CHAPITRE III
Impératrice mère. — Impératrice épouse. — Couronnement de rimpératrice. — Ses attributions. — Sa toilette. — Ses funérailles. — Les autres femmes de TEmpereur. — Leurs titres, leurs fonctions. — La cour tartare. — Les concubines. — Les eunuques.
La première femme, en Chine, est la veuve d'un empereur, rimpératrice mère, dont le rôle important est constaté par l'histoire. L'impératrice mère reçoit des hommages égaux à ceux qui sont rendus h son fils et celui-ci n'entreprend rien sans la consulter. Tous les cinq jours, s'il se conforme aux règles traditionnelles, il lui fait une visite de cérémonie. Au premier jour de l'an et surtput lorsqu'elle entre dans sa soixantième année on célèbre une fête splendide en son honneur.
Voici comment les choses se passent. Lors* que le soleil commence à paraître sur l'horizon, tous les mandarins des tribunaux en grands habits de cérémonie se placent, selon leur rang,
dans la cour extérieure qui est entre la salle du trône et la porte du palais. Les princes de la famille impériale, également en grands habits de cérémonie, viennent se ranger dans la cour de l'intérieur du palais. L'empereur sort de son appartement et est porté dans un palanquin.
Comme le palais de l'impératrice n'est séparé que par quelques cours de celui de l'empereur, les officiers qui portent les insignes de Tempire, entrent dans la première cour du palais de l'impératrice mère, où. ils se rangent sur deux lignes. Les mandarins arrivent dans la seconde cour et les princes du sang dans la troisième, qui est vis-à-vis de la salle du trône de rimpératrice-mère. L'empereur descend de sa chaise dans le vestibule de cette cour, et la traverse à pied, puis monte sur la plate-forme qui est devant la salle du trône de Timpératrice. Dès qu'il est arrivé dans la galerie couverte qui en fait la façade, un mandarin se met à genoux et présente un placet de l'empereur pour prier l'impératrice de vouloir bien s'asseoir afin d'agréer ses humbles hommages.
Un eunuque va le porter dans l'intérieur.
L'impératrice mère sort en habits de cérémonie de son appartement, suivie de toute la cour, et monte sur son trône. L'eunuque en avertit le mandarin président, et celui-ci se met à genoux devant l'empereur et le prie de rendre hommage à son auguste mère. L'empereur s'avance sous
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la galerie vis-à-vis du trône de sa mère, et se tient debout, les manches abattues et les bras pendants. Les princes qui sont au fond de la cour et les mandarins qui sont dans la suivante en font autant. La musique de l'empereur et celle de l'impératrice jouent ensemble l'air Ping, air doux et tendre ; un mandarin crie à haute voix : à genoux î à. l'instant Tempereur, les princes et tous les mandarins tombent à genoux ! Un moment après il crie : prosternezvous, et tout le monde se prosterne la face contre terre ; il crie : redressez -vous! et tout le monde se redresse ; l'empereur, les princes et tous les mandarins se remettent debout dans leur première posture, puis tombent à genoux, font trois prosternations nouvelles, se relèvent encore, retombent à genoux et en font trois autres. Les neuf prosternations faites, le mandarin se met à genoux et présente un second placet de l'empereur pour inviter l'impératrice mère à retourner dans son appartement. Le placet est porté dans Tintérieur de la salle, et la musique qui accompagne l'impératrice annonce son départ. La musique de l'empereur lui répond; le mandarin vient se prosterner devant l'empereur et lui dire que la cérémonie est finie et l'inviter à s'en retourner dans son appartement. La musique se fait encore entendre. L'empereur redescend par l'escalier de l'orient, traverse la cour h pied, monte dans
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son palanquin et retourne chez lui, avec le môme cérémonial qu'au départ. L'impératrice épouse, suivie de toutes les princesses de la fa« mille impériale et de toutes les dames de la cour, vient faire aussi ses proternations h l'impératriée mère et avec le même cérémonial. (1)
Ces hommages et cette considération ont éveil* lé chez des impératrices mères l'ambition du pouvoir. Nous en verrons quelques-unes prendre lesrêneadu gouvernement, soit comme ré* {rentes, soit comme usurpatrices, pendant la minorité ou à la faveur de Tincapacité de l'héritier légitime.
Quant h l'impératrice, première femme de l'empereur, elle jouit aussi de quelques prérogatives, mais il est rare que son nom figure dans les affaires publiques. Elle préside h tout ce qui se passe dans l'intérieur, sous la surveillance et la direction d'officiers préposés à oet effet; elle présente et enlève les offrandes dans les sacrifices. Elle offre le thé aux étrangers. (1) Son pouvoir, sur les affaires de l'intérieur, n'est limité que par celui de l'empereur, et l'histoire a conservé l'exemple d'impératrices gouvernant aux lieu et place de leurs maria incapables. (2)
L'importance de ses attributions se reconnaît
(i) TcheoU'U, trad. Biot, t. i, p. 158.
