CHAPITRE IV
Les femmes célèbres en Chine. — Leur rôle dans les faits politiques.
La première femme, dont il soit fait mention dans les annales chinoises, est Timpératrice Si- Ling-Chi, (en 2602, avant notre ère). Elle fut chargée par son époux, Hoang-ti, d'examiner les vers à soie et de tirer parti de leur travail. Elle fit ramasser une grande quantité de ces insectes, les soigna elle-même, puis trouva la meilleure manière de les élever, de dévider leur soie et d'en faire des étoffes sur lesquelles elle-même broda des fleurs et des oiseaux. (1)
Le Chi'King fait Téloge de Kiang-Yuen, femme * de Tempereur Ti-Ko, (2400 ans avant notre ère), de cet empereur auquel on attribue Tintroduction de la polygamie en Chine : « Kiang-Yuen, dit le Chi'King, est vraiment digne de nos res-
(1) Grosier, HUtoire générale de la Chine, pages 24, 27.
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pects ; âa vertu ne s'est point démentie ; on ne peut la soupçonner d*avoir manqué à son devoir. Appuyée sur la protection du Chang-ti, . (seigneur du ciel), elle obtint de concevoir Heou-Tsi. Si Ton demande comment la chose se passa, on apprend ceci : « Kiang-Yuen était au désespoir de n'avoir point eu d'enfant. (1) San;i cesse, elle priait le Chang-ti de vouloir bien la délivrer de cette honteuse stérilité. Après bien des vœux et des prières, pendant un sacrifice qu'elle offrait, elle crut fermement qu'il exaucerait sa demande et comprit aussitôt, par une sensation extraordinaire, qu'enfin ses vœux étaient comblés. Dix mois après, Kiang-Yuen mit au monde Heou-Tsi, sans douleurs ni blessures. » Cependant, quoique assurée de son innocence, craignant d'être soupçonnée d'infidélité envers son époux, elle fit exposer son enfant dans un lieu où l'on menait paître les bœufs et les moutons. Des bergers en eurent compassion, le recueillirent et rélevèrent. Ce prince, étant parvenu, au moyen de son habileté en agriculture, à se faire connaître par l'empereur Yao, son frère, et à lui découvrir le secret de sa naissance, se montra magnanime envers la mémoire d'une mère qui, cependant, l'avait abandonné, et construisit une salle funéraire où il lui rendit les devoirs de parenté. (2)
(1) Ti-Ko Tenait de mourir.
(2) Orosier, pages 39, 41,
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Yao, un des plus illustres empereurs de la Chine primitive, (dans le ving^t-troisième siècle avant notre ère), accorda ses deux filles en mariage à son ministre Yu-Chun, en récompense de ses g^rands services. Ce fait prouve de nouveau l'existence de la polygamie à cette époque, et, en même temps, le pouvoir qu'avait l'empereur de préférer pour son gendre ou pour son successeur, un homme de mérite à un homme de naissance.
Il n'est point question de femmes notoirement illustres avant le douzième siècle. Sous Cheou- Sin, en 1147, vint à la cour la belle Ta-Ki, fille du rebelle Yeou-Sou-Chi, qui l'envoya à l'empereur pour obtenir sa grâce. Cette jeune fille, pleine d'esprit et de dissimulation, se rendit bientôt maîtresse absolue de l'esprit de Cheou- Sin. Elle commença par s'enrichir au moyen de nombreuses exactions ; puis, elle fit construire une tour en marbre, appelée Lou-Taî ou tour des Cerfs, y fit allumer une grande quantité de lanternes et s'y enferma pendant six mois, pour se livrer à toutes sortes de débauches avec des jeunes gens des deux sexes qu'elle y réunit. Le palais de l'empereur, où personne, jusqu'alors, n'osait entrer, fut ouvert à tout le monde et devint le théâtre de grands excès.
Un des ministres de l'empereur, Keou-Heou, voulant arrêter ces désordres, pensa qu'en opposant à Ta-Ki une femme d'un caractère tout
différent, il pourrait ramener son souverain à de bons sentiments. Or, il avait une fille douée de tous les agréments de l'esprit et du corps ; il la présenta à Cheou-Sin qui, en effet, fut séduit par sa beauté ; mais la résistance qu'elle opposait à devenir complice de ses débauches irrita ce prince et sa favorite. Ils la firent massacrer. Son corps fut coupé en morceaux, cuit et envoyé à son père, qui fut à son tour mis à mort. Tels étaient les plaisirs de cannibales auxquels se livrait cet infâme couple. On leur reproche encore bien d'autres cruautés. Ainsi, voulant savoir comment les enfants se formaient dans le sein de leur mère, ils firent ouvrir le ventre de plusieurs femmes enceintes de différents mois.
Ces crimes ayant fini par soulever le peuple, Cheou-Sin fut attaqué par un prince feudataire, Wou-Wang (en 1122). Se voyant abandonné et perdu, Tempereur se renferma dans le palais de Lou-Taï auquel, après s'être paré de ses bijoux les plus rares, il fit mettre le feu et périt comme Sardanapale. Ta-Ki osa se présenter au vainqueur en brillante toilette, dans Tespoir de le séduire, mais celui-ci, plus indigène de ses crimes que tenté de ses charmes, la fit mourir.
Koung'-Wang', qui régnait dans le dixième siècle avant notre ère, avait déjà 72 ans lorsqu'un gouverneur de la province de Mie s'avisa
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de lui montrer ses trois filles qui étaient fort belles. L'empereur, malgré son grand âge, s'éprit d'elles ; le père, effrayé, les cacha. L'empereur envoya dans la ville de Mie des émissaires pour les enlever ; ils ne purent les découvrir. Aussitôt, pour s'en venger, il fit détruire cette ville 'de fond en comble. (1)
Sous le règne de Houang-Wang, (huitième siècle avant notre ère) il se passa, dans la principauté de Ouei, un événement qui remplit la Chine à la fois d'horreur et d'admiration.
Siuen-Kong, prince de Oueï, avait épousé en premier lieu Y-kiang dont il eut un fils appelé Ki. Ayant obtenu ensuite la fille du prince de Tsî, il en eut deux fils, Cheou etCho. Suivant la loi, Ki devait succéder à la principauté, mais l'amour de Siuen pour sa seconde femme le poussa à la faire déclarer sa principale femme; en conséquence Cheou fut déclaré l'héritier immédiat de sa couronne.
Y-kiang intervint, mécontente de cette injustice; elle s'en plaignit, mais inutilement ; alors elle se pendit de désespoir. Siuen, pour comble de cruauté, fit tuer son fils Ki.
De cet événement ressortent deux faits : le premier, c'est que les empereurs pouvaient impunément violer les lois traditionnelles de succession, et le second, c'est que les impératrices sp
(t HUt, de la Chine, p. il, 12.
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montrèrent souvent jalouses de leurs droits et de ceux de leurs fils.
L'invasion des tartares, en Chine, fut malheureusement favorisée par Tinfluence des femmes. Hungf-Kong', prince de Tsin, sous Hoei-Ouang", dans le septième siècle, avait, au nombre de ses concubines, deux femmes de la famille des princes, tartares qu'il avait enlevées dans une de ses courses ; elles parvinrent si bien à gagner ses bonnes grâces qu'elles l'excitèrent à déclarer un de leurs enfants héritier de la principauté, ce qui donna aux Tartares un prétexte pour intervenir, et, de cette époque, date leur invasion.
La fidélité des veuves à la mémoire de leurs époux se révèle par plus d'un exemple dans l'histoire de la Chine. Le prince Tchou, en 606, s'étant emparé des terres de Si, avait emmené Si koué, veuve du chef de ce pays, mort dans une bataille. Cette femme était encore jeune et belle. Tse-yuen, général des troupes en fut éperdùment amoureux et vint demeurer • auprès de son palais. Comme elle aimait beaucoup la musique, il en faisait souvent pour qu'elle l'entendît. Un jour il fit jouer un air guerrier que le mari de Si-koué avait beaucoup aimé ; elle se prit à pleurer, et s'écria que Tse-yuen agirait mieux en vengeant son époux qu'en faisant de la musique. Ins-
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truît de ce propos, Tse-yuen, pour lui complaire, réunit des troupes et alla attaquer les ennemis de la belle veuve ; mais il fut vaincu et s'en retourna sans avoir vengé Si-kôué, et par conséquent sans avoir obtenu le prix de son zèle.
Les rois feudataires ayant une cour constituée sur le modèle de la cour impériale, la condition de leurs femmes y était aussi hiérarchiquement réglée. Sous Ling-Hang, en 556, le prince de Tsi, n'ayant pas d'enfant de sa première femme, voulut désigner son neveu comme héritier de la couronne. Cependant il avait eu un fils d'une concubine nommé Tchon-Tse, dont il avait confié l'éducation à une autre concubine, Yong-Tse. Cette dernière s'étant prise d'affection pour ce jeune homme résolut d'user de toute son influence sur le roi pour le faire reconnaître héritier des états de Tsi ; le prince régnant le lui avait d'ailleurs promis ; mais Tchong-Tse en femme prudente s'y opposa et dit à ce prince : «Vous voulez nommer mon fils vôtre successeur; je suis sa mère et je l'aime ; sans doute, son élévation flatterait ma tendresse, mais les lois s'y opposent ; vous avez déjà choisi Tchuang-Kong votre neveu, les princes l'ont reconnu. Révoquer votre choix c'est exposer vos Etats à des troitbles qui entraîneraient leur ruine... Vous devez penser et agir en prince et non en père. »
Le prince lui répondit simplement que ces questions ne regardaient point les femmes.
Mais à sa mort son neveu accourut, fit mourir l'intrigante Yong-Tse et laissa son corps sans sépulture. Il épargna toutefois les jours du jeune homme en considération des sages conseils de sa mère.
Lorsque les impératrices devenaient veuves dans un âge peu avancé, une loi inflexible leur défendait de prendre un nouvel époux, ce qui les exposait soit aune rigoureuse abstinence, soit à des désordres que leur entourage ne favorisait que trop souvent.
