue de plus d'un pied et large de cinq à six pouces ; recouvrent cette planchç de leurs cheveux et les y attachent avec do la cire. Elles trouvent cette coiffure d'une suprè-

(!) Chi-Kwg, chap. VIII, otle 2.

18 L.V FKMME EN CHINE.

me élégance, et ne semblent pas s'apercevoir de la gène qu'elle leur cause ; cependant, elles ne peuvent se coucher qu'en se soutenant sur le cou, et sont obligées de détourner continuellement la tête le long des chemins, pour éviter les broussailles dont le pays est couvert. La difficulté devient encore plus grande, lorsqu'elles veulent se peigner, ce qui ne leur arrive que trois ou quatre fois par an. Il faut alors qu'elles passent des heures entières auprès d'un grand feu, pour fondre et faire couler la cire. Dès qu'elles ont nettoyé leurs cheveux, elles les arrangent de nouveau, et se recoiffent de la même manière. Cette espèce de chapeau de cheveux n'est une parure de mode que pour les jeunes femmes, les plus âgées donnent moins de soins à leur coiffure ; elles se contentent de relever leurs cheveux et de les nouer sur le haut de la tète. (1)

Les femmes de haut rang portent de larges pendants d'oreilles et des colliers formés de grains parfumés, d'agate, de cristal et de corail qui descendent gracieusement sur les épaules. (2)

Chez les Lo-Lo, peuple soumis aux Chinois, les dames portent une longue robe descendant jusqu'aux pieds, et par-dessus laquelle elles

(1) Description de la Chine, t. I«% p. 309.

(2) J[,a Chine, Mœurs, usages, costumes, etc., par de Malpiere, 1825.1848.

attachent uu petit manteau ne tombant que jusqu'à la ceinture. C'est avec cet habillement qu'elles montent à cheval dans la cérémonie des mariages, ou dans les visites qu'elles se rendent, accompagnées des femmes de leur suite, pareillement h cheval, et de domestiques à pied. (1)

Outre le blanc et le noir dont les femmes chinoises cherchent à relever leur beauté, elles portent, au milieu de la lèvre inférieure, ainsi qu'au bout du menton, un rond d'un vermillon bien vif, dô la grandeur d'un petit pain à cacheter. (2)

Bien que les Tartares aient emprunté à la Chine plus de coutumes qu'ils ne lui en ont imposées, leurs femmes semblent avoir peu imité les chinoises.

Le voyageur anglais John Barrow, attaché h l'ambassade anglaise en Chine, en qualité d'astronome et de mécanicien, rapporte qu'il voyait beaucoup de femmes allant seules par les rues de Pé-King, tantôt à pied, tantôt h cheval, à la manière des hommes. C'étaient des femmes tartares ; elles portaient de longues robes de soie, des souliers en satin brodé. Leurs cheveux étaient relevés et lissés, leur visage était teint de rouge et de blanc, mais leur attitude semblait

(1) Description de la Chine^ t. I", p. 305.

(2) Barrow, Voyage en Chine,

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moins modeste que celle des chinoises qui demeurent scrupuleusement renfermées dans leurs maisons. A Pé-King*, quand on passe devant ces maisons dont la porte est ouverte, on y aperçoit des jeunes filles, la pipe à la bouche, se retirant aussitôt à la vue des hommes. (1)

Cette coutume de fumer soit du tabac, soit de Topium, est une introduction moderne en Chine, et ce n*est certes pas la plus civilisatrice.

(l) Voyage en Chvxe^ t. !•' p. 163.

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