(2) Mémoires des Missionnaires^ U )?,p. 391.
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aux cérémonies qui présidents sou installation, et dont le Tcheou-li a consigné les minutieux détails.
Le couronnement de l'impératrice consiste :
!• dans Venregistrement et la promulgation solennelle AurTchi-y ou édit de l'empereur qui la déclare impératrice; 2" dans la présentation qu'on lui fait de sceaux d'or et de pierre pour sceller les ordres qu'elle a le pouvoir de donner; 3* dans les hommages solennels que viennent lui rendre les princesses du sang, les princes* ses étrangères, les femmes de la cour et toutes celles qui résident dans Tintérieur du palais.
Au jour de lacérémonie, l'impératrice, revêtue de toutes les marques de sa dignité, est assise près du trône, dans une des salles du palais. Des eunuques lui apportent l'édit et les sceaux qui la déclarent impératrice ; deux femmes de la cour l'avertissent ; elle se lève et se tient debout pendant qu'on les dépose sur des tables préparées ; la maîtresse des cérémonies invite la princesse à se mettre à gei;ioux pour enten« dre la lecture de l'édit impérial ; cette lecture achevée, la nouvelle impératrice fait neuf pros« ternations devant les tables, tandis que la musique exécute divers morceaux ; puis elle se lève et accompagne ceux qui portent le contrat, le livre d'or et les sceaux jusqu'à la sortie de la salle. Elle monte sur son trône et reçoit les hommages et félicitations des reines, des prin-
cesses et de toutes les femmes de la cour.
Dès ce jour elle dirige les affaires de l'intérieur et ne doit de respect et d'hommage qu'à Timpératrice mère. Elle est distinguée extérieurement des reines, des princesses du sang et des concubines par la magnificence des habits, par le diadème, les pendants d'oreille, le collier et la ceinture, mais elle est assujettie a certains devoirs d'étiquette envers l'empereur, comme celui d'envoyer tous les jours une des femmes attachées à son service pour le saluer et s'informer de l'état de sa santé.
Le Tcheou-H parle ensuite de l'entourage de l'impératrice, entr'autres des petits officiers de rintérieur, chargés d'exécuter ses ordres, de régler son habillement et jusqu'à son attitude quand elle est dans ses appartements. Lorsqu'elle sort ou entre ils courent au-devant d'elle pour la guider dans sa marche ; ils sont ses introducteurs et ses intermédiaires ; ils lui indi-^ quent ce qu'elle doit faire et dirigent la conduite des autres femmes attachées à l'intérieur. Enfin ils sont ses délégués pour les compliments et les présents qu'elle adresse aux princes et princesses, parents de l'empereur. (1)
L'impératrice préside à la cérémonie du labourage. A cet effet, l'administrateur de l'intérieur, au commencement du printemps, l'invite
(l) L. VII.
à se mettre à la tête des personnes attachées aux six pavillons, à choisir et à faire germer les semences des grains hâtifs ou tardifs, à les offrir aux esprits et à l'empereur. Cette coutume, très ancienne, est un noble hommage rendu aux travaux de la terre, que les Chinois ont toujours eus en grande estime.
L'impératrice préside aussi à l'éducation des vers à soie(l) et à tous les travaux dévolus aux femmes. En un mot, elle n'est pas réduite à une existence oisive.
Il paraît qu'autrefois elle exerçait une certaine juridiction. Le Li-Kinç rapporte qu'elle présidait à six tribunaux chargés de prononcer sur ce qui regardait les ménages de tout l'Empire, d'enseigner aux femmes l'obéissance et il ajoute : « La fidélité des hommes à leurs devoirs et la docilité des femmes, font la bonté des mœurs sociales, parce qu'elles entretiennent la concorde et la subordination, et que la concorde assure la tranquillité de l'Etat et la subordination la paix des familles, ce qui fait l'aliment, le soutien et le développement des vertus. (2)
Quelle que soit l'authenticité de cette tradition, elle témoigne de l'importance attachée au rang d'impératrice.
(1) Teheov-U, îlvre VII.
(2) Mémoires sur les Chinois, tome XIV, p. 351 .
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Il n'est pas jusqu'à la toilette de Timpéra* tricequine soit minutieusement régrlementée.