A l'époque où Tsin-chi-Hoang-Ti, le farouche destructeur des anciens livres, prit possession des états de Tsin,ran 238 avant notre ère, sa mère étant encore jeune, conçut une violente passion pour Ouen-Sin, prince de la famille régnante.
Ouen-Sin avait un jeune domestique, Lao- Ngai, que la princesse imagina de faire passer pour eunuque et de prendre à son service afin qu'il pût aider ses relations avec le prince ; mais elle s'amouracha également de ce jeune homme et en eut deux enfants dont la naissance fut cachée avec soin. Au bout de sept ans, le mystère ayant été dévoilé, l'empereur fit arrêter Lao-Ngai : celui-ci parvint à se sauver et, comme il s'était emparé du sceau du prince il
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s'en servit pour lever des troupes et attaquer l'empereur lui-même. Il fut battu et fait prisonuier. On découvrit alors qu'il avait eu deux enfants de la reine-mère; Tsin-Chi-Hoang'-Ti le^ fit chercher et tuer ainsi que Lao-Ngrai. Sa complice fut exilée et enfermée dans un palais. Plusieurs lettrés lui ayant adressé des remontrances au sujet de sa mère, il les fît mourir, puis s'étant repenti, rappela sa mère de l'exil, et la traita avec égard. (1)
Le règne de l'empereur Kao-hoang-tî, dans le deuxième siècle avant notre ère, fut troublé par les tentatives de la princesse Tsî, ayant pour but de substituer son fils Tchao-ouang à l'héritier légitime Hiao-hoeï-ti.
Du vivant de l'empereur, l'impératrice Liuheou n'osa pas s'opposer à l'ambition de cette femme ; mais sa vengeance, pour être tardive, n'en fut que plus cruelle, et à la mort de son époux, elle fit dépouiller ignominieusement cette princesse des ornements de reine, et l'envoya, chargée de chaînes, couverte d'une robe déchirée, battre le riz, à l'instar d'une femme condamnée. Elle empoisonna Tchao -ouang, et enfin, s'acharnant de nouveau après la mère, elle lui meurtrit le visage de coups, lui fît arracher les chevçux, couper les pieds, les mains
(1) HUt. de la Chine, t. II, p. 375 «t snir.
et les oreilles, et avaler uQ^poison violent qui termina ses souffrances avec la vie. Pour com ble d'abomination, elle ordonna de jeter dans un cloaque son corps nu et mutilé. Puis elle alla au-devant du nouvel empereur qui revenait d'une excursion, lui dit qu'elle voulait lui faire voir une laie extraordinaire et lui montra le corps de la princesse Tsi. Saisi d'horreur à cette vue, il déclara à sa mère qu'il ne régénérait pas sous de pareils auspices, et abandonnant le timon dés affaires, vécut dans la débauche.
En 192, Mété, roi des Tartares Hiong'-nou, ayant écrit une lettre insolente à cette même princesse, Liu-heou, furieuse, commença par faire mourir le porteur de la missive, puis, à son tour, elle en adressa une encore plus insolente au prince qui, bien loin d'user de représailles, lui écrivit de nouveau et joignit des présents à sa lettre.
« Dans le pays barbare où je commande, lui disait-il, la vertu et la bienséance sont inconnus ; j'ai pu m'en écarter et j'en rougis. La Chine a ses sages, c'est un bonheur que j'envie ; ils m'auraient empêché de manquer aux égards dus à votre rang. » L'impératrice agréa les excuses et les présents, mais tout cela ne réparait pas son odieuse et cruelle injustice.
L'empereur Hiao-hoeï-ti étant mort en 188,
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rimpératrice mère ne se pressa pas de lui faire nommer un successeur ; elle prit elle-même les reines du gouvernement pendant la jeunesse de son petit-fils.
Voyant que ce prince ne pouvait avoir de postérité, elle s'entendit avec rimpératrice, sa femme, pour lui substituer le fils d'une étrangère et elle fit mettre à mort cette dernière pour que la supercherie ne fût point connue. Par ce moyen, elle demeura régente pendant la minorité du nouvel empereur. Une fois maîtresse du pouvoir, elle tenta d'élever ses propres parents à la dignité de princes. Le ministre Ouang-ling s'y opposa en lui déclarant que les lois de l'empire s'y opposaient. Liuheou s'adressa à deux autres ministres, Tching-king et Tcheou-pou, qui, en bons courtisans lui dirent qu'ayant la puissance législative, elle pouvait décréter des lois favorables à sa famille.
En efifet, l'impératrice donna le titre de prince à son frère, quoique celui-ci fût mort.
Elle revêtit son frère aîné de la dignité de prince de Tao-Oui ; puis, elle présenta deux enfants étrangers oomme flls de l'empereur Hiao-Hoei-ti : l'un sous le nom de prince de Hoa-Yang, l'autre, sous celui de prince de Henchan. Cependant, le jeune homme qu'elle avait fait empereur ayant découvert le secret de sa naissance et la mort tragique de sa mère, ne dissimula pas ses projets de vengeance; mais
rimpératrice prévint le coup, et grâce à son pouvoir sans bornes, le fit enfermer, déposer et tuer. Un certain* Y-ti, qu'elle avait créé prince de Hen-chan fut proclamé empereur, en 183.
En dépit de ses cruautés et de ses injustices, elle gouverna avec assez d'habileté pour se maintenir. Mais à sa mort, ses parents furent les uns massacrés, les autres exclus de tout droit. Le prince de Taï, Hiao-went-ti, quoique né d'une concubine de l'empereur, fut élevé au trône.
Cet empereur avait une favorite nommée Ohin, qu'il traitait d'ég'ale à égale avec l'impératrice. Contrairement aux rites, il les faisait placer toutes deux l'une à côté de l'autre. Son ministre Yuen-ngang en fut choqué et lui cita ce proverbe : « Lorsque le haut et le bas sont chacun.à sa place, tout va bien et tout est dans l'ordre. — La princesse Chin, ajouta-t-il, n'est que votre concubine; convient-il qu'elle soit assise auprès de sa souveraine? Cette condescendance la pousserait bientôt à ne plus être subordonnée. » L'empereur ayant rapporté cette réponse à Chin, celle-ci, loin de s'en irriter, fit remettre au conseiller cinquante livres d'argent en récompense de sa noble franchise.
La peine de la'mutilation ayant été prononcée contre Miao-ouen-ti gouverneur d'une ville de Tsi, la fille unique de cet homme vint se jeter
aux pieds de l'empereur et lui dit : « Les peuples de Tsi n'ont jamais porté aucune plainte contre mon père et le crime dont il s'est rendu coupable mérite la mort, suivant la loi. Vous lui accordez la vie, mais en changeant son supplice en une mort continuelle : je suis une portion de lui-même et par là, je deviens coupable comme lui. Je vous prie de faire tomber sur moi sa peine et de me faire mutiler à sa place. L'empereur touché de ce dévouement filial accorda la grâce du coupable et abolit la peine de la mutilation, en y substituant des peines pécuniaires, des coups de bambou et des corvées, suivant la nature du délit.
Sous l'empereur Wou-ti, (113 ans av. J.-C.) le gouverneur de la principauté de Nan-Yuei étant mort laissant Tchao-Hing encore trèsjeune, l'empereur envoya à la veuve Tordre de se rendre à la cour avec son fils. Celle-ci obtint de l'envoyé, avec qui elle avait eu des rapports intimes, de faire révoquer cet ordre à raison du chagrin que lui causait la mort récente de son époux. Le monarque désigna comme régent du jeune Tchao-King, le ministre Liu-kia. La jeune veuve qui ne voulait partager avec personne son autorité maternelle tenta d'empoisonner Liu-kia, dans un repas auquel elle l'avait invité. Ce ministre se doutant de ses projets, se leva de table au moment où elle le
priait de boire. Furieuse, elle le poursuivit une pique à la main et Ten aurait percé si le petit prince n'eût retenu son bras. Liu-kia s'entendit avec les grands pour mettre obstacle à Tambition de la princesse. Celle-ci le dénonça à Tempereur comme un rebelle et lui demanda son secours. Wou-ti envoya Kieou-yo frère de cette princesse avec 2,000 hommes, mais Liu-Kia et ses partisans soulevèrent le peuple en protestant qu'ils ne prenaient les armes que pour maintenir les droits de l'empereur. Le palais de la princesse fut investi ; elle et son fils furent massacrés.
Voici un acte de dévouement et d'humanité qui fait honneur aux femmes :
Sous Tempereur Hiao-tchao-ti (en 86 av. J.-C), vivait un président du tribunal des crimes, plein d'intégrité, nommé Tsiun-pou-y. Chaque fois qu'il revenait du palais, sa mère, qui avait le cœur compatissant, le questionnait sur les arrêts qu'il avait prononcés ; lorsqull lui annonçait avoir élargi quelque prisonnier ou sauvé la vie à un criminel, elle l'embrassait avec transport, mais s'il avait condamné quelqu'un à mort, elle demeurait triste et se privait de nourriture.
L'empereur Siouen ti (73 ans avant notre ère) en montant sur le trône, avait fait proclamer
sa première femme, Hiu-chi, impératrice. L'ambitieusô Ho-hien, femme du gouTerneur Hokouang, voulant profiter du crédit de son mari, résolut de supplanter Timpératrice par sa fille ; elle introduisit celle-ci dans le palais, et intrigua auprès de l'empereur pour lui faire obtenir le premier rang; mais l'empereur résista par amour pour Hiu-chi: Ho-hien corrompit le médecin de rimpératrice, et celle-ci mourut par le poison. Cette mort violente ne paraissant point naturelle, tous les médecins de la cour, furent mis en prison. Ho-hien, eflfrayée, avoua à son époux ce qu'elle avait fait. Au lieu de la punir, ce prince faible chercha à étouflfer l'affaire. Forte de cette impunité, Ho-hien continua ses intrigues et parvint à faire déclarer sa fille impératrice (an 71 av. J.-C). A cette occasion, le peuple fut exempt d'impôt pendant un an.
Mais Ho-koaang, tourmenté de remords, à cause du crime de sa femme, ne fit plus désor- . mais que languir et mourut de chagrin. Cet événement ne corrigea pas sa veuve.
