LA FEMME ET LA DECLARATION DE GUERRE
qui lui a donné sa mentalité, son tempérament; c'est la guerre qui a façonné rudement le moule délicat où devait s'épanouir la paix. Mais si elle a eu sa raison d'être autrefois, à l'époque ou les familles humaines cherchaient à se grouper, aujourd'hui que les nations ont pris leur place définitive dans l'univers repéré de bout en bout, tout appel à la violence apparaît un reste de barbarie en désaccord avec le rythme de la civilisation féconde. La lutte économique par le travail, voila le terrain noble, ouvert à l'activité de chacun et qui doit désormais centraliser les aspirations totales de l'humanité parvenue enfin à la conception de sa véritable destinée, trop longtemps obscurcie par le cruel préjugé de la gloire des armes. Alors, devant les provocations répétées du voisin, on haussait les épaules en pensant : « Ce serait trop aflVeux, il n'osera pas, il veut simplement nous intimider, nous tenir en haleine. Soyons calmes et dignes. 11 n'a
yÔ LA FEMME ET LA GUERRE
aucun intérêt à pousser les choses jusqu'au bout. Ne nous laissons pas impressionner. iMême assuré de la victoire, il sail ce qu'elle lui coûterait. En perfectionnant à l'infini les engins de destruction, la science les a rendus si redoutables que nul ne songerait à les utiliser. Ce sont des épouvantails. Ne nous frappons pas et continuons de travailler. »
On disait cela, parce qu'on l'entendait a chaque coin de rue, parce qu'on le lisait dans les journaux, entre deux réclames pour des produits ànoms suspects. On croit volontiers ce qu'on désire. Or, la France désirait la paix : elle y croyait donc. Elle y croyait de toute la ferveur de sa foi et aussi de son amour outré du bien-être, de sa nonchalence, de son enthousiasme pour les formules brillantes qui épargnent à l'esprit la fatigue d'une opinion personnelle. Elle voulait travailler, jouir tranquillement des avantages que l'univers entier lui envie. La gloire militaire, certes, elle y était sensible, mais