Un directeur est préposé à ses six habillements, lesquels comprennent la robe brodée représentant des faisans variés, deux robes ornées de plumes, avec ou sans couleur, une robe jaune, une robe blanche, une robe noire, toutes avec des bordures blanches.
Chaque fois qu'il y a un sacrifice, une réception de visiteur étranger, ce directeur prépare rhabillement de l'impératrice et celui des neuf princesses ou femmes du deuxième et du troisième rangs et, en général, de toutes les femmes titrées ou concubines impériales dont il sera question plus loin.
La robe blanche est Tembléme de la sincérité, c'est la robe de cérémonie que met l'impératrice pour visiter l'empereur ou recevoir les visiteurs étrangers, la robe noire est la robe commune que met l'impératrice quand elle veut passer la nuit avec l'empereur, ou quand elle se repose dans ses appartements.
L'impératrice a cinq grands chars dont le Tcheow'li donne une description détaillée. (1)
On peut s'étonner d'un tel luxe à cette époque ancienne : c'est qu'alors la Chine avait atteint l'apogée de ses arts, de son industrie, et un état de prospérité qu'elle n'a ^us dépassé.
(1) Le TcheoU'U, t. XXVII, § 7.
Gela explique pourquoi elle est restée fidèle aux règlements du Tcheou-^li.
L'impératrice ne sort du palais qu'en de rares circonstances, enfermée dans une chaise à porteurs et escortée d'un groupe d'eunuques à pied. Il faut que tout le monde disparaisse des endroits par où elle passe. A son exemple, les femmes des hauts fonctionnaires prennent toutes sortes de précautions pour n'être pas aperçues, et le Li'King dit que beaucoup préféreraient la mort à la honte d'être vues. (1)
L'empereur et l'impératrice étant considérés comme le père et la mère du peuple, à la mort de l'un ou de l'autre, un deuil officiel est imposé à la cour et k tous les fonctionnaires public^.
L'habillement de deuil, pour la mort de rim"" pératrice mère ou femme de l'empereur, est le vêtement Thsè'r9ou. D'après le chapitre du jLi- King^ intitulé :iïoen-r (rites du mariage), l'impératrice étant rinstitutrice des femmes, et remplissant les devoirs de la mère, Thabillement de deuil pour sa mort est le même que pour la mort d'une mère.
Des officiers nommés Jeunes de Vintérieur^ accompagnent les femmes de troisième rang pendant la solennité, dans la salle des ancêtres, et écartent les importuns. Quand le corps de
(2) Mémoires sïir les Chinois, t, XIX, p, 36i.
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rimpératrice est transporté au milieu du palais, ils le précédent, et quand on Tenterre, ils prennent les objets destinés à la toilette du corps et suivent le char funèbre.
Aux funérailles de l'empereur, les femmes titrées de l'intérieur portent le grand deuil et sont placées en avant : les autres femmes portent le petit deuil et restent en arrière. Toutes ces femmes se succèdent pour exécuter des lamentations.
Outre les habillements de deuil prescrits par les rites, les femmes portent le bâton d'appui pour cette circonstance. (1)
Après l'impératrice, viennent d'autres femmes qui sont hiérarchiquement distribuées. On rapporte que dans les temps anciens, les empereurs tiraient de leurs domaines toutes les femmes nécessaires au service de leur palais, faisaient choisir les plus sages et les plus adroites, les attachaient à l'appartement de l'impératrice pour remplir les fonctions propres à leur sexe, puis les renvoyaient dans leur famille pour se marier.
Cette dernière tradition est peu fondée ; il se peut que quelques empereurs aient donné l'exemple d'une sage continence, mais en général ils eurent, presque tous, un nombre plus
(1) Liv. XX.
OU moins grand de femmes revêtues de différents titres et attributions.
Selon le Li-King, l'empereur, outre sa première femme légitime, l'impératrice, peut en avoir d'autres, savoir : trois ayant le titre de Fou-ginou reines ; neuf ayant le nom de Pmn* ; trente-sept nommées Chi-fou et quatre-vingtune appelées Ya-Ui.
Les trois Fou-gin, ou reines, sont de véritables épouses de deuxième ordre et jouissent de certains honneurs. Elles sont d'ailleurs presque toutes filles de rois, ont chacune un palais, une cour, des dames d'honneur et beaucoup de femmes attachées à leur service. Leurs enfants sont légitimes et viennent après ceux de l'impératrice.
Dans le service intérieur, il y a deux femmes garde-magasin, deux écrivains, douze condamnées.
Les femmes dites de l'intérieur sont de même famille que le souverain. Elles jouissent d'un appointement comme mariées à des préfets ou à des gradués.