L'empereur avait déclaré pour son héritier le fils aîné qu'il avait eu de Hiu-chi; Ho-hien se concerta avec sa fille pour se défaire du jeune homme, mais ce complot et d'autres encore échouèrent, grâce à la vigilance du premier ministre qui travaillait à évincer la famille deHokouang.
Enfin, la connaissance du crime de Ho-hien et de ses conspirations entraîna la mort de ses partisans et de toute sa famille. Elle-même fut dégradée et condamnée à la prison perpétuelle. Ainsi la plus coupable fut la moins punie.
Youengf-ti (an 48 avant notre ère) fut un prince débauché, et de grands désordres éclatèrent à la cour. Une remontrance du sage Kouang-yu, fait bien connaître la corruption de cette époque : « Dans l'antiquité, dit -il, Tes femmes de l'empereur ne dépassaient pas le nombre de neuf. Aujourd'hui, il sort fréquemment de chez l'impératrice, des tables riches, bien polies, chargées de vaisselle d'or et d'argent. Ce sont des cadeaux qu'elle fait aux uns et aux autres et souvent à des gens indignes.
« C'e^t sous Wou-ti que se sont inaugurées les dépenses excessives. Il fit chercher, dans tout r empire le plus grand nombre possible de jeunes filles dont il remplit son palais; on en compta jusqu'à plusieurs mille. Sous Youengti, c'était à qui aurait le plus de femmes. Tel grand de l'empire en eut des centaines. Il en fut de même chez tous les gens riches. A l'intérieur, c'étaient des femmes toujours occupées à déplorer leur sort, à jeter des imprécations... Le nombre des enfants que vous pouvez espérer ne dépend pas du grand nombre de vos femmes. Vous en pouvez choisir parmi elles
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une vingrtaîne des plus vertueuses» 6t renvoyer le reste chercher des maris. »
On dit que Youeng-ti prit fort bien cette remontrance et retrancha beaucoup de son luxe et de son ehtourage.
Son successeur, Tching-ti, avait au nombre de ses femmes une nommée Pan-Tsiei qu'il aimait beaucoup. L'ayant rencontrée un jour dans le jardin royal, il Tinvita à venir s'asseoir sur son char auprès de lui ; elle s'en excusa en disant : c Dans nos anciens tableaux on peint nos em« pereurs célèbres entourés de sages ; on représente, au contraire, ceux qui ont perdu les dynasties des Hia, des Chang et des Tcheou au milieu de femmes qui leur faisaient mener une vie molle et voluptueuse en les détournant des soins du gouvernement. Si je montais dans votre char, peut-être fournirions-nous aux peintres de notre temps un sujet qui ferait beaucoup de tort à votre majesté dans les siècles à venir.
L'empereur la remercia de ce ,bon conseil et l'impératrice se joignità lui pour l'en féliciter. Mais dans la suite, cet empereur s'éprit d'une autre de ses concubines, Tchao-sey-Yen, qui jouait la comédie. L'impératrice lui en ayant fait des remontrances, il la menaça de la dégrader de son rang et voulut lui substituer cette concubine.
Celle-ci commença par s'y refuser. Il n'en persista pas moins dans son dessein et con-
sulta, à cet effet, Timpératrice mère, cause première de ses débauches par les soins qu'elle avait mis à lui procurer les plus belles filles de l'empire. Elle ne l'approuva pas, mais il n'écouta que sa passion et cette femme, soit par ambition, soit par amour, se laissa investir du rang suprême. Bientôt après, l'empereur reporta son amour sur une autre, Tchai-y, qui s'empara entièrement de son esprit et l'entraîna dans de nouveaux désordres.
Voici un trait de courage de la part d'une femme et qui se rapporte à cette époque.
L'empereur Han-ngai-ti (an 6 av. J.-C.) se promenant un jour dans sa ménagerie, accompagné de plusieurs de ses femmes, un ours s'échappa et vint droit à lui ; une d'elles, Fong-chi, s'élança entre l'ours et l'empereur, l'animal se retira comme fasciné par cette énergique attitude. L'empereur la félicitant de cette intrépidité, elle lui dit: Je ne suis qu'une femme, ma vie importe peu au bonheur de l'Etat, mais vos jours lui sont précieux, et je devais me sacrifier pour les sauver. »
Ce dévouement la fit désormais distinguer par- . mi les autresfemmes, préférence qui excita la jalousie de la princesse Fou-chi. Celle-ci ayant cherché à la perdre dans l'esprit de l'empereur, Fong-chi se suicida de désespoir. Elle avait eu le courage de braver la fureur d'un ours, elle
n'eut pas celui de déjouer les menées d'une rivale.
A la mort de l'empereur Han-ngai-ti, Timpératrice mère s'empara du sceau de Tempire et prit en mains les rênes du gouvernement. Elle manda Tong-hein, le grand général, pour se concerter avec lui sur ce qu'il fallait faire dans la circonstance. Cet officier ne savait que répondre : Timpératrice lui dit que Ouan-mang, ayant tout réglé avec beaucoup d'intelligence, elle lui conseillait de se faire aider de ses conseils, Tong-hein envoya chercher Ouan-mang qui, en abordant Tong-hein, lui dit: « L'empereur est mort et vous vivez ! Avez-vous déjà oublié la tendresse qu'il avait pour vous ? • Puis, il alla trouver l'impératrice et lui dépeignit ringratitude de Tong-hein, avec des couleurs si noires qu'elle défendit à ce dernier l'entrée du palais. Tong-hein, accablé de cette défense, se crut perdu. Il se rendit, chargé de chaînes, à la porte du palais où se mettant à genoux le bonnet bas et dans la posture la plus humble, il implora la clémence de l'impératrice qui n'en tint aucun compte et le dépouilla de ses dignités au profit de Ouang-mang. Tonghein se donna la mort et sa femme imita son exemple.
Han-ngai-ti était mort sans postérité et sans
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s'être pourvu d'un successeur, Timpératrice mère et Ouang-mang", sans consulter les grands, choisirent de leur chef, le fils du prince de Tchong-chou, âgé seulement de neuf ans et petit-fils de l'empereur Han-yuen-ti. Ils le firent proclamer avec les cérémonies ordinaires sans la moindre opposition.
La Chine a eu ses Jeanne-d'Arc, des femmes qui se sont dévouées pour la défense de leur pays.
Au commencement de l'an 40 de notre ère, sous l'empereur Kouang-wouti, parut une femme, Tching-tse, qui entreprit de délivrer sa patrie natale, le Tong'-king, de la tyrannie d'un g-ouverneur qui la traitait avec beaucoup de dureté, d'injustice et d'exactions.
Après avoir cherché longtemps, avec sa'sœur Tchin-Eulh, les moyens d'exécuter ce projet elle parvint, sans faire connaître son sexe, à englober dans son parti plusieurs royaumes feudataires qui voulaient aussi recouvrer leur indépendance. Elle leur assigna un rendezvous pour les réunir. Quand elle se présenta pour se mettre à leur tête, ils furent bien surpris de voir que c'était une femme. Mais elle leur parla avec tant d'éloquence et de persuation qu'ils n'hésitèrent pas à la suivre.
Elle marcha bravement au devant des impériaux, gagna contre eux une bataille, leur prit
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soixante-cinq villes, puis se fit proclAmer reine de Kiaotchi.
L'empereur envoya contre elle une nombreuse armée commandée par le général Mu-yuen.
Tching-tsi soutint la lutte avec courage ; on la voyait partout le sabre à la main, animer les soldats par son exemple. Mais ses auxiliaires ayant lâché pied à la fin du jour elle fut entraînée dans leur fuite et périt les armes à la main. (1)
Uintégrité est une vertu très-rare dans les cours ; aussi les historiens chinois ont-ils consacré quelques pages au trait suivant.
L*an 60 de notre ère, Tempereur Han-ming-ti était sur le point de proclamer impératrice une de ses reines ; l'estime que l'impératrice mère portait au général Ma-youan lui fit jeter les yeux sur sa fille, Ma-chi, qui joignait à la beauté, la sagesse et la modestie. Elle l'avait introduite dans le palais de l'empereur avant son avènement au trône et lui avait fait obtenir le titre de reine. Un obstacle, pourtant, s'opposait à ce qu'on la déclarât impératrice, c'est qu'elle était privée de fils. L'impératrice mère suggéra à l'empereur de faire adopter par la reine le fils de Kia-ch'i, nièce du même général. Ma-chi montra beaucoup de tendresse pour ce fils et fut enfin proclamée impératrice.
(1) Grosier, Description de la Chine^ t. 3, p. 327.
Celte élévation ne Téblouit point. Elle ne s'occupa que de bien élever le jeune prince qui s'appliqua à de bonnes lectures et ne porta que des vêtements simples, même aux jours de cérémonie.
Les princesses du palais qui venaient lui rendre leurs devoirs deux fois par mois, s*étant aperçues que ses robes étaient de la soie la plus grossière, lui en firent l'observation ; elle leur dit qu'elle préférait cette soie parce qu'elle prenait mieux la teinture.
L'empereur la consultait sur les affaires les plus graves et lui laissait donner les ordres qu'elle voulait. Son fils adoptif Han-Tchang^-ti, une fois parvenu au trône, voulut, par reconnaissance, élever les parents de Ma-chi aux premières places de l'empire ; mais elle s'y opposa généreusement en déclarant qu'ils ne s'en étaient pas montrés assez dignes. Elle fit publier un édit où elle déclarait que les membres de sa famille qui seraient capables de gouverner des villes de premier et deuxième ordre seraient récompensés selon la loi de TEtat ; mais aussi, qu'en vertu de la même loi, les délinquants de sa parenté seraient sévèrement poursuivis.
Ainsi, ce fut une femme qui, la première, proclama en Chine, l'égalité des citoyens devant la loi.
Malheureusement, cette noble initiative demeura stérile, car l'empereur finit par nommer
104 hÊL FEMME EN CHINE.
princes ses oncles maternels à Tinsu deTimpératrice qui lui en fit des reproches.
L'impératrice, mère du jeune empereur Han- Chang-ti, en 106, avait été nommée régente.
Inquiète de la faible santé de son fils, elle songea à lui assurer un successeur en cas de mort et jeta les yeux sur le fils du prince de Tsing- Ho, frère du défunt.
