LA FEMME ET LA DÉCLARATION DE GUERRU
sexe — ou son âge — rend inutilisable. Autrement dit les hommes, mobilisés, s'en vont; les femmes, immobilisées, restent — avec les vieillards, les malades et les enfants^ à qui elles sont toujours assimilées.
Quel est l'état d'âme des hommes ?
Ils sont partagés entre deux sentiments : l'enthousiasme, à l'idée d'aller combattre l'ennemi héréditaire dont les provocations vont recevoir enfin le châtiment mérité, — et la crainte, à l'idée d'abandonner, pour un temps indéterminé, la compagne habituée à se reposer sur son mari du soin d'assurer la subsistance du ménage.
Comment s'acquittera-t-elle, du jour au lendemain, d'une lâche que l'éducation bourgeoise n'a pas prévue dans son programme ?
Mais ces pensées se noient dans l'exaltation générale, il se crée une atmosphère fiévreuse autour de ceux qui partent. On les acclame, on les fêle, on exalte leur bravoure et leur entrain, on fait luire à leurs yeux la
perspective d'une victoire certaine et prompte. Ils n'en doutent pas. Ils s'excitent à raffirmer, ils ne s'appartiennent plus, ils appartiennent au grand mouvement qui les pousse en avant, au délire patriotique qui gonfle les cœurs et soulève les poitrines. Arrachés brutalement à leurs habitudes paisibles, à leurs occupations étroites, à leurs manies, à l'ensemble des petites choses qui régentent nos pauvres existences privées d'air, ils se sentent, une fois en groupe, rajeunis, allégés du passé, si lourd, remplis d'émoi au seuil de la redoutable, de la belle aventure.
C'est donc vrai qu'ils vont camper, faire la popote, dormir tout habillés, — se battre I C'est pour de bon cette fois qu'on va se mesurer avec le voisin odieux, lui montrer qu'on est un peu là ! C'est donc vrai !
Et ils s'éloignent, grisés. Dans quelques jours, dans quelques mois, ils reviendront, vainqueurs. Quant à la femme, elle s'arran-