Pour le service de l'extérieur sont employées les filles des tantes et les sœurs du souverain (1) ce qui forme déjà un nombre illimité de femmes en dehors des concubines de l'empereur.
(1) Lit. XVII.
Le Tcheou'H donne la classification des femmes composant la cour de l'empereur. Il y a un administrateur chargé de diriger les feiûmes titrées, tant de l'extérieur que de l'intérieur, dont il règle les costumes et les positions.
Les femmes titrées de l'intérieur désignent les neuf femmes du deuxième rang, les vingtsept femmes du troisième rang et les concubines impériales ; tout cela forme le gynécée impérial.
Les femmes titrées de l'intérieur désignent les femmes des ministres, des préfets et des gradués (1) : ce sont comme des dames d'iionneur attachées au service de l'impératrice.
Les femmes titrées de Textérieur accompagnent l'impératrice aux sacrifices et aux réceptions, lorsque l'empereur y paraît en personne. Les femmes titrées de l'intérieur reçoivent des robes de deuil bordées à la mort de l'empereur, et ne portent pas celui de l'impératrice. Les neuf princesses et les autres femmes titrées de l'intérieur, jusqu'aux concubines impériales, portent des robes non bordées pour le deuil de l'empereur, et des robes bordées pour celui de Timpératrice. (2)
Les neuf femmes du deuxième rang s'occu-
(1) TchtoU'U, liv. VII.
(2) Liv. VII.
pent de réducation des femmes ; elles enseignent aux concubines les vertus, le langage, la tenue corporelle, les ouvrages destinés aux femmes, attributions qui font supposer qu'elles recevaient elles-mêmes une certaine culture intellectuelle.
Ce sont les mêmes, sans doute, qu'on appelle les annalistes, femmes chargées des écritures (niu-ssé) préposées au règlement des rites spécialement attribués àrimpératrice. L'administrateur de l'intérieur les charge d'instruire celle-ci et de l'éclairer quand elle doit décider quelques affaires ; elles écrivent ses ordres et l'accompagnent dans les cérémonies.
Puis viennent les femmes du troisième rang chargées du service des sacrifices, de la réception des visiteurs étrangers, des cérémonies funèbres. Elles se mettent à la tête des femmes du peuple attachées au palais, lavent, nettoyent et apprêtent les grains que l'on doit offrir dans les sacrifices. Elles inspectent et disposent les objets apprêtés par les femmes du palais et les mets de l'intérieur consistant en grains grillés, en riz pilé, enfariné, eu mouton et en porc; enfin, elles vont, au nom de l'impératrice, visiter et consoler les parents des ministres ou des préfets morts. (1)
Les concubines impériales (niu^i/u) sont pré-
(1) Liv. VII.
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posées à Tordre du service de nuit, dans le lieu où Tempereur se repose et dort. Elles font des ouvragées en soie et en fil, aident les femmes de troisième rang dans les sacrifices, lavent le corps de rimpératrice morte, tiennent ses éventails à son enterrement et accompag'nent les femmes du troisième rang pour porter des consolations à la mort des ministres et des préfets.
Comme pour l'impératrice, le costume des autres femmes de la cour est déterminé.
Les neuf princesses, femmes du deuxième rang" portent des robes jaunes: les femmes du troisième rang* portent des robes blanches, les concubines impériales portent des robes noires ; les femmes titrées de l'extérieur portent des robes jaunes, celles des ministres portent des robes blanches, celles des gradués portent des robes noires; les trois femmes légitimes de Tempereur et celles des princes feudataires portent des robes ornées de plumes avec les cinq couleurs ou sans couleurs (1).
Ily a enfin un chef de joàillers, préposé aux parures de tête de l'impératrice et à celles des neuf princesses, des femmes titrées de Textérieur et de l'intérieur, pour qu'elles assistent aux sacrifices et aux réceptions d'étrangers.
Ces parures consistent en perruques et tours
(l) LW.TII.
de cheveux, en robes jaunes, blanches ou noires ; Pour les cérémonies funèbres, il prépare les aig-uilles de tête et les pièces de toile noire qui doivent s'y ajouter.
Le personnel féminin de la cour a reçu une nouvelle organisation depuis la domination des Tartares. Cependant elle s'est effectuée sur l'ancien modèle. Immédiatement après l'impératrice, il y a deux reines entourées d'un grand nombre de servantes ; c'est la deuxième classe des femmes du palais ; la troisième est composée de six reines qui ont également leur suite et à ces trois classes de femmes sont attachées cent autres femmes concubines.