A cette époque les campagnes furent ravagées par des pluies et des inondations. Suivant la coutume, on y vit de tristes présages pour Han-Chang-ti? La régente ordonna aux grands de retrancher de leur superflu et d'examiner leur conduite. Elle-même diminua son train et les impôts ; élargit des prisonniers ou commua leur peine. En Chine, comme ailleurs, les fléaux ont souvent eu pour heureux effets d'inspirer par peur, sinon par vertu, des actes qu'on n'aurait point accotnplis par une généreuse spontanéité. Le jeune empereur mourut, néanmoins; mais sa mère, au lieu de s'abandonner à sa douleur, s'occupa de pourvoir le trône d'un nouveau souverain. A cet effet, elle désigna Tsing-Ho, âgé de 14 ans. Puis elle publia un édît contre ceux de ses parents qui s'écarteraient de la ligne du devoir. « On frémit , dit-elle , des a maux que les parents de l'impératrice ont a causés : ces exemples me font trembler pour « les miens. S'ils ont du mérite il est juste de
« les élever ; s'ils se comportent mal, ils doivent « être punis plus sévèrement que les autres.
« Aussi je déclare, qu'à l'avenir, ils seront excep- « tés des amnisties et que, quoique leurs fautes « fussent pardonnables pour tout autre, ils n'ob- « tiendront aucun pardon. »
Dans cette belle déclaration, la rég'ente semble s'être pénétrée de l'exemple laissé par Timpératrice Ma-Chi, qu'elle a même dépassé en mesurant le châtiment au rang du coupable, considérant qu'un fonctionnaire est d'autant plus criminel que la haute position et le développement moral qu'elle suppose, impliquent de plus nombreux devoirs et une plus grande responsabilité.
C'est sous Ho-ti (de 89 à 106 après notre ère), que parut la seule femme de lettres dont s'honore la Chine, Pan-Hoeï-Pan. Elle avait reçu comme ses deux frères une forte instruction. Mariée à 14 ans, et devenue bientôt veuve, elle partagea les travaux de son frère, Pan-Kou, historiographe de l'empire. Après la mort de celui-ci, l'empereur la chargea de continuer l'œuvre commencée et la nomma maîtresse de poésie, d'éloquence et d'histoire, auprès de la jeune impératrice. (1).
Pan-Hoeï-Pan fit un livre intitulé ffan-Chou contenant l'histoire de douze empereurs de la
(1) Mémoires sur les Chinois, t. III, p. 361 et suir.
dynastie des Han ; puis un autre ouvrage en sept chapitres sur les devoirs de la femme, dont nous parlerons plus loin.
Si les Chinois supportaient patiemment le joug" d'une femme devenue impératrice en vertu de la loi, ils n'acceptaient point avec la même docilité celui d'une souveraine élevée au pouvoir par le seul caprice impérial, au mépris des lois fondamentales et des rites traditionnels du pays.
L'empereur Han-Chang-ti (en 133) ayant élevé sa nourrice Song-ngou, au rang de princesse et de gouvernante du royaume de Chan- Yang, un ministre lui fit observer qu'il était inouï de voir un empereur revêtir sa nourrice de titres et de charges de cette importance; l'empereur ne tint pas compte de Tavis.^ mais un tremblement de terre étant survenu, la superstition populaire ne manqua pas de l'attribuer à cette conduite. Effrayé, l'empereur destitua la nourrice.
Plus tard, elle obtint la restitution de ses dignités, mais elle finit par être disgraciée sans retour, pour avoir trempé dans une conspiration.
Voici encore un trait de courage et de magnanimité qu'on aime à retrouver dans les annales de tous les peuples.
Sous Han-ling'-ti (en 177) Tchao-pao, ayant été nommé gouverneur de Leao-Fi, des Tartares envahirent ses Etats et firent sa mère captive. Tchao-Pao, étant venu pour la délivrer, les Tartares la placèrent à l'entrée de leurs retranchements en menaçant de la tuer au premier mouvement offensif que ferait son fils.
Mais cette femme courageuse lui ordonna d'attaquer, ajoutant que s'il faiblissait il dérogerait aux nobles sentiments qu'elle lui avait inculqués. Tchao-Pao fit charger Tennemi et le mit en fuite. Mais le combat terminé, il trouva le corps de sa mère que les barbares avaient massacrée. Il le fit déposer dans la sépulture de ses ancêtres.
Sous Hien-ti, en 204 de notre ère, un fait d'un autre genre honora aussi les femmes.
Sun-y, gouverneur de Tan-Yang, avait un femme belle et spirituelle nommée Siu-Chi. Un de ses principaux officiers, Koué-Lan en étant devenu amoureux, fit assassiner Sun-y ; quelques jours après il vint trouver la veuve et lui proposa sa main. Sachant qu*il était Tauteur du meurtre, elle feignit de Tignorer pour mieux assurer sa vengeance et le pria de lui permettre seulement de rendre les derniers devoirs à Sun-y. Puis, elle fit avertir deux anciens officiers de Sun-y, pour Taider dans Taccomplissement de son projet. Au jour iési-
çt:4. apr^j les ^êrén:z.:es : -nèbres, elle quitta le îr'iil. âc rari avrir zii^aii:ea^e, affecta m4z:r u:i rerra::: iir ie g^:ê. rentra chez ell e y caria les irnx :îf rlers. f: naader Eoué- Lan, lu: rerziît de s':nTr:»i:iire dans ses appart&zieL:s e;. sur un s:^? .r;»nveïiu, ces hommes £e;e:rre=.: sur lu: e: le rièreni. Elle reprît alors ses hikbl*^ ie deuil, e: jrona la tète de l'assassin sur le tonc-eau de son mari.
Ctft a^te lui concilia l'estime et l'admiration de tous. Ainsi, loin de la blâmer de s'être fait juàtice elle-même on l'en félicita. Cela prouve combien à cette époque, les lois étaient imparfaites.
Dans le 3« siècle de notre ère, sous l'empereur Tcin-Wou-ti, des comédiennes et des danseuses au nombre de o.çiOj remplissaient le sérail du roi suzerain Ou, alors maître de Xan-king.
Wouti s'empara de ses états en 281. Puis, croj'ant n'avoir plus d'ennemis à combattre, cet empereur s'abandonna à l'oisiveté et aux débauches. Il fit faire un char magnifique auquel on attelait des moutons, et S6 montrait en public entouré de femmes qui se disputaient ses faveurs et qui entretenues avec une grande somptuosité, occupaient un splendide palais préparé pour elles. Il institua une sorte de régi< nient composé de femmes de la plus haute élégance, lesquelles, montées sur des coursiers
légers et jouant de toutes sortes d'instruments servaient de gardes du corps à Tempereur. (1)
Le règne de son fils Tçin-hou-ti, fut troublé par les intrigues de la seconde impératrice, Kia-chi, femme violente et cruelle qui, sous le règne précédent, avait tué de sa main plusieurs personnes et blessé des femmes enceintes pour les faire avorter. Tçin-wou-ti avait voulu la dégrader, quoiqu'elle fût femme légitime du prince, son héritier. Il en fut détourné par l'impératrice Yang-chi. A la mort de cet empereur, Kia-chi, au lieu de reconnaître ce service, résolut de perdre Yang-chi et son père. Elle s'entendit pour faire périr ce dernier avec deux eunuques, puis elle fit accuser et exiler l'impératrice.
Kia-chi, dans les premiers temps, sut habilement déjouer les complots ourdis contre elle et disposa des plus hautes charges de Tempire en faveur de ses créatures.
L'impératrice mère lui portant ombrage, elle fit mourir de faim et enterrer sans honneur celle que ses* bienfaits et son rang devaient lui rendre doublement respectable. Grâce à la disparition successive de tous ses adversaires, cette femipe odieuse put régner sans partage et la Chine fut tranquille pendant plusieurs années
. (!) Pauthiep, La Chine, t. I", p. 272.
mais, en 299 des troubles surgirent de nouveau à la cour. Le prince héritier étant deventj fier, intraitable et débauché, le ministre Kia-my se concerta avec Timpératrice mère pour le perdre. A cet effet ils Ténivrèrent et profitant de son trouble momentané, lui firent signer un écrit fort compromettant qu'ils s*empressèrent défaire connaître à Tempereur. Il faut croire que ce dernier avait un intérêt quelconque à ne point trop examiner l'origine de ce document suspect ou qu'il se conduisit, en cette occasion, avec une grande légèreté; toujourâ est-il que le prince héritier fut dépouillé de ses dignités.
Des eunuques essayèrent de conspirer, en sa faveur, contre l'impératrice* C^était s'attaquer à forte partie. En effet, celle-ci, rompue dès long* temps à ces sortes de tentatives, déjoua tous leurs efforts et fit empoisonner les partisans du prince et le prince lui-même.
Toutefois, on finit par éclairer l'empereur sur la ténébreuse et criminelle conduite de Timpé-* ratrice ; elle fut dégradée» puis enfermée. Cependant, son existence même était une menace perpétuelle et l'on pouvait s'attendre à toutes les audaces de la part d'un esprit aussi pervers, décidé h ne reculer devant rien, comme le prouvaient ses antécédents. Aussi l'empereur ne vit* il d'autre moyen d'assurer sa propre sécurité, qu'en la faisant disparaître à son tour par
LA FÉMiiE EN' CtllNE. 111
remploi du poison dont elle avait été si prodigue pour Buttui*
Ce nouvel exemple et d'autres qui vont suivre prouvent que des femmes armées du pou* voir absolu ne le cèdent point aux hommes en injustice et en cruauté; mais ce qui surtout fessort de ces faits, c'est que l'autorité personnelle est, dans toutes les mains, un instrument dangereux pour ses détenteurs comme pour ses victimes.
Après tant d'actes de sauvagerie, l'esprit aime à s'arrêter sur des faits d'un tout autre caractère*
En 306, sous Tcîn-hoei-ti, la ville de Ning- Tclieou, étant assiégée et son gouverneur étant mort, la fille de celui-ci assembla ses officiers et les exhorta à se défendre vaillamment, leur promettant de faire lever le siège aux ennemis. Ses efforts ne se bornèrent pas à deà paroles ; elle paya de sa personne et, se mettant à la tète des troupes, elle tomba sur les assiégeants, les repoussa et délivra la ville.
