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LA FEMMR ET LA DÉCLARATION DE GUERRE

OU non, à cause de certains événements qu'on ignore et dont au fond on se moque, branlebas général.

Et instantané 1 On n'a même pas le temps de se retourner, de prendre les dispositions personnelles nécessitées par la gravité des circonstances. L'individu qui, la veille encore, était une personnalité, un citoyen maître de ses paroles et de ses gestes, à qui on devait des égards, et dont on flattait les opinions, et qu'on ne pouvait brimer qu'en employant des formes, le citoyen si fier de ses droits conquis par tant de sang versé, redevient subitement une unité perdue dans la masse, un numéro qui doit répondre à l'appel « immédiatement et sans délai » et s'incorporer, et s'ajouter aux autres numéros accourus en hâte de tous les points du territoire menacé. Riche ou pauvre, grand ou petit, père de famille ou célibataire, par le seul fait qu'il est né dans le pays et que, comme tel il lui doit en échange de tant de

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bienfaits l'appui de son bras, il doit tout abandonner, quitter son foyer pour courir à la défense du foyer commun. Les jeunes au premier rang, les aînés derrière, chacun selon son âge et sa force, apporte sa contribution.

Pareille à la trombe qui, en quelques heures,en quelques minutes, renverse des montagnes, comble des mers, déplace le lit des fleuves, modifie en un mot l'aspect d'un pays au point de le rendre méconnaissable, la simple déclaration de guerre, la simple annonce que la nation va recourir à la force brutale des armes — tous les autres moyens de conciliation étant épuisés — afin d'affirmer son droit à la vie, hier encore indiscutable, celle simple annonce, avant même que soit tiré le premier coup de fusil, suffit pour bouleverser de fond en comble l'équilibre, établi depuis tant d'années, de l'organisation sociale.

A cette organisation bien imparfaite sans

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doute mais en somme établie pendant la paix, à l'abri du péril immédiat, après maintes expériences, partant jugée conforme au génie du pays qui l'élabora ou l'accepta, succède, séance tenante et sans autre avertissement qu'un décret, un système nouveau absolument différent, basé sur d'autres principes, destiné à répondre à d'autres exigences et mis en vigueur par des hommes sinon nouveaux, du moins appelés pour la première fois à mettre en pratique leurs théories, à jouer réellement^ pour de bon, le rôle à quoi ils s'étaient, pendant les longues années de paix, patiemment préparés.

Donc, changement à vue complet, changementdans le personnel, lematériel, l'orientation. L'élément militaire qui, en temps normal ne figurait qu'un rouage accessoire, devienl aussitôt prépondérant, et absorbe à son profit pour l'utiliser en vue du but commun, l'éléiuenl civil.

La lâche en effet se précise et se simplifie.

Il ne s'agit plus de luller individuellement pour accroître son bicn*6lre personnel, il s'agit de lutter pour défendre l'existence même du pays» La question n'est pas de chercher à être heureux, elle est de chercher à vivre. Question de vie ou de mort, comme on dit. On n'a ni le droit ni l'envie de penser à soi. Devant le (It^au qui va s'abattre — puisqu'il est officiellement annoncé — il n'est qu'un devoir : se lever en masse. Et certes, si le pay« le pouvait il se précipiterait tout entier, d'un élan dans la mêlée.

Qu'arrive-l-il alors ? Car de tels événements sont prévus et des dispositions ont été prises à cet effet.

La population se trouve aulomaliquement divisée en deux camps : le camp des forts à qui incombe le glorieux honneur de courir è la frontière, et ie camp des faibles que son

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