Aujourd'hui, les filles de l'Empereur sont ordinairement mariées à des princes tartares ou à d'autres Tartares de distinction, mais rarement à des Chinois. (1) L'attention des Tartares à ne se point mêler par le mariage aux Chinois, a maintenu entre les vainqueurs et les vaincus une ligne de démarcation bien tranchée et entretenu chez les derniers une chaîne que n'a point adoucie le respect de leurs institutions, de leurs rites et de leurs traditions. Les concubines mêmes sont choisies parmi les plus belles filles des Tartares. Ces concubines, avant d'être présentées pour la première fois à l'Empereur, sont mises dans un lieu séparé d'où on les re-
(l; Barrow, 1, p. 391.
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tire pour les faire passer dans le sérail ; là on leur donne un appartement en rapport avec leur rang ou leur naissance. (1)
Les empereurs ne se soat point contentés du nombre de femmes mentionné dans le Li-King, ils en ont rempli leur palais. Ceux de la dynastie des Han, dans le deuxième siècle avant notre ère, prétendaient que toutes les belles filles de TEmpire leur appartenaient de droit.
L'un d'eux, Wou-ti, eut jusqu'à quatorze mille femmes à la fois ; l'empereur Siun-ti choisit en une seule année, six mille filles dans sa capitale.
Les empereurs firent une loi, par laquelle chaque année, à la huitième lune, on présenterait aux officiers de TEmpereur toutes les filles de la capitale et des environs, âgées de 13 à 18 ans, entre lesquelles on devait choisir les plus dignes d'entrer dans le gynécée impérial. Une fois entrées, elles ne voyaient plus leurs parents et n'avaient plus de communication au dehors.
Cependant, à cause même du nombre considérable de ces concubines, la plupart sont renvoyées sans avoir vu l'Empereur. C'est une sorte d'entrepôt des plus belles filles, où TEmpereur vient de temps à autre faire son choix.
Les ennuis d'une vie oisive, loin du monde
(2) Davis, La Chine, t. 1", ch. 2C6.
extérieur, les intrigues et les rivalités qui s'agitent dans le sérail , en font un foyer de corruption et de troubles qui influent d'une manière désastreuse sur les affaires publiques. Les annales de TOrient sont remplies de luttes sanglantes, de révolutions terribles, qui ont eu leur point de départ dans les intrigues du sérail.
L'institution des Eunuques, presque contemporaine de celle des Gynécées, n'a fait qu'aggraver les désordres inhérents à la polygamie. Leur rôle politique dans les commencements de Tempire chinois a été presque nul. C'étaient des offiôiers subalternes attachés au service des femmes du palais. Le Tcheou-Li détermine en ces termes leurs fonctions: « LesEunuques sont chargés de régler et de diriger les femmes de l'intérieur ou concubines impériales, et les femmes extérieures attachées au service du palais réservé. Ils aident les officiers attachés aux femmes du troisième rang à régler les . cérémonies ; ils empêchent les concubines de sortir sans autorisation et conduisent les femmes de l'intérieur aux visites de condoléance. (1)
Les Eunuques ne tardèrent pas à se rendre redoutables et dangereux par l'ambition, la cupidité et tous les vices que favorisait leur situation exceptionnelle. Un ancien livre /'F-
(1) Grosier, De la Chine, X, ch. 20-29,
Kinçy dit : Jamais nos malheurs ne cesseront tant qu'il y aura à la cour des femmes et des officiers eunuques. (1)
Ce fut l'empereur Ho-Ti qui, le premier, diton, éleva les eunuques aux emplois publics, et leur donna même les premières charges de TEtat. La tranquillité de Tempire en souffrit beaucoup; car, en dénaturant l'homme, en lui ôtant certaines passions, il arrive que celles de l'ambition du pouvoir et des richesses se développent chez lui à un plus haut degré. La fortune extraordinaire et presque constamment soutenue, des eunuques dans le gouvernement chinois, fut principalement due aux intrigues de cour pour lesquelles ces hommes employés aux voluptés impériales, étaient éminemment propres.
La puissance toujours croissante des eunuques était devenue si odieuse aux lettrés sous l'empereur Ling-ti, que ceux-ci se concertèrent pour les faire rentrer dans l'exercice unique de leurs fonctions. Les eunuques se réunirent alors et accusèrent les lettrés de vouloir renverser l'autorité impériale. Ling-ti, comme tous les princes faibles et débauchés, n'avait de force et de résolution que pour faire le mal ; il donna tout pouvoir aux eunuques qui en profi-
(2) Chap. IV, odei 3-7, deuxiôme partie.
tèrent pour faire mettre à mort 800 d'entre leurs ennemis. Cette exécution ne fit qu'accélérer la chute de la dynastie des Han.