Vers la fin du IV® siècle, sous l'empereur Tcinhiao-ti, la ville de Siang-yang étant assiégée par les Tartares, la mère du gouverneur, Han-chi fit prendre les armes aux femmes et, marchant à leur tête, se dirigea avec elles vers les murailles de la ville qu'elle fit occuper. Les ennemis ne tardèrent pas à commencer l'attaque ; Han-chi se défendit vigoureusement. Ce siège dura près
112 LA F£MMIfi £N CUIMf.
d'un an, mais la place fut enfin rendue par une trahison. Le prince Fou-pi, le vainqueur, maître de la ville dont on lui avait ouvert les portes pendant la nuit, se montra aussi généreux que Han-chi avait été brave ; il reçut son père, Tcliusin, avec toute sorte d'honneurs, lui ofiFrant même, mais en vain, les premiers emplois de sa cour; de plus, il fit mourir ceux qui lui avaient livré la place.
La coquetterie est de tous les temps et de tous les pays ; ainsi, les femmes, en Chine comme ailleurs, n'ont jamais aimé qu'on leur dit leur âge. Voici comment une princesse chinoise se vengea de cette impolitesse.
L'empereur Tçin-Hiao-wou-ti, qui régna vers la fin du IV* siècle, avait, dans une orgie, plaisanté sur l'âge de la princesse Tchang-ti, lui disant que, bientôt arrivée à trente ans, elle devait songer à la retraite. Celle-ci, cachant son dépit, continua de rire et de verser à boire à l'empereur, puis profitant de l'ivresse où elle avait réussi à le plonger, elle se jeta sur lui et rétouffa. Pour éloigner les soupçons elle répandit le bruit d'une mort causée par ses excès. (1) C'était se venger bieu cruellement d'une mauvaise plaisanterie.
L'empereur Lîeou-tsong avait épousé une princesse de sa propre famille qu'il avait fait
{[) Grosier, Histoire générale de la Chiney t. IV.
reconnaître impératrice et pour laquelle il conservait une violente passion, à cause de ses qualités spirituelles et de ses agréments physiques. Il fit bâtir pour elle un magnifique palais. Tchin-yuen-ta, un des premiers officiers de sa cour, jugeant cette dépense onéreuse, lui envoya un placet où il faisait des remontrances.
Lieou-tsong, à la lecture de ce placet, devint furieux; il ordonna qu'on fît mourir sur le champ Tchin-yuen-ta, sa femme, ses enfants et toute sa famille.
La princesse voyant que la famille de Tchinyuen-ta, allait être exterminée à cause d'elle, envoya ordre de suspendre l'exécution de l'arrêt et écrivit à l'empereur :
« Le palais de votre Majesté est fini, il est inutile d'y retoucher ; tout l'empire ne vous étant point encore soumis, vous ne sauriez trop ménager la vie de vos peuples. C'est un grand avantage pour votre famille d'avoir un homme de la droiture de Tchin-yuen-ta, il mérite d'être libéralement récompensé, et au lieu de cela j'entends que vous voulez le faire mourir. Ah ! que dirait tout l'empire ? des sujets aussi intègres font bien voir qu'ils n'ont réellement à cœur que votre gloire et le bien de vos états, et un souverain qui les souffre h ses côtés et qui les écoute avec plaisir, prouve qu'il sait, quand il le faut, sacrifier ses intérêts à ceux de son peuple. Votre majesté veut me faire bâtir un magnifi
114 LA FSMME £N CHINE.
que palais; un grand Texhorte à ne 1q paa faire, et pour cette raison elle voudrait le faire mourir ! Mais si cela éloigne de vous vos plus fidèles sujets et les empêche de vous parler avec franchise, n*en serais-je pas la cause ? Si on s'en plaint h la cour et dans les provinces, et qu'il en résulte du tort à votre réputation, n'en serais-je pas encore la cause? Si les sages apprennent la mort d*un homme qui vous sert aux dépens de sa propre vie ; s'ils abandonnent vos intérêts pour se donner à vos ennemis, ne dois-je pas aussi me le reprocher? Tous les maux dont l'empire peut être aflligé et cette occasion retomberont sur moi ; comment pourrai-je en soutenir le reproche ? J'ai remarqué avec chagrin dans notre histoire que, depuis l'antiquité la plus reculée jusqu'à nous, les plus grands maux qu'a éprouvés l'empire ont presque toujours été occasionnés pour des femmes, et j'avoue que cette considération m'a frappée, et je me sens pénétrée de crainte sur ma conduite.
Or, je me vois sur le point d*être citée dans nos annales au nombre des femmes dont je viens de parler. J*ose demander à votre Majesté qu'elle me fasse mourir dans le palais où je suis, plu* tôt que de m'en faire construire un autre. »
Lieou-tsong lut ce placet deux fois et en fut touché ; il envoya chercher Tchin-yuen-ta lui remit l'écrit de la princesse, et lui dit : « Vous êtes mon sujet et je suis votre prince; suivant l'ordre,
LA'FEMMB E^ï CHINS. lia
c'est VOUS qui deviez me craiudre, maiji, par votre zèle et votre droiture vous avez trouvé le secret de vous faire craindre de votre maître. » Et il lui reudit la liberté.
Sous l'empereur Lioou-yn, dans le V* siècle do notre ère, le prince de Ouéi, To-pa-hongr, gouver^» nait son État avec une rigoureuse justice. Deux frères, Li-fou et Li-y, officiers de la cour, ayant été convaincus de malversation, furent [condamnés à mort et exécutés. La princesse mère, Fong' clii, qui les tenait en grande estime, n'ayant pu les sauver, résolut de les venger ; elle fit secrètement empoisonner son propre fils, puis s'empara du gouvernement pendant la minorité de son petit-fils. Elle s'en acquitta du reste sihabi* lement, qu'elle sut faire oublier son crime aux yeux d'uu peuple qui toujours courba la tête devant les faits accomplis.
Cependant Fong-chi fut une marâtre pour le jeune prince et l'accabla de mauvais traitements. Lui, au contraire, montra, h son égard, un grand respect, et lorsqu'elle mourut, en 489, il pleura pendant cinq jours auprès du cercueil sans boire ni manger et porta son deuil pendant les trois ans exigés par les rîtes. Il faut croire qu'il Ignorait la mort tragique de son père.
Sous Wou-tî, empereur de la Chine méridionale (en 525) la princesse Hou-chi fut élevée au
116 LA FEMMB BH CHIKK.
rang: d'impératrice dans Fétat de Weî. C'était une femme d'esprit et de savoir ; elle s*empara du gouvemement et, pour consacrer son usurpation , voulut elle-même faire un sacrifice au Tien (seigneur du ciel}, aux lieu et place du prince Yuen-hiu qui était trop jeune. Elle s'autorisa de l'exemple de l'impératrice Hochi, sous la dynastie des Han, qui avait, dit-on, sacrifié aux ancêtres, quoique cela ne fut permis quaux hommes. G«t acte audacieux, fut très mal vu dans l'empire, mais comme toujours on le pardonna à l'audace.
Enfin, elle entreprit une guerre contre l'empereur Wou-ti. Le chef, Tchang-tsi, apprenant quePao-kia-long, gouverneur de Tsé-tong, était malade,^assiégea la place, mais elle fut vaillamment défendue par Lieou-clii, femme du gouverneur, qui se mit à la tète de la garnison. Après deux mois de siège, le lieutenant de la place résolut de la livrer secrètement.. Liequ-chi en fut avertie; elle l'appela à un. conseil, lui fit avouer son dessein, et lui fendit la tête d'un coup de sabre. Cet exemple d'énergie et de sévérité encouragea la garnison à continuer la défense et l'ennemi se retira.
Hou-chi s'étant adonnée au Bouddhisme, lui fit élever deux magnifiques temples ; ce qui excita des oppositions et des remontrances de la part des hauts fonctionnaires attachés à la doctrine
de Koung-tseu, d'autant plus qu'elle y employa Targuent du trésor public et chercha des ressources dans la réduction des appointementsi des mandarins ; acte fort peu politique qui devint une cause de désaffection de la part de ceux-ci. Des complots furent tramés pour réioigrner de son fils; mais elle sut les déjouer et devint de plus en plus audacieuse. Elle affectait dans ses toilettes de ne se point conformer aux usages et poussait la témérité, grande en Chine, jusqu*à sortir du palais en se montrant à tous les yeux.
Cependant un de ses ministres, Yuen-chuu osa lui adresser ces remontrances. Il lui dit :
« Nous lisons dans le Li-King qu'une femme qui a perdu son mari doit se regarder comme à moitié morte. Elle ne doit porter ni or, ni perles, ni pierreries. Vous êtes la mère de l'empereur, vous avez presque quarante ans ; en vous parant comme vous le faites, [espérez-vous que dans la suite, on vous présentera comme un modèle à suivre? »
On ne sait qui doit étonner le plus : de l'audace de ce langage ou de son impunité. Hou-Chi n'en tint point dé compte et ne mit plus de bornes à son ambition. Son fils étant en âge de régner, elle s'efforça de le détourner des affaires ; mais dans la suite le jeune prince dut prendre la direction de l'empire, parce que, grâce à une si détestable administration, de grands désordres 3étaient survenus.- Cette résolution déplut à la ter-
118 lA FBMMR EH CHINE,
rible HoU'Chi, Aidée de ses favoris elle se dé* barrassa du jeune homme par le poison et régna seule plusieurs années sans encombre; après quoi elle désigna pour l'empire son neveu Yuenchao âg>é de 5 ans (en ^2S) et se fit déclarer régente. Toutefois, son nouveau pouvoir ne dura pas longtemps. Une formidable conspiration éclata; les favoris delà régente menacés de près s'enfuirent. Pour sauver sa vie, Hou-chi coupa ses cheveux, déclara qu'elle renonçait au mon* de et se fit bonzesse ; mais on s'empara d'elle et on la noya.
