LA FEMMK ET LA DÉCLARATION DE GUERRE
elle l'aimait dans les livres, dans lestableaux, sur la scène. Elle avait trop sacrifié jadis à son culte. Cela lui paraissait un héritage du passé, incompatible avec les nécessités moins étincelantes, plus prosaïques, du devoir présent. Elle goûtait le panache au théâtre, elle lui reconnaissait la valeur d'un tonique apte à maintenir sous pression les forces vives de la jeunesse, adonnée à la pratique effrénée des sports. Rien de plus.
Et puis, jusqu'au dernier moment, la vie qui se poursuit, les affaires, les plaisirs, l'activité intellectuelle, commerciale, industrielle, et les entreprises qui se fondent, et les maisons qui surgissent de terre, et les gens qui vont et viennent dans les rues, et les ateliers bourdonnant de tumulte, elles trains, et les usines, et tout ce prodigieux effort ininterrompu! Comment supposer que cela s'arrêterait net, et qu'une catastrophe serait assez terrible pour ébranler ce splendide édifice bâti par le génie des hommes?
Enfin, Tarmée n'esl-elle pas là, équipée, entraînée, entretenue dans un constant esprit de discipline et d'abnégation, rarmée, la « grande muette » qu'on acclame, et qui ne se laisse jamais détourner de son devoir, et qui poursuit lentement, silencieusement son œuvre. Sa seule présence ne suffit-elle pas pour imposer le respect? On peut la voir travailler, manœuvrer. On connaît le nombre des régiments qui la composent, on sait comment ils sont répartis sur l'étendue de nos provinces. Avec une pareille sauvegarde, on est en droit de mépriser les provocations.
Eh bien ! ces calculs ont été vains. On voulait la paix, on s'imaginait l'avoir définitivement assurée, la guerre est déclarée! Les délégués du pays n'ont pu, malgré leur habileté, arranger les choses. Qu'on le veuille