Les Chinois supportaient volontiers un pouvoir despotique, tant qu'il durait, mais une fois tombé, ils ne faisaient point de quartier à ses complices.
Nous avons déjà fait remarquer que le désordre des cours était dû principalement au nombre considérable de femmes etd*eunuques qui les remplissaient et se livraient à toutes sortes d'intrigues. Les plus sages empereurs le réduisirent autant qu'ils purent. Ainsi Tem* pereur Taï-tsoung, en 626, commença son rè^ gne par congédier 3000 femmes du palais, et les renvoya à leurs parents. Il proclama ensuite impératrice Tchang-sun-chi sa femme, princesse versée dans Tétude des anciens livres. Elevée en dignité, celle-ci n'en conçut point d'orgueil ; elle réduisît le luxe de ses vê-
LA. FSy^MK K:< chine, 119
tementâ et de son cortège, et refusa toujours de se mêler aux aflPaîres du gouvernement, parce qu'elle les croyait en dehors des attributions de la femme. L'empereur Tinterrogeaut un jour sur ce sujet, elle lui. cita ce proverbe: c Quand la poule chante le matin, un grand malheur est sur le, point d'arriver h la maison. >
Son premier soin fut l'éducation de ses enfants. Le prince héritier, ayant embrassé la doctrine des Tao-ssé, et ayant proposé à sa mère, lorsqu'elle était malade, d'accorder une amnistie générale et de faire venir des Tao-ssé pour obtenir du ciel son rétablissement, elle lui dit : « Le Chang-ti (être suprême) est l'arbitre de la vie et de la mort, les. hommes n'y peuvent rien ; les princes doivent répandre des bienfaits et des grâces, mais tout criminel ne mérite pas de pardon. La religion des Tao-ssé et des Hochang est remplie d'impostures, l'empereur Ta toujours rejetée et il faut respecter sa volonté. »
Se sentant près de mourir, elle dit à l'empereur : « Je Vous prie de ne pas employer l'argent du trésor pour m'élever un tombeau ; je veux être enterrée comme un simple sujet ; le bonheur des hommes ne consiste point dans la magnificence de leurs tombeaux, mais dans les vertus qu'ils ont pratiquées et les exemples qu'ils en laissent aprè^ eux.... Ecartez les flatteurs et
ceux dont la vertu vous sera suspecte.... diminuez, autant qu'il se pourra, les impôts. Suppri-. niez'ces chasses et ces voyages qui coûtent des frais immenses et tombent à la charge du peuple. »
Ces sages paroles révèlent une digne élève de Koung- tseu. A sa mort, on trouva un livre qu elle avait composé pour sa propre instruction : c*était Thistoire des femmes qui avaient régné, accompagnée de réflexions sur leur con* duite et sur leurs qualités.
Ses funérailles se firent avec une grande magnificence.
Après la mort de Taï-tsoung, en .649, toutes les princesses jeunes et vieilles de la cour se retirèrent dans un couvent bouddhiste pour y passer le reste de leur existence. Le nouvel em.pereur, Kao-tsoung, s'étant épris d'amour pour une concubine de son père, la princesse Wou^ héou, la fit venir dans le palais. Wou-héou très attentive à le servir, s'empara tellement de son esprit qu'elle vint à bout de faire tomber le <îrédit de l'impératrice. Etant accouchée d'une fille, elle l'étouffa et persuada à Tempereur que c'é-tait l'impératrice qui avait commis ce meurtre. Or, comme l'impératrice était la seule personne qui l'eût visitée, l'empereur n'en douta point et la dépouilla de son rang en faveur de Wouhéou.
Celle-ci, reçut en outre le titre de reine céleste (Thian-héou). Le premier usage qu'elle fit de son pouvoir, fut de faire enfermer Timpératrice dépossédée, ainsi que la première des reines. L'empereur étant allé visiter ces deux princesses qu'il aimait toujours, Wou-héou les fit mutiler, noyer dans un vase rempli de vin, et poussa l'atrocité jusqu'à outrager leurs cadavres.
Grâc à l'imbécillité de l'empereur, qui lui abandonna le gouvernement, elle fit nommer héritier son fils, Li-hong, destituer Li-Tchong, qui avait été déclaré prince héritier, massacrer les plus proches parents de l'empereur, dont lef crédit lui portait ombrage, et enfin élever en dignité ses propres parents.
Elle gouverna, du reste, avec beaucoup d'habileté, et l'empire jouit pendant plusieurs années d'une paix profonde, la terreur aidant.
A la moindre résistance des hauts dignitaires, elle les envoyait à la mort, confisquait leurs biens, et condamnait leurs femmes et leurs enfants à l'esclavage. Elle fit mourir aussi Li- Tchong, qui lui portait toujours ombrage et éleva le prince Li-hien au rang d'héritier, mais avec le dessein de lui substituer bientôt quelqu'un de sa propre famille.
Un jour, ayant surpris un entretien secret entre Li-hien et la première reine, femme de l'empereur, elle en conçut de l'ombrage et ré-
132 hk FJBMME EN CniNE.
solut de prévenir une conspiration. Elle fit répandre le bruit qu'il avait fait assaissiner un fonctionnaire de la cour et voulait se révolter. Par suite de cette délation un grand nombre de personnes qu'elle désigna comme complices de Li-bien furent arrêtées et mises à mort. Elle fit déchoir Li-bien et mettre à sa place Li-tcbé, Malgré tant d'intrigues et de cruautés, elle sut si bien conserver son crédit sur l'esprit de l'aveugle empereur, qu'en mourant,, celui-ci recommanda à son fils Tchoung-tsoung de ne rien faire sans la consulter.
Cependtint, dès son avènement au trône qui eut lieu en 683, le nouveau monarque résolut de faire acte de souveraineté. La princesse Oueïchi, sa première épouse, fut par lui déclarée impératrice et le père de celle-ci élevé h l'une des plus hautes dignités de l'Empire, Mais Wou n'était pas femme à se laisser déposséder sans résistance ; elle rassembla les grands en sa qualité d'impératrice mère, fit prononcer la déchéance de son fils et proclama empereur le prince Li-tan ; son épouse Liéou- chi reçut le titre d'impératrice et son fils Li-tching-ki celui de prince héritier ; puis, elle demeura maîtresse de l'Etat. ^
Pour combler insensiblement la distance qui séparait sa famille du trône, Wou fit construire 7 miao ou salles destinées aux cérémonies des
ancêtres, ce qui était le privilège exclusif de la famille impériale et destitua de leur chargée les princes de la famille impériale. Ceux-ci se révoltèrent et publièrent un manifeste relatant tous les crimes de Wou. Puis, ils levèrent chacun des troupes sépatées. Cette division de force, permit à leur ennemie de les réduire les uns après les autres. Ils furent pris et massacrés avec tous ceux que Von soupçonna leurs complices.
Dès lors, ivre d'orffueil, elle osa, contre tout précédent, revêtir les habits de cérémonie réservés aux empereurs et célébrer un sacrifice auquel tous les grands assistèrent ; elle accorda une amnistie générale et se rendit dans la salle des ancêtres, avec tout l'appareil de l'ancienne dynastie des Tcheou.
Elle n'en resta pas là.
Elle poussa la folie jusqu'à faire effacer des registres tous les, noms des enfants mâles appartenant à la dynastie légitime et déclara qu'à l'avenir la famille impériale porterait le nom de Wou et non celui de Li.
Pour éprouver le dévouement des fonctionnaires publics, elle leur accorda la plus complète liberté dans leur avis sur les affaires du gouvernement. Elle reçut de quelques-uns d'entre eux, qui ne s'en méfiaient pas, des observations en faveur de l'empereur, retenu par elle dans la .captivité. Ceux-là furent mis à mort
sans pitié ainsi que toutes les personnes qui lui furent dénoncées dans ces correspondances secrètes.
Au rebours de la vraie justice, elle disait qu'il valait mieux faire mourir cent personnes innocentes que d'en laisser échapper une seule coupable de révolte. Sous couleur d'impartialité, elle fit périr ceux qui lui envoyaient des plaintes sur des faits authentiquement prouvés. C'est ainsi qu'un jour ayant reçu plus de mille plaintes, elle livra au supplice 850 de leurs auteurs, parce qu'ils n'avaient point donné de preuves à l'appui. Ces horribles exécutions eurent toujours l'avantage de punir les délateurs.
Cependant les flatteurs et les courtisans no lui firent point défaut.
Les chefs de la secte des Ho-chang lui dédièrent un ouvrage dans lequel ils essayaient de prouver qu*elle était fille de Fo (Bouddha) et qu'elle devait succéder à la dynastie des Tang comme maîtresse de l'empire. Elle fit répandre ce livre dans les provinces et bâtir des temples en rhonneur de Fo.
Voici comment un missionnaire résume l'existence de cette reine :
« Wou-Heou, dit le P. Amiot, entreprit et exécuta impunément les choses les plus extraordinaires et les plus opposées à l'esprit gé-
néral et aux mœurs de la nation. Elle usurpa le droit exclusif qu'ont les empereurs de sacri* fier solennellement au Chang-ti; elle eut des salles particulières pour honorer publiquement ses ancêtres; elle fit donner des grades de littérature à ceux qu'on examinait sur la doctrine du livre de Lao-Tseu, comme à ceux qu'on examinait sur les king ; elle s'arrogea des titres que personne n'avait osé pi^endre avant elle ; elle fit tout cela, et les zélateurs des anciens rites se turent; et ce redoutable corps de lettrés, qui avait bravé autrefois toutes les fureurs. de Thsin-cbi-hoang-ti, par les représentations les plus fortes et souvent réitérées, plia humblement devant elle et osa àpeine se venger, par quelques plaisanteries, de toutes les insultes qu'elle, lui faisait subir. Elle fit périr plus de monde à elle seule, que n'en firent périr les empereurs les plus cruels. Elle dévasta la maison impériale par l'exil, la prison et la mort; elle fit des plaies'horribles atout l'Empire ; et les tristes restes de la famille impériale, ainsi que tous les corps mutilés de l'Etat, la servirent à l'envi avec un zèle que l'on a de la peine à concevoir. Les princes prirent à cœur ses intérêts ; les tribunaux respectèrent ses ordres et les firent exécuter avec rigueur. »
Personne n'osait braver ce pouvoir odieux.
Mais la vieillesse avertit peu à peu l'usurpatrice que le temps de choisir un successeur étaitvenu.
Ses deux neveux, également ambitieux, la pressaient de fixer sur eux son choix.
De son côté, sou ministre Ti-gin-kiei rengageait à désigner pour le trône l'un des fils de Temperaur Kao-tsoung, « Il est inouï, lui disait-il, de préférer ses neveux h ses propres enfants pour en faire ses héritiers, et si vous choi* sissess un de vos neveux, il sera forcé, dans les cérémonies des ancêtres, de substituer le nom de son père au vôtre. »
L'impératrice, pour calmer les esprits agités par cette question, fit demander Tchoung-tsoung qu'elle avait dépossédé, lui donna le nom de Wou qui était celui de sa famille à elle et l'institua généralissime des troupes qu'elle voulait envoyer contre les Tartares,
Digne fils de sa mère, Tchoung-tsoung fit assassiner les deux neveux ses compétiteurs et par ce coup décisif obligea l'impératrice mère à lui restituer le pouvoir. Elle lui remit le sceau de l'Empire et se retira dans son palais isolé. Ces événements eurent lieu à la satisfaction du peuple, lassé des violences de ce règne. Le nouveau monarque rendit le nom de Tang èi sa dynastie, nom que Wou-héou avait voulu abolir, puis il remit en vigueur toutes les coutumes de ses ancêtres. Mais à son tour, il ne tarda pas à se laisser dominer par sa femme Wei-chi dont la présence avait adouci sa captivité et que, par
reconnaiâBance, il laissa maîtreâseda erouverae« ment. Cette femme était toujours à ses côtés, soit qu*il donnât audience» soit qu îl assistât au conseil. Un de ses ministres osa lui faire des observations : c Vous n'ignorez pas, lui dit-il, la maxime de nos anciens sagres, que si la poule ohante trop matin, les affaires de la maison sont en srrand danger. Nous ne lisons pas dans Thistoire qu'aucun prince ait introduit des femmes dans le gouvernement, sans se perdre lui-même; vous pouvez laisser Timpératrice gouverner le palais, mais non les affaires de TEtat. »
L'empereur ne tint aucun compte de ces remontrances. Acette époque, fut introduite dan*s le palais une femme nommée Wan-eùlh, douée d'esprit et de charmes qui écrivait avec élégance et comprenait les questions les plus ardues. L'impératrice en fit sa confidente.
Wou-san-ssé, neveu de Wou-heou, qui avait un emploi dans le palais, se servit de Waneulh pour élever sa famille au premier rang ; il profita de l'affection que lui témoignait Waneulb, laquelle s'employa si bien en sa faveur auprès de l'impératrice Wei-cbi, qu'il obtînt toute sa confiance ; mais l'empereur, averti de ces intrigues, chassa le prince de son palais.
En 705, mourut la trop fameuse Wou-heou,
Grâce à l'indolence du nouvel empereur, Weichi demeurait souveraine maîtresse de la cour.
128 LA fëmmb en chine.
Elle se livra ouvertement aux désordres les plus honteux tout en travaillant sourdement à le détrôner au profit de la famille de Wou. Dans ce but, elle se concerta avec la princesse Ngan-lo, et d'autres complices et empoisonna l'empereur en lui faisant manger un gâteau qu'il aimait beaucoup. Puis elle supposa un ordre écrit de l'empereur par lequel Li-tchong-mao, âgé de 16 ans, était désigné comme son successeur et ellemême régente de Tempire. Elle prit possessipn du gouvernement. Mais elle avait compté sans le frère du défunt qui, à la tête d'un parti puissant, vint assiégrer le palais et fit massacrer les princesses et leurs favoris. (1) Ainsi finit la période du règne des femmes en Chine.
Cependant une nouvelle tenjative eut encore lieu à la mort de l'empereur Mou-tsoung de la part des eunuques pour élever l'impératrice au trône ; mais celle-ci refusa en disant : « Je ne veux pas faire revivre le temps de l'impératrice Wouheou ; dans ma famille, nous voulons suivre les voies de la justice et ce n'est pas aux femmes à gouverner l'État: mon petit-fils a des ministres; retirez-vous. »
Si ces paroles dictées par Un beau désintéressement ont été réellement prononcées, elles prouvent que cette femme était bien digne ellemême de régner.
(1) Gposier, Histoire de la Chine ^ t. VI.
hiL femme; £N 0UIN£. 1^0
D'autres paroles fort sages ont été également attribuées à TimpératriceTou-chi, mère de Tempereur Taï-tsou (en 961). Etant tombée malade et sentant sa fin approcher, elle fit demander son secrétaire, Tchao-pou, et demanda devant lui, à Tempereur, s'il savait ce qui lui avait fait obtenir l'empire :
« Ce sont, dit-il, les vertus de mes ancêtres, celles de mon père et les vôtres. » — « Vous vous trompez, répondit-elle ; c'est parce que Koung-ti, qu'on avait mis sur le trône, n'était qu'un enfant ; s'il avait été en âge de commander, auriez- vous pu l'obtenir?... Je considère que l'empire étant fort étendu il faut pour le gouverner un homme mûr, ce qui sera un grand avantage pour votre famille si cela peut toujours durer ainsi. » Elle fit écrire ses derniers ordres par Tchao-pou; l'empereur, les larmes aux yeux, s'agenouilla devant elle et lui jura d'en tenir compte.
Le prince de Chou ayant été à cette époque, chassé honteusement de ses Etats et étant mort, peu après, sa mère, Li-chi, au lieu de le pleurer, prit une coupe de vin et versant le contenu, s'écria devant son conseil : « Tu n'as pas voulu périr glorieusement. Je n'en suis pas morte de honte tant que tu vivais, mais maintenant je rougirais de vivre encore. » Et elle se laissa mourir de faim.
130 L\ f*GMM& EN CUIKG.
Voici un exemple de sagesse politique de la part d*une femme :
L'empeteur Gin-tsoung étant monté sur Id trône (en 1025), h Yàge de 13 ans, Timpératricô mère, Lieou-chi, gouverna pendant sa minorité. Plus soucieuse du bien-être général que la plupart des souverains, elle commença par soulager le peuple de quelques impôts. Un tribunal fut chargé d'exécuter cette mesure qui s'étendit aux droits jusqu'alors en vigueur sur le sel et le thé.
Le 1'* jour de Tan 1027, anniversaire de la naissance de Timpértitrice, son fils voulutlui ren* dre hommage. Elle lui fit dire qu'elle le dispensait de cette cérémonie ; l'empereur persista néanmoins et le cérémonial eut lieu avec utte grande magnificence.
A l'occasion d'une comète, en 1033, cette sou-^ veraine voulut accomplir la solennité qui se célébrait dans la salle des ancêtres et dont, jus* qu'alors les femmes avaient été exclues. Malgré les représentations des dignitaires de l'empire > jaloux des prérogatives de leur sexe, l'impératrice mère, revêtue des insignes impériaux et suivie d'un nombreux cortégfe, acheva la cérémonie selon le rituel ordinaire. Cet acte était une sorte de protestation contre l'exclusion de la femme des pratiques religieuses officielles*
Pendant vingt ans elle gouverna l'empire avec habileté. Ne voulant point le livrer aux hasards
d*un règne auquel rincapacité de son fils ne présageait aucune sécurité, elle désigna Yangchi, la première des reines concubines de Tempereur, dont la prudence et Thabileté lui inspiraient une grande confiance.
Cependant, les grands protestèrent contre cette continuation de la régence, le tribunal des censures déclara ne point vouloir sanctionner ces dispositions, et les autres dignitaires de la cour ayant appuyé cette décision, provoquée par le président Taï-tsI, Tempereur Gin-tsoung prit possession du pouvoir.
Mais sa faiblesse de caractère ne pouvait man* quer d*avoir des conséquences funestes non-' seulement pour ses Etats, mais encore dans son propre intérieur.
Deux reines concubines obtenant de lui une préférence très marquée, l'impératrice, Kouocliî, à qui elles manquaient de respect s'emporta en violence contre elles. L'une d'elles s*en plaî* gnait un jour à l'empereur, lorsque Timpéra-* trîce apparaissant tout-à -coup donna à sa rivale un soufflet et s'apprêtait à recommencer, lorsque l'empereur, intervenant pour l'empêcher, reçut lui-même le coup. Il voulut alors la dégrader de son titre et la répudier. Les censeurs ayant formé une enquête à ce sujet, Tempereur les cassa de leurs charges ; Kouo-chi fut dégradée et confinée dans un palais sans communication avec le dehors; toutefois, la reine conçu-
132 hX FKMUE ES CHINE.
bine fut également panie et renfermée dans un autre palaLs.
Quand Tché-isoung* monta sur le trône, il n*avait alors que 10 ans, l'impératrice mère, son aïeule, montra comme régente autant de prudence que d*habileté. Ne se fiant qu'à ellemême du soin des affaires, elle voyait tout par ses yeux et donnait audience. Ses sujets reconnaissant son mérite, la comparaient à leurs plus grands souverains, Yao et Chun.
Mais à sa mort qui eut lieu en 1093, l'empereur non encore majeur, fut pressé par des intrigants de prendre immédiatement la direction de l'empire, et il le fit si malheureusement que l'influence d*un eunuque ambitieux devint bientôt toute puissante et dans peu de temps gâta l'ouvrage de la régente.
Des désordres éclatèrent dans le palais. Les règles de l'étiquette et même celles de la bienséance furent effrontément violées. Une des femmes de l'empereur, Lieou-tsîei-yn, se trouvant un jour dans l'appartement de l'impératrice, Mong-chi, s'assit insolemment tandis que toutes les autres femmes demeuraient debout; mais ce qui mit le comble à rindignation de tous les assistants, c'est que cette femme se fit préparer un siège tout à fait semblable à celui de limpératrice.
Un jour que toutes les femmes étaient ras-
semblées dans une salle, averties de Tarrivée de l'impératrice mère, toutes se levèrent à l'exemple de rimpératrice. Au départ de l'illustre visiteuse, chacune reprît son siège, mais celui de Lieou-tsieï-yn, lui ayant été retiré à son insu, elle tomba par terre aux éclats de rire de toute l'assistance.
Furieuse, Lieou-tsiei-yn s'en plaignit à l'empereur ; celui-ci lui promit de la venger et l'occasion, ne tarda point à s'en présenter. Quelque temps après, la mère de l'impératrice ayant appelé auprès d'elle une bonzesse, pour faire des sortilèges, l'empereur fit mourir tous ceux quî avaient pris part èi cet acte, et dégrada l'impératrice.
En étudiant l'histoire de la Chine, on se convainct que, généralement, l'influence bonne ou mauvaise de la femme dans le gouvernement a été le fruit de l'incapacité ou de l'immoralité des princes qui, pour la plupart, furent nuls ou méchants et ne surent jamais procurer à l'empire une paix intérieure durable.
Comme aucune loi ne protégeait le peuple contre les violences ou l'incurie du pouvoir, les femmes et les eunuques qui parvenaient à s'en emparer devenaient maîtres de ses biens et de sa vie. En voici un exemple :
L'empereur Kouang-tsoung était d'un naturel timide et d*un cj^prit borné. Li-chi,
134 tX FEMME EN CHINE.
l'une de ses femmes, n*eut pas de peine à s'emparer du gouvernement. Son caractère violent et cruel causa de grands troubles dans Tempire. Ayant voulu forcer l'empereur à donner h son fils Tchao-kou le titre d'héritier présomptif et n'ayant point réussi, elle tourna sa haine et sa vengeance cpntre la princesse Hoang-chi que l'empereur aimait beaucoup. Elle la fit empoisonner et répandit le bruit qu'elle était morte subitement. Ces meurtres si fréquents dans l'intérieur du palais s'accomplissaient à la faveur de l'ignorance où vivait le public de ce qui s'y passait. Les ministres eux-mêmes ne pouvaient y pénétrer.
Cependant quelques rumeurs sourdes commençant à circuler, effrayèrent les mandarins, qui firent des observations à l'empereur; celuici n'en tint aucun compte, tant il était courbé sous l'influence de Litchi. Mais sa mort, arrivée en 1192, (1) changea la fate des choses.
Nous avons déjà signalé des femmes capables d'un grand dévouement patriotique. L'invasion des Tartares donna lieu à plusieurs traits d'héroïsme, parmi lesquels nous citerons le suivant :
Le gouverneur de la ville de Tchi-tcheou ne pouvant plus défendre la place» déclara à sa femme qu'il ne pouvait supporter la pensée de
(1) Histoire de la Chine, VIIÎ.
voir la ville tomber au pouvoir des ennemis et il se tua. Cette femme, animée du même sentiment, ne voulut pas non plus subir le joug étranger et se donna également la mort.
Les Tartares, en s'emparant du gouvernement de Tempire chinois, usèrent d'une politique sage en respectant les lois et coutumes du pays. Les princesses tartares contribuèrent pour une bonne part à l'adoption de mesures conciliantes. L'impératrice Houkilachî, femme de Tempereur tartare Mongol, Houpilai-han, s'affligeant de voir réduire en captivité le dernier empereur de la dynastie de Soung, refusa de participer aux fêtes du triomphe. Comme on le lui reprochait : « Je sais, dit-elle, que, ^depuis la plus haute antiquité jusqu'à nous, il n'est aucune famille impériale qui ait duré mille ans, et qui peut répondre que moi et mes enfants nous ne subirons pas le sort de ce prince ? »
Quand les trésors de la famille vaincue eurent été déposés dans une grande salle du palais des souverains Mongols, Houpilai-han pressa la princesse de faire son choix parmi ceux de ces objets qui pourraient lui plaire ; elle s'y refusa : « Les Soung , dit-elle, ont amassé ces richesses pour eux et leurs descendants et ils ne sont à nous que parce que ceux-ci n'ont pas pu les défendre ; comment oserais-je en prendre une part ? »
l:]6 LA FElfMB EN CHIKE.
Cette réflexion aurait dû venir aux généraux français et anglais lorsqu'ils virent les richesses du palais d'été de Péking.
Houkilachi se montra remplie de sollicitude pour l'impératrice régente du dernier des Soung, elle adoucit sa captivité, mais la mort la surprit avant que ses nobles efforts aient obtenu Télargissemeht des deux prisonniers.
La cour tartare ne fut pas plus exempte d'in* trigues et de fourberies que celles des empereurs chinois. Ainsi,, lorsque mourut sans postérité l'empereur Mongol Timour-han (en 1307) sa veuve, Péyo-ouchi, prétendit h la régence et voulut placer sur le trône le prince Hônenta, fils de l'empereur et d'une concubine ; cet aote ne pouvait s'accomplir sans exclure de leurs propres droits deux neveux de Timour-han. Le premier ministre s'y opposa et s'entendit avec l'héritier légitime pour empêcher l'exécution de ce projet. Ils y réussirent; l'héritier légitime parvint au trône et l'impératrice fut dégradée de son rang, puis condamnée à se donner la mort. (1)
L'empereur tartare, Chun-tchi, après la conquête définitive de la Chine, [au milieu du 17* siècle, s' étantpris de passion pour une jeune femme tartare, fit venir son mari et, sans autre raison, lui appliqua un soufflet. Cet outrage im-
(l) Histoire df la Chine, t. IX, 20« dynastie.
mérité fut tellement sensible à cet homme qu'il en. mourut de chagrin quelque temps après. C'était bien là, sans doute, ce qu'attendait l'empereur qui, immédiatement après, épousa la veuve. Mais celle-ci ne tarda pas à suivre son premier mari dans la tombe. Ghun-tchi en fut désespéré. Après lui avoir fait des funérailles magnifiques, il recueillit ses cendres dans une urne d'argent et, suivant une coutume tartare il fit immoler trente hommes sur la tombe de la défunte. Sa douleur fut telle qu'il voulait se donner la mort. Enfin, après s'être fait raser la tête, il courut de pagode en pagode comme un fou.
C*est dans le 17* siècle que les missionnaires introduisirent le christianisme en Chine, mais le plus grand obstacle qu'y rencontra la nouvelle doctrine fut et. est encore la participation des femmes aux cérémonies religieuses, en compagnie des hommes. On retrouve en Chine la même accusation qui était adressée aux chrétiens par le paganisme, celle d'une odieuse pro* miscuité.
La profonde ligne de démarcation établie par leurs lois entre les deux sexes les empêchera toujours d'adopter un système de mélange qui serait pour eux non-seulement une innovation religieuse, mais une révolution sociale.
En 1823, l'empereur effrayé du succès des missionnaires, chargea un de ses ministres de lui présenter un rapport sur leur doctrfne et sur leur conduite. Un gouverneur lui écrivit à ce sujet*: Il y a des jeunes filles qui suivent cette l'eligion, qu'on nomme vierges, et auxquelles on interdît le mariage. Dans cette religion on n'établit aucune distinction entre les hommes et les femmes. » C'était le plus fort grief contre le Christianisme.
Un autre rapportait que les jeunes gens et les jeunes filles qui avaient embrassé le christianisme allaient dans un lieu retiré dire à l'oreille d'un prêtre des paroles secrètes; qu'ils appelaient cela: se confesser. Il ajoutait qu'ils n'éprouvaient aucune honte h se rassembler pêle-mêle hommes et femmes; qu'on ne rendait point d'honneurs aux défunts; qu'on ne pensait plus ni à son père ni à sa mère après leur mort. Que des filles faisaient vœu de continence et ne se mariaient jamaib. Que ceux dont les femmes étaient décédées, ne se remariaient point et consentaient h passer leur vie sans enfants, contrairement aux lois traditionnelles de la piété filiale consistant à se remarier si l'on n'a point d'enfants d'une première femme, et à donner. des maris aux jeunes filles quand elles sont nubiles.
L'empereur ne vit pas de plus simple obstacle à opposer aux dogmes incompréhensibles prê-
cbés par les missionnaires que do remettre plus que jamais en honneur les saines doctrines de Koung-tseu (Confucius). Il déclara que des distinctions particulières seraient accordées aux personnes des deux sexes qui Tauraient mérité par leurs vertus et par une conduite irréprocha- ' ble.
Il voulut également que l'on recherchât dans les annales des villes et des provinces les noms de toutes les femmes qui, a*près la liiort de leurs maris, avaient observé une rigoureuse conti nence et montré un fidèle attachement à leur mémoire, et les noms des filles qui s'étaient conservées. pures aux dépens de leur vie. Il fit ériger des monuments afin d'en perpétuer le souvenir et un jour de l'année fut désigné pour leur rendre hommage. Ce monarque disait :
« La bonté du gouvernement dépend surtout de la bonne conduite des femmes. Elles doivent s'appliquer à remplir leurs devoirs et à vivre dans la retenue qui convient à leur sexe. Lorsqu'une femme encore jeune perd sonmari, si elle persiste dans son état de veuvage sans passer à. un second mariage et qu'elle vive au moins vingt ans dans la continence, et si une autre pressée, forcée même, a résisté jusqu'à sacrifier sa vie, plutôt que de se manquer à elle-même, j'ordonne aux personnes de sa famille de quelque condition qu'elles soient d'en informer le mandarin du lieu qui vérifiera le fait et m'en
instruira afin que, suivant mes. ordres, on tire du trésor l'argent nécessaire pour ériger, dans sa patrie un arc-de-triomphe sur lequel on gravera son éloge. (1) Ainsi cet empereur ne croyait pouvoir mieux faire, pour arrêter les progrès du christianisme que de proposer des coutumes analogues pratiquées en Chine de temps immémorial. Au célibat des hommes, il opposait le célibat des femmes.
Cependant, grâce *au changement favorable apporté par le christianisme dans la condition privée des Chinoises qui Tembrassèrent, cette religion fit parmi elles d'assez rapides progrès; toutefois ces progrès, ne touchant point à leur condition sociale, se sont arrêtés devant des lois et des coutumes entièrement opposées aux traditions et aux doctrines chrétiennes, et ils n'ont pas à aller bien loin.
(1) Ilist, de la Chine, tome XI, 22* dynastie.